Le Roc des Anglais

Le Roc des Anglais

Le Roc des Anglais

Un village fantôme dans la falaise

ALBAN – 43°90′ N 2°47’E

Le plan du lieu levé par Louis Malet du CAPA en 2006. On a décompté une quarantaine de cases-encoches. Deux possibilités de castelas sur le haut de l’arête rocheuse. Le lieu est dangereux, il faut s’y aventurer en faisant attention.

À quelques kilomètres au nord d’Alban, découvrez un village déserté depuis longtemps. Il témoigne de la patiente des hommes à creuser la roche pour en faire un lieu de travail et de vie. Aujourd’hui, en ces lieux, très fréquentés il y a mille ans, la nature sauvage a repris ses droits.

Enclos creusé avec saillie rocheuse sur une vire. Utilisaté indéterminée.

Pas moins d’une trentaine d’ « habitats excavés ou demi-excavés » s’ancrent dans la falaise qui plonge à l’est vers le ruisseau de Nogaret. « Habitat excavé », il faut entendre par ce terme savant, des empreintes de maisons conservées dans la roche. Il fut une époque, on parlait de « cases-encoches ».

Elles se composent presque toujours d’une paroi arrière verticale, d’un sol horizontal et de parois latérales verticales avec une hauteur dégressive, soit creusées dans la roche, soit montées en pierres séches. Elles sont l’occasion d’ « opes » (de trous) afin de recevoir poutres et solives supportant la toiture.

Angle d’une case-encoche. Les parois comportent de nombreuses traces de pic de creusement.

Trou qui portait une traverse de plancher ou une toiture.

À Alban, de tailles variées, elles se serrent au soleil en balcon sur l’abrupt. Elles sont reliées entre elles par tout un réseau de conduites afin de drainer les eaux.

Encore bien visible, un sentier avec escaliers réunit plusieurs plates-formes à différents étages de la falaise. Certaines cases sont aujourd’hui hors d’atteinte sans l’équipement d’alpiniste.

Ça et là, des murs de pierres sèches complètent le dispositif. D’autres « cases-encoches » ont été révélées, plus au nord, à proximité des mines.

Le tout ne manque pas de pittoresque quand on a un peu d’imagination. L’ensemble devait marier la roche et le bois pour produire un effet singulier.

C’est assez exceptionnel pour le mentionner, trois de ces « cases » furent fouillées en 1969 par André Soutou. Elles livrèrent alors quelques restes d’outils agricole en fer (soc de charrue, faucille) et de la céramique typique du haut Moyen Âge.

Plan d’une case-encoche accompli lors des fouilles de André Soutou en 1969

Détail intéressant, on préleva aussi des lauzes de schiste percées d’un trou, preuve que des toits étaient couverts de cette façon.

Quant au petit château qui devait exister, il est aux abonnés absents aujourd’hui. Pèse sur deux éminences rocheuses aplanies de forte présomptions. Reste à savoir sous quelle forme ? Donjon carré en bois, pierre, les deux. On peut se faire une idée en jetant un coup d’oeil sur la Tour Saint Gille d’Ambialet.

Rigole ou saignée pour faciliter les écoulements dans la pente. On trouve aussi des feuillures de porte, des emboîtures.

Trou de poteau

Des sites de ce type, rendus à la nature, ne sont pas exception. Il en existe des dizaines à Font-Renard, à Castelpanis, à Labastide, à Larroque. Pour ne parler que du Tarn.

Mais à quoi avons-nous affaire exactement ? Pourquoi ce village ? Pourquoi ici, à l’aplomb ? Un village de mineurs comme le soutenait André Soutou, plutôt un village d’agriculteurs comme en témoigne le matériel découvert. Les deux peut être. La question reste entière.

Un certitude, nous parlons d’une époque très ancienne : le Haut Moyen Âge. Les archives évoquent une seigneurie du XIIe au XVIe siècle. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait rien avant.

L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

Ce que raconte l’aven Mauray

 

L’aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.


Autant le dire, le lieu revêt aujourd’hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d’une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l’endroit est pentu. À vrai dire, sans l’aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l’alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n’étaient pas récents. C’était à cet endroit qu’il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d’un vallon, l’entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d’une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C’est du domaine du probable au vu d’autres cas semblables.

