La Grésigne comme vous ne l’avez jamais vue

La Grésigne comme vous ne l’avez jamais vue

Le sous-sol vu du ciel

Après la jungle guatémaltèque et ses ruines de cités mayas , c’est à la Grésigne de livrer ses secrets. Quand le high tech se met au service de l’archéologie.

CASTELNAU-DE-MONTMIRAL – 44°01′ N 1°75’E

Lire la forêt sans le couvert végétal et détecter ça et là des centaines d’aménagements anciens qui sont autant de traces de vie. Ici, un habitat de hauteur en forêt de Grésigne entre chemin et rivière. Le fossé apparait de façon remarquable mais tout n’est pas aussi facile à détecter. Source: PCR RHEFOREST-81-SRA-Occitanie

Le Programme Commun de Recherche RHEFOREST 81 lance le CAPA avec d’autres partenaires dans une aventure technologique, hors des sentiers battues. Celle du LiDAR; La forêt de Grésigne dévoile des secrets jusque-là bien gardés.

Qu’est-ce que le LiDAR ? Source: site « Les Goûters de la Géomatique » du blog Hypothèse
 

Des « data-archéologues » à la manœuvre

À l’hiver 2019, un avion survole à basse altitude la forêt de Grésigne. Sa mission: « bombarder » les 3 600 hectares du domaine de points laser par couches régulières afin de pouvoir dresser une « carte » de celle-ci. Six mois plus tard les données parviennent à Nicolas Poirier sous forme d’un nuage de points. Il les traitent avant de les proposer à une équipe de chercheurs .

La technologie du Lidar mise au point dans les année 2000 au profit des aménageurs va servir à l’archéologie dix ans plus tard. Si le nord de la France a vu les premières études se développer, le sud était particulièrement en retard. C’est chose en partie réparée avec les projets qui fleurissent depuis peu comme RHEFOREST 81. Il concerne la Grésigne mais aussi d’autres forêts

Pourquoi la forêt ?

La forêt, à plus forte raison quand elle est ancienne, constitue un réservoir de patrimoine archéologique inviolée remarquable. C’est vrai au Guatemala et en forêt amazonienne comme c’est vrai en Europe. Murs, parcellaires, sites de hauteur, charbonnières, chemins, sont autant de traces du passé qui méritent toute notre attention.Le déploiement des hommes dans l’espace, ses colonisations, ses abandons sont cruciaux pour écrire l’histoire tout autant que l’archive-papier.

L’intérêt de ce type d’archéologie est qu’elle est non évasive. Elle ne détruit pas les vestiges au sol mais en donne une vision assez précise. On ne le dira jamais assez: l’archéologie est une science destructrice. Elle élimine les vestiges du sols qu’elle prélève.

Pour autant, pas question, bien sûr, d’abandonner l’enquête  de terrain. Vérifier les données reçues sur les lieux mêmes, valider les hypothèses, photographier les restes les plus parlants demeurent un impératif.

Ainsi le LIDAR promet bien des allers-retour entre la Grésigne et Albi. Cela a déjà commencé.

 

Bien rectiligne apparaît ici le mur dit « de Froidour ». Élevé, deuxième partie du XVIIe siècle, il s’étend sur 13 kilomètres dans la partie septentrionale et marque encore aujourd’hui la limite du domaine forestier. Source: PCR RHEFOREST-81-SRA-Occitanie

 

Le recours à l’archéologie géophysique

Parmi les sites prospectés récemment il y a celui de Saint-Clément. Suite au LIDAR, il est parcouru de long en large par les archéologues afin d’y déceler grâce  à un capteur des indices de modification du sous-sol donnant de précieuses indications sur la nature du site et ses péripéties à travers l’histoire. Ainsi sans avoir recours à la fouille et en interprétant les données, il est possible d’avoir une idée fiable de ce qu’il y a en dessous … ou de ce qu’il n’y a pas. Ici, l’objectif est de détecter des vestiges sans donner un seul coup de pioche.

