Dans l’attente du Ciel

Dans l’attente du Ciel

En l’église Saint Eugène à Vieux, un Jugement dernier et des épisodes de la Passion nous renvoient aux croyances et dévotions du XVe siècle finissant.

L’église Saint Eugène de Vieux fait partie de la dizaine d’églises recensées dans le Tarn qui comportent des peintures murales d’origine médiévale.

Le bâtiment actuel répond à un programme de reconstruction remontant au début du XIVe siècle. Le clocher-tour, construit un peu plus récemment, au XV siècle, comporte au rez-de-chaussée une chapelle voûtée d’ogives à cavets retombants. Elle est de taille modeste. C’est là que se déploient les peintures.

Aussi, il y a de fortes chances pour que celles-ci remontent à cette période. C’est le moment où les célèbres reliques – toutes ou en partie – quittent l’église pour rejoindre la cathédrale d’Albi à l’initiative de Louis d’Amboise.

La totalité de la surface est traitée. Trois murs, un plafond et même les embrasures de la fenêtre sont décorés. Plusieurs couches picturales successives se sont superposées avec le temps. Çà et là, des effacements de pigments sont manifestes. Ce qui rend la lecture de la composition délicate. Il semble cependant, que la détérioration n’ait pas empiré depuis 1956, année où Charles Hurault, photographe des Monuments Historiques, prend les premiers clichés en noir et blanc.

On ignore pour l’instant l’historique précis des restaurations et l’origine des altérations.

La peinture la plus ancienne correspond à la première couche de badigeon. C’est elle qui nous intéresse. Elle montre une certaine fidélité aux codes iconographiques de la période considérée: la fin du Moyen Âge.

L’œuvre a valu une mesure de classement au MH en février 1908.

La lecture du récit s’effectue du mur sud vers le mur nord qui présente la Parousie. Tous les épisodes sont encadrés par des bandes colorées avec des frises.

Sur le mur sud : le Jugement dernier et les préludes à la Passion

Vue d’ensemble des peintures du mur sud pour les registres supérieur et intermédiaire.

Couronne la composition, l’archange Michel pour la Pesée des Âmes. Le soldat de dieu en armure tient la balance qui comporte de tout petits personnages. Sont-ce les âmes ?

L’archange Michel terrasse le diable. Son armure ( gantelets, cubutières, cuissardes, genouillères ) et ses chausses à la poulaine sont typiques du XVe siècle. Des ailes, on ne voit vraiment que les bordures très stylisées.

Saint Michel écrase le diable tricheur qui tire un plateau de la balance vers le bas. Il est représenté sous forme humaine mais des éléments comme les yeux brillants, les pieds fourchus avec des griffes, les crocs, les cornes, la queue, les poils rappellent sa nature bestiale. Il est de couleur ocre rouge. À lui seul, le diable représente tout l’Enfer.

À gauche des deux protagonistes centraux , un homme, privé de son sexe, à droite une femme, ils sont jambes fléchies, les mains jointes. Les ressuscités s’exposent dans leur nudité. Ils ne sont pas sans parenté avec ceux du Jugement dernier de la cathédrale d’Albi.

En arrière fond, un semis de motifs en forme de chardon est réalisé au pochoir.

Au registre inférieur, c’est l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, un jour avant la Cène. Jésus, pieds nus, est monté sur un âne bridé couvert des vêtements des disciples qui le suivent. Le Christ accomplit un signe de bénédiction avec la main droite; il porte un orbe dans la main gauche.

Jésus aux portes de Jérusalem sur un âne.

En haut, un petit homme a grimpé au sommet d’un arbre. Il taille des feuilles et crie Hosanna ! Un autre, devant le cortège royal, glisse un vêtement sous les pattes avant de l’animal .

Le cortège est accueilli par une femme devant une des portes de Jérusalem. Elle semble agiter une cloche. Est-ce une allusion à Marthe qui accueille Jésus un peu avant chez elle ? Pour tout paysage urbain, nous avons une tour circulaire crénelée couverte d’un toit.

La Cène réunit les Douze Apôtres devant Jésus. Ils ne sont pas facilement identifiables, excepté Jean l’évangéliste assoupi. Un seul convive est dessiné derrière la table et détourne la tête, désignant le Christ de la main: il s’agit de Judas. Il est plus petit. Sur la nappe, il y a des gobelets vides de vin, des pains dorés circulaires et trois poissons. Une salière est visible au-dessus de la main de Juda.

Dernier repas du Christ avec les Douze Apôtres

Jésus domine l’assemblée , il esquisse un geste de bénédiction de sa main droite et dans la gauche, il tient l’orbe. Son traitement laisse à désirer, nous en reparlerons.

Un apôtre est à l’origine d’un phylactère à la droite de Jésus.

Dernier tableau au sud: le Christ au Jardin des Oliviers. Il est accompagné de trois apôtres endormis. Il y a Pierre, Jean et Jacques le Mineur. Des anges, invisibles ici, offrent au Christ un calice à boire. C’est l’occasion d’un phylactère:  » Pater me « .

Prière dans le Jardin. Cette scène de la Passion est traitée de façon très classique. Pas d’allusion à la nuit et aux étoiles .

