L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

Ce que raconte l’aven Mauray

 

L’aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.


Autant le dire, le lieu revêt aujourd’hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d’une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l’endroit est pentu. À vrai dire, sans l’aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l’alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n’étaient pas récents. C’était à cet endroit qu’il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d’un vallon, l’entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d’une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C’est du domaine du probable au vu d’autres cas semblables.

L’intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l’aven a subi une intense fréquentation.
Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l’intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d’une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l’aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.
Chambre sépulcrale latérale.

L’aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.

Un éboulis soudé par la calcite
Les os brisés d’au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en « mikado »,  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n’est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.


Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d’accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 

Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d’une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971
Des pendeloques d’origines diverses : dent d’ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 

Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Canine d’ours perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Plaque en calcite perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.

 

La pièce est aujourd’hui au Musée Toulouse Lautrec
 Et la guerre fût…

C’est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l’éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l’archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l’aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L’individu aurait été, pour ainsi dire « fléché », à bout portant alors qu’il était étendu au sol. Ce sont les résultats d’une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l’aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final


On sait que l’installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l’émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d’ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 
Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l’aven appartiennent plutôt à la culture dite « vérazienne » mais l’absence de poterie complique la chronologie.

D’autres avens bouchés ou non, à proximité de l’aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d’affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n’est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l’émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l’effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.
Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.

Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L’ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d’Archéologie du Tarn)
Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala

Le Moyen Âge est sous la ferme: les petits souterrains du Ségala

Sortie du CAPA du samedi 13 janvier
Présents : Gilberte, Charlette, Louis, Christophe, Yann, Claudine et Philippe
Le Moyen Âge est sous la ferme : les petits souterrains du Ségala
Plan du souterrain de “La Brandié” à Paulinet levé par Louis Malet.  Reste à dresser un plan topographique de la zone en question.
De petits hameaux, sur la commune de Paulinet qui couvre une partie des hauts plateaux dits des « Monts d’Alban », réservent – encore bien conservée – une série de souterrains ruraux qui remontent probablement à la période médiévale.
En bordure de talweg, le CAPA à pied d’œuvre devant l’accès du bas.
On doit à la perspicacité de Louis Malet leur prise en compte comme des monuments cruciaux à même de relater la vie dans les campagnes à des époques très anciennes. À force d’articles avec quelques autres, ils sont parvenus à placer au premier plan ces vestiges avant délaissés.
Dans la région à l’est d’Albi, leur homogénéité est reconnue. Ils partagent ensemble des caractères communs comme la faible ampleur du réseau. Ils présentent généralement une pièce unique et  se prolongent souvent à l’extérieur par une tranchée. Ce sont les souterrains « du Ségéla » qu’on différencie de ceux de la plaine du Tarn. Nous ne reviendrons pas sur la discussion qui porte sur les usages de ceux-ci. Faute d’avoir été tranché, le débat a été présenté en https://capa-archeo.fr/search?q=souterrain+cordes
En résumé, il s’agit pour les paysans, d’apprivoiser un milieu a priori hostile, concevoir une cavité unique pour stocker, à l’abri, les denrées précieuses de la ferme. Une cavité qui soit la plus accueillante possible aussi pour que les hommes qui la connaissent, y séjournent en cas de menace. 
Il semblerait aussi que le développement des systèmes de défense passive pour décourager les assaillants éventuels n’ait pas été le moindre des soucis des creuseurs. « La Brandié », « Frayssinels », « Couterri », le CAPA visita ce jour-là les deux premiers, faute de temps. Reconnaissance de l’ouvrage creusé de « La Brandié »
On le sait, la nature a horreur du vide. Des processus de comblement sont à l’œuvre mais l’ouvrage conserve vous pouvez le constater de beaux restes. Une désobstruction s’imposera peut être dans quelques années.
Après l’aimable autorisation de la propriétaire, Mme Tenedos, nous pénétrâmes dans l’ouvrage par le bas et remontâmes jusque vers la maison.
Les volumes ont été percés à la main dans le substrat local : un schiste violacé. Ce qui relève si ce n’est de l’exploit, au moins d’une détermination remarquable. L’ouverture du bas laisse supposer des aménagements à des périodes anciennes. Mal identifiable en 2018, une tranchée aujourd’hui à ciel ouvert encadrait l’entrée.
L’entrée telle qu’elle était encore en 1991. En 2018, la tranchée creusée est moins visible.  Elle servait, entre autres, à évacuer les eaux.
Des traces d’outils sont observables sur les parois ainsi que des veines de quartz.
Impacts linéaires verticaux, traces d’outil, type « marteau taillant »
 À même le talus, le goulet est étroit et conduit aussitôt à une grande salle rectangulaire au profil voûté plein ceintre. Peu de chance, étant donnée l’humidité, pour que la pièce eut été véritablement habitée sur le long terme.
Le couloir de remontée, ponctué de marches taillées, passe sous la route actuelle et débouche à proximité d’un hangar. Le gabarit a été calculé au plus serré.
Phénomène généralisé de suintement. Rares sont les souterrains qui échappent aux inondations saisonnières. Des marches d’escalier, de hauteur inégale et irrégulières dans leur présence, épousent une pente de 30 %.
Sinuosité du parcours et dispositif de fermeture contre d’éventuel assaillants
Il est surtout marqué par une série de six segments coudés. Il semblerait qu’un impératif de défense ait compliqué la tâche des concepteurs. Il s’agit de placer l’intrus dans une position d’inconfort tel qu’il rebrousse chemin ; en quelque sorte, de freiner sa progression.
Un ventail plutôt qu’une « porte » était présent si l’on en croit la trace d’une feuillure et de rainures dans lesquelles on pouvait glisser un rondin. Sa présence, à proximité directe d’un angle, rend difficile son « défonsage » étant donné le peu d’élan dont disposait l’assaillant.
C’est vrai le président n’offre pas la plus belle partie de sa personne mais au moins démontre-t-il-l’impossibilté de se croiser dans la galerie. Des niches sont aménagées ici et là pour recevoir des luminaires.
Reconnaissance de l’ouvrage creusé de « Frayssinel »
À « Frayssinel », ce sont surtout les traces extérieures du souterrain qui ont retenu notre intention.
Le réseau du souterrain de « Frayssinel » relevé par Louis et, à droite, son entrée supérieure photographiée. Se découvrent,  par la suite, une dizaine de marches. Comme à « La Brandier », le couloir comprend 8 segments avec des coudes. La déclivité est forte.
La visite du réseau a montré qu’une laisse d’eau envahit progressivement la grande salle oblongue du bas. À terme, le souterrain risque d’être ennoyé car l’orifice se bouche. L’eau est prisonnière.
La tranchée profonde du bas (13 m de longueur, 3 m de profondeur) en extérieur est littéralement envahie par les feuilles et la végétation. La lumière ne pénètre presque plus dans le souterrain.
Par ailleurs, nous avons remarqué toute une série de traces d’aménagement autour de l’entrée (en haut) mais aussi de la sortie du souterrain, preuves fournies par les photos ci-dessous.
Bas flanc banquette sous corniche naturelle
Encoche pour une poutre de grande dimension.
Encoches diverses et variées proches de l’entrée au nord ,pouvant soutenir les madriers d’un plancher ou d’un toiture
Saignée en Y renversée.
Pour terminer, retenez qu’une conférence du CAPA sur les traces archéologiques des XIVe et  XVe siècles dans l’Albigeois portera – entre autres – sur ces souterrains. Elle est prévue le 14 avril 2018 au Centre Occitan Rochegude mais nous en reparlerons.
Ruée vers le fer dans l’Arifadès

