La Gaugne a son panneau

La Gaugne a son panneau

Après de longues années de préparation, le panneau présentatif de la dalle à cupules de La Gaugne entre Saint-Antonin-de-Lacalm et Le Travet est fin prêt pour présenter le « menhir » cupulé aux randonneurs qui ne manquent de passer sur ce sentier. Aux membres du CAPA les plus anciens, il rappelle la curiosité de Michel et le beau travail d’Henri, Louis et Christian.

Puisse ce panneau avec d’autres permettre une meilleure connaissance de ces traces discrètes mais fascinantes de la Préhistoire.
Prise de photos acrobatique de la dalle à cupules.
Un abri pour la pierre à cupules de La Gaugne

Un abri pour la pierre à cupules de La Gaugne

Un abri pour la dalle à cupules de La Gaugne (Saint-Antonin-de-Lacalm)
La dalle à cupules de La Gaugne en microgranite 2,60 m pour 1,35 m sous une chênaie au bord d’un chemin témoigne de la présence des hommes préhistorique du Néolithique.

Deux jours durant les jeunes des communes de Saint-Antonin-de-Lacalm et du Travet se sont mobilisés pour donner à la dalle à cupules de La Gaugne une protection en bois contre les intempéries. L’opération préparée de longue date se déroula sous un temps radieux et dans une atmosphère sérieuse mais détendue.


L’initiative du projet revient à notre ami, Michel Payrastre récemment décédé et auteur d’un article détaillé sur ce monument qui gagnerait à être mieux conn(1).

Etudié il y a 5 ans, le mégalithe est probablement à l’origine un menhir (2) non loin de son lieu d’implantation. Il est constellé d’une quarantaine de cupules (trous creusés dans la roche par les hommes). Il témoigne comme à Alban ou à Miolles de la présence des hommes sur le plateau à la fin du Néolithique.

Après l’élaboration d’un plan, le toit de l’appenti fut monté dans le village du Travet, puis transporté – non sans difficulté – sur le lieu même de la dalle à cupules.


Mesure d’angle et calcul

 

Vissage

Illustration de ce que peut être un travail d’équipe.

 

En renfort, un tracteur

 

Direction le site. Fin du premier jour.

 

Installation de la structure


Peinture de protection


… sur les deux faces.

 

Retour au bercail

Se mêlèrent au groupe pour le conseiller, l’orienter dans la réalisation des élus des deux communes mais aussi des parents et des amis. Le CAPA accompagna les jeunes dans l’action et participa activement .


Le résultat est séduisant. Léger, discret, il met en valeur, juste ce qu’il faut, le monument sans conséquence sur le paysage. Nous attendons à présent l’action de la DRAC afin de fournir un panneau scientifique. L’appenti suscitera-t-il l’intérêt des promeneurs ? Pour ceux qui ne connaissent pas les cupules, nous les renvoyons au blog. La littérature ne manque plus sur le sujet.

Pour vous rendre à la dalle à cupules de la Gaugne :

La dalle est installée sur le plateau à l’extrémité d’une serre à l’ouest du Travet

Equipe du CAPA : Franck, Yann, Jean-Pierre, Jean-Simon, Pascale, Sakina et Christophe 

Notes
1 – Michel Payrastre, Henri Prat, Christian Servelle, « La dalle à cupules de La Gaugne », Archéologie tarnaise n° 15, 2013
2 – À présent couché.


Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Michel à l’oeuvre dans une école.

Né à Albi en 1940, Michel Payrastre était issu d’un milieu extrêmement modeste du TRAVET, commune et village de son père et de ses ancêtres, village où il travailla toute sa vie et auquel il était profondément attaché. Au point d’en connaître tous les recoins et tous les habitants.


Cette curiosité sans limite, il ne la devait pas à l’école publique qu’il quitta après son certificat d’étude mais plutôt à une observation tolérante, sans limite, pour le monde qu’il savait regarder.


L’Algérie comme tremplin


1960. À vingt ans, deux années durant, il change de continent ou plutôt il change de vie. Appelé pour son service militaire, il est envoyé en Algérie. Comme sergent, il a la responsabilité d’une petite unité. Dans les montagnes, les Aurès, il surveille un col stratégique en prise au froid. La peur ne l’empêche pas d’être fasciné par la beauté des paysages du djebel.


