A Cordes-sur-Ciel: la porte de la Jane ouverte sur l’archéologie

A Cordes-sur-Ciel: la porte de la Jane ouverte sur l’archéologie

La mobilisation des membres du CAPA fut à la hauteur du haut lieu historique dont nous avions la garde. A savoir la porte de La Jane, classée monument historique depuis 1962.

Visiblement l’ambiance est cordiale et chaleureuse


Deux jours durant nous avons, derrière les remparts, attiré les passants.

Si l‘affluence de visiteurs ne constitua pas un record, ce fut l’occasion d’échanges entre nous et avec les « Amis du Vieux Cordes ». La mise en valeur de l’exposition sur l’archéologie et la rivière du Tarn attira les plus curieux. Quant à l’initiation à l’archéologie, elle fut menée pour une quinzaine de jeunes avides de découvertes. Les images le prouveront.

Les fameux bacs conçus à l’époque par Jean-Claude, Jean-Pierre et Michel font des heureux chaque années

 

Pour l’occasion, une exposition originale sur l’archéologie dans et côté de la rivière du Tarn

Les moulins de la vallée de Laussière

Les moulins de la vallée de Laussière

Sortie à Roussayrolles du  samedi 14 mai 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles et Saint-Michel-de-Vax
Météo : orage menaçant
Participants : Franck, Régine, Christophe et Louis
Sites visités : igue du Cuzouls, dolmen de Peyroseco et les moulins de la vallée de Laussière
Sites évoqués : une cavité prés du dolmen de Peyroseco différente de celle de l’igue du Cuzouls.

Voiture : Christophe

Photos: Franck
Le Cuzouls: une doline effondrée de 75 m de profondeur et aux environs de 10 m de largeur.

Au menu, exploration de l’igue du Couzouls. Pour nous, le lieu ne présente plus ou aucune trace – à l’heure qu’il est – d‘art pariétal (1) ; seule, une tâche ocre nous laisse sceptique dans la partie ouest. Des traces, il y en a, mais elles sont récentes car le lieu ne présente aucune difficulté d’accès particulier. La progression est facile.

Tâche rouge d’origine inconnue sous la calcite.

Très fréquenté, il a été livré aux pilleurs de grottes et littéralement ravagé depuis des annéesC’est loin d’être un cas exceptionnel. Ces déprédations ne remontent pas forcément au XXe siècle.

Des stalagmites coupées nous rappellent cette pratique courante des hommes de la Préhistoire la plus ancienne jusqu’au XXe siècle (2).

À toute fin utile, précisons-le, aujourd’hui, arracher des concrétions est passible de 10 000 euros d’amende.

Par ailleurs, partout, des fouilles clandestines à la barre à mine se sont succèdées, notamment dans le fond de la cavité où une fosse de près de 2 mètres de profondeur a été creusée.

Nous explorons « le trou » laissé par les pilleurs.

Par bonheur, des pilleurs ont laissé quelques tessons de céramique dont il difficile de donner une période tant ils sont petits, abîmés et sporadiques. Après consultation, ils semblent plutôt médiévaux que préhistoriques.

Il est remarquable que cet igue ait fourni des éléments de toutes les époques historiques.
Je le rappelle au passage : poteries dites « chasséennes », probable sépulture protohistorique, aiguille de bronze, amphores, tessons médiévaux, papier à cigarette contemporain.

L’effondrement progressif de la voûte, par endroit, a entraîné la formation d’un chaos rocheux. C’est sous ces rochers que les clandestins cherchent.

Des graffiti aussi « ornent » la caverne. Il sont de facture très récente.  

Concrétion en cascades type méduse.

Nous remarquons sur les parois des formations de calcite en draperie tout à fait remarquables. Partout aussi les points noirs des lampes à acétylène des spéléos.

Le dolmen de Peyroseco: un mégalithe reconstitué

Le dolmen de Peyroseco ou plutôt Peyro… en l’état, en ce début de printemps 2016. Trois dalles en calcaire sinémurien délimitent une chambre de 3 m X 2 m. Deux grandes dalles le recouvrent 
au sud.

L’approche de ce dolmen est mal indiquée. À la différence de celui de la Peyralade, plus connu sous le nom de dolmen de Vaour, il n’est pas en bord de route mais à l’écart d‘un chemin qui conduit de Roussayroles à Saint-Michel-de-Vax.

Pas d’autres dolmens proches à associer à ces deux là.

Depuis longtemps, des curieux avaient gratté autour. À partir de 1958, il fut l’objet d’une surveillance et fouillé par l’équipe de Jean Lautier à la fin de années soixante dix. Notre ami Henri Prat était de l’aventure (3).

Reconnaissance d’une architecture classique

À l’époque de la redécouverte, caché sur une croupe dans les fourrés, il consistait en une chambre quadrangulaire au trois-quart comblée de remblais, chambre couverte par deux grandes dalles plates (4) superposées. De part en part, des montants se dressaient pour supporter ces dalles de couverture (5). La structure s‘inscrivait dans une pente déclinante vers sud.

On discerna des traces du tumulus d’origine, au nord du monument. Il devait recouvrir la chambre. Il était composé de petites dalles calcaires jointives, posées à plat par centaines les unes sur les autres jusqu’à former une demi-lune autour de la chambre sépulcrale. Il s’agissait d’inscrire, d’une manière visible et durable, le monument dans le paysage. On devait le voir de très loin sur le Causse.

Plan du dolmen lors de sa découverte à l’état ruiné. Le tumulus de plan semi circulaire au nord cachait des restes du coffrage. On ne sait rien de la partie sud du tumulus. Tout l’art consistait à reconstituer le puzzle pour retrouver quelque chose de l’origine. Le choix de l’ouverture à l’est peut être discuté.
Source : Travaux et Recherches

 
C’est en fouillant les restes du tumulus que furent retrouvés des morceaux de dalle de couverture et de montants.

L’opération – très courageuse – aux dires d‘Henri consista au démontage, à la fouille, puis au remontage partiel et cohérent du mégalithe. 