 

 

Deux étudiants de l’Université Jean Jaurès passe au crible le sol afin de détecter d’éventuelles anomalies du sous-sol à l’aide d’une sonde. Cette technologie fut d’abord utile pour les géologues afin de trouver du pétrole. La machine détecte des structures enfouis comme les fours.
Lien pour suivre les activités du groupe: https://sites.google.com/view/rheforest81/

 

Louis Malet, un archéologue tarnais

Louis Malet, un archéologue tarnais

En hommage à Louis Malet

Parmi les plus mauvaises nouvelles de cet automne 2020, il y a celle de la disparition de Louis Malet. Né le 1er février 1926 à Albi, il a vécu 94 ans. Paléographe, occitaniste, il mena aussi de main de maître des recherches archéologiques à plusieurs niveaux avec une prédilection pour la partie la plus chère à son cœur : le Ségala.

 Ces chères Statues-menhirs

Rien de ce qui touchait aux statues-menhirs ne lui était indifférent, surtout quand les spécimens en question avaient pour origines les Monts d’Alban et, au-delà, l’Aveyron. Dés 1983, il publie avec Jean Lautier un compte rendu circonstancié sur celle du “Puech du Lac”. 

En outre, il présente des monuments in situ avec la création du petit musée de Miolles à l’occasion de la découverte des deux mégalithes du hameau de Terral, en 1993.

Décryptage des souterrains

Au-delà des mégalithes, ses centres d’intérêt étaient multiples. Mais c’est le Moyen Âge qui avait sa faveur. Ainsi Louis apporta une contribution à l’étude des souterrains en portant le regard sur ceux du Bas Ségala. Dans les années quatre-vingt-dix, dans la Revue du Tarn, il en répertoria une trentaine. À la recherche d’un archétype, il s’attacha aussi à définir pour chacun des spécificités. 

Avec lui, peu à peu, les souterrains quittaient le statut de monuments mystérieux, prétextes à tous les délires pour devenir des sujets d’étude à part entière. Il parla de souterrains aménagés plutôt que de souterrains-refuges. Il souligna l’intérêt de ces monuments singuliers et typiques de notre région pour parler d’un Moyen Âge prospère où certains paysans entassaient la nourriture dans des sous-sols qui n’avaient rien de forcément isolés. Avec d’autres, il souligna le lien étroit et fréquent entre silos et souterrains.

Un champ d’étude pionnier: les castelas 

Dernière contribution à l’archéologie – et pas des moindres – est son inventaire des « castelas », terme qu’il contribua à faire connaître d’ailleurs. Il acheva de manière magistrale cette dernière étude avec un article dans Archéologie Tarnaise. Celui-ci constitue une référence en la matière. Son insatiable curiosité l’amena à vérifier sur le terrain les données archivistiques qu’il avait patiemment accumulées des années durant. Ainsi, sortirent de l’ombre, des sites quasi inédits et, avec eux, une part très mal connue de l’histoire albigeoise. Celle des débuts du Moyen Âge avant la réforme grégorienne où se révèle tout un réseau de châteaux sous la forme la plus rudimentaire qui soit : une tour et un fossé. 

Intarissable sur la question, l’écouter était un vrai régal. Son propos sur le terrain mêlait des questionnements toujours originaux à un humour décapant quand il s’agissait de donner des réponses définitives sur des périodes sans trace écrite. La question de la place des chevaux dans les castelas me reste en tête pour le site de “Castelpanis” qu’il affectionnait particulièrement. Il avait une façon unique de prendre des problématiques originales à bras le corps et de vous les exposer. À l’écrit, il était beaucoup plus prudent.

Pas de doute, avec Louis, c’est un grand nom de l’archéologie régionale qui nous quitte. Au-delà de son goût pour l’archive écrite sous des formes variées, il ajoutait sa passion pour le terrain afin de recouper les données. En ce sens, sa démarche était moderne. Elle inaugurait ce qu’est l’archéologie d’aujourd’hui, bien au-delà de la passion des objets tape à l’œil, une archéologie où la fouille ne tient que la part mineure, une archéologie construite à la fois sur l’observation du terrain et l’exploration d’archives. Combien de fois m’a-t-il dit : « un bon historien, ce sont les deux. » ?