Ruée vers le fer dans l’Arifadès

Chantier minier et traces de métallurgie dans les montagnes

Vendredi 26 janvier 2017

Secteur : Arifadès, Monts d’Alban et Villefranchois
Commune : Montredon-Labessonnié et Arifat
Météo : froid mais ensoleillé
Participants : ChristopheLouis, Yvonne, Jeannie, Jacques, Jean-Pierre, Alain et Franck

Sites visités : Le site minier de  « la Rivière » et ses alentours

Voitures : Alain, Jacques et Christophe

Carte de localisation. Source: IGN

Objectifs


Il s’agissait de compléter la carte archéologique dressée depuis plusieurs années  maintenant par Jeannie Cadeilhan du CDAT (Comité départemental d’archéologie du Tarn), travail missionné par la DRAC.

Le site était connu, notamment par nos amis et membres Michel Payrastre et Jean-Simon Barthes qui avaient longtemps prospecté en ces endroits reculés de l’est du département. Il fut aussi l’objet de repérages très précis par Raphaël De Filipo dans les années 80.

Depuis ces travaux, il est clair que certains secteurs du Tarn sont propices à l’extraction et à la fabrication du métal depuis des périodes reculées (1). Reste à conntre plus précisément la chronologie et les contextes de cette activité, tout un programme de recherches mené depuis quelques années par Marie-Pierre Cousture et Anne Filippini pour les périodes anciennes. Leurs investigations continuent. Elles sont prometteuses à bien des niveaux (2).

Actuellement  le paysage est de type bocager avec des bois  à l’état résiduel. Prés et champs séparés par des taillis.

 Un site non isolé

Les preuves ne manquent pas. La commune d’Arifat comme celle de Montredon-Labessonnié réservent encore bien des traces d‘activités métallurgique et minière. De la plus discrète, l’épandage de déchets sur les chemins, à la plus impressionnante, la mine souterraine encore fréquentable.

Un bel exemple s’offre à nous à quelques kilomètres au nord de Montredon-Labessonnié. Nous observons sans difficulté autour du ruisseau de Bardes au niveau du hameau de La Rivière la présence de traces liées à la fabrication du métal. Nous sommes autour de 400 m d’altitude. Ici les indices miniers (creusements) côtoient les indices d’activité métallurgique. Sur le cadastre napoléonien, la toponymie n’indique rien de vraiment évocateur mais cela reste à affiner. Minerai, bois, eau, tout était réuni pour faire de cet endroit un petit centre de production. 

Extraction: une exploitation à ciel ouvert

Elle est révélée par la présence d’un fossé allongé, creusé sur une hauteur à l’est du hameau de La Rivière. Plus ou moins comblé, il est envahi par un fouillis de ronces et extrêmement difficile d’accès. Il s’accompagne, plus à l‘ouest, par une suite de fosses creusées dont nous n’avons pas pu dresser le nombre précis pour l’instant (4, 5 ?). La zone correspond à un filon quartzeux orienté nordest/sudouest bien indiqué sur la carte géologique. Ce filon est-il en lien avec la présence d’un filon métallifère ? 

Le haut de la colline qui correspond à un glacis d’accumulation pour sa couverture est traversé par une tranchée et des fosses orientées nordest/sudouest

Nous n’avons pas relevé la présence de départ de galeries souterraines ou de puits mais cela n’est pas exclu.

