Le Souterrain de Brugnac

Le Souterrain de Brugnac

Portrait en milieu confiné

Au bord de la Vère, le souterrain de Brugnac

CASTELNAU-DE-MONTMIRAL – 43°96′ N 1°75’E

  Plonger dans un souterrain est toujours une expérience excitante; encore plus quand il s’agit d’y observer des figures dont on a le plus grand mal à donner un âge tant la pratique de graver ou dessiner est courante, y compris en milieu obscur. Ici, des gravures , sommes toutes assez classiques : animal, croix, cupules, silhouette humaine et arbalète.

Un segment de la galerie du souterrain. On remarquera la voûte en arête et le coude à angle droit au bout de cinq mètres de progression. La molasse de couleur oranger permet un creusement assez facile. Les parois portent des traces de blanchâtre de salpêtre. 

Un usage très terre à terre

À Castelnau-de-Montmiral, cela commence par la découverte d’un souterrain en 1954. Ce sont les années où les recherches étaient encouragées par les pouvoirs publics. Hantés par l’idée de devoir répondre à un conflit nucléaire, l’urgence était à l’inventaire des cavités à même de recevoir du public en cas de malheur. Excepté son ampleur, ce souterrain-là n’avait rien de bien exceptionnel. Un souterrain aménagé comme tant d’autres du département. 

Aujourd’hui encore, il occupe une friche sur une hauteur à une centaine de mètres de la route. Actuellement fermé au public à des fins de préservation, il présente deux réseaux presque distincts reliés juste par un goulot.

Le réseau sud est plus simple à visiter car il n’est pas inondé.  Il présente tout ce que peut nous réserver ce type de monument: escaliers, conduits d’aération, feuillures de porte, tablettes et  de nombreux silos au sol, y compris à l’extérieur du souterrain. Des ramifications complexes, une progression sinueuse le caractérise. À l’image de nos caves, les paysans s’en servaient pour stocker les vivres mais le cluzel a aussi servi de cachette, de refuge. Des détails matériels sont là pour en témoigner: fosses, coudes.

Un bas relief: tronc avec bras, visage réduit à sa plus simple expression. On peut s’interroger sur les raisons de l’emplacement de ce bas-relief en bout de galerie.
Fût, arc en triangle et corde. S’agit-il d’une arbalète ? La gravure ne montre ni noix de décoche, ni mécanisme. Un deuxième trait est gravé en bas à gauche.

Un fait le rend original quand même. Émerge de la paroi, sculptée, le haut d’une silhouette anthropomorphe d’une cinquantaine de centimètres au visage sans bouche, ni yeux, le bras droit replié. Placée en position bien visible au bout d’une galerie, elle ne laisse personne indifférent. Quel était l’intention de l’auteur ? Abîmée suite à l’ouverture des lieux, elle comportait des cupules peu visibles aujourd’hui.

Mais d’autres éléments gravés sont repérables. Certes, moins spectaculaires. Dans une salle, on remarque la présence d’un petit mammifère à quatre pattes et des croix perlées.

Mais plus intéressant encore est la présence, toujours gravée sur une paroi, d’une arbalète. Très fréquents en Europe, les signes « arbalètiformes » furent longtemps des dateurs de l’Âge du bronze avant d’être interprétés aussi comme la célèbre arme du Moyen Âge. Symbole ? Arme ? Le débat n’est pas tranché. Ici, la figure apparaît dans un contexte médiéval.

Autel ou banquette. En bas à gauche l’ouverture d’un silo. Des conduits d’aération sont visibles sur le haut.
Un animal, des croix et des motifs en triangle dans une partie couverte de salpêtre blanchâtre
… du Moyen Âge central.

En effet, la fouille des silos réalisée par nos amis de la SSPCV en 1998 met au jour un matériel du XIe, XIIe siècle, probable époque du creusement. Ce qui s’est passé après pose question. Des traces d’incendie montrent que le lieu n’était pas à l’abri de ce genre de catastrophe. 

Seule une minorité de souterrain offre des gravures aussi élaborées. La plupart du temps, quand des gravures sont présentes,  il faut se contenter d’une croix, d’une date, d’un nom. Toutefois – si l’on dépasse le cadre du département – la pratique de graver ou d’écrire est loin d’être exceptionnel. Parmi, les plus spectaculaires, en Touraine, à la Roche-Clermault, un orant sculpté occupe la salle terminale du réseau. Il est accompagné de tout un registre de graffitis religieux. 

 

Petite croix bouletée ou perlée bien visible
Hors du temps et coupé du monde

Ces gravures troublantes laissent peu de place au doute. Elles sont l’expression d’une forme artistique en milieu confiné. Bergeries, prisons, blockhaus et même toilettes sont l’occasion d’un déploiement de formes artistiques qui vont parfois bien au-delà du simple prénom ou d’une date. Lieu de culte, pas forcément mais lieu d’inspiration, c’est certain. Obscurité, air saturé d’humidité, absence de son, installe l’homme dans un isolement propice à la création.