Humour caustique

À ce titre, il me restera toujours ces paroles rugueuses contre l’abbé Ernest Négre – notre sommité en matière d’onomastique – qui affirmait la présence de sites gallo-romains à chaque suffix ac :

« On voit bien qu’il n’a jamais mis les pieds sur le terrain … »

Avec lui, rien ne devait s’installer, tout devait se construire ou se reconstruire patiemment.

À la différence de nombre de ses contemporains, il était venu à l’archéologie, non par la spéléologie mais bel et bien suite à la fréquentation des archives et il eut à cœur de bien décrocher les deux activités. Le vénérable Archéo Spéléo Club Albigeois, né en 1946, se scinda. Ce fut la naissance du CAPA en 2005 pour lequel il trouva l’acronyme : Centre Archéologique des Pays Albigeois.

Dernière chose, qui m’est très personnelle, Louis Malet maniait une expression française d’une rare  limpidité. Il rechignait à tous les jargons qui sont coutumes pour valider un savoir. Le souci de se faire comprendre de tous l’emportait sur l’entre-soi et les considérations de reconnaissance qui minent souvent l’écriture scientifique. Aussi, le lire sera toujours un véritable plaisir. Je vous y encourage vivement et c’est bien le plus grand honneur qu’on puisse lui rendre.

       Christophe MENDYGRAL (président du Centre Archéologique des Pays Albigeois )

