Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Hommage du CAPA à Michel

Michel à l’oeuvre dans une école.

Né à Albi en 1940, Michel Payrastre était issu d’un milieu extrêmement modeste du TRAVET, commune et village de son père et de ses ancêtres, village où il travailla toute sa vie et auquel il était profondément attaché. Au point d’en connaître tous les recoins et tous les habitants.


Cette curiosité sans limite, il ne la devait pas à l’école publique qu’il quitta après son certificat d’étude mais plutôt à une observation tolérante, sans limite, pour le monde qu’il savait regarder.


L’Algérie comme tremplin


1960. À vingt ans, deux années durant, il change de continent ou plutôt il change de vie. Appelé pour son service militaire, il est envoyé en Algérie. Comme sergent, il a la responsabilité d’une petite unité. Dans les montagnes, les Aurès, il surveille un col stratégique en prise au froid. La peur ne l’empêche pas d’être fasciné par la beauté des paysages du djebel.


Il observe. Il accumule les photos. Auprès des populations locales qu’il côtoie, à sa façon, il tente de mettre un peu de dignité là où elle a disparue.


De cette période de sa vie, il gardait un profond respect pour ceux qui vivaient avec rien, pour ceux qui, comme lui, élevaient des moutons non pas dans la relative aisance des prairies tarnaises, mais dans un paysage magnifique mais ingrat, avec peu d’eau, de maigres pâturages rabougris, sans l’aide du vétérinaire, des progrès de la médecine, sans médicaments, sans moyens et sans revenus.

– « Je croyais connaître la pauvreté, me disait-il, je n’avais encore rien vu », évoquant la misère des fellahs.


Mais, par-dessus tout, il est aux prises avec la guerre. Cette guerre qui ne veut pas dire son nom, qu’il mène contre son gré.


Sur cet épisode, bien plus tard, il s’exprimerait sans détour devant le jeune public que j’avais convoqué. D’une voix parfois tremblante, il relatait le départ précipité de l’Armée française et ses terribles conséquences. Il montrait le drapeau algérien qu’il avait récupéré dans une cache du FLN. De même, pour ces cartes d’état-major qu’il avait conservées avec soin. Pour les jeunes générations, il était celui qui prévenait contre toutes les formes de violence. Violence contre laquelle il avait été vacciné. L’expérience militaire infusa chez lui des idées pacifistes fortes qui le guidèrent toute sa vie. Cette guerre aurait pu l’abimer, comme beaucoup d’autres ; au contraire, elle lui donna une leçon.


Autant l’avouer, au cours de nos balades archéologiques, à son contact, j’appris beaucoup. Désormais, je vois la guerre d’Algérie d’une autre façon, nettement plus en nuances.


De la suite dans les idées


De retour, après une période de flottement qu’il confiait bien volontiers, il s’attache à ce qui lui tient le plus à cœur : fonder une famille et défendre la cause paysanne. Il s’ancre et s’attache au pays qui l’a vu naître et grandir. Huit hectares et le choix de l’élevage des brebis, de quoi vivre. Il rencontre Paule, qu’il épouse en 1972. De leur union, naitront deux enfants, qui lui donneront la joie d’être grand-père.


Son métier, il ne le conçoit qu’en relation avec les autres.

Au sein du CDJA (Centre départemental des Jeunes Agriculteurs) dont il devient le secrétaire, il milite pour développer une agriculture « au pays ». Au moment où les agriculteurs-éleveurs se replient sur des pratiques solitaires et productivistes, dictées par un contexte difficile (disparité des revenus, exode rural, accroissement des coûts de production, endettement, PAC), il encourage la réflexion communautaire.


Il ne reniait pas le progrès technique, bien au contraire. Pour lui, le temps de la misère était bel et bien révolu. Pour autant, pas question de faire table rase du passé. Pas question d’oublier les pratiques et les solidarités du monde paysan.


Il donne sans compter son temps et son énergie pour défendre ses idées. Entre autres, les Groupes de Vulgarisation Agricole(GVA) sont un moyen pour lui d’agir au cœur de sa région.


Maintenant, en 2016, apprécions la pertinence de ses choix et l’actualité de son combat.


Un itinéraire militant


Il mène de front plusieurs batailles, des batailles dont il sortira le plus souvent vainqueur faute de combattants. Il embrasse la cause du Larzac où il est présent contre le projet d’extension du camp militaire. C’est toute une époque.


Il s’implique lors de la formation de la coopérative Ovi-testen 1972, en créant le Syndicat des éleveurs de brebisafin de défendre la cause des petits exploitants. Le bras de fer engagé avec les puissants de l’agroalimentaire se termine à son avantage.