 

 En savoir plus …


Le dolmen de Mespel

Le dolmen de Mespel

La Maison des morts

Au sud du causse de Limogne, le dolmen du Rouzet

LARROQUE – 44°00′ N 1°70’E

Apparaissent très bien les deux dalles verticales. Noyées dans les éboulis et délitées par l’érosion, les tranches affleurent. L’intérieur du dolmen(la chambre) est aujourd’hui comblée.

Certes au départ c’est un peu déconcertant. Le premier coup d’oeil donne davantage à penser à un pierrier parmi les nombreux qui peuplent les plateaux au sud de Mespel. Et pourtant, à bien regarder, plusieurs indices indiquent une construction préhistorique de belle facture.

Relevé pierre par pierre du monument réalisé par Bernard Pajot en 1986. On distingue deux dispositifs consécutifs, preuve que le monument a été agrandi. On remarque la chambre primitive, la plus à l’est, et la deuxième chambre dans l’alignement de la première(source: Mémoire de la Société archéologique du Midi).

On l’oublie souvent mais le Tarn compte une petite quarantaine de dolmens bien identifiés dont la majorité est installée dans la frange nord/ouest du département. Ces très vieux monuments n’ont pas la renommée des sites armoricains mais ils reflètent le passé de peuples disparus  il y a 5000 ans au Néolithique.

Souvent de taille modeste et dans un état de conservation précaire, les dolmens posent toute une série de questions et animent des débats sans fin sur les motivations et les croyances de leurs auteurs.

Certains de ces dolmens furent l’occasion déjà de compte-rendus comme celui de Peyroseco ou encore celui de Peyrelevade à Vaour.

Un grand dolmen caussenard

Le spécimen de Mespel est un immense amas de pierres à la forme allongée. Il mesure autour de vingt mètres pour douze de largeur. Il est encore bien visible aujourd’hui dans une clairière.

La plupart du temps, ces dolmens, ont été fouillés anciennement, voire pillés, nous privant ainsi d’informations. Celui-ci, une fois n’est pas coutume, a subit une fouille rigoureuse par Bernard Pajot dans les années quatre-vingt.

Plan du premier dolmen: tumulus et chambre. Lors de la fouille, on distinguait très bien le chevet du dolmen. Il était constitué d’un parement de dalettes de calcaire empilées

Ouvert à l’ouest, on apprit à cette occasion que le monument ne comportait pas une chambre mais deux alignées comme si on avait voulu agrandir la première. Agrandir sans détruire, ni mutiler l’état antérieur. La chambre sépulcrale la plus récente devait être couverte d’une dalle en grès dont l’équipe découvrit quelques traces discrètes.

Un lieu d’inhumation collective

La vocation sépulcrale des lieux fut confirmée par la récolte de  nombreux ossements humains. Quelques 1500 dents et même des crânes ont été reconstitué. Certains montrent d’ailleurs des traces de découpage intentionnel.

On y trouva des parures en stéatite, un anneau en schiste, deux pointes de flèche, un vase complet et de minuscules tessons de céramique de la période du bronze final.  

Fort probablement chaque petit village construisait son dolmen. Au fur et à mesure de l’accroissement de la population, on l’agrandissait.

A une époque beaucoup plus récente, le dolmen servit de cabane à berger avant de sombrer dans l’oubli.

Ce dolmen comme beaucoup d’autres constituent aujourd’hui le plus ancien patrimoine construit par les hommes. Beaucoup de communes ont compris l’intérêt de ce type de monument et participe à leur entretien, voir à leur mise en valeur comme Saint-Antonin-Noble-Val avec le dolmen du Pech dans le Tarn et Garonne. 

Voilà l’état du dolmen à la fin du printemps 2020. Il se résume un immense  tas de pierres. La taille de ces tumulus prouve qu’ils devaient être conçus pour être vu de loin. Celui de Mespel en position dominante ne fait pas exception.

Cadrage

Des sociétés rurales et villageoise se mettent en place dans la Tarn au cours du IIIe millénaire avant J.-C. Elles présentent une forme de religion liée aux ancêtres. Elles s’affirent grâce à une innovation: les mégalithes, conçus pour protéger leurs morts et pour les honorer. Aux techniques de construction assez facile à observer s’ajoutent des rites qui nous sont totalmeent inconnus.

 

Le Roc des Anglais

Le Roc des Anglais

Le Roc des Anglais

Un village fantôme dans la falaise

ALBAN – 43°90′ N 2°47’E

Le plan du lieu levé par Louis Malet du CAPA en 2006. On a décompté une quarantaine de cases-encoches. Deux possibilités de castelas sur le haut de l’arête rocheuse. Le lieu est dangereux, il faut s’y aventurer en faisant attention.

À quelques kilomètres au nord d’Alban, découvrez un village déserté depuis longtemps. Il témoigne de la patiente des hommes à creuser la roche pour en faire un lieu de travail et de vie. Aujourd’hui, en ces lieux, très fréquentés il y a mille ans, la nature sauvage a repris ses droits.

Enclos creusé avec saillie rocheuse sur une vire. Utilisaté indéterminée.