Bibliographie archéologique


082 – Dossiers de prospections et d’archives des cantons de Gaillac et Réalmont, manuscrits et photos, Albi, s. d., 2 dossiers
083 – Mottes, roques et castelas, s. d., s. l., 132 pages
128 – Résultats du sondage n° 108/02 au Séquestre (Tarn), rapport de fouille, 2002, 7 p.
131 – Châteaux perdus, châteaux oubliés. À la recherche d’habitats fortifiés médiévaux, manuscrit, Albi, 1989, 20 pages
133 – La fouille autour du souterrain de Mouysset (Villeneuve-sur-Vère, Tarn), rapport de fouille, 1992, non paginé
135 – Sites fortifiés de l’An Mil, s. d., s. l., dactylographié, 9 pages
137 – Remarques sur le compoix de Paulin, s. d., s. l., tiré à part, 9 pages
227 – Archéologie en Monts d’Alban, à la recherche des vestiges d’un lointain passé, CAPA, Lombers, 2014, 44 pages
P006 n° 5, 1990 – « Travaux de sauvetage urgent au souterrain de “Plégades”, commune de Terre-Clapier », Archéologie tarnaise, Castres, p. 51-60
P006 n° 5, 1990 – « Complément à l’inventaire des souterrains aménagés du Tarn », Archéologie tarnaise, Castres, n° 5, 1990, p. 91-106
P006 n° 6, 1991 – « Toponymie et prospection archéologique », Archéologie tarnaise, Castres, n° 6, 1991, p. 11-14
P006 n° 7, 1994 – « D’anciens trous de poteaux dans le lit du Tarn, région de Villeneuve/Trébas » et « La fouille autour du souterrain de Mouysset (1992), commune de Villeneuve-sur-Vère », Archéologie tarnaise, Castres, n° 7, 1994, p. 35-46 et 47-64
P006 n° 8/9, 1997 – « Quelques simples remarques autour des statues-menhirs du groupe rouergat », Archéologie tarnaise, Castres, n° 8/9, 1997, p. 7-23
P019 n° 176, 1999 – « Menhirs, rocs à cupules et autres vestiges sur “La Serre du Truel”, commune de Curvalle », Revue du Tarn, Albi, n° 176, p. 633-641
P006 n° 13, 2006 – « Mottes, roques et castelas. Recherches des sites fortifiés de l’an Mil dans le Nord et l’Est du Tarn et la frange aveyronnaise », Archéologie tarnaise, Castres, n° 13, 2006, p. 31-126
P019 n° 137 à 140, 1990 – « Souterrains aménagés du Bas-Ségala », Revue du Tarn, Albi, n° 137 à 140, p. 27-50, 331-351, 447-470, 647-675 (+ tirés à part)
P019 n° 138, 1990 – « Souterrains aménagés du Bas-Ségala (2e épisode) », Revue du Tarn, Albi, n° 138, 1990, p. 331-351
P019 n° 139, 1990 – « Souterrains aménagés du Bas-Ségala (3e épisode) », Revue du Tarn, Albi, n° 139, 1990, p. 447-470
P019 n° 140, 1990 – « Les souterrains aménagés du Bas-Ségala (4e épisode). Essai de synthèse », Revue du Tarn, Albi, n° 140, 1990, p. 647-680
P019 n° 223, 2011 – « Coup d’œil sur l’archéologie des cantons de Valderiès et de Valence », Revue du Tarn, Albi, n° 223, 2011, p. 413-432
P019 n° 236, 2014 – « Églises et sculpteurs sur bois du XIXe siècle », Revue du Tarn, Albi, n° 236, 2014, p. 551-556
P021 XL, 1986 – « Les carrières souterraines de Carlus et d’Amarens », SSABLT, Albi, XL, 1986, p. 363-380
P021 XLI, 1987 – « Les souterrains du Bas-Ségala » et « Le Ségala tarnais devant l’impôt au XVIIIe siècle »,  SSABLT, Albi, XLI, 1987, p. 473-493 et 495-516
P021 XLII, 1988 – « Ouvrages souterrains anciens de la région de Réalmont », SSABLT, Albi, XLII, 1988, p. 665-694
P021 LIII, 1999 – « Petite histoire de la recherche et de l’étude des souterrains aménagés dans le département du Tarn » et « Jean-Pierre Vergnes d’Ambialet, gendarme de Louis-Napoléon », SSABLT, Albi, LIII, 1999, p. 565-582 et 825-842
P021 LVI, 2002 – « Franchises et libertés du Sénégadès », SSABLT, Albi, 2002, p. 29-48
P021 LVIII, 2004 – « Livre des droits et fondations du couvent des frères mineurs de Lautrec » et « Quinze ans de recherche des points fortifiés du premier Moyen Âge : les castelas », SSABLT, Albi, LVIII, 2004, p. 53-72 et 119-140
P021 LIX, 2005 – « Un peu d’onomastique toponymie : les noms de lieux terminés par le suffixe AC » et « Les anciens sites fortifiés du Viaur », SSABLT, Albi, LIX, 2005, p. 99-107 et 183-214
P021 LXII, 2008 – « Remplaçants militaires gérés à Miolles et autres glanures », « Remarques et comparaisons sur les compoix d’Alban et de Saint-André » et « Les très vieux forts ou “castelas” des monts d’Alban », SSABLT, Albi, LXII, 2008, p. 15-26, 163-183 et 185-223

MALET Louis & ASTIÉ Louis Paul
P006 n° 7, 1994 – « La statue-menhir du “Terral”, commune de Miolles », Archéologie tarnaise, Castres, n° 7, 1994, p. 7-12
P019 n° 155, 1994 – « Les statues-menhirs de Miolles (Terral I et Terral II) »,  Revue du Tarn, Albi, n° 155, 1994, p. 423-431

MALET Louis et al.
P019 n° 145, 1992 – « Châteaux perdus, châteaux oubliés. À la recherche d’habitats fortifiés médiévaux », Revue du Tarn, Albi, n° 145, 1992, p. 71-95

PRAT Henri & MALET Louis
P006 n° 3, 1986 – « Deux souterrains aménagés méconnus de l’Albigeois », Archéologie tarnaise, n° 3, 1986, p. 97-103
P006 n° 7, 1994 – « Étude de la céramique trouvée lors de la fouille autour du souterrain de Mouysset », Archéologie tarnaise, Castres, n° 7, 1994, p. 65-69

Loup, y-es-tu ?