Il observe. Il accumule les photos. Auprès des populations locales qu’il côtoie, à sa façon, il tente de mettre un peu de dignité là où elle a disparue.


De cette période de sa vie, il gardait un profond respect pour ceux qui vivaient avec rien, pour ceux qui, comme lui, élevaient des moutons non pas dans la relative aisance des prairies tarnaises, mais dans un paysage magnifique mais ingrat, avec peu d’eau, de maigres pâturages rabougris, sans l’aide du vétérinaire, des progrès de la médecine, sans médicaments, sans moyens et sans revenus.

– « Je croyais connaître la pauvreté, me disait-il, je n’avais encore rien vu », évoquant la misère des fellahs.


Mais, par-dessus tout, il est aux prises avec la guerre. Cette guerre qui ne veut pas dire son nom, qu’il mène contre son gré.


Sur cet épisode, bien plus tard, il s’exprimerait sans détour devant le jeune public que j’avais convoqué. D’une voix parfois tremblante, il relatait le départ précipité de l’Armée française et ses terribles conséquences. Il montrait le drapeau algérien qu’il avait récupéré dans une cache du FLN. De même, pour ces cartes d’état-major qu’il avait conservées avec soin. Pour les jeunes générations, il était celui qui prévenait contre toutes les formes de violence. Violence contre laquelle il avait été vacciné. L’expérience militaire infusa chez lui des idées pacifistes fortes qui le guidèrent toute sa vie. Cette guerre aurait pu l’abimer, comme beaucoup d’autres ; au contraire, elle lui donna une leçon.


Autant l’avouer, au cours de nos balades archéologiques, à son contact, j’appris beaucoup. Désormais, je vois la guerre d’Algérie d’une autre façon, nettement plus en nuances.


De la suite dans les idées


De retour, après une période de flottement qu’il confiait bien volontiers, il s’attache à ce qui lui tient le plus à cœur : fonder une famille et défendre la cause paysanne. Il s’ancre et s’attache au pays qui l’a vu naître et grandir. Huit hectares et le choix de l’élevage des brebis, de quoi vivre. Il rencontre Paule, qu’il épouse en 1972. De leur union, naitront deux enfants, qui lui donneront la joie d’être grand-père.


Son métier, il ne le conçoit qu’en relation avec les autres.

Au sein du CDJA (Centre départemental des Jeunes Agriculteurs) dont il devient le secrétaire, il milite pour développer une agriculture « au pays ». Au moment où les agriculteurs-éleveurs se replient sur des pratiques solitaires et productivistes, dictées par un contexte difficile (disparité des revenus, exode rural, accroissement des coûts de production, endettement, PAC), il encourage la réflexion communautaire.


Il ne reniait pas le progrès technique, bien au contraire. Pour lui, le temps de la misère était bel et bien révolu. Pour autant, pas question de faire table rase du passé. Pas question d’oublier les pratiques et les solidarités du monde paysan.


Il donne sans compter son temps et son énergie pour défendre ses idées. Entre autres, les Groupes de Vulgarisation Agricole(GVA) sont un moyen pour lui d’agir au cœur de sa région.


Maintenant, en 2016, apprécions la pertinence de ses choix et l’actualité de son combat.


Un itinéraire militant


Il mène de front plusieurs batailles, des batailles dont il sortira le plus souvent vainqueur faute de combattants. Il embrasse la cause du Larzac où il est présent contre le projet d’extension du camp militaire. C’est toute une époque.


Il s’implique lors de la formation de la coopérative Ovi-testen 1972, en créant le Syndicat des éleveurs de brebisafin de défendre la cause des petits exploitants. Le bras de fer engagé avec les puissants de l’agroalimentaire se termine à son avantage.


On le retrouve en 1978 militant contre les dangers de la fluorine et l’extension de l’exploitation des filons sur les terres du TRAVET. Infatigable, il veille au respect des lois.