Difficile de rendre compte avec des clichés. Relief en creux, en ravin. Vues des fosses d’extraction de 10 mètres de diamètre environ. Les feuilles cachent des amas de stériles.
Bonne visibilité du métal de type goethite (à gauche) dans la roche.
Plaque de scorie de réduction d’aspect noir avec coulées.

Minerais de fer
Gîte minéral de fer dans sa gangue quartzo-schisteuse au bord du chemin qui mène à Bourgnié.

Le transport du bois et du minerais nécessitait la construction d’un dense réseau de chemins charretiers de bonne qualité dont on note la présence actuelle ou fossile.

Cadastre « napoléonien » montrant à gauche une prise d’eau et un canal d’amenée jusqu’au hameau. Source: Archives départementales du Tarn

Si on y prête attention: traces d’aménagements anciens comme un chenal. Photo Google Earth

Quant à savoir si le cours d’eau lui-même même était aménagé, c’est une certitude. À commencer par un canal d‘amenée dont témoigne le cadastre napoléonien. Il a aujourd’hui disparu. Sa vocation n’est pas indiquée mais les cours d’eau de surface présente un intérêt majeur pour les mineurs, quant à l’enrichissement du minerai, quant à la production de forces motrices capables de mettre en mouvement les machines comme les pompes, les concasseurs ou encore les soufflets.

Maîtriser la circulation de l’eau est crucial en installant des canaux et des vannes.

Par ailleurs, l’existence d’un étang minier ne fait guère de doute en bout de canal, là où justement la concentration de minerais est la plus forte. Actuellement, ces aménagements ont presque disparu ou sont à l’abandon.

Étang minier

 Travail du métal

Enfin, s’ajoute à la liste des indices des « ferriers » dont l’ampleur (un demi hectare) et l’épaisseur (plusieurs mètres) ne laissent pas de surprendre.


L’un se trouve au pied de la colline au niveau du chemin à proximité de l’étang. Il comprend surtout des scories de réduction. Pour l’instant aucune paroi de four n’a été repérée. Cet imposant amas de scories est utilisé par les agriculteurs pour combler les chemins.
Plus haut, les sols de labours sont littéralement tapissés de résidus. 

Amas de scories au pied de la colline


L’autre « ferrier » se trouve plus à l’ouest au bord de la rivière en rive droite. Tous les types de scories sont représentés : réduction et forge. Cependant, le sol gelé n’a pas permis une bonne observation des artefacts. L’ensemble semble bien conservé et se prêterait facilement à un sondage. Il semblerait qu’il n’ait pas été beaucoup gratté. 

Ferrier au bord de la rivière au nord-ouest du hameau.


Bref éclairage

En simplifiant au maximum les pratiques complexes et évolutives de ce savoir-faire,  voilà ce qu’il faut comprendre. Avant la forge, on arrache le minerai à la roche de différentes façons. Il y a la galerie, bien sûr, mais il y a aussi « l’abattage » à ciel ouvert. Le minerai brut est ensuite chauffé dans un four de grillage avant d’être réduit dans un bas fourneau. 

Chaque étape est productrice de déchets spécifiques (résidus de lavage, scories de différentes textures, paroi de fourneau, éclats de métal). Autant de marqueurs pour l’archéologue qui peut ainsi patiemment qualifier la nature des opérations sur site et ainsi reconstituer la fonction des lieux.

Pour une meilleure connaissance des processus en jeu, nous invitons le lecteur plus curieux à lire notre plaquette d’explication à la suite de l’article. 

Une empreinte prégnante

Quelle que soit leur datation, ces vestiges marquent discrètement mais durablement  un paysage devenu aujourd’hui pastoral. Difficile de passer à côté. Reste à questionner les habitants(3).

Cette richesse enracinée dans la terre dû faire la fortune de quelques-uns. Elle fut l’enjeu de convoitise, la source de pouvoir locaux ou plus lointain. Aucune possibilité de comprendre sans le recours au terrain car les archives sont discrètes sur le sujet.

Un patrimoine encore trop négligé

Pour finir, il conviendrait de prendre en compte le paysage minier car le constat est implacable. Mises en sécurité, détruites, remblayées, comblées, des mines, il ne restera bientôt plus grand chose à montrer.

Notes
(1) – Pour la période contemporaine, cela ne fait pas de doute. Au même titre d’autres secteurs sont concernés comme les Monts de Lacaune, l‘Ambialades, les Monts d’Alban, Moularès et Puycelsi dont nous avons déjà parlé.
(2) – Quand il s’agit par exemple de déterminer la provenance exacte du métal des barres découvertes en contexte protohistorique à Montans et Rabastens grâce à des méthodes modernes de traçabilité. En l’occurrence Ambialet avec toutes les réserves de circonstance.
(3). L‘un d’eux s’est montré peu loquace lors de notre venue. mais ne désespérons pas.

 




 

  

 

La statue de Fraissines

La statue de Fraissines

Sortie à Fraissines le  samedi 30 avril 2016
Secteur : Ambialades, Autre
Commune : Fraissines
Météo : vraiment épouvantable (pluie, vent)
Participants : Régine, Charlette, Yann,Yvonne, Kevin, Franck, Christophe et Louis
Sites visités : Flamarenq, Fraissines (commune)

Voiture : Christophe et Franck

Ce jour-là nous nous déplacons pour une découverte fortuite. Récemment, sur le territoire de Fraissines a été mis au jour une statue dont il est difficile de connaître exactement les origines.