On le retrouve en 1978 militant contre les dangers de la fluorine et l’extension de l’exploitation des filons sur les terres du TRAVET. Infatigable, il veille au respect des lois.


Les échecs, bien sûr, il en connut, il sait ce qu’ils sont. Chez lui, ils ne suscitaient nulle amertume mais plutôt des raisons supplémentaires pour se remettre en question et intensifier les efforts.

Cependant, faire de Michel un idéologue partisan serait inexact. D’abord, il détestait donner des consignes et encore moins des ordres. Ensuite, son désintérêt pour les calculs politiques était total. Il passait au large des distinctions et des mérites officiels.


Et puis, dés que la lutte prenait une tournure violente, il s’en désintéressait. Il se méfiait des manipulations en tous genres et des donneurs de leçons qui travaillent surtout leur bonne envergure médiatique. Il craignait aussi l’esprit de chapelle et les conflits qu’il engendrait immanquablement au sein du monde paysan.


Avec lui, j’étais loin d’être toujours d’accord ; mon automobile, une Dacia, résonne encore de nos prises de bec sur l’Occitan, qu’il appelait « patois », mais son honnêteté et la ferveur de ses opinions forçaient le respect. Pour lui, toujours l’engagement devait se concrétiser par des actes.


Le cœur sur la main


Quand en 1991, il apprend la situation tragique des immigrés kurdes sur Albi. Et notamment des enfants, il n’hésite pas, à aucun moment, à soutenir leur installation. Cela dura 10 ans. Il tente avec réussite de leur donner les meilleures conditions matérielles possibles faisant honneur aux traditions d’accueil.


Bien sûr, il s’informe sur leur histoire, leur condition de vie. Comment peut-il en être autrement ?

En 2013, il était fier de la reconnaissance de ceux qui étaient devenus ses amis lors d’un voyage à Erbil. Le Kurdistan, aux antipodes de ce qu’on entend sur les ondes matin et soir, était un pays où l’espoir était palpable et ce en dépit de la guerre. Pour lui, c’était un pays jeune et riche de tous les possibles. Cela ne lui avait pas échappé.



La mémoire en partage


Après une première alerte cardiaque en 1998, il quitte définitivement ce métier d’éleveur qui lui a toujours tenu à cœur et s’implique pour une meilleure connaissance du patrimoine rural.


Le patrimoine délaissé, discret, oublié, le moins noble a sa faveur : outils agricoles au point de constituer une collection (actuellement au château d’Arifat), croix, moulines, fours, souterrains en milieu rural, petits châteaux souvent disparus nommés « castelas ».


Avec Jean-Simon et l’équipe de l’ASCA, il parcourt inlassablement le Réalmontais à la recherche de traces très anciennes de présence humaine, comme les cupules, gravures préhistoriques sur les rochers.


On lui doit d’ailleurs la découverte de la pierre de “La Gaugne” à Saint-Antonin-de-Lacalm qui fit l’objet d’une étude à laquelle il participa.


Il s’implique assidument aux inventaires et réalise quelques fouilles.


Non des moindres, parmi ses passions, fut le château de La Roque dont il contribua à la mise en valeur par une exposition, deux années durant, lors des Journées européennes du Patrimoine.

Il s’attacha aussi à faciliter son accès par l’initiative d’un chantier jeune.

Chantier jeune, car il ne concevait le patrimoine que comme une transmission entre les générations, jamais comme un potentiel touristique ou un bien personnel à exploiter.


Michel n’a pas le goût, ni l’intérêt pour la recherche des trésors cachés et l’appât du gain. Il n’aime rien tant que d’expliquer et montrer. Ses prises de parole au CAPA dont il fut un temps trésorier, étaient toujours attendues et pertinentes. Même avec la maladie qui l’accablait, il n’avait pas son pareil pour remobiliser les troupes ou rappeler un projet en cours.


C’était un homme d’action et d’organisation. Nous nous souvenons tous du jour où il nous a surpris par ses décisions pour organiser le chantier de mise en valeur autour de l’église Saint-Sernin. Alors que nous hésitions. Michel arrive, entouré des jeunes de Lombers. Le voilà qui intervient dans le débat, tout en souplesse avec tact et élégance :

– « Vous, les jeunes, vous faites cela, ça va remplacer la salle de sport ; vous, les anciens, vous vous attelez à ceci, ça va vous dégourdir les jambes ; ceux qui restent, vous prenez pelles et râteaux et dégagez l’emplacement. Moi, je m’occupe de remonter et restaurer les sarcophages avec trois ou quatre “gros bras” qui sont là pour m’aider ».