Sur la paroi ouest de l’église: l’Annonciation

Ce mur est percé d’une baie en arc plein cintre, ce qui réduit d’autant la composition.

En haut, se déroule l’Annonciation. L’Archange Gabriel fait face à la Vierge devant un pupitre. Un phylactère comporte « Ave Maria ». Les deux protagonistes sont séparés au niveau de la voûte par des végétaux enroulés. Une fleur à huit pétales se trouve au pinacle. En arrière fond, on observe aussi des motifs à pochoir. La fenêtre qui constitue une source de lumière est peut être un élément du dispositif iconographique.

La Vierge agenouillée face à l’Archange.

À gauche, la Trahison de Judas est détériorée. Le Christ est embrassé par Judas qui le désigne ainsi à la soldatesque. Judas est petit comme sur la pointe des pieds pour étreindre le Christ. À gauche de Jésus, il semblerait que Pierre sorte une épée de son fourreau pour trancher l’oreille de Malchus. Il y a foule, une dizaine de personnages, certains sont en arme. Un phylactère accompagne la composition

La Trahison de Judas

Sur le panneau de droite, Pilate juge le Christ. Un esclave blond lui apporte de l’eau. Un fragment de phylactère en caractères gothiques: « Innocens ego sum »

Jugement du Christ par Pilate. Un personnage à bonnet juif anime la scène.

Les embrasures de la fenêtre et le pourtour sont enrichis par une frise de feuillages et de fleurs.

Sur le paroi nord de l’église: sous le Christ, le cycle de la Passion

Dans le registre supérieur, on observe le Christ barbu dans un manteau de pourpre doublé de blanc, le Christ triomphant: la Parousie. Son manteau de pourpre lui sert d’autel. Il tend les bras sur un arc-en-ciel de couleurs. Ses mains sont percées et laissent échapper du sang. D’autres stigmates sont visibles comme sur son flanc droit. L’accent mis sur les traces laissée à la crucifixion rappelle aux fidèles que le Christ est, avant tout, un Rédempteur.

La Parousie

Il a la tête ceinte d’un nimbe orné. Autour de lui sont placés deux anges debout, les ailes déployées, ils sonnent de la trompette. Derrière les personnages, un ciel pâle est piqueté d’étoiles à six branches, pourpres. C’est le Jugement dernier.

Dans le registre central, à gauche, on assiste sous un ciel plein de nuage à la Flagellation du Christ attaché à une colonne. C’est le supplice voulu par Pilate. La tête du Christ est effacée. Il est en pagne, les pieds nus, tandis que les deux Romains sont habillés avec des chausses moulantes, dont l’une est peut être bicolore. Les chausses couvrent le pied. 

La flagellation du Christ

Au centre, on observe une scène de la Passion: la montée au Calvaire et le soutien de Simon de Cyrène à droite qui porte le bas de la croix. Un personnage à chapeau énigmatique à gauche porte une canne et accompagne le Christ.

Sur la gauche, un personnage intrigant avec un chapeau à rayure

À droite, c’est la crucifixion. Au pied du Christ en croix, figurent Marie-Madeleine, Marie et Jean. Un personnage, devant la croix, montre le Christ. Il ressemble de par ses vêtements au personnage à chapeau précédent. On retrouve la même silhouette sur la composition ouest dans la trahison de Judas.

Le plafond

Un croisement d’ogives tout en décors

Le motif ( blason ? ) de la clé de voûte, au croisement des deux arcs d’ogives, a probablement disparu. Les arcs moulurés sont peints avec une alternance de couleur blanche et brun clair.

Le plafond polychrome présente un décor de faux appareils avec parfois des motifs au pochoir. On peut le découper en quatre parties. La partie occidentale, à l’approche de la baie, présente un ciel. Il fut noir, peuplé d’étoiles à six branches jaunes. Aujourd’hui, la couleur est très dégradée. Dans un médaillon, un visage est peint dont il est difficile de cerner la nature si ce n’est qu’il participe à la représentation d’un soleil dont on repère les rayons. Cette portion de voûte est en mauvais état. Des moellons, issus d’un remontage, apparaissent en mauvaise posture.

Les rayons du soleil

La partie méridionale est décorée de faux appareils avec des fleurs à cinq pétales. Un médaillon présente un fragment de visage nimbé sur un fond noir.

Un visage s’inscrit dans un disque

La partie orientale répond à un décor en symétrie de la partie occidentale. Le visage nimbé du médaillon a quasiment disparu.

Une lecture du visage difficile.

Enfin, la partie septentrionale est ornée d’un décor de fleurs à pétales avec encore un médaillon.

On ne saurait dire quelle est l’origine de ce visage.

Rien de vraiment explicite et reconnaissable dans le dispositif mis en place. À quel titre associer ces figures ? La question reste entière.

Les vertus et les péchés

Au bas de la composition, s’affichent les vertus chrétiennes: trois panneaux au nord, deux panneaux à l’ouest et quatre au sud.

On parvient à distinguer une femme coiffée d’un chaperon. Elle tient un miroir qui la reflète. Est-ce la représentation d’un vice: la coquetterie ?