Pas moins d’une trentaine d’ « habitats excavés ou demi-excavés » s’ancrent dans la falaise qui plonge à l’est vers le ruisseau de Nogaret. « Habitat excavé », il faut entendre par ce terme savant, des empreintes de maisons conservées dans la roche. Il fut une époque, on parlait de « cases-encoches ».

Elles se composent presque toujours d’une paroi arrière verticale, d’un sol horizontal et de parois latérales verticales avec une hauteur dégressive, soit creusées dans la roche, soit montées en pierres séches. Elles sont l’occasion d’ « opes » (de trous) afin de recevoir poutres et solives supportant la toiture.

Angle d’une case-encoche. Les parois comportent de nombreuses traces de pic de creusement.

Trou qui portait une traverse de plancher ou une toiture.

À Alban, de tailles variées, elles se serrent au soleil en balcon sur l’abrupt. Elles sont reliées entre elles par tout un réseau de conduites afin de drainer les eaux.

Encore bien visible, un sentier avec escaliers réunit plusieurs plates-formes à différents étages de la falaise. Certaines cases sont aujourd’hui hors d’atteinte sans l’équipement d’alpiniste.

Ça et là, des murs de pierres sèches complètent le dispositif. D’autres « cases-encoches » ont été révélées, plus au nord, à proximité des mines.

Le tout ne manque pas de pittoresque quand on a un peu d’imagination. L’ensemble devait marier la roche et le bois pour produire un effet singulier.

C’est assez exceptionnel pour le mentionner, trois de ces « cases » furent fouillées en 1969 par André Soutou. Elles livrèrent alors quelques restes d’outils agricole en fer (soc de charrue, faucille) et de la céramique typique du haut Moyen Âge.

Plan d’une case-encoche accompli lors des fouilles de André Soutou en 1969

Détail intéressant, on préleva aussi des lauzes de schiste percées d’un trou, preuve que des toits étaient couverts de cette façon.

Quant au petit château qui devait exister, il est aux abonnés absents aujourd’hui. Pèse sur deux éminences rocheuses aplanies de forte présomptions. Reste à savoir sous quelle forme ? Donjon carré en bois, pierre, les deux. On peut se faire une idée en jetant un coup d’oeil sur la Tour Saint Gille d’Ambialet.

Rigole ou saignée pour faciliter les écoulements dans la pente. On trouve aussi des feuillures de porte, des emboîtures.

Trou de poteau

Des sites de ce type, rendus à la nature, ne sont pas exception. Il en existe des dizaines à Font-Renard, à Castelpanis, à Labastide, à Larroque. Pour ne parler que du Tarn.

Mais à quoi avons-nous affaire exactement ? Pourquoi ce village ? Pourquoi ici, à l’aplomb ? Un village de mineurs comme le soutenait André Soutou, plutôt un village d’agriculteurs comme en témoigne le matériel découvert. Les deux peut être. La question reste entière.

Un certitude, nous parlons d’une époque très ancienne : le Haut Moyen Âge. Les archives évoquent une seigneurie du XIIe au XVIe siècle. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait rien avant.

Le causse de Magrou : au présent et au passé

Le causse de Magrou : au présent et au passé

Parlons d’une agréable petite balade au nord de Penne pour les membres du CAPA en guise de retrouvailles après un séjour confiné. Nous étions dix: pas un de plus, pas un de moins.

Le paysage tel qu’il était il y a plus de cent ans, en 1910. Source: coll. Alet Ed. Daynes Montauban

Vue d’un belvédère naturel

Le Causse de Magrou offre un spectacle saisissant pour qui veut voir Penne et son château dans sa partie occidentale. À propos du paysage, la comparaison est édifiante entre celui de 1910 et celui d’aujourd’hui quant à la déprise rurale. Le Causse d’Anglar était il y a un siècle couverts de vignes et d’un réseau de chemins. Il en va tout autrement aujourd’hui.

À propos du village, même constat. Des jardins des bords du cap de Biou, ne restent que des rampes d’escalier, le lavoir et un pont que l’on ne voit pas sur la carte postale.


Même cliché du belvédère au printemps 2020. Source: CAPA

Identité du causse

Ce causse est composé au sud d’une pelouse sèche qui réserve des orchidées en cette saison propice. Il est aujourd’hui classé ZNIEFF où zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique.

Au nord, c’est plus boisé. Les calcaires Bajociens qui dominent Penne  réservent en leur partie basse peu d’abris-sous-roche. Exposés plein nord, ils ne semblent pas propices à l’habitat. À peine avons nous remarqué un petit abri avec un mur en pierres sèches.

Une petite cavité de l’ordre du mètre de diamètre en pleine falaise en dessous du chemin mériterait peut-être une visite.

Sont visibles aussi des garennes aménagées récemment et des reliques de murs d’enclos pastoraux perpendiculaires à l’aplomb rocheux avec un passage ancien aménagé au niveau du chemin.

Menhir ou pas menhir, là est la question

La deuxième partie de la visite nous a conduit au « menhir » dit de Saint-Paul-de-Mamiac dans la portion sud du causse au niveau de la maison de Magrou. Ici, le curé de Penne repéra un menhir que popularisa Gilbert Duchêne. C’était dans les années cinquante. Le mégalithe eut l’honneur d’une mention dans un ouvrage de synthèse de Jean Clottes, certainement à l’initiative de Jean Lautier.