Les échecs, bien sûr, il en connut, il sait ce qu’ils sont. Chez lui, ils ne suscitaient nulle amertume mais plutôt des raisons supplémentaires pour se remettre en question et intensifier les efforts.

Cependant, faire de Michel un idéologue partisan serait inexact. D’abord, il détestait donner des consignes et encore moins des ordres. Ensuite, son désintérêt pour les calculs politiques était total. Il passait au large des distinctions et des mérites officiels.


Et puis, dés que la lutte prenait une tournure violente, il s’en désintéressait. Il se méfiait des manipulations en tous genres et des donneurs de leçons qui travaillent surtout leur bonne envergure médiatique. Il craignait aussi l’esprit de chapelle et les conflits qu’il engendrait immanquablement au sein du monde paysan.


Avec lui, j’étais loin d’être toujours d’accord ; mon automobile, une Dacia, résonne encore de nos prises de bec sur l’Occitan, qu’il appelait « patois », mais son honnêteté et la ferveur de ses opinions forçaient le respect. Pour lui, toujours l’engagement devait se concrétiser par des actes.


Le cœur sur la main


Quand en 1991, il apprend la situation tragique des immigrés kurdes sur Albi. Et notamment des enfants, il n’hésite pas, à aucun moment, à soutenir leur installation. Cela dura 10 ans. Il tente avec réussite de leur donner les meilleures conditions matérielles possibles faisant honneur aux traditions d’accueil.


Bien sûr, il s’informe sur leur histoire, leur condition de vie. Comment peut-il en être autrement ?

En 2013, il était fier de la reconnaissance de ceux qui étaient devenus ses amis lors d’un voyage à Erbil. Le Kurdistan, aux antipodes de ce qu’on entend sur les ondes matin et soir, était un pays où l’espoir était palpable et ce en dépit de la guerre. Pour lui, c’était un pays jeune et riche de tous les possibles. Cela ne lui avait pas échappé.



La mémoire en partage


Après une première alerte cardiaque en 1998, il quitte définitivement ce métier d’éleveur qui lui a toujours tenu à cœur et s’implique pour une meilleure connaissance du patrimoine rural.


Le patrimoine délaissé, discret, oublié, le moins noble a sa faveur : outils agricoles au point de constituer une collection (actuellement au château d’Arifat), croix, moulines, fours, souterrains en milieu rural, petits châteaux souvent disparus nommés « castelas ».


Avec Jean-Simon et l’équipe de l’ASCA, il parcourt inlassablement le Réalmontais à la recherche de traces très anciennes de présence humaine, comme les cupules, gravures préhistoriques sur les rochers.


On lui doit d’ailleurs la découverte de la pierre de “La Gaugne” à Saint-Antonin-de-Lacalm qui fit l’objet d’une étude à laquelle il participa.


Il s’implique assidument aux inventaires et réalise quelques fouilles.


Non des moindres, parmi ses passions, fut le château de La Roque dont il contribua à la mise en valeur par une exposition, deux années durant, lors des Journées européennes du Patrimoine.

Il s’attacha aussi à faciliter son accès par l’initiative d’un chantier jeune.

Chantier jeune, car il ne concevait le patrimoine que comme une transmission entre les générations, jamais comme un potentiel touristique ou un bien personnel à exploiter.


Michel n’a pas le goût, ni l’intérêt pour la recherche des trésors cachés et l’appât du gain. Il n’aime rien tant que d’expliquer et montrer. Ses prises de parole au CAPA dont il fut un temps trésorier, étaient toujours attendues et pertinentes. Même avec la maladie qui l’accablait, il n’avait pas son pareil pour remobiliser les troupes ou rappeler un projet en cours.


C’était un homme d’action et d’organisation. Nous nous souvenons tous du jour où il nous a surpris par ses décisions pour organiser le chantier de mise en valeur autour de l’église Saint-Sernin. Alors que nous hésitions. Michel arrive, entouré des jeunes de Lombers. Le voilà qui intervient dans le débat, tout en souplesse avec tact et élégance :

– « Vous, les jeunes, vous faites cela, ça va remplacer la salle de sport ; vous, les anciens, vous vous attelez à ceci, ça va vous dégourdir les jambes ; ceux qui restent, vous prenez pelles et râteaux et dégagez l’emplacement. Moi, je m’occupe de remonter et restaurer les sarcophages avec trois ou quatre “gros bras” qui sont là pour m’aider ».