Par ailleurs, le panneau nord montre Véronique qui avait prêter un voile au Christ lors de la Passion. Celui-ci le lui rend, il est marqué de son visage: la Sainte-Face.

Ils ont mal résisté à l’usure du temps mais des indices ça et là permettent à Jean Ratier une interprétation audacieuse et intéressante. Aussi, nous renvoyons les lecteurs à son ouvrage.

Une touchante maladresse de l’âge gothique

Les visages sont répétitifs. Les traits sont indiqués par des cils, des sourcilles fins tracés au noir; par la ligne du nez et la bouche serrée à la lèvre inférieure aussi. Le Christ dans la Cène présente des traits épais. La qualité d’exécution n’est pas sans reproche. Et on ne peut pas l’imputer qu’aux dégradations engendrées par le temps.

Mais c’est encore dans les mises en perspective que les maladresses sont le plus évidentes. On l’observera avec le pupitre de la Vierge, la table de la Cène et l’arc-en-ciel de Saint Michel, entre autres..

Un repentir montre un visage et des mains donnant la sensation de la présence d’un spectre au niveau de la Montée au Calvaire.

Un visage « spectral » apparait dans la Montée au Calvaire. Grâce aux mains, on remarque qu’il appartient à la composition et n’est pas le fruit d’un recouvrement ultérieur.

La palette utilisée est la plupart du temps limitée aux ocres de la gamme des rouge. Le noir est réservé aux contours et au plafond dans les médaillons, au niveau des cheveux et dans la réalisation des phylactères. Quelquefois du vert est observable. Mais il est très altéré avec le temps. On le constate très bien au niveau de l’arc en ciel et du serviteur de Pilate.

À travers les coiffes visibles, le déploiement de cadres, l’armure de Saint-Michel, la calligraphie des inscriptions, on est dans le XVe siècle finissant.

Il y a bel et bien une unité de réalisation qui peut faire penser que l’oeuvre en question a été confiée à un seul et même peintre.

Dans sa belle unité, ce décors peint témoigne de la vitalité créative dans les campagnes au XVe siècle avant la Renaissance, déjà bien avancée en Italie et dans les grandes villes de la région.

L’étude des couches d’enduits, possible à certains endroits où ils sont conservés, pourrait nous renseigner plus précisément encore sur la nature des pigments et sur l’historique de la composition.

Un autre décor peint est visible dans une chapelle latérale sud. Celui-ci est plus récent. Il y a aussi des graffitis mais ceci est une autre histoire.

Référence à l’inventaire général : http://patrimoines.laregion.fr/fr/rechercher/recherche-base-de-donnees/index.html?notice=IA81011967

Référence base POP: https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00095656

Victor Allègre, L’Art roman dans la région albigeoise, Albi, 1943, p.

Mention: DR Mendygral pour tous les clichés. Ils sont soumis à autorisation en cas de reproduction.

Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Michel à l’oeuvre dans une école.

Né à Albi en 1940, Michel Payrastre était issu d’un milieu extrêmement modeste du TRAVET, commune et village de son père et de ses ancêtres, village où il travailla toute sa vie et auquel il était profondément attaché. Au point d’en connaître tous les recoins et tous les habitants.


Cette curiosité sans limite, il ne la devait pas à l’école publique qu’il quitta après son certificat d’étude mais plutôt à une observation tolérante, sans limite, pour le monde qu’il savait regarder.


L’Algérie comme tremplin


1960. À vingt ans, deux années durant, il change de continent ou plutôt il change de vie. Appelé pour son service militaire, il est envoyé en Algérie. Comme sergent, il a la responsabilité d’une petite unité. Dans les montagnes, les Aurès, il surveille un col stratégique en prise au froid. La peur ne l’empêche pas d’être fasciné par la beauté des paysages du djebel.


Il observe. Il accumule les photos. Auprès des populations locales qu’il côtoie, à sa façon, il tente de mettre un peu de dignité là où elle a disparue.


De cette période de sa vie, il gardait un profond respect pour ceux qui vivaient avec rien, pour ceux qui, comme lui, élevaient des moutons non pas dans la relative aisance des prairies tarnaises, mais dans un paysage magnifique mais ingrat, avec peu d’eau, de maigres pâturages rabougris, sans l’aide du vétérinaire, des progrès de la médecine, sans médicaments, sans moyens et sans revenus.

– « Je croyais connaître la pauvreté, me disait-il, je n’avais encore rien vu », évoquant la misère des fellahs.


Mais, par-dessus tout, il est aux prises avec la guerre. Cette guerre qui ne veut pas dire son nom, qu’il mène contre son gré.


Sur cet épisode, bien plus tard, il s’exprimerait sans détour devant le jeune public que j’avais convoqué. D’une voix parfois tremblante, il relatait le départ précipité de l’Armée française et ses terribles conséquences. Il montrait le drapeau algérien qu’il avait récupéré dans une cache du FLN. De même, pour ces cartes d’état-major qu’il avait conservées avec soin. Pour les jeunes générations, il était celui qui prévenait contre toutes les formes de violence. Violence contre laquelle il avait été vacciné. L’expérience militaire infusa chez lui des idées pacifistes fortes qui le guidèrent toute sa vie. Cette guerre aurait pu l’abimer, comme beaucoup d’autres ; au contraire, elle lui donna une leçon.


