Le C.A.P.A. dans le Haut-Couserans (Ariège), 26 juin 2025.
Photographies : Florence Bening, Laurent Maignal, Antoine De La Vernhe, Rosy Mascaras.
Textes : Pierre et Rosy Mascaras.
« Le Grand Antique d’Aubert »

C’est guidés par deux membres de l’association Patrimoine Moulisien que nous avons visité la carrière de marbre d’Aubert (Commune de Moulis). Une visite passionnante et enrichissante animée par la présidente de l’association.
C’est dans une ambiance toujours aussi amicale et joyeuse que nous avons découvert ou redécouvert le Haut-Couserans et notons que les températures étaient idéales, loin, très loin de la canicule albigeoise.
Une belle journée que nous avons commencée à Aubert.
Dans l’Antiquité, la carrière d’Aubert a été exploitée par les Romains à partir du 1er siècle de notre ère.
Le mobilier archéologique en témoigne : « vingt pièces de monnaie antiques dont un Valentinien d’or, une lampe à huile déposée auprès d’un foyer, un petit vase sigillé en terre rouge, des pieux de fer1» ont été découverts au début du XIXe siècle lors de la réouverture de la carrière.
La taille du marbre était effectuée au moyen de masses et de ciseaux en exploitant les fractures naturelles de la roche et les plans ayant une moindre résistance mécanique. Les carriers réalisaient des tranchées pour séparer les blocs, y inséraient des coins en fer frappés avec des masses pour les détacher. Des coins en bois étaient parfois utilisés, une fois mouillés ils augmentaient de volume et exerçaient la poussée nécessaire pour casser la roche.
Le marbre brut était directement transformé dans la carrière en un produit semi-fini pour éviter de transporter d’inutiles poids supplémentaires.
1 Données recueillies auprès de l’association Patrimoine Moulisien.
Au XIXe siècle, la descente des blocs de marbre de la carrière à la vallée était périlleuse.
Une sorte de calade en cailloutis avait été construite, les blocs de marbre étaient arrimés sur un chariot retenu par trois câbles partiellement entourés autour de trois bornes solidement enfoncées dans le sol en marbre de la carrière. Les câbles étaient progressivement lâchés pour régler l’avancement du chariot.
Le chariot était posé sur trois gros troncs d’arbre taillés grossièrement en forme de « ski ». Des traverses en bois posées sur le cailloutis facilitait la descente du charriot chargé de blocs. La rupture de câbles provoquaient des accidents mortels, ils n’étaient pas rares.
Les blocs de marbre étaient ensuite transportés dans la vallée par des chars à boeufs, acheminés par des barges sur la Garonne jusqu’à Toulouse puis amenés jusqu’à Narbonne. Le marbre était enfin exporté par bateau en Italie.
Une carrière redécouverte en 2012.
Le coût de l’exploitation du marbre étant trop élevé, la carrière a été abandonnée en 1954. Elle a alors disparu occultée par une végétation abondante et complètement envahie par l’eau, un lac s’y était formé appelé par les Moulisiens « le Trou de l’Oubli ».
En 2012, la carrière était devenue quasiment indécelable, c’est en kayak que les actuels exploitants ont d’abord prospecté les lieux pour évaluer l’importance du gisement de marbre.
C’est une société italienne qui a repris l’exploitation du marbre en 2014. Une convention a été signée avec la Commune de Moulis, un bail de 10 ans reconvertible. Le cahier des charges est très contraignant afin d’assurer une exploitation « vertueuse », pour protéger l’environnement, flore, faune, eau notamment celle du Lez… L’exploitation n’est autorisée que 3 mois par an, le tonnage extrait est limité, aucun explosif ne doit être utilisé…
Une exploitation industrielle avec des ouvriers venus d’Italie, un matériel moderne très coûteux et un savoir-faire de qualité hérité de générations de carriers de Carrare.
La carrière aujourd’hui :
Une exploitation industrielle avec des ouvriers venus d’Italie, un matériel moderne très coûteux et un savoir-faire de qualité hérité de générations de carriers de Carrare.

À l’arrière-plan, de beaux fronts de taille

Le travail des carriers se lit dans la pierre, des saignées horizontales et verticales ont été réalisées pour détacher les blocs de marbre

L’extraction des blocs de marbre est réalisée en trois grandes phases :
Première phase :
Une coupe horizontale des blocs est exécutée par une haveuse à chaîne, énorme scie électrique équipée d’une chaîne dentée. Le bras de la scie mesure 3,50 mètres de long.
Le travail des carriers se lit dans la pierre, des saignées horizontales et verticales ont été réalisées pour détacher les blocs de marbre.

Deuxième phase :
La coupe verticale : un fil diamanté est introduit dans un trou creusé dans le marbre par une perceuse.
La pierre est séparée du front de taille à l’aide d’une machine équipée d’un fil diamanté relié à une poulie latérale.
La machine est posée sur un charriot coulissant sur deux rails. L’avancement de la machine tend le fil qui tourne à grande vitesse et qui coupe la pierre verticalement.

Troisième phase :
Troisième phase : le bloc de marbre est équarri au fil diamanté et est divisé en des blocs plus petits. Pour faciliter la coupe du sable fin abrasif et de l’eau sont projetés sur le fil diamanté afin d’obtenir la surface la plus lisse possible.
Les plaques de marbre les plus minces sont fragiles, elles sont consolidées avec de la résine.
Bloc de marbre d’environ deux tonnes.
On aperçoit, près du carrier juché sur le bloc de marbre, deux règles géantes pour mesurer la coupe avant d’équarrir le bloc.
Au premier plan, la machine équipée du fil diamanté. Celui-ci doit être changé tous les trois jours.
Une chargeuse sur pneus dépose ensuite les blocs de marbre sur les camions pour être livrés en Italie où le marbre sera transformé en produit fini.


Taille, polissage et talent de sculpteur révèlent toute la beauté du marbre d’Aubert.

Les journées du marbre GRAND ANTIQUE D’AUBERT auront lieu du mardi 29 juillet au mardi 5 août 2025.
Des visites commentées de la marbrière sont organisées.
Des sculpteurs réalisent sur place une oeuvre en marbre devant le public ou proposent des ateliers de sculpture. Expositions, conférences, ateliers artistiques, apéro-concerts et spectacle dans la marbrière animent également ces journées.