Aussitôt dit, aussitôt fait. Michel qui n’avait jamais abordé ce genre de travail a remonté méticuleusement tous ces sarcophages, mis en valeur ensuite sur le côté extérieur nord de l’église que vous pouvez encore admirer.


Le site internet du TRAVET, dont il était le moteur zélé, montre toute la palette des ses curiosité et l’étendue de son savoir.


Avec lui, c’est toute une archéologie bénévole qui vivait et qu’il convient de faire vivre. Il l’incarne à merveille. Une archéologie en lien avec le territoire. Elle est conçue comme une science et une passion, moins comme un métier.


Elle se nourrit des questions des habitants, jeunes comme vieux, qui demeurent sur le lieu. Michel mettait un point d’honneur à tenir compte des avis des humbles, des oubliés de l’histoire quand il s’agissait d’aller les enregistrer pour témoigner d’un accent, d’une anecdote.


Devaient entrer dans l’histoire, non pas seulement les cathédrales mais aussi la façon de faire les nœuds, la retaille d’une meule usagée, le remontage d’un mur à sec (sans ciment) ou les soins pour la patte cassée d’un mouton, comme si rien ne devait être oublié.


À présent, Michel repose dans le cimetière du TRAVET, auprès des siens. Face à Mont-Roc, au-dessus des gorges du Dadou. Et je le revois encore me les montrer en les pointant de son bâton.

Michel dans la jungle de La Roque





Au nom des membres du CAPA,

Christophe MENDYGRAL

Président du CAPA



A Léjos, une église pas comme les autres

A Léjos, une église pas comme les autres

Sortie à Léjos du mercredi 20 janvier 2016




Secteur : Réalmontais

Commune : Lamillarié, Montdragon
Météo : bien grise, peu de lumière
Participants : Louis F., Régine, Yvonne, Yann, Jean-Pierre et Christophe

Sites visités : l’église de Léjos et ses alentours + les pentes du Bruc

Voiture : Louis et Yann
Sites évoqués : aires d’ensilage à Montdragon-village à visiter, église Notre-Dame à Cahuzaguet (Saint-Grégoire)

L’église Saint-André : une silhouette singulièrement très élancée dans le hameau de Léjos en bordure de plateau. 

Une ossature gothique

D’abord nous nous rendons à l’église Saint-André de Léjos dont Mme Boudou (1) nous ouvre les portes.
La première mention des lieux remontent au début du XIVe siècle. Connaître son origine n’est pas facile tant les archives sont pauvres, tout au moins pour le Moyen Âge. On sait qu‘elle était déjà une église « paroissiale » au XIVe siècle. Il faut s’en contenter.
Chevet plat, clocher mur, voûtée sur croisée d’ogives, rien de visible ne permet de la dater de la période romane. Les culs-de-lampe qui supportent la retombée des arcs présentent parfois des écussons bien lisibles.

Cette église en bon état ne présente pas d’originalité particulière. Elle entre dans la catégorie des petites églises rurales du Réalmontais que nous avons déjà étudié avec Saint-Sernin de Lombers en 2014 (2).

Pas d’originalité particulière, si ce n’est sa hauteur qui surprend. À ce sujet, émettons quelques hypothèses que viennent étayer les travaux les plus récents (3).

La proximité d’une voie ancienne, une position en surplomb au dessus d’un vallon déterminèrent assez tôt, semble-t-il, un habitat. La présence avérée d’une source (4) et d’un puits (5) ont dû jouer à l’actif de Léjos.

À la merci des pillards

Mais la particularité du lieu, somme toute, semblable à beaucoup d’autres tient dans les caractéristiques d’un fort villageois. En effet, Léjos se range dans cette catégorie.
D’après Cédric Trouche-Marty, il faut remonter au milieu du XIVe siècle pour assister à un phénomène de fortification de ces habitats isolés dans l’Albigeois.
Pas de château à Léjos. Ici, le phénomène se déploie à deux niveaux. La mise en place probable d’un dispositif défensif autour des maisons avec fossés et parfois murailles. 
Ensuite, l’utilisation certaine de l’église comme base de repli avec les aménagements militaires en conséquence. L’église est en quelque sorte – et au moins pour un temps – transformée en maison forte.
L’enjeu est de fournir un refuge collectif temporaire pour les populations apeurées des fermes alentours (6).