Autant l’avouer, au cours de nos balades archéologiques, à son contact, j’appris beaucoup. Désormais, je vois la guerre d’Algérie d’une autre façon, nettement plus en nuances.


De la suite dans les idées


De retour, après une période de flottement qu’il confiait bien volontiers, il s’attache à ce qui lui tient le plus à cœur : fonder une famille et défendre la cause paysanne. Il s’ancre et s’attache au pays qui l’a vu naître et grandir. Huit hectares et le choix de l’élevage des brebis, de quoi vivre. Il rencontre Paule, qu’il épouse en 1972. De leur union, naitront deux enfants, qui lui donneront la joie d’être grand-père.


Son métier, il ne le conçoit qu’en relation avec les autres.

Au sein du CDJA (Centre départemental des Jeunes Agriculteurs) dont il devient le secrétaire, il milite pour développer une agriculture « au pays ». Au moment où les agriculteurs-éleveurs se replient sur des pratiques solitaires et productivistes, dictées par un contexte difficile (disparité des revenus, exode rural, accroissement des coûts de production, endettement, PAC), il encourage la réflexion communautaire.


Il ne reniait pas le progrès technique, bien au contraire. Pour lui, le temps de la misère était bel et bien révolu. Pour autant, pas question de faire table rase du passé. Pas question d’oublier les pratiques et les solidarités du monde paysan.


Il donne sans compter son temps et son énergie pour défendre ses idées. Entre autres, les Groupes de Vulgarisation Agricole(GVA) sont un moyen pour lui d’agir au cœur de sa région.


Maintenant, en 2016, apprécions la pertinence de ses choix et l’actualité de son combat.


Un itinéraire militant


Il mène de front plusieurs batailles, des batailles dont il sortira le plus souvent vainqueur faute de combattants. Il embrasse la cause du Larzac où il est présent contre le projet d’extension du camp militaire. C’est toute une époque.


Il s’implique lors de la formation de la coopérative Ovi-testen 1972, en créant le Syndicat des éleveurs de brebisafin de défendre la cause des petits exploitants. Le bras de fer engagé avec les puissants de l’agroalimentaire se termine à son avantage.


On le retrouve en 1978 militant contre les dangers de la fluorine et l’extension de l’exploitation des filons sur les terres du TRAVET. Infatigable, il veille au respect des lois.


Les échecs, bien sûr, il en connut, il sait ce qu’ils sont. Chez lui, ils ne suscitaient nulle amertume mais plutôt des raisons supplémentaires pour se remettre en question et intensifier les efforts.

Cependant, faire de Michel un idéologue partisan serait inexact. D’abord, il détestait donner des consignes et encore moins des ordres. Ensuite, son désintérêt pour les calculs politiques était total. Il passait au large des distinctions et des mérites officiels.


Et puis, dés que la lutte prenait une tournure violente, il s’en désintéressait. Il se méfiait des manipulations en tous genres et des donneurs de leçons qui travaillent surtout leur bonne envergure médiatique. Il craignait aussi l’esprit de chapelle et les conflits qu’il engendrait immanquablement au sein du monde paysan.


Avec lui, j’étais loin d’être toujours d’accord ; mon automobile, une Dacia, résonne encore de nos prises de bec sur l’Occitan, qu’il appelait « patois », mais son honnêteté et la ferveur de ses opinions forçaient le respect. Pour lui, toujours l’engagement devait se concrétiser par des actes.


Le cœur sur la main


Quand en 1991, il apprend la situation tragique des immigrés kurdes sur Albi. Et notamment des enfants, il n’hésite pas, à aucun moment, à soutenir leur installation. Cela dura 10 ans. Il tente avec réussite de leur donner les meilleures conditions matérielles possibles faisant honneur aux traditions d’accueil.


Bien sûr, il s’informe sur leur histoire, leur condition de vie. Comment peut-il en être autrement ?

En 2013, il était fier de la reconnaissance de ceux qui étaient devenus ses amis lors d’un voyage à Erbil. Le Kurdistan, aux antipodes de ce qu’on entend sur les ondes matin et soir, était un pays où l’espoir était palpable et ce en dépit de la guerre. Pour lui, c’était un pays jeune et riche de tous les possibles. Cela ne lui avait pas échappé.



La mémoire en partage


Après une première alerte cardiaque en 1998, il quitte définitivement ce métier d’éleveur qui lui a toujours tenu à cœur et s’implique pour une meilleure connaissance du patrimoine rural.


Le patrimoine délaissé, discret, oublié, le moins noble a sa faveur : outils agricoles au point de constituer une collection (actuellement au château d’Arifat), croix, moulines, fours, souterrains en milieu rural, petits châteaux souvent disparus nommés « castelas ».


Avec Jean-Simon et l’équipe de l’ASCA, il parcourt inlassablement le Réalmontais à la recherche de traces très anciennes de présence humaine, comme les cupules, gravures préhistoriques sur les rochers.


On lui doit d’ailleurs la découverte de la pierre de “La Gaugne” à Saint-Antonin-de-Lacalm qui fit l’objet d’une étude à laquelle il participa.