L’intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l’aven a subi une intense fréquentation.

Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l’intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d’une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l’aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.

Chambre sépulcrale latérale.

 

L’aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.

 

Un éboulis soudé par la calcite

Les os brisés d’au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en « mikado »,  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n’est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.


Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d’accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 

Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d’une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

Des pendeloques d’origines diverses : dent d’ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 

Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque.

Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Canine d’ours perforée.

Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Plaque en calcite perforée.

Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.

 

La pièce est aujourd’hui au Musée Toulouse Lautrec

 Et la guerre fût…

C’est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l’éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l’archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l’aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L’individu aurait été, pour ainsi dire « fléché », à bout portant alors qu’il était étendu au sol. Ce sont les résultats d’une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l’aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final


On sait que l’installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l’émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d’ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 
Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l’aven appartiennent plutôt à la culture dite « vérazienne » mais l’absence de poterie complique la chronologie.

D’autres avens bouchés ou non, à proximité de l’aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d’affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n’est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l’émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l’effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.

Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.

 
Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L’ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d’Archéologie du Tarn)
Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala

Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala

Sortie du CAPA du samedi 13 janvier
Présents : Gilberte, Charlette, Louis, Christophe, Yann, Claudine et Philippe
Le Moyen Âge est sous la ferme : les petits souterrains du Ségala
Plan du souterrain de “La Brandié” à Paulinet levé par Louis Malet.  Reste à dresser un plan topographique de la zone en question.
De petits hameaux, sur la commune de Paulinet qui couvre une partie des hauts plateaux dits des « Monts d’Alban », réservent – encore bien conservée – une série de souterrains ruraux qui remontent probablement à la période médiévale.
En bordure de talweg, le CAPA à pied d’œuvre devant l’accès du bas.
On doit à la perspicacité de Louis Malet leur prise en compte comme des monuments cruciaux à même de relater la vie dans les campagnes à des époques très anciennes. À force d’articles avec quelques autres, ils sont parvenus à placer au premier plan ces vestiges avant délaissés.
Dans la région à l’est d’Albi, leur homogénéité est reconnue. Ils partagent ensemble des caractères communs comme la faible ampleur du réseau. Ils présentent généralement une pièce unique et  se prolongent souvent à l’extérieur par une tranchée. Ce sont les souterrains « du Ségéla » qu’on différencie de ceux de la plaine du Tarn. Nous ne reviendrons pas sur la discussion qui porte sur les usages de ceux-ci. Faute d’avoir été tranché, le débat a été présenté en https://capa-archeo.fr/search?q=souterrain+cordes
En résumé, il s’agit pour les paysans, d’apprivoiser un milieu a priori hostile, concevoir une cavité unique pour stocker, à l’abri, les denrées précieuses de la ferme. Une cavité qui soit la plus accueillante possible aussi pour que les hommes qui la connaissent, y séjournent en cas de menace. 
Il semblerait aussi que le développement des systèmes de défense passive pour décourager les assaillants éventuels n’ait pas été le moindre des soucis des creuseurs. « La Brandié », « Frayssinels », « Couterri », le CAPA visita ce jour-là les deux premiers, faute de temps. Reconnaissance de l’ouvrage creusé de « La Brandié »