Peu connu, le menhir de Saint-Paul-de-Mamiac. Mensurations: 2,60 X 1,95 X 0,60 orienté nord sud. Le haut est usée par les intempéries.

Difficile de certifier l’existence d’un menhir. En calcaire, aucune trace de taille n’est identifiable. Celui-ci se présente sous la forme d’une grande dalle. La tranche donne sur un très ancien chemin. La dalle ainsi dressée a-t-elle fait l’objet d’un déplacement, d’une élévation ou d’un positionnement ? Ce n’est pas impossible. Le bloc résulte d’une arête rocheuse, orientée nord ouest / sud est en bord de chemin. Le menhir repose tout entier sur une autre dalle horizontale visible au sol. Est-ce un bloc de calage ?

 

Vous avez dit « menhir » …

Un menhir est une pierre dressée par les hommes. Il peut être seul. Ils peuvent être plusieurs alignés dans un même axe ou former un cercle. Ces monuments remontent à la période du Néolithique du Ve au IIe millénaires. Il arrive que ces pierres soit sculptées de façon fruste ou beaucoup plus subtile dans le cas des statues-menhirs dont nous avons déjà parlé.

Si sa fonction initiale est discutée, presque partout, le menhir impose sa présence dans des mythes. Il inspire des légendes. Bien sûr, les hommes lui prêtent des pouvoirs.

Dans l’attente du Ciel

Dans l’attente du Ciel

En l’église Saint Eugène à Vieux, un Jugement dernier et des épisodes de la Passion nous renvoient aux croyances et dévotions du XVe siècle finissant.

L’église Saint Eugène de Vieux fait partie de la dizaine d’églises recensées dans le Tarn qui comportent des peintures murales d’origine médiévale.

Le bâtiment actuel répond à un programme de reconstruction remontant au début du XIVe siècle. Le clocher-tour, construit un peu plus récemment, au XV siècle, comporte au rez-de-chaussée une chapelle voûtée d’ogives à cavets retombants. Elle est de taille modeste. C’est là que se déploient les peintures.

Aussi, il y a de fortes chances pour que celles-ci remontent à cette période. C’est le moment où les célèbres reliques – toutes ou en partie – quittent l’église pour rejoindre la cathédrale d’Albi à l’initiative de Louis d’Amboise.

La totalité de la surface est traitée. Trois murs, un plafond et même les embrasures de la fenêtre sont décorés. Plusieurs couches picturales successives se sont superposées avec le temps. Çà et là, des effacements de pigments sont manifestes. Ce qui rend la lecture de la composition délicate. Il semble cependant, que la détérioration n’ait pas empiré depuis 1956, année où Charles Hurault, photographe des Monuments Historiques, prend les premiers clichés en noir et blanc.

On ignore pour l’instant l’historique précis des restaurations et l’origine des altérations.

La peinture la plus ancienne correspond à la première couche de badigeon. C’est elle qui nous intéresse. Elle montre une certaine fidélité aux codes iconographiques de la période considérée: la fin du Moyen Âge.

L’œuvre a valu une mesure de classement au MH en février 1908.

La lecture du récit s’effectue du mur sud vers le mur nord qui présente la Parousie. Tous les épisodes sont encadrés par des bandes colorées avec des frises.

Sur le mur sud : le Jugement dernier et les préludes à la Passion

Vue d’ensemble des peintures du mur sud pour les registres supérieur et intermédiaire.

Couronne la composition, l’archange Michel pour la Pesée des Âmes. Le soldat de dieu en armure tient la balance qui comporte de tout petits personnages. Sont-ce les âmes ?

L’archange Michel terrasse le diable. Son armure ( gantelets, cubutières, cuissardes, genouillères ) et ses chausses à la poulaine sont typiques du XVe siècle. Des ailes, on ne voit vraiment que les bordures très stylisées.

Saint Michel écrase le diable tricheur qui tire un plateau de la balance vers le bas. Il est représenté sous forme humaine mais des éléments comme les yeux brillants, les pieds fourchus avec des griffes, les crocs, les cornes, la queue, les poils rappellent sa nature bestiale. Il est de couleur ocre rouge. À lui seul, le diable représente tout l’Enfer.

À gauche des deux protagonistes centraux , un homme, privé de son sexe, à droite une femme, ils sont jambes fléchies, les mains jointes. Les ressuscités s’exposent dans leur nudité. Ils ne sont pas sans parenté avec ceux du Jugement dernier de la cathédrale d’Albi.

En arrière fond, un semis de motifs en forme de chardon est réalisé au pochoir.

Au registre inférieur, c’est l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, un jour avant la Cène. Jésus, pieds nus, est monté sur un âne bridé couvert des vêtements des disciples qui le suivent. Le Christ accomplit un signe de bénédiction avec la main droite; il porte un orbe dans la main gauche.

Jésus aux portes de Jérusalem sur un âne.