Premier croquis
Arrivée sous une pluie battante à la mairie à Fontvieille, Gilbert Assié (1) nous présente l’objet en question (2) et nous le photographions sous toutes les coutures. Sans grande réussite d’ailleurs.
Le volume du bloc 45X30 cm présente une face très plate indéniablement travaillée pour mettre en valeur ce qu’il est convenu d’appelé un visage avec le nez et le coin des sourcils très finement gravés dans le grès. Certaines traces peuvent laisser penser à l’existence d’un œil sur le côté. Cela reste à confirmer. Incontestablement, un cou est mis en forme.
La pièce a été découverte lors de travaux d’aménagement (fossé d’eaux pluviales) par Michel Leron, au bord de sa propriété à Flamarenq au nord de la commune. Nous nous y rendons. C’est donc le découvreur qui nous reçoit.

La statue prise par son découvreur, Michel Leron.

Imprégnation jaunâtre visible sur la face.

Sur les lieux de la découverte

La statue a été extraite du sol suite à des travaux. Elle était localisée juste au bord d’un chemin de versant qui descend  sur la rive droite du Tarn (3). Nous sommes à l’extrême rebord du plateau qui domine le Tarn, au sud, et le vallon du Bénès, à l’est. C’est un point remarquable où des croix ont été installées, désinstallées dans le temps (4). La statue se trouvait à l’exact endroit où le chemin incurve à l’ouest et amorce la descente.  


Elle était à peine à une dizaine de centimètres sous terre. Impossible pour Michel Lebon de se souvenir sa position exacte (couchée ? droite ? face contre terre ?) lors de la mise au jour.

Plan de situation montrant le chemin qui descend. Sources IGN
Il apparait clairement, suite au propos de nos hôtes, que le versant a été mis en culture au XIXe siècle, peut-être bien avant. Il reste, d’ailleurs, des traces de terrasses et de bassins. Le chemin, à large emprise, a nécessité de gros aménagements dans la pente. Il est entaillé. La voie est bordée par des murs de soutenement dans un état plus ou moins dégradé.
En l’absence de contexte archéologique, bien difficile de s’aventurer à donner une période de réalisation, ni même une fonction à ce bloc sculpté. L’enquête devra être plus poussée. 
D’autres découvertes nous sont présentées par le propriétaire. Découvertes trouvées sur les lieux dont un profil de hache poli, fort abîmé, où le matériau s’apparenterait à la métabasite.

Lame de pierre polie brisée mal identifiable. Métabasite?
Le propriétaire évoque aussi la découverte de scories sur le chemin. Ce qui est guère étonnant dans le contexte minier de la région. Ces scories ne garantissent nullement l’existence d’une mine à proximité directe. Elles sont utilisées, mélangés à d’autres matériaux, pour niveler ou remblayer les chemins. 
Visite de Fraissines
Gilbert Assié nous présente ensuite son village remarquable à maints égards par son architecture typique. Vues de l’extérieur, les bâtiments sont conditionnés par les ressources locales disponibles (dalles de schiste, quartz en bloc et grès pour la pierre de taille le plus souvent). Un souci religieux commande parfois, comme il est visible ci-dessous.

À deux reprises, haut de pignon avec croix latine en bloc de quarz incluse dans l’appareil. Au passage, souche de cheminée caractéristique du Rouergue.

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Par la suite nous est présentée, l’église qui compte deux croixLa première, historiée et monumentale, remonte au XVIe siècle (5). Elle figure à l’inventaire depuis 1953. 

Les deux barres de maintien n’ajoutent rien à la grâce de la croix mais elle résistera au temps.

Remarquablement protégée par un auvent en bois, elle présente la Crucifixion
En figure centrale, le Christ en croix(6). À sa droite, sans attribut particulier, la Vierge revêtue d’un manteau à gros plis. À sa gauche, saint Jean, les mains jointes, costume similaire. Un motif de palmes, en bas relief, est sculpté au-dessous sur le fût. L‘autre face présente une Madone (Vierge à l’Enfant). En dessous, un ange et un personnage indéterminé. Un berger, peut-être. Le tout est sculpté dans un grès fin. 
Il n’y a pas le soubassement d’origine sous le fût. Pas de traces de couleur détectables à l’oeil nu.
La deuxième specimen, beaucoup plus sobre, toujours en grès, domine le cimetière de l’ancienne église. Il est plus archaïque. Il figure le Christ en croix ; une croix latine avec, aux extrémités, des branches en tau. On observe le visage poupin (7) de Jésus, tête relevée, corps bien droit, yeux ouverts. Elle a été déplacée récemment. Bien difficile de lui donner un contexte de réalisation. Peut-être XIV/XVe siècles pour une fourchette large. Le monument n’est pas inscrit.

Dans l’église Saint-Jacques de Fraissines

L’intérieur de l’actuel église a profité des dons d’un riche antiquaire du village, il y a maintenant une centaine d’années. Il s’appelait Justin Lecoules. Sa réussite exceptionnelle à Paris, ses ambitions politiques firent de cet enfant du pays un donateur et un bienfaiteur en terme de patrimoine. Deux toiles et une sculpture sont dignes d’un grand intérêt apprend-t-on.
Une représentation de la Vierge en rouge, type Adoration des bergers attribuée à des proches de Rubens, voir au maître néerlandais lui-même. Elle remonte à la première partie du XVIIe siècle.

Le rendu photographique est difficile dans les églises.

Une Descente de Croix, attribuée à des adeptes ou des élèves contemporains de Charles Lebrun.

Le tableau n’est pas sans imperfections au niveau des proportions mais il garde une certaine tenue.