On le sait, la nature a horreur du vide. Des processus de comblement sont à l’œuvre mais l’ouvrage conserve vous pouvez le constater de beaux restes. Une désobstruction s’imposera peut être dans quelques années.
Après l’aimable autorisation de la propriétaire, Mme Tenedos, nous pénétrâmes dans l’ouvrage par le bas et remontâmes jusque vers la maison.
Les volumes ont été percés à la main dans le substrat local : un schiste violacé. Ce qui relève si ce n’est de l’exploit, au moins d’une détermination remarquable. L’ouverture du bas laisse supposer des aménagements à des périodes anciennes. Mal identifiable en 2018, une tranchée aujourd’hui à ciel ouvert encadrait l’entrée.
L’entrée telle qu’elle était encore en 1991. En 2018, la tranchée creusée est moins visible.  Elle servait, entre autres, à évacuer les eaux.
Des traces d’outils sont observables sur les parois ainsi que des veines de quartz.
Impacts linéaires verticaux, traces d’outil, type « marteau taillant »
 À même le talus, le goulet est étroit et conduit aussitôt à une grande salle rectangulaire au profil voûté plein ceintre. Peu de chance, étant donnée l’humidité, pour que la pièce eut été véritablement habitée sur le long terme.
Le couloir de remontée, ponctué de marches taillées, passe sous la route actuelle et débouche à proximité d’un hangar. Le gabarit a été calculé au plus serré.
Phénomène généralisé de suintement. Rares sont les souterrains qui échappent aux inondations saisonnières. Des marches d’escalier, de hauteur inégale et irrégulières dans leur présence, épousent une pente de 30 %.
Sinuosité du parcours et dispositif de fermeture contre d’éventuel assaillants
Il est surtout marqué par une série de six segments coudés. Il semblerait qu’un impératif de défense ait compliqué la tâche des concepteurs. Il s’agit de placer l’intrus dans une position d’inconfort tel qu’il rebrousse chemin ; en quelque sorte, de freiner sa progression.
Un ventail plutôt qu’une « porte » était présent si l’on en croit la trace d’une feuillure et de rainures dans lesquelles on pouvait glisser un rondin. Sa présence, à proximité directe d’un angle, rend difficile son « défonsage » étant donné le peu d’élan dont disposait l’assaillant.
C’est vrai le président n’offre pas la plus belle partie de sa personne mais au moins démontre-t-il-l’impossibilté de se croiser dans la galerie. Des niches sont aménagées ici et là pour recevoir des luminaires.
Reconnaissance de l’ouvrage creusé de « Frayssinel »
À « Frayssinel », ce sont surtout les traces extérieures du souterrain qui ont retenu notre intention.
Le réseau du souterrain de « Frayssinel » relevé par Louis et, à droite, son entrée supérieure photographiée. Se découvrent,  par la suite, une dizaine de marches. Comme à « La Brandier », le couloir comprend 8 segments avec des coudes. La déclivité est forte.
La visite du réseau a montré qu’une laisse d’eau envahit progressivement la grande salle oblongue du bas. À terme, le souterrain risque d’être ennoyé car l’orifice se bouche. L’eau est prisonnière.
La tranchée profonde du bas (13 m de longueur, 3 m de profondeur) en extérieur est littéralement envahie par les feuilles et la végétation. La lumière ne pénètre presque plus dans le souterrain.
Par ailleurs, nous avons remarqué toute une série de traces d’aménagement autour de l’entrée (en haut) mais aussi de la sortie du souterrain, preuves fournies par les photos ci-dessous.
Bas flanc banquette sous corniche naturelle
Encoche pour une poutre de grande dimension.
Encoches diverses et variées proches de l’entrée au nord ,pouvant soutenir les madriers d’un plancher ou d’un toiture
Saignée en Y renversée.
Pour terminer, retenez qu’une conférence du CAPA sur les traces archéologiques des XIVe et  XVe siècles dans l’Albigeois portera – entre autres – sur ces souterrains. Elle est prévue le 14 avril 2018 au Centre Occitan Rochegude mais nous en reparlerons.
Ruée vers le fer dans l’Arifadès

Ruée vers le fer dans l’Arifadès

Chantier minier et traces de métallurgie dans les montagnes

Vendredi 26 janvier 2017

Secteur : Arifadès, Monts d’Alban et Villefranchois
Commune : Montredon-Labessonnié et Arifat
Météo : froid mais ensoleillé
Participants : ChristopheLouis, Yvonne, Jeannie, Jacques, Jean-Pierre, Alain et Franck

Sites visités : Le site minier de  « la Rivière » et ses alentours

Voitures : Alain, Jacques et Christophe

Carte de localisation. Source: IGN

Objectifs


Il s’agissait de compléter la carte archéologique dressée depuis plusieurs années  maintenant par Jeannie Cadeilhan du CDAT (Comité départemental d’archéologie du Tarn), travail missionné par la DRAC.