Loup, y-es-tu ?

Loup, y-es-tu ?

Un possible piège à loup dans les Monts d’Alban

PAULINET – 43°84’N 2°43’E

 

Parmi les bêtes qui occupent une place de choix dans notre imaginaire, il y a le loup. Longtemps cantonné à la « petite histoire », le voilà qui entre peu à peu dans la grande suite à des ouvrages comme L’homme contre le loup, une guerre de 2000 ans ou  Histoire du méchant loup, 3000 attaques sur l’homme en France de Jean-Marc Moriceau. Ouvrages qui animèrent la polémique dans le contexte que vous savez. D’un côté les zoologues et les écologistes qui soutiennent que le loup est un animal inoffensif pour l’homme, de l’autre, les historiens qui à grand renfort d’archives prouvent qu’il n’en est rien. Sur la question de l’anthropophagie du loup, nous nous garderons bien d’avoir un avis tranché. Quant aux traces matérielles de sa présence, il faut enquêter.

 

Voilà, en l’état, comment se révèle le piège à loup au promeneur. De plan rectangulaire,  il est en pierres sèches. Photo C. Mendygral

Le Centre de Recherche du Patrimoine Rieumontagné a mené un formidable recensement d’anecdotes d’archives liées aux loups à l’échelle du Lacaunais et plus largement du Haut Languedoc.

La toponymie, elle aussi, témoigne de la longue existence du carnassier à côté des hommes. Existence tranquille ( Loubatière à Ambialet, Loubière à Montroc, Loubers dans le Cordais, ) ou plus pénible pour le fauve (Loup pendu en Grésigne).

Une possible « louvière », autrement dit un piège à loup, à proximité du chemin. Photo Mendygral

Piéger l’ennemi public n°1

Après les archives et la toponymie, partons à la recherche de traces matérielles. Outre les pièges mobiles, le piègeage bâti sous la forme de fosses mais aussi de trappes, de tranchées, de labyrinthes a existé. Comme le montre le Livre de Chasse de Gaston Phébus, dès le XIVe siècle tout un arsenal est mis en place. Au XVIIIe siècle, il est repris tel quel, à peu de chose près, dans L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert.

Dans l’Albigeois, les traces bâties de piège à loup sont rares. Soit qu’elles soient inconnues, soit qu’elles aient disparu avec le temps. Aussi quand une habitante de Paulinet attira notre attention sur une possible structure nous fîmes le déplacement, intrigués.

Les sources d’information sur la nature même de la structure sont oraux. En ça, ils peuvent bien sûr être mis en doute. Nous n’avons pas mené de recherche d’archives. Elles ont bien des chances de s’avérer vaines. Le cadastre napoléonien ne mentionne pas le piège en question. Peut être la construction est-elle d’ailleurs bien postérieure au premier levé du début du XIXe siècle.

L’édifice est construit à une vingtaine de mètres d’un chemin sur le haut du flanc d’un versant exposé au nord. En décroché dans la pente, il profite d’un affleurement rocheux en sailli dans une forêt de chênes et de châtaigniers. Le lieu est actuellement assez éloigné d’habitation. La première est à 900 m à vol d’oiseau. 

 

Un exemple atypique à Paulinet

Modélisation du volume. Sa forme suscite un certain nombre d’interrogation. Il est difficile d’évaluer la profondeur au sol de l’édifice. Conception Jules Mendygral

Voilà l’architecture de la structure. A vrai dire, elle n’offre rien de vraiment caractéristiques si on la compare au relevé fait en Lacaunais voisin. La forme s’inscrit dans un trapèze presque isocèle ouvert à sa base sud. Sa hauteur actuelle est de moins d’un mètre pour trois de long à son maximum. L’intérieur est marqué par une légère inclinaison vers le nord dans le sens de la pente du versant. Une grosse dalle est fichée verticalement au sol au fond de la structure. L’absence d’ouverture sur les côtés ne milite pas pour un affût.