Le hameau de Léjos surplombe un vallon. C’est un habitat groupé.

Autodéfense paysanne 

Ce phénomène de « forts villageois » révèle l’insécurité qui règne dans le Réalmontais durant la guerre de Cent Ans. Des bandes de pillards sillonnent et rançonnent le Réalmontais. Les « Anglais » (7), installés à la lisière de l’Albigeois, lancent des raids. Ils laissent les communautés villageoises démunies. Pour elles, deux solutions : fuir vers la ville ou rester et résister au village au prix de réaménagements. Les paysans assurent leur propre défense. Le phénomène n’est pas spécifiquement tarnais, il a été étudié surtout en Auvergne mais aussi dans l’Aude et le Quercy.

Une église forteresse
  

Il fait peu de doute que l’église Saint-André ait subi une campagne d’aménagements à cette époque troublée (8). Pour ce petit village isolé, l’édifice religieux s’impose comme un lieu de refuge par excellence. 
Aussi, au XIVe siècle, un réhaussement avec plancher(s) au-dessus de l’extrados en témoigne. Il est réalisé en blocs de grès bien équarris. Ce réduit, on le gagne aujourd’hui par une tourelle exposée au sud, côté cimetière. Pouvait-on y parvenir par le clocher ? Pas impossible.


Au-dessus de la voûte une élévation sur les murs goutteraux forme un vaste espace dont l’utilité interroge. On remarque des trous de plancher ou de hour. Y-a-t-il eu un parapet, un crénelage?
Ces combles servaient-elles temporairement à entreposer la nourriture des fermes des alentours. L’hypothèse n’est pas dépourvue de vraissemblance.
Vision des deux modules et deux phases de construction.  À l’appareil à assises régulières en pierre de taille (grès) plus anciens se surimpose un appareil en moellons calcaires de calibre différent, équaris au joint incertain. Il est plus récent et moins soigné.



Deux factures bien différentes dans la taille des blocs :
moyen appareil (XIV-XVe siècles) à droite, petit appareil (XVIe-XVIIe) à gauche. 


Léjos à l’épreuve des guerres de Religions

Après un repit d’une centaine d’année, c‘est partie remise, à l’époque des guerres de Religions. Elles couvrent dans notre région une période de 70 ans. En gros, de 1560 à 1622 avec la réddition de Lombers. De nouveau, les lieux servent de refuge. Alors on relève, on restaure et complète les défenses préexistantes devenues obsolètes. Quand cela ne suffit pas, on reconstruit ou on agrandit les combles de façon plus rudimentaire toutefois (9).
L’église eut à souffrir de l’épisode d’une guerre civile si l’on en croit l’archevêque d’Albi, Le Goux de La Berchère qui, en 1700, évoque une démolition par les huguenots. Il se garde bien d‘en préciser la date et les circonstances.

On perce deux fentes de tir sur la façade sud.

Une fente de tir à embrasement intérieur sur le mur septentrional. Type archère ou arquebusière









Flanc méridional de l’église avec une chapelle du XVIIIe siècle agrandie au XIXe siècle. Jusqu’au XVe siècle, le mur était à nu et servait de muraille. À gauche, visible en partie, la tourelle de l’escalier qui permet de gagner les combles aménagées.

Mur goutterau méridional réemploi difficile à dater dans la partie XVI-XVIIe siècles.



Trace de baie bouchée. Un linteau en bois est visible.


Tourelle défensive avec console de bretéche encore visible sur la gauche en haut. 