Aussitôt dit, aussitôt fait. Michel qui n’avait jamais abordé ce genre de travail a remonté méticuleusement tous ces sarcophages, mis en valeur ensuite sur le côté extérieur nord de l’église que vous pouvez encore admirer.


Le site internet du TRAVET, dont il était le moteur zélé, montre toute la palette des ses curiosité et l’étendue de son savoir.


Avec lui, c’est toute une archéologie bénévole qui vivait et qu’il convient de faire vivre. Il l’incarne à merveille. Une archéologie en lien avec le territoire. Elle est conçue comme une science et une passion, moins comme un métier.


Elle se nourrit des questions des habitants, jeunes comme vieux, qui demeurent sur le lieu. Michel mettait un point d’honneur à tenir compte des avis des humbles, des oubliés de l’histoire quand il s’agissait d’aller les enregistrer pour témoigner d’un accent, d’une anecdote.


Devaient entrer dans l’histoire, non pas seulement les cathédrales mais aussi la façon de faire les nœuds, la retaille d’une meule usagée, le remontage d’un mur à sec (sans ciment) ou les soins pour la patte cassée d’un mouton, comme si rien ne devait être oublié.


À présent, Michel repose dans le cimetière du TRAVET, auprès des siens. Face à Mont-Roc, au-dessus des gorges du Dadou. Et je le revois encore me les montrer en les pointant de son bâton.

Michel dans la jungle de La Roque





Au nom des membres du CAPA,

Christophe MENDYGRAL

Président du CAPA



Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos

Sur la route de Léjos (Lamillarié)
Une enquête de Yann Roques

Portion d’une voie ancienne tombée en désuétude dans le hameau de Léjos. Constatez la chaussée en creux délimitées par des talus. L’emprise importante de la route est justifiée par un trafic ancien.

Les voies anciennes de l’Albigeois qui prennent souvent le nom de voies « romaines » (1) sont assez bien connues par les textes (2). Peu d’entre elles ont fait l’objet d’études vraiment approfondies cependant.


Il fut un temps, l’une d’elle, la « camin roumieu » allait vers Béziers par Lautrec et Castres. Elle suivait un temps la vallée du Thoré et générait tout un réseau de voies de desserte.


Morphologie

On le sait, des vestiges de cette voie  existèrent jusqu’à la toute fin du XIXe siècle puisque Émile Jolibois en livre une description et une coupe à proximité d’Albi, près du ravin de “Sept Fonds”, à coté de la cité. Il relate alors une chaussée légèrement bombée, large de 5,50 m, composée d’une assise en béton, d’un lit de galets posés à plat et d’un revêtement fait de blocs de grès quadrangulaires de 0,20 à m à 0, 30 m de côté.  Elle était couramment appelé “l’estrade ». 

Rien ne vaut la visite sur le terrain

Surprise, cette voie très ancienne, prés de Lamillarié, est encore bien visible en rase campagne. Précisément au hameau de Léjos où je me suis rendu. Après l’église Saint-André (3), j’ai décidé de passer par le chemin qui relie Cantegraille au Cayrié, plein Est. Au bord de ce chemin une croix, je me suis alors dit c’est par ici. J’ai longé un champ jusqu’à retrouver la fameuse voie. 

La voie ancienne tracée sur le cadastre napoléonien. Elle a déjà quasiment disparu au tout début XIXe siècle. Source: Archive départementale du Tarn.

Tracé en rouge du tronçon identifiable de la voie sur photo aérienne et relevé cadastral actuel. Source: Géoportail (IGN)


Comme le disaient les anciens, elle est bien là sur presque 200 mètres. Ce qui surprend, aux premiers abords, c’est sa largeur. Aucun chemin de terre agricole n’a aujourd’hui cette dimension, plus de 5 mètres d’emprise. Par endroits, notamment dans la petite montée, la voie est empierrée avec le calcaire local.



La chaussée est couverte d’un lit de cailloux calcaires calibrés, damnés et compactés. Les voies anciennes, même romaines, sont rarement dallées sauf en ville bien sûr. À ce niveau une coupe est envisageable.


Aujourd’hui la voie semble s’interrompre aux croisements de plusieurs champs. La lecture du tracé redevient sujette à interprétation.


Relique du passé, quelques mètres plus loin dans la continuité, une petite cabane construite exactement dans la largeur de la voie qui continue sur presque 150 mètres. 

La voie est ensuite peu visible et enfouie sous un tas de feuillages et en herbe. Ils font écran à la poursuite de la lecture du tracé.