Le dolmen vu du nord avec l’empierrement qui correspond aux éléments du tumulus. Le tertre devait être repéré de loin.

Aujourd’hui, le dolmen a gardé la forme donnée par l’équipe de Lautier dans les années soixante dix.

Mobilier

Hors d’atteinte avant le dégagement des dalles, dans une couche compacte de terre brune, la fouille d‘une partie de la chambre offrit toute une gamme de matériel lithique (hache polie, lames et éclats de silex, pointes de flèche classique du Quercy), osseux ou en test de coquillage (perles, pendeloques, éléments de collier) et métallique en cuivre (aiguilles, épingle, perles) mais aussi de la céramique.

Avec des exceptions, ce mobilier est typique de la fin du Néolithique entre le troisième et le second millénaire avant notre ère, moment où la métallurgie du cuivre fait son apparition dans notre région. C’est le Chalcolithique.

Mais, comme il est fréquent, le mégalithe a été « utilisé » (6) à des époques bien postérieures. En témoigne une épingle à tête ronde de  linceul en bronze plutôt du XIIe siècle. Jusqu’à quel point son agencement même n’a pas été modifié ? Plusieurs épisodes historiques semblent se succéder en laissant chacun des traces dont il est, pour le cas présent, impossible de livrer l’ordre et  le sens (7).

La présence d’une nécropole du Haut Moyen Âge de plein champ n’est pas à exclure aux abords de ce dolmen.

Le dolmen vu de l’est. On imagine les palans, les leviers, les trains de rondins qu’il fallut pour ériger ce tombeau collectif.
Entrée de la chambre

Vestiges anthropologiques 

Enfin, la fouille de tumulus, montra au nord-ouest du caveau, les traces d’une sépulture (extérieur à la chambre). En tout, on estima grâce aux amas osseux sur l’ensemble du site à une soixantaine le nombre d’individus enterrés, pas obligatoirement à la même époque. Récolte très fructueuse, si l’en est.
L’analyse de 853 dents aurait montré la présence d‘une grande proportion d’enfants. Ce qui peut paraître étonnant. Dhabitude, les dolmens sont plutôt réservés à des sépultures d’adultes. Les ossements montrent des formes de sélection. 

On peut se féliciter de l’œuvre de protection de l’équipe Lautier. Presque quarante ans ont passé et le mégalithe est encore debout, visible de tous. Le mobilier découvert a été déposé au musée Lautrec à Albi.

Les moulins de Laussière, un patrimoine au fil de l’eau

Dans des cercles rouges,  sur la rivière les implantations liés à l’activité des moulins. Source: carte IGN au 1/25 000

La vallée encaissée et ombragée du ruisseau de Laussière présente une série de moulins et d’aménagements tout à fait remarquables en l’espace d‘une centaine de mètres seulement. Bernard Alet a mené un travail d’archives sur ces moulins dont l’état de dégradation est avancé (8). Ils sont menacés à terme d’effondrement puisqu’il n’y a plus de toiture. Ils remontraient au XVIe siècle.

Des bâtiments destinés à moudre le grain sont visibles dans la partie haute de la vallée. Ils ont été abandonnés au milieu du XIXe siècle et figurent sur le cadastre napoléonien.

Partie dormante d’une meule à grain prise par la mousse. Meule en silex.
Meule à grain complète en place et en position.

 

Portion de meule déplacée positionnée à la verticale. Peut-être plutôt une meule de moulin à huile.

 

Place et reste de l’arbre de transmission entre la roue du bas et la meule du haut.

 

En bas, au niveau du cours d’eau la chambre des roudets souvent voûtée. En haut, avec fenêtre, la chambre des meules.

 

La chambre des « roudets » ou des « rouets » vue de l’intérieur. Observez le conduit où l’eau arrive sous pression pour actionner la roue à aube placée à l’horizontal. On devine des cerclages de métal qui devait appartenir à cette roue. À gauche, invisible sur la photo, le canal de fuite. Au plafond le trou de l’arbre de transmission.


 

Four à pain du deuxième hameau.


 

Vestige d’un canal afin de faciliter l’écoulement et la pression en période de faible débit. Notez l‘omniprésence des mousses.


 

1858. Une date assez peu significative comme souvent de la date d’élévation du moulin.


D‘autres sont installés plus bas. Ils ont été abandonné un peu plus tard en 1893. Dans le hameau, quelqu’un vivait encore juste avant la Seconde Guerre. On y installa même l’électricité. A partir de 1945, le lieu tombe dans l’oubli, il redevient sauvage.

Les deux hameaux connurent des périodes de concurrence farouche aux dires de Bernard.

À l’époque les versant était couvert de vigne. 

La faiblesse du courant, à certains moments de l’année, nécessita des aménagements de bassin. Toute un système complexe de bassins et de canaux est visible.

La dimension patrimoniale de cette vallée ne fait aucun doute. Les mécanismes sont bien visibles. Tout l’enjeu consistera à mettre en valeur ce patrimoine. 

 

   

Notes

(1) – Des yeux plus experts peuvent bien sûr venir nous contredire et ce sera avec un grand plaisir.

(2) – Que l’on agisse pour de l’argent dans la perspective d’un commerce juteux ou lors de mises en scène mystérieuses, elles sont victimes d’une fascination qui n’est pas récente comme le montre la découverte des « spéléofacts » de Bruniquel, quelques 400 stalagmites brisées il y a 175 000 ans. On ose à peine le croire. Voir à tout prix  https://lejournal.cnrs.fr/videos/bruniquel-la-grotte-qui-bouleverse-notre-vision-de-neandertal

(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Pour mieux comprendre les propos  de l’auteur.

D’après un dessin de Gilbert Fages


 
(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Elles sont dite « de chevet ». Y en avait-il une seule au départ ? C’est fort possible. 

(5) – Ils prennent le nom savant d' »orthostates ». 

(6 – La finalité de ces utilisations nous échappe pour l’instant.