En haut, un petit homme a grimpé au sommet d’un arbre. Il taille des feuilles et crie Hosanna ! Un autre, devant le cortège royal, glisse un vêtement sous les pattes avant de l’animal .

Le cortège est accueilli par une femme devant une des portes de Jérusalem. Elle semble agiter une cloche. Est-ce une allusion à Marthe qui accueille Jésus un peu avant chez elle ? Pour tout paysage urbain, nous avons une tour circulaire crénelée couverte d’un toit.

La Cène réunit les Douze Apôtres devant Jésus. Ils ne sont pas facilement identifiables, excepté Jean l’évangéliste assoupi. Un seul convive est dessiné derrière la table et détourne la tête, désignant le Christ de la main: il s’agit de Judas. Il est plus petit. Sur la nappe, il y a des gobelets vides de vin, des pains dorés circulaires et trois poissons. Une salière est visible au-dessus de la main de Juda.

Dernier repas du Christ avec les Douze Apôtres

Jésus domine l’assemblée , il esquisse un geste de bénédiction de sa main droite et dans la gauche, il tient l’orbe. Son traitement laisse à désirer, nous en reparlerons.

Un apôtre est à l’origine d’un phylactère à la droite de Jésus.

Dernier tableau au sud: le Christ au Jardin des Oliviers. Il est accompagné de trois apôtres endormis. Il y a Pierre, Jean et Jacques le Mineur. Des anges, invisibles ici, offrent au Christ un calice à boire. C’est l’occasion d’un phylactère:  » Pater me « .

Prière dans le Jardin. Cette scène de la Passion est traitée de façon très classique. Pas d’allusion à la nuit et aux étoiles .

Sur la paroi ouest de l’église: l’Annonciation

Ce mur est percé d’une baie en arc plein cintre, ce qui réduit d’autant la composition.

En haut, se déroule l’Annonciation. L’Archange Gabriel fait face à la Vierge devant un pupitre. Un phylactère comporte « Ave Maria ». Les deux protagonistes sont séparés au niveau de la voûte par des végétaux enroulés. Une fleur à huit pétales se trouve au pinacle. En arrière fond, on observe aussi des motifs à pochoir. La fenêtre qui constitue une source de lumière est peut être un élément du dispositif iconographique.

La Vierge agenouillée face à l’Archange.

À gauche, la Trahison de Judas est détériorée. Le Christ est embrassé par Judas qui le désigne ainsi à la soldatesque. Judas est petit comme sur la pointe des pieds pour étreindre le Christ. À gauche de Jésus, il semblerait que Pierre sorte une épée de son fourreau pour trancher l’oreille de Malchus. Il y a foule, une dizaine de personnages, certains sont en arme. Un phylactère accompagne la composition

La Trahison de Judas

Sur le panneau de droite, Pilate juge le Christ. Un esclave blond lui apporte de l’eau. Un fragment de phylactère en caractères gothiques: « Innocens ego sum »

Jugement du Christ par Pilate. Un personnage à bonnet juif anime la scène.

Les embrasures de la fenêtre et le pourtour sont enrichis par une frise de feuillages et de fleurs.

Sur le paroi nord de l’église: sous le Christ, le cycle de la Passion

Dans le registre supérieur, on observe le Christ barbu dans un manteau de pourpre doublé de blanc, le Christ triomphant: la Parousie. Son manteau de pourpre lui sert d’autel. Il tend les bras sur un arc-en-ciel de couleurs. Ses mains sont percées et laissent échapper du sang. D’autres stigmates sont visibles comme sur son flanc droit. L’accent mis sur les traces laissée à la crucifixion rappelle aux fidèles que le Christ est, avant tout, un Rédempteur.

La Parousie

Il a la tête ceinte d’un nimbe orné. Autour de lui sont placés deux anges debout, les ailes déployées, ils sonnent de la trompette. Derrière les personnages, un ciel pâle est piqueté d’étoiles à six branches, pourpres. C’est le Jugement dernier.

Dans le registre central, à gauche, on assiste sous un ciel plein de nuage à la Flagellation du Christ attaché à une colonne. C’est le supplice voulu par Pilate. La tête du Christ est effacée. Il est en pagne, les pieds nus, tandis que les deux Romains sont habillés avec des chausses moulantes, dont l’une est peut être bicolore. Les chausses couvrent le pied. 

La flagellation du Christ

Au centre, on observe une scène de la Passion: la montée au Calvaire et le soutien de Simon de Cyrène à droite qui porte le bas de la croix. Un personnage à chapeau énigmatique à gauche porte une canne et accompagne le Christ.

Sur la gauche, un personnage intrigant avec un chapeau à rayure

À droite, c’est la crucifixion. Au pied du Christ en croix, figurent Marie-Madeleine, Marie et Jean. Un personnage, devant la croix, montre le Christ. Il ressemble de par ses vêtements au personnage à chapeau précédent. On retrouve la même silhouette sur la composition ouest dans la trahison de Judas.

Le plafond

Un croisement d’ogives tout en décors

Le motif ( blason ? ) de la clé de voûte, au croisement des deux arcs d’ogives, a probablement disparu. Les arcs moulurés sont peints avec une alternance de couleur blanche et brun clair.