Il s’agit d’un tracé rectiligne de crête. À 250 mètres d’altitude, la voie se tient à l’écart du lit des rivières


Quelques mètres plus loin la voie s’arrête à l’orée d’un champ. Sur sa droite au milieu des arbres deux petites structures, une ronde d’environ 2,50 m de diamètre arrasée et une petite cabane à moitié enfouie dans le sol. Je ne saurai dire ce que c’est. 


La voie est en phase de dégénérescence mais on lit encore son emprise sous le couvert végétal.
Une légère sinuosité.


Voilà pour mon excursion à la recherche de la voie. Savoir si elle est gallo-romaine ou pas, relève d’un exercice périlleux. Faut-il voir, comme les anciens dans les toponymes des alentours, des signes de romanité ? Léjos = légion ? Lamillarié = le miliaire (borne)

Il serait intéressant, par ailleurs, d’inspecter les lieux pour trouver de la présence gallo-romaine. À ma connaissance, aucun site n’est connu dans le km autour de la voie.


Pas de doute que ce segment de route très ancien et assez rare mérite une attention particulière et, à moyen terme, des mesures de protection.


Y. R


Notes

(1) – Nous ne rentrons pas dans le débat de savoir si elles sont ou pas, romaines. Il est vraissemblable qu’elles soient d’ailleurs encore plus anciennes à la lueur de quelques lectures stimulantes ci-dessous.

(2) – Jean LAUTIER, Connaissance du Tarn, Tome 2, 1974, p. 14. 

Le beau travail aussi mené par Élise BERGÈS sur la voie Béziers-Cahors qui passait à Albi.


(3) – Mention de cette église est faite dans la Carta Prima de 1067. Paroissiale, l’église devait être beaucoup moins isolée qu’aujourd’hui.

Charles POMMEAU, Véronique BONTE, A la découverte des vieux chemins, Petit manuel de viographie, Moulin,1995. Excellente ouvrage mais difficile à trouver pour mener l’enquête.


Raymond CHEVALIER, Les voies romaines, Picard, Paris, 1997, un grand classique en matière de culture savante à propos des voies romaines.

Des aires d’ensilage à Montdragon

Des aires d’ensilage à Montdragon

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 octobre 2015

à Montdragon


Secteur : Réalmontais, Tarn et Dadou

Commune : Montdragon et Saint-Genest-de-Contest

Météo: ciel lumineux

Participants : Louis, Frank, Jean-Pierre, Christophe, Bernadette, Claudette et Régine 

Sites visités : Montdragon (La Roque et Castelet) et La Martinié

Sites vus et évoqués : le four du Bruc, l’église du Bruc, les silos de Montdragon village, souterrains de La Martinié

Voiture : Jean-Pierre

 Vue plein sud à partir d’une petite aire d’ensilage. Nous dominons le Dadou.

Localisation approximative des aires d’ensilage abritées connues. La plus à l’ouest est celle qui a été fouillée (en jaune, trait large), les autres n’ont fait l’objet que de mentions. Source: carte IGN au 1/25 000.

 À vos risques et périls

S’aventurer dans les bois hors des chemins sous le hameau de La Roque comporte une certaine dose de risque si on est pas préparé. Le lieu est escarpé et soumis à une intense érosion (1). Et ce, en dépit du couvert végétal (chêne vert surtout). Des traces d’effondrement de la falaise en témoignent. Sans guide, il est probable que vous cherchiez longtemps les abris à silos.


La pente est reléguée actuellement en zone de friche mais ce ne fut pas toujours le cas. Loin s’en faut. Fut une époque où le lieu devait être plus ouvert, traversé par des chemins et certainement habité. Sous quelle forme ? Là est la question.

Après nous être garés au bord de la D 631, nous atteignons les sites de la partie occidentale. Le plus à l’ouest a fait l’objet d’un rapport de Jean-Simon, Louis et Frédéric Martorell, il y a maintenant quinze ans. C’était en l’an 2000.
La fouille d’une aire d’ensilage dans une cavité 
Ils vidèrent cinq silos dans une même cavité creusée et relevèrent une palette d’informations non négligeables. Mention est faite de leur forme ovoïde, de leur profil (2) et de leur profondeur allant jusqu’à deux mètres (3). Le vidage du contenu ne pas permis de révéler de stratigraphie. Les silos semblaient avoir été comblés ou recomblés à une époque plus récente que le Moyen Âge. À l’image de cette cartouche de chasseur retrouvée, il difficile d’établir une chronologie même relative. Seul un silo réserva dans son dernier tiers des tessons de céramique intéressants et un fragment d’opercule.