(7) – Quand le dolmen n’a pas été pillé, c’est envisageable comme à Saint-Martin-du-Larzac, par Rémi Azémar.

(8) – http://www.mairie-roussayrolles.fr/groupe-magret/magret-six.pdf 

 

Balade savante autour de Roussayrolles

Balade savante autour de Roussayrolles

Sortie à Roussayrolles du samedi 20 mars 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles
Météo : ciel bleu, terre encore humide
Participants : Bernard A., Franck, Pierre, Régine, Charlette, Marcelle, Sandrine, Bernadette,Yvonne, Claudette, Christophe et Louis
Sites visités : l’igue du Cuzouls, des sépultures à Peyralades

Sites évoqués : le dolmen de Vaour, de Peyrosco (Fourcou) et les moulins de la vallée de Laussière 


Voiture 
: Christophe, Louis F.

Impossible de relever le moindre résidu d‘artisanat verrier dans le haut de la vallée de Bonnan (1). Aussi, nous nous sommes dirigés vers Roussayrolles. Petite par sa taille, la commune n’en est pas moins riche de patrimoine archéologique.
Sur le causse de Rousseyrolles, les phénomènes karstiques sont nombreux et la présence des hommes, dès le Néolithique, avérée depuis longtemps. En témoigne les dolmens de Vaour mais aussi celui de Peyroseco (ou Fourcou) que notre ami Henri contribua à mettre en valeur et à fouiller. 

Un aperçu du Cuzoul de Rousseyrolles 

Carte du massif calcaire du Lias à l’ouest de Rousseyrolles qui domine à l’ouest la vallée de Laussière vers Saint-Michel-de-Vax. Source IGN
Nous nous rendons ensemble à l’igue de Roussayroles dit le « cuzoul » (2). Il s’agit d’une doline au stade fossile, sèche. Effondrée, elle s’ouvre largement sur l’extérieur dans sa partie haute. C’est l’entrée. Elle s’enfonce ensuite par paliers successifs. Elle n’est pas – apparemment – reliée à un plus vaste réseau (3).
Tout le haut du trou est couvert d’un cône d’éboulis, d’effondrement. Par endroits, se sont accumulés des sédiments. Ces sédiments ont été « grattés » à la recherche de « trésors » à des époques indéterminées si bien quil est difficile de trouver un replat vierge. Par ailleurs, quelques chauves-souris ont élu domicile dans les lieux.
Visible le calcaire lithographique dit « Sinémurien » en couches avec parfois de fines traces d’argile entre les strates.
Non équipés pour la spéléologie, nous ne sommes pas allés jusqu’au bout des 75 m qui forment l’orifice. Il se termine par un puits argileux, si l’on en croit les indications des spéléologues.
Au sol, nous trouvâmes quelques fragments d’amphores dont nous rendons compte avec la photo ci-dessous. L‘aven a-t-il servi pour puiser et stocker de l’eau à différente époque?
Il n’est pas interdit de le penser.


En tout cas, nous ne vîmes pas de mobilier de type chasséen évoqué par Henri lors de nos discussion (4). Nos recherches pour localiser les traces relatées par Jarlan en 1963 ont été vaines.

Si l’opportunité se présente, nous visiterons plus à fond cet aven avec le matériel approprié bien sûr.

Panse d’amphore épaisse de diamètre 20. Traces de carbonate visibles

Peyralade: des sarcophages en héritage

Peyrelade, hameau des carriers au nord de Roussayrolles (Source: IGN)

Le temps manquant, nous n’avons pas visité le dolmen de Peyrosco (5). Nous nous dirigâmes au sud de Roussayrolles, au hameau de Peyralades exactement, où la présence de sarcophages a été relatée par nos sources (6).
 
Le hameau de Peyrelade est un lieu remarquable en ce qu’il constitue un site d’extraction des grès du Trias. Ils affleurent. À regarder le bâti des maisons, il est aisé d’en déduire la présence de cette activité dans les environs par contraste avec Roussayrolles entièrement bâti en calcaire. Les archives aussi témoignent de cet artisantat.

Petit sarcophage monolithe d’enfant transformé en bac à fleurs comme souvent.

 

Dessin de la cuve et du couvercle à l’échelle. Ils se combinent assez bien.



 

Levage de la dalle fine en calcaire à grain fin du sinémurien (couvercle?)

Fragment de cuve vers le lavoir

Moins connus sont les sarcophages que l’on trouve ici et là (7). Le plus émouvant est une cuve en grès mesurant 1,45 m de long. Une tombe pour enfant. Il sert de bac à fleurs dans une propriété privée. Nous l’avons mesuré et dessiné. Le propriétaire fort sympathique ignore l’origine exacte de l’objet. Il est de type monolithe, de plan trapézoïdal sans loge céphalique. Aucune inscription n’est visible nulle part. À quelques mètres, nous pensons avoir trouvé son couvercle mais sans certitude. C’est une longue dalle, calcaire cette fois, complètement plate. Sa forme, le matériaux (calcaire) oblige à la prudence (8).

Ce sarcophage appartient-il à un quelconque cimetière ? Est-il l’œuvre d’une commande faite aux carriers à une époque très ancienne? Ces sarcophages prouvent au moins que l’exploitation de la carrière remonte à l’époque du Haut Moyen Âge. Le grès utilisé est local.


Les Brouscassous

Bassin ou tombe rupestre? Si c’est une sépulture, elle est orientée tête à l’est.

Schéma des proportions de la « tombe rupestre » ou du bassin.

Les Brouscassous(9), au nord du village, sur une hauteur, c’est là que nous observons une fosse profonde de 35 cm creusée dans le grès. Elle accueille l’eau des pluies. Elle est sans loge céphalique sur un point haut mais en rupture de pente. Jean Lautier y vit une tombe rupestre. Là encore, la prudence est de mise vue sa grande taille. Nous sommes partagés quant à la destination de ce creusement. La tombe – si tombe existe – serait orientée en tout cas. Nous n’en relevons pas d‘autres à proximité.
Là-haut, tout autour de nous, les carriers semblent avoir oeuvrés jusqu’au siècle dernier. La forêt de chênes révèle maints creux, bosses caractéristiques, riches de promesses archéologiques.
 