Le site était connu, notamment par nos amis et membres Michel Payrastre et Jean-Simon Barthes qui avaient longtemps prospecté en ces endroits reculés de l’est du département. Il fut aussi l’objet de repérages très précis par Raphaël De Filipo dans les années 80.

Depuis ces travaux, il est clair que certains secteurs du Tarn sont propices à l’extraction et à la fabrication du métal depuis des périodes reculées (1). Reste à conntre plus précisément la chronologie et les contextes de cette activité, tout un programme de recherches mené depuis quelques années par Marie-Pierre Cousture et Anne Filippini pour les périodes anciennes. Leurs investigations continuent. Elles sont prometteuses à bien des niveaux (2).

Actuellement  le paysage est de type bocager avec des bois  à l’état résiduel. Prés et champs séparés par des taillis.

 Un site non isolé

Les preuves ne manquent pas. La commune d’Arifat comme celle de Montredon-Labessonnié réservent encore bien des traces d‘activités métallurgique et minière. De la plus discrète, l’épandage de déchets sur les chemins, à la plus impressionnante, la mine souterraine encore fréquentable.

Un bel exemple s’offre à nous à quelques kilomètres au nord de Montredon-Labessonnié. Nous observons sans difficulté autour du ruisseau de Bardes au niveau du hameau de La Rivière la présence de traces liées à la fabrication du métal. Nous sommes autour de 400 m d’altitude. Ici les indices miniers (creusements) côtoient les indices d’activité métallurgique. Sur le cadastre napoléonien, la toponymie n’indique rien de vraiment évocateur mais cela reste à affiner. Minerai, bois, eau, tout était réuni pour faire de cet endroit un petit centre de production. 

Extraction: une exploitation à ciel ouvert

Elle est révélée par la présence d’un fossé allongé, creusé sur une hauteur à l’est du hameau de La Rivière. Plus ou moins comblé, il est envahi par un fouillis de ronces et extrêmement difficile d’accès. Il s’accompagne, plus à l‘ouest, par une suite de fosses creusées dont nous n’avons pas pu dresser le nombre précis pour l’instant (4, 5 ?). La zone correspond à un filon quartzeux orienté nordest/sudouest bien indiqué sur la carte géologique. Ce filon est-il en lien avec la présence d’un filon métallifère ? 

Le haut de la colline qui correspond à un glacis d’accumulation pour sa couverture est traversé par une tranchée et des fosses orientées nordest/sudouest

Nous n’avons pas relevé la présence de départ de galeries souterraines ou de puits mais cela n’est pas exclu.

Difficile de rendre compte avec des clichés. Relief en creux, en ravin. Vues des fosses d’extraction de 10 mètres de diamètre environ. Les feuilles cachent des amas de stériles.
Bonne visibilité du métal de type goethite (à gauche) dans la roche.
Plaque de scorie de réduction d’aspect noir avec coulées.

Minerais de fer
Gîte minéral de fer dans sa gangue quartzo-schisteuse au bord du chemin qui mène à Bourgnié.

Le transport du bois et du minerais nécessitait la construction d’un dense réseau de chemins charretiers de bonne qualité dont on note la présence actuelle ou fossile.

Cadastre « napoléonien » montrant à gauche une prise d’eau et un canal d’amenée jusqu’au hameau. Source: Archives départementales du Tarn

Si on y prête attention: traces d’aménagements anciens comme un chenal. Photo Google Earth

Quant à savoir si le cours d’eau lui-même même était aménagé, c’est une certitude. À commencer par un canal d‘amenée dont témoigne le cadastre napoléonien. Il a aujourd’hui disparu. Sa vocation n’est pas indiquée mais les cours d’eau de surface présente un intérêt majeur pour les mineurs, quant à l’enrichissement du minerai, quant à la production de forces motrices capables de mettre en mouvement les machines comme les pompes, les concasseurs ou encore les soufflets.

Maîtriser la circulation de l’eau est crucial en installant des canaux et des vannes.

Par ailleurs, l’existence d’un étang minier ne fait guère de doute en bout de canal, là où justement la concentration de minerais est la plus forte. Actuellement, ces aménagements ont presque disparu ou sont à l’abandon.