Le plafond polychrome présente un décor de faux appareils avec parfois des motifs au pochoir. On peut le découper en quatre parties. La partie occidentale, à l’approche de la baie, présente un ciel. Il fut noir, peuplé d’étoiles à six branches jaunes. Aujourd’hui, la couleur est très dégradée. Dans un médaillon, un visage est peint dont il est difficile de cerner la nature si ce n’est qu’il participe à la représentation d’un soleil dont on repère les rayons. Cette portion de voûte est en mauvais état. Des moellons, issus d’un remontage, apparaissent en mauvaise posture.

Les rayons du soleil

La partie méridionale est décorée de faux appareils avec des fleurs à cinq pétales. Un médaillon présente un fragment de visage nimbé sur un fond noir.

Un visage s’inscrit dans un disque

La partie orientale répond à un décor en symétrie de la partie occidentale. Le visage nimbé du médaillon a quasiment disparu.

Une lecture du visage difficile.

Enfin, la partie septentrionale est ornée d’un décor de fleurs à pétales avec encore un médaillon.

On ne saurait dire quelle est l’origine de ce visage.

Rien de vraiment explicite et reconnaissable dans le dispositif mis en place. À quel titre associer ces figures ? La question reste entière.

Les vertus et les péchés

Au bas de la composition, s’affichent les vertus chrétiennes: trois panneaux au nord, deux panneaux à l’ouest et quatre au sud.

On parvient à distinguer une femme coiffée d’un chaperon. Elle tient un miroir qui la reflète. Est-ce la représentation d’un vice: la coquetterie ?

Par ailleurs, le panneau nord montre Véronique qui avait prêter un voile au Christ lors de la Passion. Celui-ci le lui rend, il est marqué de son visage: la Sainte-Face.

Ils ont mal résisté à l’usure du temps mais des indices ça et là permettent à Jean Ratier une interprétation audacieuse et intéressante. Aussi, nous renvoyons les lecteurs à son ouvrage.

Une touchante maladresse de l’âge gothique

Les visages sont répétitifs. Les traits sont indiqués par des cils, des sourcilles fins tracés au noir; par la ligne du nez et la bouche serrée à la lèvre inférieure aussi. Le Christ dans la Cène présente des traits épais. La qualité d’exécution n’est pas sans reproche. Et on ne peut pas l’imputer qu’aux dégradations engendrées par le temps.

Mais c’est encore dans les mises en perspective que les maladresses sont le plus évidentes. On l’observera avec le pupitre de la Vierge, la table de la Cène et l’arc-en-ciel de Saint Michel, entre autres..

Un repentir montre un visage et des mains donnant la sensation de la présence d’un spectre au niveau de la Montée au Calvaire.

Un visage « spectral » apparait dans la Montée au Calvaire. Grâce aux mains, on remarque qu’il appartient à la composition et n’est pas le fruit d’un recouvrement ultérieur.

La palette utilisée est la plupart du temps limitée aux ocres de la gamme des rouge. Le noir est réservé aux contours et au plafond dans les médaillons, au niveau des cheveux et dans la réalisation des phylactères. Quelquefois du vert est observable. Mais il est très altéré avec le temps. On le constate très bien au niveau de l’arc en ciel et du serviteur de Pilate.

À travers les coiffes visibles, le déploiement de cadres, l’armure de Saint-Michel, la calligraphie des inscriptions, on est dans le XVe siècle finissant.

Il y a bel et bien une unité de réalisation qui peut faire penser que l’oeuvre en question a été confiée à un seul et même peintre.

Dans sa belle unité, ce décors peint témoigne de la vitalité créative dans les campagnes au XVe siècle avant la Renaissance, déjà bien avancée en Italie et dans les grandes villes de la région.

L’étude des couches d’enduits, possible à certains endroits où ils sont conservés, pourrait nous renseigner plus précisément encore sur la nature des pigments et sur l’historique de la composition.

Un autre décor peint est visible dans une chapelle latérale sud. Celui-ci est plus récent. Il y a aussi des graffitis mais ceci est une autre histoire.

Référence à l’inventaire général : http://patrimoines.laregion.fr/fr/rechercher/recherche-base-de-donnees/index.html?notice=IA81011967

Référence base POP: https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00095656

Victor Allègre, L’Art roman dans la région albigeoise, Albi, 1943, p.

Mention: DR Mendygral pour tous les clichés. Ils sont soumis à autorisation en cas de reproduction.

Un patrimoine caché: la chapelle/oratoire de Notre Dame de Larroque

Un patrimoine caché: la chapelle/oratoire de Notre Dame de Larroque

Parce que son état suscite des inquiétudes, arrêtons-nous sur un patrimoine modeste à l’abandon. Celui de la chapelle rupestre de Notre Dame de Larroque. Elle est installée sur un domaine privé.

 

Une carte postale du début du XXe siècle montre une statue de la Vierge aujourd’hui disparue et l’installation de bancs pour les fidèles. On devine aussi un bénitier. A cette époque, la chapelle était fréquentée.