Une fois l‘entité dessinée, le lieu observé et photographié, nous nous quittons après les salutations d’usage.

Un grand merci à Bernadette Hernandez pour les photos. 

Notes
(1)Ce n’est pas faute au moins d’avoir cherché. Dernière chance: les archives du SRA à Toulouse et celle du musée d’Albi où serait entreposé du mobilier. Sans certitude. 
(2)Ce mot renvoie à la grotte en occitan.
(3)Jérome Gonzalez de l’OURS en 1993
(4)Est-il plus profond dans la grotte? Ce type de site accueille généralement du mobilier néolithique et protohistorique. Le chasséen dans la région est courant dans les grottes.   
(5)Ce n‘est que partie remise.
(6)Jean Lautier(archives) et Bernard Alet.
(7) A proximité du lavoir par exemple, dans la clôture.
(8)D’habitude la forme des couvercles est assez différente de cette espèce de « plaque ». Ils sont plus épais, parfois bombés, parfois à bâtière. 
(9)Les bruyères, la broussaille en occitan. 
 

Les meulières de Marèze à Saint-Martin-Laguépie

Les meulières de Marèze à Saint-Martin-Laguépie

Compte rendu de la sortie CAPA du mercredi 9 décembre 2015 à Marèze
Secteur: les bords de l’Aveyron, rive gauche
Commune : Saint-Martin-Laguépie

Météo
: temps clair et beau
Participant(e)s : Charlette, Jean-Pierre, Régine, Marcelle, Christophe, Claudette, Louis F., Yvonne, Silvana, Yann et Pierre Caussade
Sites visités : église Saint-Jean-Baptiste de Sommard (extérieur) avec son cimetière, les meulières de Marèze  et les fours de Sommard
Voiture : Christophe et Jean-Pierre
La visite de Pierre Caussade chargé d’un inventaire statistique dans le cadre d’un projet collectif de recherche nous a permis un retour dans la meulière de la Marèze. Celle-ci fut l’objet déjà d’un compte rendu du CAPA. À cette occasion et pour lui nous présentons le site. 

 Dans le rouge, la zone des meulières. Carte IGN 1/25 000
Dans le bois de La Marèze (1)
Manifestement, certains lieux dégagent une atmosphère particulière. C’est le cas du versant est de la vallée de l’Aveyron en aval de Saint-Martin-Laguépie dit « La Marèze ». Sous le plateau de Sommard, il fut le théâtre d’une véritable « industrie » de l’Âge du Fer à l’Antiquité, celle des meules. Une industrie comparable à nulle autre dans la région proche. Carriers, bardeurs, transporteurs, tailleurs, poseurs – la liste n’est pas exhaustive – ont dû se succéder sur des générations.
C’est à l’occasion d’un accident tectonique majeur (faille de Villefranche) que des couches gréseuses profondes affleurent en surface sur les pentes de la vallée de l’Aveyron.

Grès à grain grossier comportant une part importante de gravillons, de graviers de quartz et même de galets arrondis, des traces de sinérite aussi. Ils sont gris. Les français nomment ceci « poudingue » en référence aux Anglais qui l’appellent de façon plus parlante « pouding ».

Roches dures et abrasives, ces grès n’ont pas manqué d’être appréciés pour leurs qualités intrinsèques. Tout au moins à haute époque, et jusqu’au début du Moyen Âge. On en fit des meules par milliers.

Après les meulières, c’est une autre histoire. Celle des dégâts causés par l’exploitation. Les paysans en manque de terres ont éprouvé bien des difficultés à réhabiliter le lieu. Planter, cultiver, aménager sur ces nappes de pierre, rien de tout ça n’était évident. Il semble qu’on ait peiné à reprendre la main sur la forêt. D’ailleurs, au vu du site, jamais les hommes des temps modernes n’y sont vraiment parvenus.

En parallèle aussi, l’histoire des réemplois pour décorer les maisons ou garnir les clôtures. Les usages étaient bien installés. Les meules entières ou éclatées sont devenues familières sur le plateau comme dans la vallée. Des propriétaires au Riols en font des collections. Nous montrons à Pierre Caussade quelques exemples de réemplois.
 Les restes des carrières
                                                                        Front de taille sur grès
  
Grâce aux reconnaissance menées en amont depuis quelques années, nous n’avons pas eu à chercher très longtemps. À peine une centaine de mètres sur le chemin qui mène vers le cap de la forêt et partout des cratères, des cuvettes immenses couvertes d’éboulis, des remblais à la tonne. Des décharges à ciel ouvert sur une douzaine hectares. Les chênes qui ont repoussés masquent à peine le laborieux travail des hommes il y a 3 000 ans. Des mousses coiffent les blocs et rendent les repérages difficiles. Pas moins de 6 meules rotatives ont pu être identifiées(2)

 

Exemple de catillus ou meule tournante

 

Les ébauches ou fragments de meules mesurées sur place. Plus de « catilli » que de « metae » 
Une clôture avec ébauches de meules 
Sur une centaine de mètres de dénivelé, il n’y a pas une carrière mais une vingtaine (3)et c’est toujours les mêmes formes qui dominent. De petites falaises de grès dites « fronts de taille » ne dépassant pas 4 mètres de hauteur plus ou moins ensevelies (parfois complètement) dans la pente par des déchets, des rebuts ou des petits blocs de grès. Par-ci, par-là, des ébauches de meules ébréchées ou brisées.
Fragment de meule intégré dans une clôture
Prise de mesures

 

Un spécimen de catillus

L’attaque et le démantèlement furent menés à partir de diaclases (fissures verticales des roches) lisibles dans le paysage. Les hommes s’aidaient de coins et de leviers en bois dont les traces doivent dormir sous les mousses. Reste, suite au débitage, des falaises délitées en formes de « chicots ».
Le tout est accompagné de « cabanes » de pierres sèches de tailles diverses mais parfois toutes petites (1,60 X 1,20) aux formes élémentaires de carré ou rectangle(4). À l’opposé du front de taille, elle témoignent d’un art de bâtir bien particulier. La destination de ces formes d’architecture est-elle en lien avec les carrières ou est-elle le fruit d’aménagement ultérieurs pour l’élevage?
Une cabane de la Marèze.