Sans couverture, la structure est montée en pierres sèches (dalles en plaque de schiste local de dimensions diverses, juste équarries) et présente des deux côtés e/o, des parois légèrement déclives par encorbellement, ce qui a fragilisé la couverture. S’est-elle effondrée ? Aucune trace cependant. Est-t-elle ainsi pour accueillir une couverture végétale ?

Il faudrait mieux observer le bâti en question, actuellement couvert de mousse et de fougères, sur le haut. Si la solution du four parait exclu, la cabane de berger est probable : ouverture au sud et guère éloignée du chemin. Par ailleurs, d’autres éléments bâtis détruits accompagnent ladite structure dont il est impossible de donner l’origine.

Loup pendu: le Livre de Chasse, folio 107, un haussepieds, Photo: Bibliothèque Nationale

Des mesures de salut public

Gariote? cabane? piège à loup? Étant donnée la variété des spécimens plus ou moins bâtis répertoriées à l’échelle de l’Europe, en l’état, il est difficile d’apporter une conclusion définitive.

Très tôt, les hommes se sont organisés pour lutter contre les fauves avec plus ou moins de réussite. D’abord, l’élimination fut l’affaire des lieutenants de louveterie. Pas question de partager le privilège de chasser avec les paysans.  Aussi il faut attendre la Révolution française pour assister progressivement à un recul général des populations de loups. Aux classiques battues, filets, mâtins, sonnailles (et même prières) s’ajoutent la strychnine et le fusil à percussions. A partir de 1795, leur carcasse fait même l’objet de primes. Variables dans le temps, celles-ci dépendent de la nature de la bête ( âge, mâle ou femelle, enragée). Ainsi, une véritable politique d’éradication est mise en place. Elle se renforce encore sous la IIIe République.

Aussi la présence du prédateur régresse jusqu’à disparaître dans le département à la toute fin du XIXe siècle. Depuis 2015, celui-ci est de retour dans l’Hérault. Il mène des incursions en Montagne noire autour du Pic de Nore. Mais c’est une autre histoire.

Une fosse à loup a été reconstitué à côté de la maison de Payrac. La voici.

 

Fosse à loups à Boissezon de Matviel, Photo: Jérôme Garcia

 Pour en savoir plus …

Un site enchanteur

illustration d’ouverture: Sextus Placitus, De medicina ex animalibus, vers 1180, Oxford, The Bodleian Library, 1462, folio 52


Le Souterrain de Brugnac

Le Souterrain de Brugnac

Portrait en milieu confiné

Au bord de la Vère, le souterrain de Brugnac

CASTELNAU-DE-MONTMIRAL – 43°96′ N 1°75’E

  Plonger dans un souterrain est toujours une expérience excitante; encore plus quand il s’agit d’y observer des figures dont on a le plus grand mal à donner un âge tant la pratique de graver ou dessiner est courante, y compris en milieu obscur. Ici, des gravures , sommes toutes assez classiques : animal, croix, cupules, silhouette humaine et arbalète.

Un segment de la galerie du souterrain. On remarquera la voûte en arête et le coude à angle droit au bout de cinq mètres de progression. La molasse de couleur oranger permet un creusement assez facile. Les parois portent des traces de blanchâtre de salpêtre. 

Un usage très terre à terre

À Castelnau-de-Montmiral, cela commence par la découverte d’un souterrain en 1954. Ce sont les années où les recherches étaient encouragées par les pouvoirs publics. Hantés par l’idée de devoir répondre à un conflit nucléaire, l’urgence était à l’inventaire des cavités à même de recevoir du public en cas de malheur. Excepté son ampleur, ce souterrain-là n’avait rien de bien exceptionnel. Un souterrain aménagé comme tant d’autres du département. 