Sortie du CAPA le 28/10/2019

B. ALET ( Photos: F. TAYAC )

Aménagé(e) dans une anfractuosité de la paroi calcaire surplombant le château de Larroque, cette chapelle ou oratoire occupe une petite esplanade en avant d’un abri sous roche. Depuis l’esplanade, on peut jouir d’une belle vue sur le bourg de Larroque et, au loin, sur le site fortifié de Puycelsi.

 

L’abri sous roche a été aménagé en sanctuaire. Celui-ci s’enfonce juste de quelques mètres dans la paroi. Au-delà du porche, une terrasse est aménagée à ciel ouvert. Elle permet la célébration du culte. Le lieu n’est pas sans rappeler la grotte de Massabielle devenue célèbre à partir de 1858.

Cet oratoire fut aménagé par la famille de Tholozany au milieu du XIXème siècle, probablement entre 1852 et 1858, au temps de Léonard de Tholozany (1811-1874) et de sa femme Marie-Almodie de Martin de Viviès (1827-1892), alors propriétaires du château de Larroque. Ayant eu des enfants morts en bas-âge et/ou souhaitant avoir un enfant mâle, ils auraient fait édifier cet oratoire « pour résoudre ce problème de pro-création » (D. LODDO, 2010, p.464).

 

L’autel est composé d’un bloc sous forme de corniche avec motif à palmes. Il repose sur un support creusé de trois voutes.
Le retable porte des motifs de décoration. La pierre de consécration a été arrachée.

En dessous de l’abri sous roche, se trouve un bel autel, malheureusement dégradé par les intempéries, autel en pierre calcaire recouvert de stuc sculpté (stuc provenant probablement des carrières de gypse à plâtre des Merlins, propriété de la famille de Tholozany). Au dessus de l’autel, sur un socle calcaire, se trouvait une belle statue en pierre, aujourd’hui disparue, dédiée à la Vierge Marie. A l’arrière de l’autel, on trouve une galerie fossile de plus de 6 m de long qui a été murée pour bâtir l’autel. Plusieurs ex-votos ont été accrochés ou scellés à la paroi, dont le dernier en 1982 de Madeleine de Tholozany (1896-1991), petite-fille de Léonard et Almodie de Tholozany. L’esplanade, sur laquelle étaient installés 6 bancs, est délimitée par une balustrade ouvragée en fer forgé assez bien conservée.

 

Ex-voto sur plaque de marbre. Remerciement d’une grâce obtenue par la famille de Tholozany

 

Ex-voto de date et d’origine inconnues.

On accède à ce site rupestre insolite par un chemin, aujourd’hui enfriché, bâti avec murs de soutènement. Ce chemin arrive jusqu’à un bel escalier monumental de 30 marches, débouchant à l’entrée de l’esplanade où se trouve une grosse cloche encore en fonction.

Il y avait une messe (privée ?) pour l’Assomption le 15 août en l’honneur de la Vierge Marie et une procession annuelle en septembre à laquelle participaient les habitants de Larroque et d’autres venus de plus loin. Ces cultes se sont arrêtés il y a moins de 40 ans vers 1985.

 

La petite cloche a conservé tous ses attributs: battant, robe, joug.

Sources :

D.
LODDO (2010) Gents del païs gresignhol , p.464

G.
FREUND (2000) Le château de Larroque, in Remparts et Chemins n°
127, p.6

Aux abords de la route: la cabane du cantonnier

Aux abords de la route: la cabane du cantonnier

Elle se cache derrière un inextricable maquis à l’amorce d’un virage, sur un versant qui surplombe un fossé: c’est la cabane du cantonnier de la D87 qui traverse la Grésigne du nord au sud. La trace – l’une des plus discrète qui soi – consiste en un trou creusé, le traouc del loup aux abords de la route.

Les vestiges de forme semi circulaire ne révèlent rien de bâti aujourd’hui. Il en allait peut être autrement il y a un demi siècle où un mur en pierres sèches accompagnait la structure couverte de grandes lauzes Source: Mendygral

Construite avec l’autorisation de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, la cabane, souvent en pierre sèche, servait d’abri en cas d’intempéries mais surtout à remiser le matériel du cantonnier : faux, croissant, fourche à cailloux, pioche, masse en fer, cordeau d’une vingtaine de mètres et brouette en métal.

Le creusement et l’entretien des fossés ont eu raison de la cabane du cantonnier. De celle-ci et des centaines d’autres qui bordaient nos routes. Dans le Tarn, les mentions à ce genre de construction sont rares et précieuses.

Au-dessus, un exemple corrézien de cabane encore bien conservé. Il peut correspondre à notre cabane de la Grésigne. Source: Blog d’Éliane  » Rien de trop… En tout la mesure « 

Ces cabanes sont institutionnalisées en 1816. Elles sont construites et entretenues par le cantonnier et par ses successeurs. Celle-ci de plan circulaire, s’inscrit dans quelques mètres carrés seulement mais les modèles ne sont pas uniques. Ils différent selon les périodes et la nature des lieux.