Dans cette pièce haute, nous avons tenté de repérer, mais sans réussite, d’éventuelles inscriptions ou graffitis à l’aide d’un éclairage puissant. Nous ne désespérons pas de parvenir à un résultat. 
Par ailleurs, l‘église Saint André devait s’intégrer dans un système plus vaste regroupant aussi les maisons entourées de fossés. Le parcellaire du cadastre napoléonien suggère que le hameau d’aujourd’hui est un peu différent du village d’hier dans sa configuration.
 Dans le quadrilatère, l‘ancien village. On détecte aujourd’hui des fossés au nord (en vert) et un abrupt au sud. La question de l’entrée dans le village et le rapport avec la grande voie ancienne n’est pas résolu.

Au sud, au-delà du cimetière, un talus abrut encore bien visible aujourd’hui. 

Talus très incliné derrière le mur du cimetière au sud.
Au nord, un fossé résulte d’un aménagement ancien. Apparemment, aucune maison actuelle ne porte les traces matérielles d’une fortification. 

Forme actuelle du relief au nord. Un replas. Forte probabilité d’un fossé comblé.

L’ensemble forme un enclos rectangulaire autour de l’église. On devait  pénétrer dans le village aussi par le sud. Ce n’est plus les cas aujourd’hui.





Face au flanc nord de l’église, vieille bâtisse devenue une remise. À noter la présence d’un escalier à degré convexe, résultat d’une superposition de meules(fort probablement) pour accéder à la porte extérieure du logis.

Fin de parcours

En suivant la voie ancienne nous relevons un fragment de meule de Marèze. Un véritable « complexe » de garennes/clapiers suscite notre étonnement.
Nous poursuivons notre visite par une recherche d’aires d’ensilage sur les pentes du Bruc. De l’argile plein les chaussures, nous rentrons.

Notes

(1) – Cette dame très aimable détient les clés de l’église.

(2) – Christophe Mendygral, Des sarcophages à Saint-Sernin de Lombers, Archéologie Tarnaise, n°16, 2014

(3) – Nous nous fondons surtout sur le travail de Cédric Trouche-Marty, Forts villageois ecclésiaux et églises fortes dans l’Albigeois  des XIVe et XVe siècles, Archéologie Tarnaise, n° 17, 2015
(4) – Le sol de la nef en témoigneÀ l’est, à l’approche du coeur, il est humide et ce depuis le … XVIIIe siècle car Berchère déjà le mentionne .
(5) – Admirable dans sa confection bien postérieure au Moyen Âge. Il est très sophistiquée.
(6) – Il n’est pas exclu d’ailleurs que les routiers eux-même aient été à l’origine des œuvres de fortification à maintes reprises comme les archives l’indiquent. Ces villages sont un enjeu pour les troupes puisqu’ils servent de base arrière pour attaquer les villes beaucoup plus attrayantes.

(7) – Ils n’ont souvent “d’Anglais » que l’appellation. Ce sont davantage des paysans déracinés, des nobles déclassés venus du Bordelais ou de Gascogne.
(8) – Pour ne parler que du Réalmontais, c‘est loin d’être un cas isolé: Fréjairolles, Dénat, Pouzols, Orban, Sieurac, Saint-Pierre de Conils, Roumégoux, Fauch, Teillet
(9) – Deux inscriptions d‘année sont mentionnées sur l’église: 1628 à l’angle extérieur du mur goutterau et du chevet, en hauteur. 1666 au-dessus du linteau du portail en grès.



   


  


Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos (Lamillarié)
Une enquête de Yann Roques

Portion d’une voie ancienne tombée en désuétude dans le hameau de Léjos. Constatez la chaussée en creux délimitées par des talus. L’emprise importante de la route est justifiée par un trafic ancien.

Les voies anciennes de l’Albigeois qui prennent souvent le nom de voies « romaines » (1) sont assez bien connues par les textes (2). Peu d’entre elles ont fait l’objet d’études vraiment approfondies cependant.


Il fut un temps, l’une d’elle, la « camin roumieu » allait vers Béziers par Lautrec et Castres. Elle suivait un temps la vallée du Thoré et générait tout un réseau de voies de desserte.


Morphologie

On le sait, des vestiges de cette voie  existèrent jusqu’à la toute fin du XIXe siècle puisque Émile Jolibois en livre une description et une coupe à proximité d’Albi, près du ravin de “Sept Fonds”, à coté de la cité. Il relate alors une chaussée légèrement bombée, large de 5,50 m, composée d’une assise en béton, d’un lit de galets posés à plat et d’un revêtement fait de blocs de grès quadrangulaires de 0,20 à m à 0, 30 m de côté.  Elle était couramment appelé “l’estrade ». 