Une représentation de la Vierge en rouge, type Adoration des bergers, attribuée à des proches de Rubens, voir au maître lui-même.
Ces deux toiles font l’objet d’expertises avant restauration nous explique Gilbert Assié
 
Une œuvre, plus récente, de Jean-Baptiste Carpaux, cette fois, une tête de Christ nous est montrée.
 
Une toile, du début du XVIe siècle, attribuée à des proches de Raphaël  a été volée dans l’église même, il y a quelques temps. Elle rappelait la Madone de Bridgewater peinte par le maître et actuellement au musée d’Edimbourg.

Nous remercions, bien sûr, chaleureusement Gilbert Assié pour sa gentillesse et ses commentaires. Michel Leron aussi. Sauf exception, les photos sont de Franck.

 

Notes
(1) – Maire de la commune
(2) – Il est actuellement dans la mairie à l’abri.
(3) – Le chemin communal qui mène de Flamarenc vers La Valette.
(4) – Il n’est d’ailleurs pas impossible que le statue ait pu constituer un socle sous une forme ou une autre à un moment donné de l’histoire. Une croix était là aux dires d‘Hubert Mas d’Albi et Christian Sol de Cadix. Elle aurait été déplacée en 1956/1957 (source: Michel Lebon)
(5) – Elle dite « croix du tombeau des curé ».  C‘est une croix de cimetière fort vraissemblablement.
(6) – Entre autres, le fait qu’il est la tête penchée est assez caractéristique de cette période(remarque de Marc Durand)
(7) – Qui n’est pas sans rappeler l‘ambiance romane dans la région. 

 

Un pari: mieux faire connaître les cupules

Un pari: mieux faire connaître les cupules

Le CAPA était présent au chantier jeune de la communauté des communes Centre Tarn .

En effet, du 7 au 10 juillet, quinze jeunes ont participé activement à la mise en valeur de l’environnement des communes de Saint-Antonin-de-Lacalm et du Travet encadrés par des bénévoles des deux communes.


Les cupules un patrimoine à protéger


Deux équipes, à tour de rôle, ont procédé au nettoyage et au rangement du site de la pierre à cupules de La Gaugne (1). Le CAPA était là pour conseiller et donner à ces jeunes toutes les indications sur les mégalithes.


Ces jeunes, de 11 à 13 ans, abordaient peut-être pour la première fois le terrain de l’archéologie. Leur attention évidente est un encouragement pour les actions du CAPA auprès des jeunes.
Ils sont perplexes mais ce sont bien des cupules
(1) Lire à ce propos l’article de Michel Payrastre, Henri Prat et Christian Servelle dans Archéologie Tarnaise, n° 15 paru en 2013. Il est disponible en ligne sur le site du Comité départemental d’Archéologie du Tarn.
Des signes sans parole : les cupules *

Des signes sans parole : les cupules *

Compte rendu des sorties du CAPA avec Philippe Hameau
vendredi 20 et samedi 21 mars 2015

 Photo d’Emmanuel Bréteau d’une roche à cupules à Evolène (les Mayens de Cotter) dans le Valais suisse. Elle est extraite de l’ouvrage Roches de mémoire, 5000 ans d’art rupestre dans les Alpes, Errance, 2010


 Photo d’Emmanuel Bréteau d’une roche de 250 cupules à Mattie dans la vallée de la Suse en Italie. 
Même référence qu’au dessus. 

Photo Henri Prat. Dalle cupulée de “La Gaugne à Saint-Antonin-de-Lacalm dans le Tarn 
 

Secteur : Carmausin, Ambialades, Monts d’Alban et Villefranchois

Commune : Marsal, Saint-Antonin-de-Lacalm,Tréviens, Mirandol-Bourgnounac, Saint-Jean-de-Marcel, Ambialet

Météo : frisquet mais acceptable mais ciel bien gris pour observer des cupules


Participants 
Journée du vendredi

Jeannie, Yann, Jean-Simon, Charlette, Régine, Louis F, Claudette, Bernard D., Michel P. , Christophe et Philippe H.

Voiture : Christophe, Louis F. Jeannie

Journée du samedi

Bernard A, Charlette, Henri Prat, Louis F., Régine, Claudette, Bernard D., Michel P. , Christophe et Philippe H.

Voiture : Christophe, Louis F et Henri


Sites visités : Puech-Mergou (1 et 2), La Gaugne, Dolmen de Nougayrol, Roque Brune, Font Frèche, Belle Rive et La Grèze


Voitures : Christophe, Louis F, Michel, Jeannie, Henri


Philippe Hameau

La venue deux jours durant de Philippe Hameau du laboratoire d’Anthropologie « Mémoire, Identité et Cognition » de l’université de Nice mais aussi président de l’ASER (Association de Sauvegarde, d’Étude et de Recherche sur le patrimoine du Centre Var) nous a ouvert de nouvelles perspectives en matière d’observation des cupules. Si il s’agissait de mieux comprendre ce qu’elles sont, le pari est tenu. Même si toutes ne sont pas préhistoriques, les cupules ne sont jamais le phénomène anodin d’un berger qui « gratte » parce qu’il s’ennuie, histoire de faire son trou… (1).


Philippe Hameau ne prétend pas détenir la vérité mais tente d’ouvrir prudemment des pistes de réflexion qui sont et seront bien évidemment objet de contestation. Et c’est tant mieux. En tout cas, son érudition, pas seulement préhistorique, mais aussi anthropologique est immense. Elle dépasse l’échelle de notre pays et le domaine de ce qu’il dénomme « l’art schématique ». Elle est d’autant plus remarquable qu’il la partage volontiers. Il l’entretient par une curiosité insatiable. Sa venue à quelques 400 km de ses montagnes provençales n’en est-elle pas la preuve? Je résume ici les propos qu’il a tenus à l’occasion d’échanges informels. Je m’appuie aussi sur l’abondante documentation qu’il m’a livrée suite à sa venue (2). Brièveté oblige, j’espère ne pas trop déformer ses hypothèses scientifiques, ne pas trop exagérer ses convictions. Car il en a. Je terminerai par des pistes de réflexion.