Il est à noter qu’une cabane plus grande (3,20 X 2,50) existe au-dessus des fronts de taille. On y aurait trouvé des fragments de tegulae.

Un port possible
La présence toute proche de l’Aveyron n’est pas un hasard. Y-avait-il un port  qui permettait de transporter le matériel semi-fini ? Sans doute. Même question pour d’éventuelles forges et d’habitats pour les carriers.
On en est certain, ces meules étaient exportées sur de longues distances. Notamment à Albi. Une carte des sites archéologiques de l’Âge du Fer (uniquement) où l’on a trouvé des meules de Marèze a été dressée en 2006 suite à un mémoire de master 2.

Usages des moulins rotatifs à bras

Au-dessus, une femme à l’œuvre.  Au dessous, catillusde Marèze trouvé rue du Puech Crémat à Albi. Don de Henri au CAPA. La meule comporte une surface polie, lisse, preuve d’usure.
Le moulin à bras remplaça peu à peu les petites meules à va-et-vient du Néolithique. On va jusqu’à affirmer que le jour où l’on arrêta de transporter les meules à cause de leur poids de plus en plus lourd, les hommes devinrent sédentaires. Ils construisirent des villages. C’est dire…
Tout le rappelle à Marèze: le pain constituaient avec les bouillies, la base des repas des Gallo-romains et, avant eux, des Rutènes. Un pain de son ou de farine dense et noir. Presque toujours, dans les campagnes, ces farines étaient fabriquées sur place comme le prouve le grand nombre de meules découvertes sur les habitats. Chaque famille moulait sa farine « à la maison ». Excepté dans les villes, peut être. 

Par ailleurs, il n’ y eut pas vraiment de grands moulins de l’Âge du Fer à l’Antiquité gauloise. On moulait la farine comme on moulait le café il n’y a pas si longtemps. Ces moulins dits  « à bras », les légionnaires des armées romaines les transportaient sur mer, comme sur terre, pour la popote quotidienne. 

Le moulin était composé d’une partie fixe : la meule dormante (meta) à base cylindrique se terminant par un cône sur laquelle venait s’emboiter, en cône concave, la partie supérieure tournante(catillus). Cette catillusétait en forme de cuvette de sablier pour recevoir le grain qui s’écoulait sur le plan de mouture par un trou central, « un œil » où apparaissait la pointe du cône de la partie inférieure. Cela formait un axe de rotation. Ce moulin, on l’actionnait à bras, à l’aide d’un emmanchement en bois sur le flan.

Ces meules protohistoriques et antiques sont identifiables. Le diamètre et le poids sont modestes. Plus tard, les modes de « traction » changeant, la demande évoluant, la meule va devenir plus lourde. C’est une autre histoire, celle de la naissance du «vrai moulin » que l’on connaît et dont nous reparlerons un jour.

Comment fabriquer une meule à Marèze ?
Le façonnage est réalisé sur place apparemment. D’abord le tailleur dégrossit la pièce pour obtenir une forme circulaire et plate. Il s’active à l’aide d’une massette. Parfois on avait la main heureuse, parfois moins. Au vu du résultat obtenu, on rejette le bloc ou on poursuit le travail.

Après cette opération, le moment du martelage est venu. L’ouvrier piquette la surface afin de parfaire sa forme à l’aide d’une broche comme le sculpteur.

Par la suite, les catilli sont évidées en partie pour obtenir un réceptacle avec des rebords plus ou moins prononcés. La partie n’est pas gagnée d’avance car les lèvres peuvent se casser à tout instant suite aux coups portés.


Enfin, un « œil » est creusé au centre ainsi qu’un trou d’emmanchement sur les côtés.

Le travail de jointure et d’ajustage n’est pas fait sur place apparemment.
Lors de la chaîne opératoire une fois sur deux le travail n’aboutit pas. Ce qui explique le volume des déchets.

Aucun galet de quartz portant les traces de bouchardage. Pas de pics de coins en fer de carrier. On trouve souvent sur les sites plus de metae car elles sont moins fragiles et font moins l’objet de nettoyage, à chaque fois source de fracture.
  

Principe d’une meule romaine: 1. catillus (meule tournante) 2. œillard  3. manchon 4. anille-boîtard 5. axe 6. meta (meule dormante)


 

Un four gallo-romain au Cap de la forêt

Ensuite, nous nous rendons au « Cap de la forêt » toujours sur la commune à Saint-Martin-Laguépie. En 1974, les époux Blanc fouillèrent des fours de potiers gallo-romains(6). Des bâtiments, il ne reste en tout et pour tout que les cinq voûtains portant la sole. Ils sont couverts par des taules. Constitués de briques vitrifiées par la chaleur mais aussi de parpaings en grès,  ils sont toujours en bon état de conservation. La zone de chauffe est visible en contre-bas dans une dépression envahie par la végétation. On devine encore la travée de l’alandier et on distingue, ça et là, de gros blocs de grès, socles des poutres qui soutenaient la charpente du foyer. Parmi eux, une ébauche de meule a disparu (7). Un drain pour l’eau est visible. Le site a pris la forme d’un bosquet. Dans le champ, plus haut, autour d’un puits, on relève encore des tegulae surcuites, déformées par la chaleur.
Dans le cercle rouge, partie encore visible en 2015.1. Alandier (four 1). 2. Alandier (four 2) 3. Alandier (four 3). 4. Sous bassement d’un four hors atelier principal (four 4)
La disposition rappelle les grands principes de la cuisson de la terre cuite dans l’Antiquité bien connue dans notre région par les fouilles menées à Montans.