 Col d’un silo vu ce jour-là. L’opercule a disparu.


Aire d’ensilage abritée dans une grotte artificielle. On remarquera la forme rectangulaire de la cavité et la disposition dans les angles des silos. Source: fouille de l’ASCA

 Profil symétrique d’un des silos de Montdragon. Source: fouille de l’ASCA

 Céramique médiévale à pâte grise de fabrication locale des XIIIe/ XIVe siècles. Un motif de décor est visible.
Source: fouille de l’ASCA
Après avoir visité tous les sites connus du périmètre soit six aires de stockage, toutes dans des cavités creusées, les convergences de formes sont nombreuses. On peut parler d’une « série ».

Un usage collectif du Moyen Âge

C’est toujours le même dispositif : une maigre voie d’accès (4), une cavité ouverte plein sud creusée de forme rectangulaire de quelques cinq mètres de profondeur pour deux mètres cinquante de hauteur. Un mur de « barrage » dont il est difficile d’estimer la hauteur initiale. La cavité était-elle complètement fermée, à demi, ou pas du tout ? Façon d’être à l’abri de l’intrusion des bêtes et de la convoitise des hommes. 



En bas, murette de pierres sèches barrant l’accès de la cavité. Les blocs en haut de la photo sont le probable résultat de fouilles à une époque indéterminée. 
Ces cavités souterraines sont très simples dans leur conception, sans couloir. Il n’y a pas de trace dans aucun des cas observés pour l’instant de remontée sur le plateau. La voûte est taillée plein cintre ou en ogive. C’est variable(5). Mais elle a subi des desquamations. 


À l’intérieur, des silos ovoïdes enterrés(6) remplis de sédiment avec traces de feuillure. Souvent un silo dans chaque angle de la pièce et un au milieu (7).

Il y a aussi des traces sur les parois. Des aménagements en tous genres. Cela va du trou de poutre, de poutrelle, de bâton afin de suspendre des matières périssables, à la niche d’éclairage, au placard profond. Outre le grain, ce sont des aires de stockage de denrées agricoles. 

 Une paroi criblée d’aménagements
Silo devant « placard »

 Gravure énigmatique
Le tout est couvert de graffitis, non pas sans un certain intérêt, d’ailleurs. Ils livrent les noms de visiteurs. La pratique de signer dans les grotte est fréquente dans la deuxième partie du XIXe siècle (8).


Bel affleurement sédimentaire montrant toute une série de couches de grès du Ludien, compact assez fin mais friable. On appelle ceci « molasses ». Les  bancs les plus anciens, en bas, sont chargés de cailloutis. Ce sont les traces laissées par la présence d’un lac, il y a autour de 35 millions d’années, à l’Eocène.  De quoi rester songeur…
Un grès aux formes douces et arrondies, matériau idéal à creuser. 

La datation de ces aires d’ensilage demeure problématique. Il est fort probable qu’à l’image de ce que nous trouvons dans le Toulousain et le Lauragais (9), leur utilisation s’étala du IXe au XIIIe siècle. 


La foire aux questions

Ces aires de stockage sont-elles associées à l’installation d’un castelas comme le toponyme « Castelet »(10) peut le laisser supposer ou sont-elles des annexes de la communauté paysanne du Bruc ? Quels liens ont-elles avec la présence – toute proche – d’un méandre de la rivière ? Enfin, y a-t-il d’autres aires d’ensilage dans les falaises – plus à l’ouest – comme semble le dire Michel Bidon que nous avons rencontré (11).


Quel qu’il en soit, elles révèlent une pratique collective de tout premier intérêt. À présent, la priorité est de les répertorier et de les localiser précisément sur le cadastre, ce qui n’est pas tâche facile même avec le GPS. Ce travail s’impose avant que leur accès ne deviennent de plus en plus difficile car l’érosion ravage la partie exposée des sites. Il y a urgence dans certains cas, dans d’autres moins. La recherche d’archives – si elle s’est avérée jusque-là négative – n’est pas pour autant à abandonner.

Après avoir observé l’extérieur de la petite église SainteMagdelaine dont les crépis nous cachent les principaux éléments d’architecture(12), nous nous rendons au hameau de La Martinié à Saint-Genest-de-Contest à côté de la petite église Saint-Michel.

Les « signes » dans la forêt s’avèrent être de vieux chablis au milieu des taillis. L’ancien chemin nous conduit à une croix isolée que nous photographions avant de rentrer. 


Notes

(1) C’est un front de cuesta.