 Philippe Hameau dans le Tarn samedi 21 avril 2015


Une histoire de signes

Des signes, les hommes en font depuis la Préhistoire. Les peintures et gravures rupestres appartiennent à ce registre. Elles précèdent l’écriture (3). Plus ou moins abstraites, elles composent des systèmes de communication dont nous n’avons plus la clé.


Nous l’oublions trop souvent. L’art animalier très réaliste du Paléolithique est souvent combiné à des signes abstraits. Focalisé par la beauté des formes animales, on en oublie les points en ligne, les traits, les cercles qui les accompagnent presque toujours remarquait Philippe Hameau. Il y a comme une sorte de « ponctuation » entre ou sur les peintures ou les gravures d’animaux.


Sans ambiguïté, à partir du Néolithique (4), les expressions graphiques gagnent en abstraction. Les figures animales autrefois hyperréalistes deviennent très schématiques.


Pour faire simple, aux yeux d’une partie des chercheurs dont Philippe Hameau, on relève cinq grandes catégories de signes sur lesquels jouent les spécialistes du Néolithique. L’idole (5), le quadrupède, le signe circulaire du soleil, le personnage masculin souvent en forme de croix et, enfin, la ligne brisée. Autant dire l’éventail des figures est restreint. Formes vivantes ou géométriques, les signes s’associent dans des compositions sur la roche. Parfois, les signes sont isolés. Ensemble, ils portent un sens que partageaient les auteurs et les observateurs à l’époque préhistorique, une sorte de code visuel. Et ce n’est pas une mince affaire de le décrypter !
Les cinq figures caractéristiques du Néolithique final : idole, soléiforme, quadrupède, le personnage masculin et la ligne brisée
 

Sur la roche, la cupule fait partie de ces signes comme les points (6) peints dans les grottes tout au long de la Préhistoire. On peut la classer dans les «soleils». N’est-ce pas un point sans rayon, après tout ?


Particularité des cupules, ce sont souvent les seuls signes exprimés dans un périmètre.


La cupule est souvent creusée par percussion. Elle est hémisphérique mais on relève maintes fois une légère asymétrie à l’ouverture.


Deux sites permettent une réflexion approfondie sur le sujet. Celui de “Maraval” à Collobrières dans le massif des Maures (Var) et celui du “Signal de la Lichère” à Branoux dans le Gard. Ils sont emblématiques des interrogations sur les cupules mais il y en a d’autres bien sûr.

Les dallettes de “Maraval”


En altitude, le site de “Maraval” exposé au sud consiste en une suite de blocs schisteux en chaos sur un versant. Plutôt sur le haut. La position des gros blocs cupulés a pu être  légèrement modifiée depuis la Préhistoire soit de façon naturelle soit par les hommes. La question n’est pas tranchée.

On a découvert ces cupules suite au débroussaillage d’une société de chasse. Il y a de quoi étonner. Philippe Hameau décrit avec minutie un rocher à 35 cupules (ci-dessous), un autre, très proche, à 10 et deux autres inférieurs à 3. Étant donnée la nature plutôt fragile de la roche, les cupules devaient être plus nombreuses. Le temps faisant son œuvre, les mieux creusées sont restées, d’autres ont du progressivement s’émousser voire même s’effacer suite à des desquamations (7).

Relevé du grand bloc cupulé de Maraval(Collobrières)




Les cupules sont en position dominante dans le paysage. Leur taille et profondeur varient. Un fin sillon relie quelques-unes d’entre elles en haltère. À l’évidence, les plus grosses cupules sont sur des replats. Elles présentent ainsi un accès et un stationnement plus faciles.


Très intéressant, on note la présence d’une cinquantaine de « dallettes » au sol. De minces pierres de petites tailles (15 cm) portant parfois des perforations centrales ou des échancrures sur les bords comme il est visible ci-dessous. On n’a pas trouvé leur lieu d’extraction (8), ni une explication quelconque à leur présence.

Le site n’a pas été sondé. Il est possible que d’autres dallettes soient sous le sol à présent. Ces dallettes ont-elles un lien avec les cupules ?



Dallettes de « Maraval«  à proximité des cupules

Enfin, le site de « Maraval » domine une mine de cuivre. Dans le Massif des Maures, on note la présence d’exploitations depuis l’époque romaine, peut être même avant.

Sur la même commune de Collobrières, décidément riche en gravures, avait déjà été découverte une pierre gneissique portant 80 cupules.

Dans un col, au tournant d’un chemin, on remarqua sur cette pierre la présence de canaux creusés. Notamment un, occupé par un filon de quartz. De la matière minérale a été prélevée (9).

Par ailleurs, un travail au burin, des aménagements de nature anthropique sont visibles à différents points de la roche. Ils sont discrets mais indiscutables.



“La Lichère”, un véritable sanctuaire en lien avec les cupules


Nous sommes cette fois dans les Cévennes. Les rochers schisteux ornés occupent les rebords d’une crête qui domine la vallée du Gardons à presque 900 m d’altitude. Les zones dénudées offrent à la vue plus de cent cinquante cupules mais aussi des arceaux de taille différente. L’association cupule/arceau comme à “Puech Mergou” n’est donc pas exceptionnelle (10). Nous en reparlerons.