Aujourd’hui encore, il occupe une friche sur une hauteur à une centaine de mètres de la route. Actuellement fermé au public à des fins de préservation, il présente deux réseaux presque distincts reliés juste par un goulot.

Le réseau sud est plus simple à visiter car il n’est pas inondé.  Il présente tout ce que peut nous réserver ce type de monument: escaliers, conduits d’aération, feuillures de porte, tablettes et  de nombreux silos au sol, y compris à l’extérieur du souterrain. Des ramifications complexes, une progression sinueuse le caractérise. À l’image de nos caves, les paysans s’en servaient pour stocker les vivres mais le cluzel a aussi servi de cachette, de refuge. Des détails matériels sont là pour en témoigner: fosses, coudes.

Un bas relief: tronc avec bras, visage réduit à sa plus simple expression. On peut s’interroger sur les raisons de l’emplacement de ce bas-relief en bout de galerie.
Fût, arc en triangle et corde. S’agit-il d’une arbalète ? La gravure ne montre ni noix de décoche, ni mécanisme. Un deuxième trait est gravé en bas à gauche.

Un fait le rend original quand même. Émerge de la paroi, sculptée, le haut d’une silhouette anthropomorphe d’une cinquantaine de centimètres au visage sans bouche, ni yeux, le bras droit replié. Placée en position bien visible au bout d’une galerie, elle ne laisse personne indifférent. Quel était l’intention de l’auteur ? Abîmée suite à l’ouverture des lieux, elle comportait des cupules peu visibles aujourd’hui.

Mais d’autres éléments gravés sont repérables. Certes, moins spectaculaires. Dans une salle, on remarque la présence d’un petit mammifère à quatre pattes et des croix perlées.

Mais plus intéressant encore est la présence, toujours gravée sur une paroi, d’une arbalète. Très fréquents en Europe, les signes « arbalètiformes » furent longtemps des dateurs de l’Âge du bronze avant d’être interprétés aussi comme la célèbre arme du Moyen Âge. Symbole ? Arme ? Le débat n’est pas tranché. Ici, la figure apparaît dans un contexte médiéval.

Autel ou banquette. En bas à gauche l’ouverture d’un silo. Des conduits d’aération sont visibles sur le haut.
Un animal, des croix et des motifs en triangle dans une partie couverte de salpêtre blanchâtre
… du Moyen Âge central.

En effet, la fouille des silos réalisée par nos amis de la SSPCV en 1998 met au jour un matériel du XIe, XIIe siècle, probable époque du creusement. Ce qui s’est passé après pose question. Des traces d’incendie montrent que le lieu n’était pas à l’abri de ce genre de catastrophe. 

Seule une minorité de souterrain offre des gravures aussi élaborées. La plupart du temps, quand des gravures sont présentes,  il faut se contenter d’une croix, d’une date, d’un nom. Toutefois – si l’on dépasse le cadre du département – la pratique de graver ou d’écrire est loin d’être exceptionnel. Parmi, les plus spectaculaires, en Touraine, à la Roche-Clermault, un orant sculpté occupe la salle terminale du réseau. Il est accompagné de tout un registre de graffitis religieux. 

 

Petite croix bouletée ou perlée bien visible
Hors du temps et coupé du monde

Ces gravures troublantes laissent peu de place au doute. Elles sont l’expression d’une forme artistique en milieu confiné. Bergeries, prisons, blockhaus et même toilettes sont l’occasion d’un déploiement de formes artistiques qui vont parfois bien au-delà du simple prénom ou d’une date. Lieu de culte, pas forcément mais lieu d’inspiration, c’est certain. Obscurité, air saturé d’humidité, absence de son, installe l’homme dans un isolement propice à la création.

 

 En savoir plus …


Le dolmen de Mespel

Le dolmen de Mespel

La Maison des morts

Au sud du causse de Limogne, le dolmen du Rouzet

LARROQUE – 44°00′ N 1°70’E

Apparaissent très bien les deux dalles verticales. Noyées dans les éboulis et délitées par l’érosion, les tranches affleurent. L’intérieur du dolmen(la chambre) est aujourd’hui comblée.