Rien ne vaut la visite sur le terrain

Surprise, cette voie très ancienne, prés de Lamillarié, est encore bien visible en rase campagne. Précisément au hameau de Léjos où je me suis rendu. Après l’église Saint-André (3), j’ai décidé de passer par le chemin qui relie Cantegraille au Cayrié, plein Est. Au bord de ce chemin une croix, je me suis alors dit c’est par ici. J’ai longé un champ jusqu’à retrouver la fameuse voie. 

La voie ancienne tracée sur le cadastre napoléonien. Elle a déjà quasiment disparu au tout début XIXe siècle. Source: Archive départementale du Tarn.

Tracé en rouge du tronçon identifiable de la voie sur photo aérienne et relevé cadastral actuel. Source: Géoportail (IGN)


Comme le disaient les anciens, elle est bien là sur presque 200 mètres. Ce qui surprend, aux premiers abords, c’est sa largeur. Aucun chemin de terre agricole n’a aujourd’hui cette dimension, plus de 5 mètres d’emprise. Par endroits, notamment dans la petite montée, la voie est empierrée avec le calcaire local.



La chaussée est couverte d’un lit de cailloux calcaires calibrés, damnés et compactés. Les voies anciennes, même romaines, sont rarement dallées sauf en ville bien sûr. À ce niveau une coupe est envisageable.


Aujourd’hui la voie semble s’interrompre aux croisements de plusieurs champs. La lecture du tracé redevient sujette à interprétation.


Relique du passé, quelques mètres plus loin dans la continuité, une petite cabane construite exactement dans la largeur de la voie qui continue sur presque 150 mètres. 

La voie est ensuite peu visible et enfouie sous un tas de feuillages et en herbe. Ils font écran à la poursuite de la lecture du tracé.


Il s’agit d’un tracé rectiligne de crête. À 250 mètres d’altitude, la voie se tient à l’écart du lit des rivières


Quelques mètres plus loin la voie s’arrête à l’orée d’un champ. Sur sa droite au milieu des arbres deux petites structures, une ronde d’environ 2,50 m de diamètre arrasée et une petite cabane à moitié enfouie dans le sol. Je ne saurai dire ce que c’est. 


La voie est en phase de dégénérescence mais on lit encore son emprise sous le couvert végétal.
Une légère sinuosité.


Voilà pour mon excursion à la recherche de la voie. Savoir si elle est gallo-romaine ou pas, relève d’un exercice périlleux. Faut-il voir, comme les anciens dans les toponymes des alentours, des signes de romanité ? Léjos = légion ? Lamillarié = le miliaire (borne)

Il serait intéressant, par ailleurs, d’inspecter les lieux pour trouver de la présence gallo-romaine. À ma connaissance, aucun site n’est connu dans le km autour de la voie.


Pas de doute que ce segment de route très ancien et assez rare mérite une attention particulière et, à moyen terme, des mesures de protection.


Y. R


Notes

(1) – Nous ne rentrons pas dans le débat de savoir si elles sont ou pas, romaines. Il est vraissemblable qu’elles soient d’ailleurs encore plus anciennes à la lueur de quelques lectures stimulantes ci-dessous.

(2) – Jean LAUTIER, Connaissance du Tarn, Tome 2, 1974, p. 14. 

Le beau travail aussi mené par Élise BERGÈS sur la voie Béziers-Cahors qui passait à Albi.


(3) – Mention de cette église est faite dans la Carta Prima de 1067. Paroissiale, l’église devait être beaucoup moins isolée qu’aujourd’hui.

Charles POMMEAU, Véronique BONTE, A la découverte des vieux chemins, Petit manuel de viographie, Moulin,1995. Excellente ouvrage mais difficile à trouver pour mener l’enquête.


Raymond CHEVALIER, Les voies romaines, Picard, Paris, 1997, un grand classique en matière de culture savante à propos des voies romaines.