Il s’implique assidument aux inventaires et réalise quelques fouilles.


Non des moindres, parmi ses passions, fut le château de La Roque dont il contribua à la mise en valeur par une exposition, deux années durant, lors des Journées européennes du Patrimoine.

Il s’attacha aussi à faciliter son accès par l’initiative d’un chantier jeune.

Chantier jeune, car il ne concevait le patrimoine que comme une transmission entre les générations, jamais comme un potentiel touristique ou un bien personnel à exploiter.


Michel n’a pas le goût, ni l’intérêt pour la recherche des trésors cachés et l’appât du gain. Il n’aime rien tant que d’expliquer et montrer. Ses prises de parole au CAPA dont il fut un temps trésorier, étaient toujours attendues et pertinentes. Même avec la maladie qui l’accablait, il n’avait pas son pareil pour remobiliser les troupes ou rappeler un projet en cours.


C’était un homme d’action et d’organisation. Nous nous souvenons tous du jour où il nous a surpris par ses décisions pour organiser le chantier de mise en valeur autour de l’église Saint-Sernin. Alors que nous hésitions. Michel arrive, entouré des jeunes de Lombers. Le voilà qui intervient dans le débat, tout en souplesse avec tact et élégance :

– « Vous, les jeunes, vous faites cela, ça va remplacer la salle de sport ; vous, les anciens, vous vous attelez à ceci, ça va vous dégourdir les jambes ; ceux qui restent, vous prenez pelles et râteaux et dégagez l’emplacement. Moi, je m’occupe de remonter et restaurer les sarcophages avec trois ou quatre “gros bras” qui sont là pour m’aider ».


Aussitôt dit, aussitôt fait. Michel qui n’avait jamais abordé ce genre de travail a remonté méticuleusement tous ces sarcophages, mis en valeur ensuite sur le côté extérieur nord de l’église que vous pouvez encore admirer.


Le site internet du TRAVET, dont il était le moteur zélé, montre toute la palette des ses curiosité et l’étendue de son savoir.


Avec lui, c’est toute une archéologie bénévole qui vivait et qu’il convient de faire vivre. Il l’incarne à merveille. Une archéologie en lien avec le territoire. Elle est conçue comme une science et une passion, moins comme un métier.


Elle se nourrit des questions des habitants, jeunes comme vieux, qui demeurent sur le lieu. Michel mettait un point d’honneur à tenir compte des avis des humbles, des oubliés de l’histoire quand il s’agissait d’aller les enregistrer pour témoigner d’un accent, d’une anecdote.


Devaient entrer dans l’histoire, non pas seulement les cathédrales mais aussi la façon de faire les nœuds, la retaille d’une meule usagée, le remontage d’un mur à sec (sans ciment) ou les soins pour la patte cassée d’un mouton, comme si rien ne devait être oublié.


À présent, Michel repose dans le cimetière du TRAVET, auprès des siens. Face à Mont-Roc, au-dessus des gorges du Dadou. Et je le revois encore me les montrer en les pointant de son bâton.

Michel dans la jungle de La Roque





Au nom des membres du CAPA,

Christophe MENDYGRAL

Président du CAPA



Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos (Lamillarié)
Une enquête de Yann Roques

Portion d’une voie ancienne tombée en désuétude dans le hameau de Léjos. Constatez la chaussée en creux délimitées par des talus. L’emprise importante de la route est justifiée par un trafic ancien.

Les voies anciennes de l’Albigeois qui prennent souvent le nom de voies « romaines » (1) sont assez bien connues par les textes (2). Peu d’entre elles ont fait l’objet d’études vraiment approfondies cependant.


Il fut un temps, l’une d’elle, la « camin roumieu » allait vers Béziers par Lautrec et Castres. Elle suivait un temps la vallée du Thoré et générait tout un réseau de voies de desserte.


Morphologie

On le sait, des vestiges de cette voie  existèrent jusqu’à la toute fin du XIXe siècle puisque Émile Jolibois en livre une description et une coupe à proximité d’Albi, près du ravin de “Sept Fonds”, à coté de la cité. Il relate alors une chaussée légèrement bombée, large de 5,50 m, composée d’une assise en béton, d’un lit de galets posés à plat et d’un revêtement fait de blocs de grès quadrangulaires de 0,20 à m à 0, 30 m de côté.  Elle était couramment appelé “l’estrade ». 

Rien ne vaut la visite sur le terrain

Surprise, cette voie très ancienne, prés de Lamillarié, est encore bien visible en rase campagne. Précisément au hameau de Léjos où je me suis rendu. Après l’église Saint-André (3), j’ai décidé de passer par le chemin qui relie Cantegraille au Cayrié, plein Est. Au bord de ce chemin une croix, je me suis alors dit c’est par ici. J’ai longé un champ jusqu’à retrouver la fameuse voie. 

La voie ancienne tracée sur le cadastre napoléonien. Elle a déjà quasiment disparu au tout début XIXe siècle. Source: Archive départementale du Tarn.