Les signes sont disséminés sur les rochers alentours non sans une certaine organisation, disons « une fréquence » en rapport avec le sommet. Plus on se rapproche, plus ils sont nombreux et ostentatoires. Je cite Philippe Hameau :« L’exubérance de la décoration s’accroit avec le sommet » avant de diminuer à proximité immédiate de celui-ci. Quelque part, il y a une régle.


Par ailleurs, la présence des arceaux est plus fréquente au sommet que sur le versant. Bref, l’iconographie évolue en intensité et en nature selon son emplacement dans la pente.
Présence des cupules et des arceaux dans un secteur de la Lichère

À plusieurs reprises, les cupules s’associent, s’imbriquent aux arceaux et ce de différentes façons (11). Parfois, ensemble, ils se juxtaposent, parfois, ils fusionnent. Toute une palette de formes est possible dont Philippe Hameau dresse soigneusement l’inventaire. Il arrive que les signes soient ébauchés ou « contractés » sans être achevés. C’est toute une grammaire qui s’offre au regard.


Car il y a bien sûr un sens à donner à ses gravures. Quel est-t-il ? Connaître la chronologie fine des moments d’exécution pourrait nous aider. Autrement dit, qui de l’arceau ou de la cupule était avant ? Vous comprenez que ce n’est pas demain la veille que nous trouverons la réponse. Le point( cupule) placé après ou entre les branches est-il un signe qui distingue l’idole par une expérience, une qualité particulière à un moment donné ?


Par ailleurs, il est intéressant de voir qu’il y a parfois une échancrure de l’arête du support rocheux comme si une cupule trop proche avait fait craquer la roche. On pourrait croire à un accident mais le cas se répète.

Autre détail, et pas des moindres : le site en question est riche en dolmens (11). La convergence entre structures sépulcrales et cupules est ici remarquable.


Eau et cupules


Pour résumer. Les sites à gravures sont plutôt accessibles. La station idéale, c’est un point dominant plus que culminant, un lieu que l’on puisse voir et d’où l’on peut voir. C’est la moins mauvaise formule que j’ai trouvée. Sur les lieux, le poste choisi prête à contemplation le plus souvent. Il est très rarement exposé plein nord mais laisse place à une large palette de possibilités.


Les blocs délibérément choisis sont souvent solidaires du substrat rocheux, rarement erratique comme à “La Gaugne”. Les cupules sont encore sur les dalles de couverture des dolmens (12), type Nougayrol ou Crespin si mes souvenirs sont bons.


Ce sont les faces supérieures des rochers qui ont la prédilection des néolithiques qu’elles soient à l’horizontal ou à l’oblique. Presque jamais à la verticale. Etant donnée la configuration de l’espace, difficile de ne pas penser à un ou des « autels » pour utiliser un vocabulaire religieux. C’est d’ailleurs une qualification recevable pour Philippe Hameau.


Les fouilles et sondages autour des lieux à cupules sont pour ainsi dire inexistants. Ils sont difficiles, il est vrai. Sur les hauteurs, la roche affleurent, les sols sont maigres. Pour l’instant, il ne semble pas que les aires à cupules aient été des zones d’habitats pérennes. En revanche, la présence de dolmens aux abords n’a rien de vraiment exceptionnel. Riche de son expérience dans le Sud de la France et l’Espagne, Philippe Hameau parle de sanctuaire où des rites de passage auraient été effectués. Il établit même toute une grammaire à partir des fréquences, des symétries, des contractions de signes. Il développe la théorie de la «double idole». La peinture comme la gravure vient à l’appui de ses thèses (13). 

Autre observation et pas des moindres. Pour Philippe Hameau, les lieux à gravures ou peintures néolithiques sont conditionnés par l’élément liquide. Non que les lieux soient forcément à proximité directe de torrents, de rivières, de sources mais leur disposition invite à réfléchir plutôt sur l’accueil de l’eau du ciel ou des eaux souterraines( 14). Les aires à cupules présentent souvent des dispositifs complexes pour accompagner les ruissellements. Des mises en scène, des mises en réseau s’étalent sous nos yeux dont nous éprouvons le plus grand mal à comprendre les logiques. Les cupules selon leur diamètre servent de réceptacles, de bassins, de déversoirs. Toute une typologie de formes a été mise en place.


Perspectives tarnaises, à présent


– En dépit des impressions, les cupules sont fragiles. Ils faut en prendre soin, notamment lors des « nettoyages ». Ce sont des archives à ciel ouvert qu’il faut s’empresser de protéger.

– Il n’est guère de sens qu’on puisse donner à une ou deux cupules isolées.Tout bien considéré le corpus tarnais est riche en sites mais ceux-ci ne présentent pas de grande concentration de signes à graver. Tout au moins au point de se lancer dans une étude approfondie dans l’immédiat. 

Déboiser, démousser quand il est possible permettrait d’étoffer peut être un corpus pour un site précis. Mais tous ne se prêtent pas à ce genre d’entreprise facilement. Loin s’en faut, vous le savez.

– Bien prendre conscience que plusieurs générations de graveurs du Néolithique à nos jours élabore un palimpseste aux allures bien complexes. À force d’expérience et d’observation, il est parfois possible de cerner les signes les plus anciens. Ils sont au dessous des plus récents. Ils répondent à des logiques bien particulières nous l’avons vu.