Coupe schématique d’un four ici pour la sigillée. Cerclés de rouge les voûtains qui portent la sole, encore en place à Sommard.

En suspens, demeure la localisation des canalisations évoquées par madame Dutheil mais surtout le fameux bâtiment à mosaïque dont Baron de Rivière et Élie Rossignol mais aussi Émile Jolibois se sont faits les rapporteurs zèlés mais peu précis. Etait-il en-dessous ? Où passait l’axe de circulation principal ? Y avait-il une voie de crête de Sommard jusqu’à l’Aveyron ? Par “La Croux de Bougne”, voie aujourd’hui détruite par la sablière. Fort probable.

Par Sommard, nous retournons à Albi. La sortie est terminée.
Notes:
(1) – Nous nous appuyon pour le compte rendu sur les propos de Christian Servelle et Émilie Thomas dans « Les meulière protohistoriques et antiques de La Marèze (Saint-Martin-Laguépie et Le Riols, Tarn): matières premières, modalités d’exploitation et de façonnage, diffusion de la production » tiré du livre Les Rutènes. Du peuple à la cité, Bordeaux, 2011 ». Nous avons utilisé aussi Jean-François Valéro, « Note préliminaire sur l’atelier de taille de meules antiques de la Marèze à Saint-Martin-Laguépie », BSABLT, n° 37, 1982
(2) – On sait qu’on fabriquait probablement aussi des mortiers et des meules à va-et-vient mais nulle trace. 
(3) – … 24 exactement pour Jean-François Valéro.
(4) – Elles  ne correspondent pas aux classiques « cazelles » du Quercy. Pas de formes circulaires pour ce bâti.
(5) – Nous renvoyons le lecteur pour l’analyse précise du bâtiment à Jeanne-Marie Blanc et Jean-François Blanc, Les fours de tuiliers et potiers gallo-romains de Sommard, Archéologie Tarnaise, Tome 1, 1984

(6) – Yvonne m’indique que d’autres carrières existent à proximité du site à côté du chemin. Nous enregistrons l’information.
A Cordes, les remparts mis à nu

A Cordes, les remparts mis à nu

Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 14 novembre 2015
à Cordes-sur-Ciel

Secteur : Cordais 
Commune : Cordes-sur-Ciel
Météo : beau temps pour la saison
Participants : Yvonne, Régine, Charlette, René, Bernadette, Louis F., Claudette, Yann, Christophe et Alain Manuel, notre guide

Voiture : Christophe

Sites visités : les remparts visibles de Cordes

Sites évoqués ou à revoir : site à amphores de Prat-Boyer, carrière calcaire de Corrompis

Sites à surveiller : un passage sous la rue Saint-Grégoire. Une ouverture bouchée dans le talus du chemin du Coustou. Un accès à des caves ? La « grotte » et l’abri sous roche de Cordes.

En guise de repère voici un plan tiré de l’ouvrage Architecture cordaise, entre la 1ère et la 2ème enceinte, Société des Amis du Vieux Cordes, 2011

Un nouvel élan pour les comtes de Toulouse

Bien des questions subsistent sur la naissance de la ville de Cordes. Rien est aussi limpide que le veut la légende. Derrière les mots se cache un scénario complexe et discuté (1)
En résumé, la charte des coutumes de Cordes en 1222 sous le jeune Raymond VII, comte de Toulouse, n’est en aucune sorte la preuve de l’inexistence d’un habitat préalable. Elle n’est pas une charte de « fondation » à proprement parler.  Elle montre surtout le souci des comtes de Toulouse de développer un habitat jusque-là très réduit (2) pour en faire un chef-lieu militaire et administratif. 
La charte, tant commentée, montre aussi au détour d’une phrase, le souci d’accueillir des populations  en manque de sécurité. Notamment celles de Saint-Marcel. Une chose est indubitable au moins : il s’agit, pour les comtes de Toulouse, de réorganiser un territoire meurtri par la croisade des Albigeois mais aussi de faire de Cordes une place commerciale. Et ce, à leur plus grand profit bien sûr.

Une œuvre de longue haleine 

Le premier réseau de rempart peut-il aider à y voir plus clair dans les intentions des comtes et de leur successeurs, peut-il même nous éclairer sur le Cordes des origines ?  

 Accueilli par Alain Manuel, nous sommes conduits dans le musée Portal afin d’apprécier l‘épaisseur du premier rempart. Celui-ci va justement nous servir de fil conducteur pour l’après-midi.

Notre hôte doute de sa réalisation en sept ans comme il est coutume de le lire ici et là. Le chantier s’étale dans le temps du début jusqu’au deuxième tiers du XIIIe siècle probablement. Beaucoup d’indices convergent en ce sens (3)

Les travaux s’inscrivent dans le contexte de la reprise en main de la région par Sicard Alaman et, surtout, par l’arrivée d’Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis et comte de Toulouse jusqu’en 1271 (4)

Après le XIIIe siècle, d‘autres remparts viendront ceinturer la ville. Au gré des crises et des périodes fastes, ils marqueront  soit des extensions, soit des replis. 

Promenade extra muros

Trace du festonnage de l’enceinte. La forme n’est pas sans rappeler l’architecture de ChâteauGaillard en Normandie (ci-dessous). C’est une pratique typique et nouvelle au XIIIe siècle.

Pour revenir à la première enceinte, elle entoure de façon linéaire la butte rocheuse du puech de Mordagne qu’on a coutume d’appeler encore le « fort » au XVIe siècle. Quelques quartiers adjacents aussi. L’enceinte s’ouvre sur deux portes seulement. Elles présentent chacune un aspect monumental assez typique de la fin du XIIIe siècle. À l’est, la porte des Ormeaux. À l’ouest, le « Portail peint ». Entre les deux, l’axe transversal constitué par la Grande rue et la rue Saint-Michel. Au nord et au sud, des « portanels » fortifiées  (des poternes en français) permettaient d’entrer et de sortir de façon plus discrète. À l’intérieur, les maisons se déploient en lots de façon orthogonale autour des rues principales. C’est le modèle du castelnau mais adapté au relief escarpé du Puech.