Étang minier

 Travail du métal

Enfin, s’ajoute à la liste des indices des « ferriers » dont l’ampleur (un demi hectare) et l’épaisseur (plusieurs mètres) ne laissent pas de surprendre.


L’un se trouve au pied de la colline au niveau du chemin à proximité de l’étang. Il comprend surtout des scories de réduction. Pour l’instant aucune paroi de four n’a été repérée. Cet imposant amas de scories est utilisé par les agriculteurs pour combler les chemins.
Plus haut, les sols de labours sont littéralement tapissés de résidus. 

Amas de scories au pied de la colline


L’autre « ferrier » se trouve plus à l’ouest au bord de la rivière en rive droite. Tous les types de scories sont représentés : réduction et forge. Cependant, le sol gelé n’a pas permis une bonne observation des artefacts. L’ensemble semble bien conservé et se prêterait facilement à un sondage. Il semblerait qu’il n’ait pas été beaucoup gratté. 

Ferrier au bord de la rivière au nord-ouest du hameau.


Bref éclairage

En simplifiant au maximum les pratiques complexes et évolutives de ce savoir-faire,  voilà ce qu’il faut comprendre. Avant la forge, on arrache le minerai à la roche de différentes façons. Il y a la galerie, bien sûr, mais il y a aussi « l’abattage » à ciel ouvert. Le minerai brut est ensuite chauffé dans un four de grillage avant d’être réduit dans un bas fourneau. 

Chaque étape est productrice de déchets spécifiques (résidus de lavage, scories de différentes textures, paroi de fourneau, éclats de métal). Autant de marqueurs pour l’archéologue qui peut ainsi patiemment qualifier la nature des opérations sur site et ainsi reconstituer la fonction des lieux.

Pour une meilleure connaissance des processus en jeu, nous invitons le lecteur plus curieux à lire notre plaquette d’explication à la suite de l’article. 

Une empreinte prégnante

Quelle que soit leur datation, ces vestiges marquent discrètement mais durablement  un paysage devenu aujourd’hui pastoral. Difficile de passer à côté. Reste à questionner les habitants(3).

Cette richesse enracinée dans la terre dû faire la fortune de quelques-uns. Elle fut l’enjeu de convoitise, la source de pouvoir locaux ou plus lointain. Aucune possibilité de comprendre sans le recours au terrain car les archives sont discrètes sur le sujet.

Un patrimoine encore trop négligé

Pour finir, il conviendrait de prendre en compte le paysage minier car le constat est implacable. Mises en sécurité, détruites, remblayées, comblées, des mines, il ne restera bientôt plus grand chose à montrer.

Notes
(1) – Pour la période contemporaine, cela ne fait pas de doute. Au même titre d’autres secteurs sont concernés comme les Monts de Lacaune, l‘Ambialades, les Monts d’Alban, Moularès et Puycelsi dont nous avons déjà parlé.
(2) – Quand il s’agit par exemple de déterminer la provenance exacte du métal des barres découvertes en contexte protohistorique à Montans et Rabastens grâce à des méthodes modernes de traçabilité. En l’occurrence Ambialet avec toutes les réserves de circonstance.
(3). L‘un d’eux s’est montré peu loquace lors de notre venue. mais ne désespérons pas.

 




 

  

 

La statue de Fraissines

La statue de Fraissines

Sortie à Fraissines le  samedi 30 avril 2016
Secteur : Ambialades, Autre
Commune : Fraissines
Météo : vraiment épouvantable (pluie, vent)
Participants : Régine, Charlette, Yann,Yvonne, Kevin, Franck, Christophe et Louis
Sites visités : Flamarenq, Fraissines (commune)

Voiture : Christophe et Franck

Ce jour-là nous nous déplacons pour une découverte fortuite. Récemment, sur le territoire de Fraissines a été mis au jour une statue dont il est difficile de connaître exactement les origines.