« Y-en-a qui tiennent le haut du pavé moi, je tiens le bas du fossé » Fernand Raynaud

Le cantonnier est un personnage haut en couleur de nos campagnes jusque dans les années cinquante. Un sketch de Fernand Reynaud témoigne à son encontre d’une bonne part de mépris. Le cantonnier y est raillé pour sa paresse et sa simplicité d’esprit. Mais est-ce lui rendre justice ?

Les archives départementales 3 O relatives au Répertoire méthodique de la voirie communale  et de rares travaux historiques présentent au cours du XIXe siècle un tout autre personnage.

Dévolu à l’entretien des routes sur un canton (un tronçon autour d’une dizaine de kilomètres), il va devenir un véritable agent de l’administration: efficace et courageux au même titre que le facteur.

Si le cantonnier ne fait jamais grève comme le remarque Fernand Raynaud, ce n’est pas parce qu’il est satisfait de sa condition mais plutôt parce qu’il exerce son travail en solitaire. Il a peu de lien avec ses semblables si ce n’est «  le piqueur », son supérieur, très peu enclin à la compréhension. Les autorités administratives et les ingénieurs des Ponts-et -Chaussées s’empressent d’installer toute une hiérarchie avec des grades et des classes dont le seul point commun est celui d’être mal payé.

Si le cantonnier est présenté comme bébête et diminué, c’est qu’il est souvent issu des couches les moins privilégiées du paysannat. Il appartient à ceux qui n’avaient pas assez de terre pour vivre. Quant au niveau d’instruction : pour lui, juste le minimum scolaire. On l’oblige à savoir lire et écrire qu’en 1882, preuve que durant un siècle, le cas n’était pas si fréquent.

Le cantonnier, ce tir au flan …

Chaque cantonnier est pourvu d’une brouette, d’une pelle de fer. Sa tenue, très normée, évolue au fil du temps. D’abord, il porte un chapeau de feutre à fleur de lys sur une plaque de cuivre sous la Monarchie, puis le bonnet et la casquette, plus républicains. Il est revêtu d’un gilet-veste de couleur bleue et d’un pantalon large qui lui couvre bien la cheville.

Source: http://cartesanciennes.centerblog.net/137-cantonnier

Mais le plus étonnant encore réside dans la rumeur qui veut que le cantonnier soit paresseux et rêveur. Oui, il n’aurait de corne qu’au menton qu’il posait tranquillement toute la journée sur son manche de pelle. Un regard sur les règlements présente une réalité toute autre, voir à l’opposé. Celui de 1835 retient l’attention. Le travail attendue par ses autorités de tutelle sidère par son ampleur et sa précision.

En résumé, il s’agit de damer, déblayer, déneiger, curer, empierrer, réparer la route. Prévenir les utilisateurs d’éventuelles anomalies. Le cas échéant porter assistance aux voituriers lors d’accidents. Bref, il est partout où la route s’abîme, par tous les temps. En été : 78 h de travail par semaine. Un jour chômé le dimanche et encore… quand il n’y pas d’urgence. En hiver, le lever et le coucher du soleil rythment ses journées. En plus, le travail est dangereux. Les accidents ne manquent pas même si un guidon sert à signaler sa présence sur la route

Mauvaise réputation

Souvent, le cantonnier peut compter sur l’aide des habitants. Une aide obligatoire qui correspond à l’ancienne corvée. Entre autres, celle de rassembler en bord de route des tas de pierres pour l’entretien de la voie. À charge au cantonnier, grâce à un anneau de six centimètres de diamètre, de juger si elles sont acceptables. Pour les riverains, il fallait donc casser des cailloux au risque de payer une taxe. On imagine les réticences des propriétaires à accomplir cette servitude. On imagine aussi les discussions à n’en plus finir avec le cantonnier seul à même de valider le travail. Au-delà, le cantonnier vérifie si les propriétaires n’empiètent pas sur la chaussée ou n’y prélèvent pas de la terre.

Il doit tout consigner dans un petit carnet destiné à son supérieur hiérarchique. Est-ce la cause de son piètre succès d’estime ? Très certainement.

Le terme « cantonnier » disparaît peu à peu du langage. Avec l’arrivée du goudron, ses attributions et son action changent. L’appellation « cantonnier » est même remplacée par celle d’  » accoroutiste  » à l’orée du XXIe siècle. Du petit cantonnier des chemins vicinaux, il ne reste plus grand’chose. On lui a même rasé sa cabane.

Un cantonnier dans et aux abords de la Grésigne fut Lucien Kurgoale de Sainte-Cécile-du-Cayrou. Il avait la responsabilité du tronçon est / ouest de la D8 entre Grand Baraque et La Cadène vers Loubers. On reconnaissait le cantonnier à son chapeau normé qui portait écrite sa fonction.

Livres consultés

Denis Glasson, Les cantonniers des routes. Une histoire d’émancipation, L’Harmattan, 2014

Daniel Loddo, Gents del país gresinhòl, Cordae, La Talvera, 2010

La Chronique du Musée des Berthalais, Novembre 2017

Thierry Couet, Transports et voies de communication au XIXe siècle, la route, Archives départementales du Tarn, 1994