Itinéraire


Au niveau du quartier des Ormeaux

Ici, la muraille primitive se présente sous l’aspect de trois fausses tours (5) typiques de la période Plantagenêse nous dit-on.


Depuis la petite terrasse du musée donnant au nord, Alain nous montre les limites supérieures de la muraille et les parties rehausséesS’offre à la vue une composition assez hétéroclite, tout au moins au premier abord.
Sauf exception, pas de « beaux » remparts crénelés comme à Carcassonne. Pas plus de mâchicoulis, de parapet ou de chemin de ronde, il reste des segments de courtine à nu dont la lecture est rendue difficile par les reprises. 

En effet, très vite après la construction, des maisons s’adossèrent au mur extérieur (6) quand la ville débordait d’activité. Elles enveloppèrent littéralement l’ancienne muraille.

Aussi, des portions entières de la plus vieille courtine ont été « avalées » dans les maisons actuelles. Autrement dit, les propriétaires découvrent le mur d’enceinte au fur et à mesure des réfections et des mises en valeur (7).
Quelquefois, le mur est encore apparent mais a été modifié en perdant sa fonction défensive. On y a percé des fenêtres ou des baies à ogives que l’on voit surtout au nord. La plupart ont été murées à différentes époques. Vous le comprendrez, relever l’exact tracé des courtines relève d’une étude extrêmement poussée, comme celle menée par Gilles Séraphin en 1996 (8)

En prenant la rue Fontournière et la rue de la Jane : un aperçu du rempart

Quand il est visible, le mur est généralement composé de moellons calcaires allongés, bien équarris et assisés. Ce sont soit les calcaires blancs tertiaires du site même (souvent les blocs les plus anciens), soit des calcaires dits « de Corrompis » extraits vers Les Cabannes (d’utilisation plus récente dans l’histoire). Ils sont posés presque à sec avec des joints incertains. Les pierres taillées qui ressortent ici et là sont en grès ocre ou beige.

Ensemble composite mais pas complètement illisible. On discerne des étapes.

Fenêtre à meneaux du XVe siècle percée sur une élévation. Remarquez qu’il n’y a pas de corniche et que le toit repose directement sur le mur. À l’origine, il était couvert par des lauzes aujourd’hui par des tuiles canal.

Une vte en arc clavée avec des dalettes calcaires posées à plat laisse imaginer une voie de circulation beaucoup plus basse au XIIIe siécle.

Autant la partie basse de l’ouvrage montre une certaine homogénéité autant la partie haute distingue clairement des habitations que confirme la disposition des toitures. Un fossé surcreusé dans la pente longeait la courtine, à présent la rue. Il est attesté au XIVe siècle et confirmé un peu plus tard. Il est difficile à imaginer aujourd’hui tant la zone est abrupte.

Le niveau du sol était plus bas comme en témoigne les étages de soubassement enterré.

 

  Un passage sous la rue SaintGrégoire. Une ouverture bouchée dans le talus du chemin du Coustou. Direction une cave?

La nature même des vestiges laissent supposer dans le secteur de la porte des Ormeaux une  participation des habitants à l’œuvre défensive. D’expérience, Alain rappelle qu’il n’est pas hors de propos d’imaginer que la fameuse muraille soit le fruit – tout ou en partie – d’une réalisation des habitants eux-mêmes. Le don de la parcelle à lotir étant conditionné par cette acceptation. Au fond du jardin, un mur aveugle à entretenir. Le cadastre témoigne encore de cette disposition des lots.

Androne 1
Adrone 2

Androne. Venelles parfois en escalier conçues pour recevoir les déchets des latrines et des éviers latéraux. Ils séparent les maisons et débouchent dans les rues. Ils sont parfois fermés à leur arrivée par un pan de mur à arcade. Il débouche sur des « touats ».

Le portanel nord

Il témoigne fort discrètement du passage de l’enceinte primitive même si la porte actuelle ne remonterait qu’au XVIe siècle. Alain nous explique que le « portanel » d’origine devait être plus à l’intérieur de quelques mètres à la lueur d’observations faites dans les caves.

On remarquera une croix à 10 branches (XIIIe siècle) sur un chapiteau fort probablement en place. La ressemblance ne manque pas de frapper avec une borne redécouverte en Grésigne par nos soins il y a maintenant quelques années. 

Mur goutterreau nord de l‘église Saint-Michel

L’église SaintMichel fut édifiée dans le dernier tiers du XIIIe siècle. Elle est reconstruite plus vaste en 1345 en intégrant une partie du vieux rempart. Celui-ci fut ainsi protédes destructions et réfections. Il apparaît au grand jour, bien visible si on y prête attention.
  
Sans investigation archéologique, pas moyen de connaître la position exacte du premier bâtiment religieux. Il semblerait qu’il était localisé plus à l’intérieur, séparé de l’enceinte primitive par un espace. Un cimetière peut-être.
 
Vue de l’église Saint-Michel au nord

 

L’équilibre gothique. Utilisation de grès fin sous la forme de pierres de taille pour les claveaux

 Sous la maison de Charles Portal

Nous abordons à présent la visite des caves creusées sous l‘ancienne maison de Charles Portal. Nous y constatons la présence des soubassements d’un épais rempart (9) mais aussi d’une citerne afin de récupérer l’eau par un soupirail. En outre, les plafonds en bois de la cave laissent apparaître, par endroits, des motifs et des inscriptions sur les poutres et les solives. Il serait urgent d’en faire un relevé. L’état de dégradation des motifs est avancé.

Bassin de récupération des eaux dans les caves de la maison Portal

 

 

Plafond décoré mais fort abimé. Une date est inscrite en haut à droite. Au lecteur de la trouver.