Premier croquis
Arrivée sous une pluie battante à la mairie à Fontvieille, Gilbert Assié (1) nous présente l’objet en question (2) et nous le photographions sous toutes les coutures. Sans grande réussite d’ailleurs.
Le volume du bloc 45X30 cm présente une face très plate indéniablement travaillée pour mettre en valeur ce qu’il est convenu d’appelé un visage avec le nez et le coin des sourcils très finement gravés dans le grès. Certaines traces peuvent laisser penser à l’existence d’un œil sur le côté. Cela reste à confirmer. Incontestablement, un cou est mis en forme.
La pièce a été découverte lors de travaux d’aménagement (fossé d’eaux pluviales) par Michel Leron, au bord de sa propriété à Flamarenq au nord de la commune. Nous nous y rendons. C’est donc le découvreur qui nous reçoit.

La statue prise par son découvreur, Michel Leron.

Imprégnation jaunâtre visible sur la face.

Sur les lieux de la découverte

La statue a été extraite du sol suite à des travaux. Elle était localisée juste au bord d’un chemin de versant qui descend  sur la rive droite du Tarn (3). Nous sommes à l’extrême rebord du plateau qui domine le Tarn, au sud, et le vallon du Bénès, à l’est. C’est un point remarquable où des croix ont été installées, désinstallées dans le temps (4). La statue se trouvait à l’exact endroit où le chemin incurve à l’ouest et amorce la descente.  


Elle était à peine à une dizaine de centimètres sous terre. Impossible pour Michel Lebon de se souvenir sa position exacte (couchée ? droite ? face contre terre ?) lors de la mise au jour.

Plan de situation montrant le chemin qui descend. Sources IGN
Il apparait clairement, suite au propos de nos hôtes, que le versant a été mis en culture au XIXe siècle, peut-être bien avant. Il reste, d’ailleurs, des traces de terrasses et de bassins. Le chemin, à large emprise, a nécessité de gros aménagements dans la pente. Il est entaillé. La voie est bordée par des murs de soutenement dans un état plus ou moins dégradé.
En l’absence de contexte archéologique, bien difficile de s’aventurer à donner une période de réalisation, ni même une fonction à ce bloc sculpté. L’enquête devra être plus poussée. 
D’autres découvertes nous sont présentées par le propriétaire. Découvertes trouvées sur les lieux dont un profil de hache poli, fort abîmé, où le matériau s’apparenterait à la métabasite.

Lame de pierre polie brisée mal identifiable. Métabasite?
Le propriétaire évoque aussi la découverte de scories sur le chemin. Ce qui est guère étonnant dans le contexte minier de la région. Ces scories ne garantissent nullement l’existence d’une mine à proximité directe. Elles sont utilisées, mélangés à d’autres matériaux, pour niveler ou remblayer les chemins. 
Visite de Fraissines
Gilbert Assié nous présente ensuite son village remarquable à maints égards par son architecture typique. Vues de l’extérieur, les bâtiments sont conditionnés par les ressources locales disponibles (dalles de schiste, quartz en bloc et grès pour la pierre de taille le plus souvent). Un souci religieux commande parfois, comme il est visible ci-dessous.

À deux reprises, haut de pignon avec croix latine en bloc de quarz incluse dans l’appareil. Au passage, souche de cheminée caractéristique du Rouergue.

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Par la suite nous est présentée, l’église qui compte deux croixLa première, historiée et monumentale, remonte au XVIe siècle (5). Elle figure à l’inventaire depuis 1953. 

Les deux barres de maintien n’ajoutent rien à la grâce de la croix mais elle résistera au temps.

Remarquablement protégée par un auvent en bois, elle présente la Crucifixion
En figure centrale, le Christ en croix(6). À sa droite, sans attribut particulier, la Vierge revêtue d’un manteau à gros plis. À sa gauche, saint Jean, les mains jointes, costume similaire. Un motif de palmes, en bas relief, est sculpté au-dessous sur le fût. L‘autre face présente une Madone (Vierge à l’Enfant). En dessous, un ange et un personnage indéterminé. Un berger, peut-être. Le tout est sculpté dans un grès fin. 
Il n’y a pas le soubassement d’origine sous le fût. Pas de traces de couleur détectables à l’oeil nu.
La deuxième specimen, beaucoup plus sobre, toujours en grès, domine le cimetière de l’ancienne église. Il est plus archaïque. Il figure le Christ en croix ; une croix latine avec, aux extrémités, des branches en tau. On observe le visage poupin (7) de Jésus, tête relevée, corps bien droit, yeux ouverts. Elle a été déplacée récemment. Bien difficile de lui donner un contexte de réalisation. Peut-être XIV/XVe siècles pour une fourchette large. Le monument n’est pas inscrit.