(2 )Le plus souvent symétrique.

(3) Pour une largeur moyenne de 1,60 m.

(4) Parfois dangereuse à prendre parce qu’en cours d’effondrement. C’est très vrai à l’est dans le secteur du « Castelet ».

(5) Elles pourraient être en bâtière.

(6) Pas de trace de silos de paroi à la première observation. 

(7) Nous ne reviendrons pas sur le principe de la conservation des céréales en silo déjà évoqué lors de la sortie à Lautrec.

(8) Cette remarque est le fruit de discussions avec Robert Coustet et Philippe Hameau, spécialiste rare et reconnus dans ce domaine. 

(9) Voir l’excellent site de Carol Puyg et Odile Maufras sur le sujet: https://ensilage.hypotheses.org/

(10) Dans la partie occidentale du front de cuesta, sur le haut.

(11 )Par ailleurs, d’autres aires d’ensilage, plus proches du type souterrain, sont visibles à quelques kilomètres du lieu sous le village Montdragon dans les berges du Dadou comme l’indique, entre autres, Francis Funk. Certaines ont disparus.


(12 )Sauf une « porte des morts » au sud.






Un site gallo-romain à Lasgraisses

Un site gallo-romain à Lasgraisses

Compte rendu de la sortie du CAPA du vendredi 24 octobre 2014
Lasgraisses
Secteur : Tarn Dadou
Météo : plein soleil
Participants : Jean-Simon, Louis F., Yann et Christophe
Site visité : site gallo-romain de « La Bouyssières« 
Sites vus ou évoqués à prospecter ultérieurement : site gallo-romain de Crébassière, un site à Fénols
Voitures : Christophe

À la demande de Mr. Alain Reilles, nous nous sommes rendus chez lui le vendredi 24 octobre. Il affirmait que des engins venaient de détruire récemment un site gallo-romain. C’était à la suite ducreusement d’une retenue collinaire au lieu-dit « Bouyssières«  en contre-bas de sa maison d’habitation.
Le site est installé au fond d’un vallon où coule un ruisseau dit de Merdialou, au coeur des collines molassiques, typiques des lieux.
Alain Reilles a commandé l’opération mais n’ayant pas assisté au creusement du bassin durant la journée, il a constaté le soir même que des « tas » comportaient de la terre noire et du mobilier archéologique.

Après discussion avec les ouvriers et observation des lieux, Alain Reilles estime la profondeur des vestiges enfouis à 1,50 m. Il n’a pris aucune photo mais il a récolté et récolte encore dans ces « tas », du mobilier archéologique dans un état inégal de conservation. Le bassin est en cours de remplissage. Le site est à présent tout ou en partie sous l’eau.
De beaux restes de mobilier gallo-romain
 
Un bref inventaire, non exhaustif, a été dressé de ce qui nous a été présenté ce jour-là.
Plus ou moins nettoyé, le mobilier est rangé avec soin dans un hangar à l’intérieur de bacs en plastique ouverts. Il s’agit :
– d’unlot d’une dizaine de tegulae et d’imbrices dont certaines sont presque entières avec emboitement. Pas d’estampilles visibles ;
– demorceaux d’amphores (col) très bien identifiables pour une périodisation, plutôt du type Pascual mais cela reste à confirmer ;
– d’unedizaine de pesons en forme de tronc de pyramide ;
– de quelquesscories de fer ;
– d’éléments ferreux très corrodés difficiles à identifier (clous, lames, crémaillère) ;
– de  céramiques en sigillée lisse ou décorée (coupe, bol, assiette, cruche, plat), plus ou moins fine, dont les morceaux permettent quelquefois des reconstitutions, dont une ou deux estampilles épigraphiques sont bien lisibles ;
– de céramique commune claire ;
– devases en engobe blanc ;
– d’un mobilier en terre cuite de forme spécifique dont nous ignorons la fonction. Peut-être un poinçon-matrice…
– enfin, d’un petit autel votif (?) de calcaire blanc sans inscription, ni relief.

À son domicile, Mr Reilles conserve sous une vitrine un débris de verre bleu foncé soufflé, un as de Nîmes dans un bon état de fraîcheur au revers avec le crocodile, plus abîmé à l’avers avec les effigies d’Agrippa et d’Auguste. Il garde aussi deux morceaux de céramique. L’un présente une estampille, l’autre un motif de gladiateurs au combat.
Hors contexte gallo-romain, il a relevé un morceau de silex retouché et un tesson d’origine néolithique à déterminer mais bien caractéristique cependant.
Pas de lampes, pas de tesselles de mosaïque, pas de meule dans le lot.