– L’observation des cupules en réseau à la lueur du travail de Philippe Hameau permettrait peut être de confirmer ou d’infirmer la « théorie des jeux d’eau ». Entre autres, les cupules peuvent-elle jouer le rôle de réceptacles à un élément liquide ? Il n’y a qu’à essayer… Avant même, mieux observer les associations de signes et donner les plus fréquents.

– Un regard sur les liens entre les cupules et les statues menhirs soit qu’elles soient carrément sur la statue soit qu’elles soient à proximité est nécessaire. Michel Maillé, lui même le reconnaît dans son ouvrage de référence de 2010 : Hommes et femmes de pierre du Rouergue et du Haut Languedoc.

L’exercice peut se faire même de façon livresque.

– Quant aux liens entre les cupules et les gîtes de matières premières (silex, argile, quartz, cuivre) dans notre région minière, ils sont non seulement possibles mais aussi envisageables à étudier et déjà fertiles.

– Enfin, mieux regarder les abris et parois rocheuses dans notre territoire d’investigation afin de déceler d’éventuelles peintures néolithiques. Même si elles sont plus nombreuses à l’est du Rhône, ma visite toute récente de sites espagnols dans la sierra de Guara m’encourage à penser qu’il n’ y pas de raison de désespérer… J’en parlerai avec Bernard Valette qui actuellement répertorie les abris sous roche fortifiés dans le Tarn dans une optique plus médiévale, il est vrai.


Dans un toute autre domaine, partout, les graffitis sont à observer. Ils témoignent d’une action des hommes qui répond à des logiques intéressantes. 

Notes

 * Pour reprendre la belle formule de Jean Abélanet


(1) À ce propos, Gillaume Lebaudy dresse un bilan intéressant de ce que font ou ne font pas les bergers quand ils sont seuls lors de l’hivernage du XVIIIe siècle à nos jours en plaine de La Crau.

(2) Entre autres travaux dont Philippe Hameau a été l’auteur ou l’instigateur.  À part exception, j’emprunte les documents pour illustrer mes propos à ces articles. 

Les pierres à cupules de Maraval (Collobrières-Var), Cahier de l’ASER, n°18, 2013

Les pierres à cupules du col des vanneaux (Collobrières-Var),Revue du Centre Archéologique du Var, 2012

Les gravures rupestres du Signal de La Lichère (Branoux-les-Taillades, Gard), Archivo de Préhistoria Levantina, Vol XXIII, Valence, 1999

Peinture et gravures pariétale dans la combe de Chenevoye (Engins, Isère), Association Patrimoine de l’Isère, culture, histoire, ?

Le rapport à l’eau de l’art post-paléolithique. L’exemple des gravures et des peintures néolithiques du sud de la France, Zephyrus, 2004

(3) Bien difficile de distinguer l’écriture à proprement parler du signe. L’écriture délivre à partir de signes un message linéaire qui répond à un ordre de haut en bas, de droite à gauche ou le contraire. L’écriture produit une parole. Le signe jamais. Il arrive à Philippe Hameau de parler aussi d’« art schématique ».

(4) On ignore encore la chronologie précise. On parle d’art « post-glacière ». Les cupules seraient l’oeuvre des communautés agro-pastorale du Néolithique en lien avec les dolmens. Par ailleurs, Philippe Hameau observe que l’on recule peu à peu l’âge d’élaboration des pétroglyphes de la Vallée des merveilles dans le parc du Mercantour, avant situées à l’Âge du Bronze.
(5) L’idole est schématisé ainsi : .Il a un sens, un bas ouvert et un haut. La forme peut être applatie sur le haut ou plus échancrée sur le bas avec un écartement des branches. Ainsi Philippe Hameau me faisait remarquer que nous observions les arceaux « à l’envers » à « Puech Mergou ». L’arceau peut être droit, couché ou inversé.

On évitera de parler de « fer à cheval » pour ne pas réveiller les légendes. À en croire celles-ci des chevaux, des saints voleraient de vallée en vallée.

Plus sérieusement, notez évidemment la convergence des formes avec nos statues menhirs.

Au niveau technique, l’arceau est le résultat d’une juxtaposition de cupules que le préhistorique égalise par un frottement. L’arceau est donc souvent punctiforme. Enfin, il est un excellent marqueur chronologique pour une datation du IV au IIIe millénaire, soit le Néolithique final.

(6) Force est de reconnaître, le point est en quelque sorte la version picturale de la cupule. Il est à noter s’il est besoin que la céramique néolithique adopte très vite des motifs géométriques. Parmi eux, les points.

(7) Sans compter que tout n’a pas été débroussaillé.

(8) On dit aussi « palettes ». On les trouve quelquefois à proximité des dolmens ou dans les grottes. Leur utilité pose question tout comme ces disques de roches fine autour des dolmens.

(9) Pour servir d’outil à creuser les cupules…

(10) Les cupules sont associées le plus souvent avec des croix (homme) ou des arceaux.Très rarement avec d’autres signes.

(11) Fouillés il y a bien des années presque tous. Il est mal commode d’en tirer quelque chose à ce jour. La proximité de dolmens ou de menhirs « non grattés » aux abords des aires de cupules est une chance à ne pas rater dans les années qui viennent pour l’archéologie. C’est une évidence.

(12) Rarement sur les orthostates.

(13) J’invite le lecteur à consulter les références bibliographiques. Mon objet n’est pas de développer cette partie complexe mais passionnante.

(14) Même remarque pour les gravures rupestres néolithiques en lien avec l’humidité et les suintements.

La contribution de Henri et Louis du CAPA au phénomène des cupules est disponible pour la modique somme de 8 euros. N’hésitez pas à nous contacter.