Dans l’église Saint-Jacques de Fraissines

L’intérieur de l’actuel église a profité des dons d’un riche antiquaire du village, il y a maintenant une centaine d’années. Il s’appelait Justin Lecoules. Sa réussite exceptionnelle à Paris, ses ambitions politiques firent de cet enfant du pays un donateur et un bienfaiteur en terme de patrimoine. Deux toiles et une sculpture sont dignes d’un grand intérêt apprend-t-on.
Une représentation de la Vierge en rouge, type Adoration des bergers attribuée à des proches de Rubens, voir au maître néerlandais lui-même. Elle remonte à la première partie du XVIIe siècle.

Le rendu photographique est difficile dans les églises.

Une Descente de Croix, attribuée à des adeptes ou des élèves contemporains de Charles Lebrun.

Le tableau n’est pas sans imperfections au niveau des proportions mais il garde une certaine tenue.

Une représentation de la Vierge en rouge, type Adoration des bergers, attribuée à des proches de Rubens, voir au maître lui-même.
Ces deux toiles font l’objet d’expertises avant restauration nous explique Gilbert Assié
 
Une œuvre, plus récente, de Jean-Baptiste Carpaux, cette fois, une tête de Christ nous est montrée.
 
Une toile, du début du XVIe siècle, attribuée à des proches de Raphaël  a été volée dans l’église même, il y a quelques temps. Elle rappelait la Madone de Bridgewater peinte par le maître et actuellement au musée d’Edimbourg.

Nous remercions, bien sûr, chaleureusement Gilbert Assié pour sa gentillesse et ses commentaires. Michel Leron aussi. Sauf exception, les photos sont de Franck.

 

Notes
(1) – Maire de la commune
(2) – Il est actuellement dans la mairie à l’abri.
(3) – Le chemin communal qui mène de Flamarenc vers La Valette.
(4) – Il n’est d’ailleurs pas impossible que le statue ait pu constituer un socle sous une forme ou une autre à un moment donné de l’histoire. Une croix était là aux dires d‘Hubert Mas d’Albi et Christian Sol de Cadix. Elle aurait été déplacée en 1956/1957 (source: Michel Lebon)
(5) – Elle dite « croix du tombeau des curé ».  C‘est une croix de cimetière fort vraissemblablement.
(6) – Entre autres, le fait qu’il est la tête penchée est assez caractéristique de cette période(remarque de Marc Durand)
(7) – Qui n’est pas sans rappeler l‘ambiance romane dans la région. 

 

Un pari: mieux faire connaître les cupules

Un pari: mieux faire connaître les cupules

Le CAPA était présent au chantier jeune de la communauté des communes Centre Tarn .

En effet, du 7 au 10 juillet, quinze jeunes ont participé activement à la mise en valeur de l’environnement des communes de Saint-Antonin-de-Lacalm et du Travet encadrés par des bénévoles des deux communes.


Les cupules un patrimoine à protéger


Deux équipes, à tour de rôle, ont procédé au nettoyage et au rangement du site de la pierre à cupules de La Gaugne (1). Le CAPA était là pour conseiller et donner à ces jeunes toutes les indications sur les mégalithes.


Ces jeunes, de 11 à 13 ans, abordaient peut-être pour la première fois le terrain de l’archéologie. Leur attention évidente est un encouragement pour les actions du CAPA auprès des jeunes.
Ils sont perplexes mais ce sont bien des cupules
(1) Lire à ce propos l’article de Michel Payrastre, Henri Prat et Christian Servelle dans Archéologie Tarnaise, n° 15 paru en 2013. Il est disponible en ligne sur le site du Comité départemental d’Archéologie du Tarn.