Tracé en rouge du tronçon identifiable de la voie sur photo aérienne et relevé cadastral actuel. Source: Géoportail (IGN)


Comme le disaient les anciens, elle est bien là sur presque 200 mètres. Ce qui surprend, aux premiers abords, c’est sa largeur. Aucun chemin de terre agricole n’a aujourd’hui cette dimension, plus de 5 mètres d’emprise. Par endroits, notamment dans la petite montée, la voie est empierrée avec le calcaire local.



La chaussée est couverte d’un lit de cailloux calcaires calibrés, damnés et compactés. Les voies anciennes, même romaines, sont rarement dallées sauf en ville bien sûr. À ce niveau une coupe est envisageable.


Aujourd’hui la voie semble s’interrompre aux croisements de plusieurs champs. La lecture du tracé redevient sujette à interprétation.


Relique du passé, quelques mètres plus loin dans la continuité, une petite cabane construite exactement dans la largeur de la voie qui continue sur presque 150 mètres. 

La voie est ensuite peu visible et enfouie sous un tas de feuillages et en herbe. Ils font écran à la poursuite de la lecture du tracé.


Il s’agit d’un tracé rectiligne de crête. À 250 mètres d’altitude, la voie se tient à l’écart du lit des rivières


Quelques mètres plus loin la voie s’arrête à l’orée d’un champ. Sur sa droite au milieu des arbres deux petites structures, une ronde d’environ 2,50 m de diamètre arrasée et une petite cabane à moitié enfouie dans le sol. Je ne saurai dire ce que c’est. 


La voie est en phase de dégénérescence mais on lit encore son emprise sous le couvert végétal.
Une légère sinuosité.


Voilà pour mon excursion à la recherche de la voie. Savoir si elle est gallo-romaine ou pas, relève d’un exercice périlleux. Faut-il voir, comme les anciens dans les toponymes des alentours, des signes de romanité ? Léjos = légion ? Lamillarié = le miliaire (borne)

Il serait intéressant, par ailleurs, d’inspecter les lieux pour trouver de la présence gallo-romaine. À ma connaissance, aucun site n’est connu dans le km autour de la voie.


Pas de doute que ce segment de route très ancien et assez rare mérite une attention particulière et, à moyen terme, des mesures de protection.


Y. R


Notes

(1) – Nous ne rentrons pas dans le débat de savoir si elles sont ou pas, romaines. Il est vraissemblable qu’elles soient d’ailleurs encore plus anciennes à la lueur de quelques lectures stimulantes ci-dessous.

(2) – Jean LAUTIER, Connaissance du Tarn, Tome 2, 1974, p. 14. 

Le beau travail aussi mené par Élise BERGÈS sur la voie Béziers-Cahors qui passait à Albi.


(3) – Mention de cette église est faite dans la Carta Prima de 1067. Paroissiale, l’église devait être beaucoup moins isolée qu’aujourd’hui.

Charles POMMEAU, Véronique BONTE, A la découverte des vieux chemins, Petit manuel de viographie, Moulin,1995. Excellente ouvrage mais difficile à trouver pour mener l’enquête.


Raymond CHEVALIER, Les voies romaines, Picard, Paris, 1997, un grand classique en matière de culture savante à propos des voies romaines.

Des aires d’ensilage à Montdragon

Des aires d’ensilage à Montdragon

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 octobre 2015

à Montdragon


Secteur : Réalmontais, Tarn et Dadou

Commune : Montdragon et Saint-Genest-de-Contest

Météo: ciel lumineux

Participants : Louis, Frank, Jean-Pierre, Christophe, Bernadette, Claudette et Régine 

Sites visités : Montdragon (La Roque et Castelet) et La Martinié

Sites vus et évoqués : le four du Bruc, l’église du Bruc, les silos de Montdragon village, souterrains de La Martinié

Voiture : Jean-Pierre

 Vue plein sud à partir d’une petite aire d’ensilage. Nous dominons le Dadou.

Localisation approximative des aires d’ensilage abritées connues. La plus à l’ouest est celle qui a été fouillée (en jaune, trait large), les autres n’ont fait l’objet que de mentions. Source: carte IGN au 1/25 000.

 À vos risques et périls

S’aventurer dans les bois hors des chemins sous le hameau de La Roque comporte une certaine dose de risque si on est pas préparé. Le lieu est escarpé et soumis à une intense érosion (1). Et ce, en dépit du couvert végétal (chêne vert surtout). Des traces d’effondrement de la falaise en témoignent. Sans guide, il est probable que vous cherchiez longtemps les abris à silos.


La pente est reléguée actuellement en zone de friche mais ce ne fut pas toujours le cas. Loin s’en faut. Fut une époque où le lieu devait être plus ouvert, traversé par des chemins et certainement habité. Sous quelle forme ? Là est la question.

Après nous être garés au bord de la D 631, nous atteignons les sites de la partie occidentale. Le plus à l’ouest a fait l’objet d’un rapport de Jean-Simon, Louis et Frédéric Martorell, il y a maintenant quinze ans. C’était en l’an 2000.
La fouille d’une aire d’ensilage dans une cavité 
Ils vidèrent cinq silos dans une même cavité creusée et relevèrent une palette d’informations non négligeables. Mention est faite de leur forme ovoïde, de leur profil (2) et de leur profondeur allant jusqu’à deux mètres (3). Le vidage du contenu ne pas permis de révéler de stratigraphie. Les silos semblaient avoir été comblés ou recomblés à une époque plus récente que le Moyen Âge. À l’image de cette cartouche de chasseur retrouvée, il difficile d’établir une chronologie même relative. Seul un silo réserva dans son dernier tiers des tessons de céramique intéressants et un fragment d’opercule.