Certes au départ c’est un peu déconcertant. Le premier coup d’oeil donne davantage à penser à un pierrier parmi les nombreux qui peuplent les plateaux au sud de Mespel. Et pourtant, à bien regarder, plusieurs indices indiquent une construction préhistorique de belle facture.

Relevé pierre par pierre du monument réalisé par Bernard Pajot en 1986. On distingue deux dispositifs consécutifs, preuve que le monument a été agrandi. On remarque la chambre primitive, la plus à l’est, et la deuxième chambre dans l’alignement de la première(source: Mémoire de la Société archéologique du Midi).

On l’oublie souvent mais le Tarn compte une petite quarantaine de dolmens bien identifiés dont la majorité est installée dans la frange nord/ouest du département. Ces très vieux monuments n’ont pas la renommée des sites armoricains mais ils reflètent le passé de peuples disparus  il y a 5000 ans au Néolithique.

Souvent de taille modeste et dans un état de conservation précaire, les dolmens posent toute une série de questions et animent des débats sans fin sur les motivations et les croyances de leurs auteurs.

Certains de ces dolmens furent l’occasion déjà de compte-rendus comme celui de Peyroseco ou encore celui de Peyrelevade à Vaour.

Un grand dolmen caussenard

Le spécimen de Mespel est un immense amas de pierres à la forme allongée. Il mesure autour de vingt mètres pour douze de largeur. Il est encore bien visible aujourd’hui dans une clairière.

La plupart du temps, ces dolmens, ont été fouillés anciennement, voire pillés, nous privant ainsi d’informations. Celui-ci, une fois n’est pas coutume, a subit une fouille rigoureuse par Bernard Pajot dans les années quatre-vingt.

Plan du premier dolmen: tumulus et chambre. Lors de la fouille, on distinguait très bien le chevet du dolmen. Il était constitué d’un parement de dalettes de calcaire empilées

Ouvert à l’ouest, on apprit à cette occasion que le monument ne comportait pas une chambre mais deux alignées comme si on avait voulu agrandir la première. Agrandir sans détruire, ni mutiler l’état antérieur. La chambre sépulcrale la plus récente devait être couverte d’une dalle en grès dont l’équipe découvrit quelques traces discrètes.

Un lieu d’inhumation collective

La vocation sépulcrale des lieux fut confirmée par la récolte de  nombreux ossements humains. Quelques 1500 dents et même des crânes ont été reconstitué. Certains montrent d’ailleurs des traces de découpage intentionnel.

On y trouva des parures en stéatite, un anneau en schiste, deux pointes de flèche, un vase complet et de minuscules tessons de céramique de la période du bronze final.  

Fort probablement chaque petit village construisait son dolmen. Au fur et à mesure de l’accroissement de la population, on l’agrandissait.

A une époque beaucoup plus récente, le dolmen servit de cabane à berger avant de sombrer dans l’oubli.

Ce dolmen comme beaucoup d’autres constituent aujourd’hui le plus ancien patrimoine construit par les hommes. Beaucoup de communes ont compris l’intérêt de ce type de monument et participe à leur entretien, voir à leur mise en valeur comme Saint-Antonin-Noble-Val avec le dolmen du Pech dans le Tarn et Garonne. 

Voilà l’état du dolmen à la fin du printemps 2020. Il se résume un immense  tas de pierres. La taille de ces tumulus prouve qu’ils devaient être conçus pour être vu de loin. Celui de Mespel en position dominante ne fait pas exception.

Cadrage

Des sociétés rurales et villageoise se mettent en place dans la Tarn au cours du IIIe millénaire avant J.-C. Elles présentent une forme de religion liée aux ancêtres. Elles s’affirent grâce à une innovation: les mégalithes, conçus pour protéger leurs morts et pour les honorer. Aux techniques de construction assez facile à observer s’ajoutent des rites qui nous sont totalmeent inconnus.