Les terres noires

Sur le terrain, nous avons pu constater la présence de terre noire dans des blocs argileux dont l’origine ne fait pas de doute. Mr Reilles ne nous a pas mentionné l’existence de structures d’habitat en dur, type moellons ou briques.
Les mottes d’argile arrachées sur le lieu initial sont significatives de la présence de 3 couches. Elles ne montrent pas – a priori – de traces d’incendie ou de chauffe. Nous constatons la présence de quelques os d’animaux sur le terrain.
Le site est-il à relier d’une façon ou d’une autre avec celui de « Crébassière » sur Cadalen ? Peut-être. Est-ce une fosse dépotoir ? Quels sont les liens entre ce site et Montans?
Quelque qu’il en soit, nous retournons voir Alain Reilles afin de dresser un inventaire plus précis.
Scapade à Saint-Mémy

Scapade à Saint-Mémy

Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 4 octobre 2014

Graulhet
Secteur : vallée de l’Agros, limite entre les communes de Graulhet et de Labessière-Candeil
Météo : du soleil.
Participants : Charlette, Régine, Bernard D., Michel, Jean-Simon, Kevin, Jacques, Franck , Christophe et Michel Coste
Sites visités : Sites de Saint-Mémi-Vieux, de La Frégère et de l’église de Saint-Mémi de Gayrac
Sites vus ou évoqués à prospecter ultérieurement : un souterrain comblé à En Gleyses 
Voitures : Kevin et Bernard
Nous avons répondu à l’invitation de Cédric Malet, agriculteur à La Frégère et propriétaire des lieux mais c’est avec Michel Coste que nous nous sommes rendus sur le terrain autour du hameau actuel de LaFrégère. Il a commenté l’implantation des bâtiments disparus et nous a fait visiter l’église. Qu’il soit remercié pour ses éclairages précieux.
Saint-Mémi-Vieux
Nous nous rendons pour commencer sur le site dit de “Saint-Mémy-Vieux ». La tradition raconte que le haut du mamelon était occupé par un bâtiment religieux, type église. En ce lieu même, en 1950, on trouva des tombes en pleine terre. À l’époque, les versants étaient encore couverts de vignes. Il y avait une garenne. Cédric Malet, et son père avant lui, y extrayaient régulièrement des tuiles et de la céramique médiévale en morceaux. Il y a tout lieu de penser qu’il existait donc un bâtiment à cet endroit précis. 
In situ, une brève prospection – non facilitée il est vrai par la faible profondeur du labourage – nous a permis de trouver sur les versants quelques spécimens de céramiques médiévale et moderne. Pour les plus anciens, des morceaux épais à dominante grise, type anses de pégaux funéraires. Par ailleurs, nous notons la présence d’un morceau de anse d’amphore et des micro-fragments de sigillée très fine en quantité non négligeable. Notre ramassage montre que le site était occupé bien avant la période médiévale. Il est facile de s’en convaincre.
Enfin, des ébauches d’outils préhistorique sur galets de quartz (étrangers au contexte géologique) ont été relevés ainsi qu’un nucléus en silex avec plan de frappe et surface débitée. Jacques nous informe qu’après guerre, le site a été reconnu par Jean Lautier et Jean Bordenave. Jacques était présent lors de cette reconnaissance de terrain.
Les archives de Lautier sur Graulhet donneraient-elles plus de renseignements ? Peut-être. Les grès affleurent sur le haut. Les couches archéologiques ont du glisser sur les côtés. Il est peu probable qu’il demeure encore des substructures à l’état solide .
En tout cas, un regard attentif sur les photos aériennes depuis les années cinquante n’a rien permis de déceler si ce n’est la grande variété, avec le temps, des types de cultures. Des chemins importants passaient aux alentours comme celui de Sieurac au sud-est. Étrangement, ce site n’est pas mentionné sur la CAG.
Cédric Malet, qui nous a rejoint, se propose de nous montrer un autre site à proximité.
La Frégère