 Col d’un silo vu ce jour-là. L’opercule a disparu.


Aire d’ensilage abritée dans une grotte artificielle. On remarquera la forme rectangulaire de la cavité et la disposition dans les angles des silos. Source: fouille de l’ASCA

 Profil symétrique d’un des silos de Montdragon. Source: fouille de l’ASCA

 Céramique médiévale à pâte grise de fabrication locale des XIIIe/ XIVe siècles. Un motif de décor est visible.
Source: fouille de l’ASCA
Après avoir visité tous les sites connus du périmètre soit six aires de stockage, toutes dans des cavités creusées, les convergences de formes sont nombreuses. On peut parler d’une « série ».

Un usage collectif du Moyen Âge

C’est toujours le même dispositif : une maigre voie d’accès (4), une cavité ouverte plein sud creusée de forme rectangulaire de quelques cinq mètres de profondeur pour deux mètres cinquante de hauteur. Un mur de « barrage » dont il est difficile d’estimer la hauteur initiale. La cavité était-elle complètement fermée, à demi, ou pas du tout ? Façon d’être à l’abri de l’intrusion des bêtes et de la convoitise des hommes. 



En bas, murette de pierres sèches barrant l’accès de la cavité. Les blocs en haut de la photo sont le probable résultat de fouilles à une époque indéterminée. 
Ces cavités souterraines sont très simples dans leur conception, sans couloir. Il n’y a pas de trace dans aucun des cas observés pour l’instant de remontée sur le plateau. La voûte est taillée plein cintre ou en ogive. C’est variable(5). Mais elle a subi des desquamations. 


À l’intérieur, des silos ovoïdes enterrés(6) remplis de sédiment avec traces de feuillure. Souvent un silo dans chaque angle de la pièce et un au milieu (7).

Il y a aussi des traces sur les parois. Des aménagements en tous genres. Cela va du trou de poutre, de poutrelle, de bâton afin de suspendre des matières périssables, à la niche d’éclairage, au placard profond. Outre le grain, ce sont des aires de stockage de denrées agricoles. 

 Une paroi criblée d’aménagements
Silo devant « placard »

 Gravure énigmatique
Le tout est couvert de graffitis, non pas sans un certain intérêt, d’ailleurs. Ils livrent les noms de visiteurs. La pratique de signer dans les grotte est fréquente dans la deuxième partie du XIXe siècle (8).


Bel affleurement sédimentaire montrant toute une série de couches de grès du Ludien, compact assez fin mais friable. On appelle ceci « molasses ». Les  bancs les plus anciens, en bas, sont chargés de cailloutis. Ce sont les traces laissées par la présence d’un lac, il y a autour de 35 millions d’années, à l’Eocène.  De quoi rester songeur…
Un grès aux formes douces et arrondies, matériau idéal à creuser. 

La datation de ces aires d’ensilage demeure problématique. Il est fort probable qu’à l’image de ce que nous trouvons dans le Toulousain et le Lauragais (9), leur utilisation s’étala du IXe au XIIIe siècle. 


La foire aux questions

Ces aires de stockage sont-elles associées à l’installation d’un castelas comme le toponyme « Castelet »(10) peut le laisser supposer ou sont-elles des annexes de la communauté paysanne du Bruc ? Quels liens ont-elles avec la présence – toute proche – d’un méandre de la rivière ? Enfin, y a-t-il d’autres aires d’ensilage dans les falaises – plus à l’ouest – comme semble le dire Michel Bidon que nous avons rencontré (11).


Quel qu’il en soit, elles révèlent une pratique collective de tout premier intérêt. À présent, la priorité est de les répertorier et de les localiser précisément sur le cadastre, ce qui n’est pas tâche facile même avec le GPS. Ce travail s’impose avant que leur accès ne deviennent de plus en plus difficile car l’érosion ravage la partie exposée des sites. Il y a urgence dans certains cas, dans d’autres moins. La recherche d’archives – si elle s’est avérée jusque-là négative – n’est pas pour autant à abandonner.

Après avoir observé l’extérieur de la petite église SainteMagdelaine dont les crépis nous cachent les principaux éléments d’architecture(12), nous nous rendons au hameau de La Martinié à Saint-Genest-de-Contest à côté de la petite église Saint-Michel.

Les « signes » dans la forêt s’avèrent être de vieux chablis au milieu des taillis. L’ancien chemin nous conduit à une croix isolée que nous photographions avant de rentrer. 


Notes

(1) C’est un front de cuesta.

(2 )Le plus souvent symétrique.

(3) Pour une largeur moyenne de 1,60 m.

(4) Parfois dangereuse à prendre parce qu’en cours d’effondrement. C’est très vrai à l’est dans le secteur du « Castelet ».