Revenu en surface, nous nous arrêtons dans la côte abrupte de la rue Raymond VII devant  le « Portail peint ». Même veine que celui des Ormeaux. Même période probablement. Notre guide indique l’existence avérée de silos au centre de la voie. Ce qui laisse supposer que l’actuel tracé était très différent du tracé initial. La voie d’accès était plus étroite, moins pentues. Elle devait longer le rempart par la rue SaintGrégoire avant de pénétrer de biais à l’intérieur du bourg, une sorte de chicane offerte aux tireurs des coursives.

Par ailleurs, la rue devait être beaucoup plus haute que l’actuelle si l’on se fonde sur la hauteur présente des soubassements rocheux sur lesquels la porte repose à quelques deux mètres au-dessus du sol pavé d’aujourd’hui.
 

Le grand bond en hauteur
 

Nous abordons par la rue des Mitons (10) la partie sud du bourg. Là, les traces visibles de la muraille sont bien plus discrètes. Le caractère fortifié du site s’estompe. Des maisons à étages s’élèvent. On peine à comprendre le lien avec la muraille. De part leurs fenêtres géminées, elles datent de la fin du XIIIe siècle. À la « maison bloc » des premiers temps du castelnau succèdent des immeubles partagés, collectifs peut-être même locatifs dans le cadre d’un véritable nouveau projet immobilier. La présence de cours aussi redéfinit la trame urbaine initiale.

L’essor de la bourgade se traduit non seulement par un accroissement de l’emprise au sol (nous l’avons vu) mais aussi  par une poussée en hauteur de l’habitat sur deux, trois étages. Les historiens s’accordent à dire que la ville monte vers le ciel à travers toute une série de bâtiments dits maisons-tours. Chacune, à sa façon, symbolise la réussite cordaise d’avant la guerre de Cent Ans.

Spécimen de maison-tour à étages à fonction ostentatoire(fenêtres géminées, bas relief…). Elle ressemble un peu à celles de Toscane.

La maison du grand fauconnier que nous observons sur sa façade arrière en est la parfaite illustration avec ses décors et motifs gothiques. Bref, c‘est à qui fera plus grand, c‘est à qui fera plus haut, c’est à qui fera plus beau. Mais ceci est très connu.

Un festonnage au n° 17 constitue un indice de la présence du rempart. À présent, un encorbellement compense maladroitement la courbure de la courtine.

Par la rue Chaude (11), nous longeons la falaise qui révèle au passage une belle coupe du Stampien (Tertiaire). Elle fut intégrée aux fortifications avec des murs de soutènement. Reste à savoir comment.

La rue Chaude entre falaise et maisons

Au vu des traces, des maisons devaient être bâties à flanc de versant. Nous ne voyons pas d’indices à proprement parler d’habitat troglodytique mais des opes et des creusements superficiels. Nous constatons une forme d’abri sous roche en longueur en haut de la rue.


Abri sous roche

Une anfractuosité dans la falaise en partie comblée par des générations de déchets de toutes sortes mériterait un dégagement. Si d’aventure, l’opération se déroulait, il convient de ne pas manquer de vigilance.

Opes sur la falaise de calcaire tertiaire

Nous terminions par la fontaine de la rue Chaude (12) dont les eaux proviennent de galeries taillées dans le rocher, calibrées pour le passage d’un homme dont il est bien difficile de cerner les finalités. À défaut, les légendes ne manquent pas qui comblent les vides de la connaissance. 

Le circuit terminé, nous revenons au musée pour admirer l’oeuvre peinte représentant Notre Dame de Guadalupe ramenée d’Amérique du Sud par le corsaire Antoine Daire au début XVIIIe siècle dont Alain Manuel nous dresse un portrait haut en couleur.

Nous le remercions bien sûr pour sa gentillesse et la richesse de ses explications.

Notes

(1) – Voir la mise au point d’Èlodie Cassan-Pisani, Du Castrum au fortalicium: évolution du paysage autour de Cordes en Albigeois(XIe-XVIe siècle), Rapport d’étude (2009-2010) 


(2) – En l’occurrence un castrum truit progressivement avec le temps qui devait se tenir un peu à l’ouest de la place du marché actuel selon les propos de Maurice Berthe. Des « murailles de chasteau » existérent jusqu’au début du XVIIe siècle. D’autre part, la faible importance de l’habitat est renforcée par l‘absence d’une mention quelconque à l’existence d’une paroisse sur le site avant le début du XIIIe siècle.


(3) – En 1223, les habitants de Mouziès auraient contribué à la construction « des remparts et fossés ». Puis, de nouveau en 1252.


(4) – Le modèle capétiens de développement urbain contrôlé semble valable pour Cordes.  

Justement maintes indices urbanistiques et architecturaux témoignent de ressemblance entre Cordes, Najac et Penne. Il ne nous appartient pas de développer ce côté très technique.


(5) – On parle d’enceinte « festonnée » avec des formes de demi-tours circulaires intégrées à la paroi extérieure.
(6) – Fin XIIIe siècle,c’est le signe de la prospérité de la bourgade et de la réussite des comtes de Toulouse dans leur entreprise.
(7) – Il n’est pas exclu, non plus, que des maisons soient antérieures aux premier remparts du XIIIe siècle et qu’elles aient servi d’une façon ou d’une autre à l’élévation de celui-ci.
(8) – Gilles Seraphin, « L’enceinte de Cordes », dans Les enceintes urbaines (XIIIe-XVIe siècles), Acte du 121e congrès national des Sociétés historiques et scientifiques, Nice, octobre 1996, Paris, 1999


(9) – De la période moderne. Sans doute XVIe siècle. 

(10) – Mais que faut-il entendre par là ? Le chat, le bouillon des lessives ou même de la cuisine.
(11) – La présence de lavandières au travail dans la vapeur semble avoir motivé l’existence de ce toponyme. Toujours est-il, il n’est pas, bien sûr, hors propos d’y voir aussi un côté plus sensuel.
(12) – Attestée dès 1286.

Un ouvrage de référence sur le sujet. A mettre entre toutes les mains.