 schéma

Prise d’eau au pied du front de carrière
Sur la route menant à l’église, nous nous garons dans un champs qui borde une falaise. Affleure les calcaires sannoisiens certainement exploités pour la chaux, le ciment ou pour les blocs à une époque indéterminée. Des traces d’extraction sont visibles.
Un fossé en bordure de falaise. Des déblais possibles sont repérables recouverts de friches en bord de route.
Nous sommes alors conduits à un puits creusé ou recreusé il y a une vingtaine d’années. À l’aide de l’éclairage d’une lampe, ce puits conduit à un vaste bassin aquifère souterrain taillé avec un degré. Est-il le fruit d’une résurgence ? En tout cas, il y a eu anciennement des creusements, des aménagements. D’ailleurs, le bassin a entraîné, à une époque indéterminée, l’installation de conduites en direction du sud. Ces conduites ne nous ont pas été décrites avec assez de précision. Elles étaient « en pierre ». Actuellement, une épaisse dalle de grès couvre « quelque chose » en haut du fossé de la route. Il est difficile de soulever cette dalle.
Ce site a été visité par Jean Lautier et le jeune Jacques Mathieu.
Plus à l’ouest, un chemin grimpe sur le plateau. Aux dires de la mère de Cédric Malet, actuellement domiciliée à Agen, des enfants auraient trouvé sur les côtés dans la pente, de la céramique dans des « niches » creusés. Juste au-dessus, Michel Coste évoque la présence de tombes (un cimetière ?) en pleine terre sans objet. Nous dominons l’église. Pour lui, c’est un cimetière médiéval. Etant donné l’état de la végétation, nous n’avons absolument rien trouvé susceptible de confirmer les propos de nos accompagnateurs. Nous ne désespérons pas cependant.
L’église de Saint-Mémi de Gayrac
Pour Michel Coste, le bâtiment actuel n’est pas très ancien (XVIe/ XVIIe siècles). Dans le vallon, il aurait remplacé une première église installée plus haut à « Saint-Mémi-Vieux ». Le déterminant « Gayrac » serait la conséquence d’un bâtiment antérieure – gallo-romain – sur lequel repose désormais l’église. Gayrac viendrait d’Agariacum, la propriété d’Agarius. Il a constaté des traces construites lors d’aménagement sur le côté nord de l’église. Il a, aussi, prélevé sur les lieux du mobilier gallo-romain. Nous avons pu le voir, il y a quelques années1.
Au XVesiècle, Saint-Mémi de Gayrac accueille un prieuré, celui de Sainte-Catherine. De mœurs assez légères selon certains, les religieuses en furent chassées par Louis d’Amboise qui transféra l’administration de la paroisse au chapitre de la cathédrale d’Albi.
Àl’édifice ancien, on a ajouté un clocher-mur à arcades dans la première partie du XIXe siècle. À la même période, deux chapelles ont été ajoutées à la nef. À l’extérieur, nous constatons de visu des marques bien caractéristiques de tâcheron sur les blocs de grès. Nous notons l’existence d’un larmier au sud, de contreforts bâtis lors du réaménagement de la nef. Des baies percées avec vitraux. Il y a – et c’est surprenant – peu de réemplois visibles.
Michel Coste a l’amabilité de nous ouvrir et de nous faire visiter l’intérieur de l’église. Des précisions nous sont apportées quant à saint Mammès. C’est le saint patron de l’église, martyr de Cappadoce du IVe siècle, il est à l’origine d’une ville en Seine-et-Marne. La cathédrale de Langres lui est dédiée. Saint Mammès, c’est « celui qui a été allaité ».

Nous sont présentés tour à tour un tableau-retable de la fin XVIIe et un christ du XVIIIe siècle. Un chapiteau roman a été récupéré dans l’église2. Il daterait du XIIe siècle. Resté longtemps sous les assauts du climat3dans le cimetière au sud du bâtiment, il fut mis en dépôt à Graulhet par Monsieur Henry Manavit. Il a intégré l’église, voilà une vingtaine d’années, à la suite d’une demande de Michel Coste. D’où provient ce chapiteau « à l’origine » ? On ne sait trop. Peut-être de l’abbaye de Candeil. Il est inscrit  depuis 1992 à l’inventaire des monuments historiques.
L’organisation de la composition est très classique dans le roman tarnais. On en retrouve la trace à Salles et à Lagraves si nos souvenirs son bons. Il est orné de volutes en encorbellement, habité au centre par un visage angulaire et fruste. Deux fleurs de lys sont appliquées contre le feuillage de chaque côté.
La fleur de lys, plante royale par excellence, est une figure ancienne dont on trouve des traces à la période carolingienne et même franque. Elles ne deviennent emblème de la couronne qu’au début du XIIe siècle. Notre enquête s’achève ici. Nous quittons les lieux après avoir remercié Michel Coste.
1 – Les parcelles à l’ouest de la route sont riches en matériel gallo-romains de toutes sortes. Ceci lui fait dire qu’il y avait une villa. L’inventaire de ce qu’il possède gagnerait a être fait.
2 – Il y en avait même deux à l’origine.
3 – Le grès est très patiné comme glissant, lustré.