(5) Elles pourraient être en bâtière.

(6) Pas de trace de silos de paroi à la première observation. 

(7) Nous ne reviendrons pas sur le principe de la conservation des céréales en silo déjà évoqué lors de la sortie à Lautrec.

(8) Cette remarque est le fruit de discussions avec Robert Coustet et Philippe Hameau, spécialiste rare et reconnus dans ce domaine. 

(9) Voir l’excellent site de Carol Puyg et Odile Maufras sur le sujet: https://ensilage.hypotheses.org/

(10) Dans la partie occidentale du front de cuesta, sur le haut.

(11 )Par ailleurs, d’autres aires d’ensilage, plus proches du type souterrain, sont visibles à quelques kilomètres du lieu sous le village Montdragon dans les berges du Dadou comme l’indique, entre autres, Francis Funk. Certaines ont disparus.


(12 )Sauf une « porte des morts » au sud.






Un site gallo-romain à Lasgraisses

Un site gallo-romain à Lasgraisses

Compte rendu de la sortie du CAPA du vendredi 24 octobre 2014
Lasgraisses
Secteur : Tarn Dadou
Météo : plein soleil
Participants : Jean-Simon, Louis F., Yann et Christophe
Site visité : site gallo-romain de « La Bouyssières« 
Sites vus ou évoqués à prospecter ultérieurement : site gallo-romain de Crébassière, un site à Fénols
Voitures : Christophe

À la demande de Mr. Alain Reilles, nous nous sommes rendus chez lui le vendredi 24 octobre. Il affirmait que des engins venaient de détruire récemment un site gallo-romain. C’était à la suite ducreusement d’une retenue collinaire au lieu-dit « Bouyssières«  en contre-bas de sa maison d’habitation.
Le site est installé au fond d’un vallon où coule un ruisseau dit de Merdialou, au coeur des collines molassiques, typiques des lieux.
Alain Reilles a commandé l’opération mais n’ayant pas assisté au creusement du bassin durant la journée, il a constaté le soir même que des « tas » comportaient de la terre noire et du mobilier archéologique.

Après discussion avec les ouvriers et observation des lieux, Alain Reilles estime la profondeur des vestiges enfouis à 1,50 m. Il n’a pris aucune photo mais il a récolté et récolte encore dans ces « tas », du mobilier archéologique dans un état inégal de conservation. Le bassin est en cours de remplissage. Le site est à présent tout ou en partie sous l’eau.
De beaux restes de mobilier gallo-romain
 
Un bref inventaire, non exhaustif, a été dressé de ce qui nous a été présenté ce jour-là.
Plus ou moins nettoyé, le mobilier est rangé avec soin dans un hangar à l’intérieur de bacs en plastique ouverts. Il s’agit :
– d’unlot d’une dizaine de tegulae et d’imbrices dont certaines sont presque entières avec emboitement. Pas d’estampilles visibles ;
– demorceaux d’amphores (col) très bien identifiables pour une périodisation, plutôt du type Pascual mais cela reste à confirmer ;
– d’unedizaine de pesons en forme de tronc de pyramide ;
– de quelquesscories de fer ;
– d’éléments ferreux très corrodés difficiles à identifier (clous, lames, crémaillère) ;
– de  céramiques en sigillée lisse ou décorée (coupe, bol, assiette, cruche, plat), plus ou moins fine, dont les morceaux permettent quelquefois des reconstitutions, dont une ou deux estampilles épigraphiques sont bien lisibles ;
– de céramique commune claire ;
– devases en engobe blanc ;
– d’un mobilier en terre cuite de forme spécifique dont nous ignorons la fonction. Peut-être un poinçon-matrice…
– enfin, d’un petit autel votif (?) de calcaire blanc sans inscription, ni relief.

À son domicile, Mr Reilles conserve sous une vitrine un débris de verre bleu foncé soufflé, un as de Nîmes dans un bon état de fraîcheur au revers avec le crocodile, plus abîmé à l’avers avec les effigies d’Agrippa et d’Auguste. Il garde aussi deux morceaux de céramique. L’un présente une estampille, l’autre un motif de gladiateurs au combat.
Hors contexte gallo-romain, il a relevé un morceau de silex retouché et un tesson d’origine néolithique à déterminer mais bien caractéristique cependant.
Pas de lampes, pas de tesselles de mosaïque, pas de meule dans le lot.

Les terres noires

Sur le terrain, nous avons pu constater la présence de terre noire dans des blocs argileux dont l’origine ne fait pas de doute. Mr Reilles ne nous a pas mentionné l’existence de structures d’habitat en dur, type moellons ou briques.
Les mottes d’argile arrachées sur le lieu initial sont significatives de la présence de 3 couches. Elles ne montrent pas – a priori – de traces d’incendie ou de chauffe. Nous constatons la présence de quelques os d’animaux sur le terrain.
Le site est-il à relier d’une façon ou d’une autre avec celui de « Crébassière » sur Cadalen ? Peut-être. Est-ce une fosse dépotoir ? Quels sont les liens entre ce site et Montans?
Quelque qu’il en soit, nous retournons voir Alain Reilles afin de dresser un inventaire plus précis.