La cathédrale d’Albi par la face nord

La cathédrale d’Albi par la face nord

Un colosse tout en argile (I)
Le mur gouttereau du flanc nord de la cathédrale d’Albi réserve quelques détails intéressants. Il nous permet d’abord de mesurer l’ampleur du bâtiment et de son constituant : la brique. Ce mur immense n’est pas destinée à recevoir un enduit de couverture. Il  est dit « brut de parement ». Par ailleurs aucun coffrage. L’épaisseur maximale des murs en bas résulte de dizaine de rangées de briques.

Bien malin qui connait le nombre de briques qu’il fallut pour construire le bâtiment ⁽¹⁾. À vrai dire, à ce terme de «brique» emprunté au Nord de l’Europe, il faudrait préférer celui de “teula” venu de la tegula latine. 
Au Moyen Âge, il faut imaginer de très petites unités de production, les teulièras, disséminées au sud et au nord d’Albi dans un rayon de quelques kilomètres. 

La proximité des gisements d’extraction² devait jouer un rôle prépondérant car le travail préparatoire en était raccourci. Le transport des briques, tuiles et carreaux par charretées, par tombereaux plusieurs siècles durant, en était d’autant plus facile.

Il est fort probable que le développement et la spécialisation en productions argileuses du quartier du « Bout du Pont » soient contemporains de l’époque de la construction de la cathédrale et de « La Berbie ».³ À proximité de la rivière, des lieux comme « Fontvialane », le chemin de Carlunet ou « L’Escapadou », montrent qu’il existait des tuileries parfois dès le XIVᵉ siècle et sans doute avant. À elle seule, l’activité mobilisait une partie de l’année les paysans des alentours. Apparemment, les tuiliers étaient « fermiers » des fours. Ils les louaient à de puissants propriétaires. Ils pouvaient d’ailleurs les partager à plusieurs.

Le travail des teuliers

La saison froide était celle de l’extraction (le piquage) et de l’exposition de l’argile aux intempéries afin de faciliter son délitage. Par ailleurs, on ramassait le bois.

La saison chaude était celle de la préparation et de la cuisson. Briques, tuiles, carreaux de sol, montrent un même procédé de fabrication.

Selon la qualité de l’argile les préparations étaient plus ou moins longues et toujours sophistiquées.

Piétinée, émiettée, un temps décantée dans des bassins⁴ ou prélevée dans le Tarn sous forme de « lize », l’argile devait présenter toutes les caractéristiques adaptées. Mélangée à du sable, l’objectif était d’obtenir une pâte homogène. L’argile devait perdre un peu son côté gras avec des « dégraissants »,  comme la silice ou des végétaux, qui modifient ses propriétés lors de la chauffe. Elle était ainsi prête au moulage. De ces opérations compliquées, il faut avouer que nous ne savons pas grand chose.

Une fois dans un moule en bois, la pâte était tassée à la main⁵.
Arrivait, alors, le temps du séchage. Plutôt à l’ombre, afin d’éviter les fissures. Enfin, les briques étaient cuites au four.

Face supérieure. Coté lisse ou raclé de la brique, tassé et aplani à la main. Il n’est pas rare d’y voir des traces de doigts.
Face inférieure. Côté rugueux ou graine. Fond du moule avec parfois des brins de végétaux.

De tout ce passé laborieux, il ne reste plus grand chose en terme matériel. Et les archéologues éprouvent le plus grand mal à localiser les lieux précis d’extraction et de préparation pourtant nombreux à une époque. La terre devait être extraite en plein air à la pioche par tranchées, sur les côteaux ou encore dans des zones marécageuses comme à Pratgraussals.

Pour les fours, leur fonctionnement est mieux connu mais seulement pour l’époque moderne. À notre connaissance, aucun four à briques médiéval n’a été fouillé sur l’Albigeois. Pour l’instant.

Un four à briques vertical et intermittent à l’époque moderne dans la région⁶

Les fours traditionnels dans le Toulousain étaient souvent bâtis en terre crue. Il n’y avait pas forcément de haute cheminée mais un toit à deux pans surélevés qui laissait passer la fumée. 

Schéma d’un petit four à briques et autres terres cuites avant la Révolution dans le Toulousain. C’est le type de four qui est décrit dans « L’Encyclopédie » de Diderot et d’Alembert au XVIIIe siècle. Parfois, le four s’accompagne autour de hangars couverts de séchage.

Le dispositif de plan carré se résumait à une chambre de chauffe ouverte par deux foyers dans lesquels les teuliers allaient glisser du combustible. Ces fours étaient proches des sources d’approvisionnement en bois et en terre. Éloignés – autant qu’il était possible de la ville – à cause des risques d’incendie, ils tenaient compte aussi de l’orientation des vents. La logique d’implantation répondait à des paramètres complexes, évoluant dans le temps.

Le four à briques en coupe et le teulier qui contrôle la montée en température. Les murs du four sont généralement plus épais que dans cette représentation. Ils peuvent atteindre deux mètres en terre crue.

Les foyers étaient parallèles et voûtés d’arcades plein-cintres.

Au-dessus de la chambre de chauffe, dans le laboratoire dont on murait la porte après l’enfournement, les briques étaient rangées les unes contre les autres en grande quantité ⁽⁵⁾ sur une tranche comme des livres sur une étagère. Entre elles, l’air pouvait circuler grâce à des consoles verticales qui formaient des sortes de couloirs. Couronnaient le tout, des débris de briques qui permettaient de visionner et contrôler la qualité de la cuisson à l’aide d’une canne.

On comptait deux journées d’enfumage très progressif pour éviter les fendillements des briques, typiques de la montée en température trop rapide. C’était « le petit feu » qui montait jusqu’à 500° C.
Puis, deux jours de « grand feu » à plus de 500° C et jusqu’à 1000° C. 

Une semaine de baisse de température très progressive. Il fallait à peu près trois jours pour défourner les pièce cuites.

Sur un mur, le maître teulier contrôlait la montée en température à l’aide de la canne et donnait des consignes.

Du bel ouvrage. Les briques sont posées « en boutisse » c’est à dire dans le sens de la longueur. Le petit côté du rectangle apparait. La cathédrale est le résultat de différentes campagnes de réfection bien visibles ici. À droite, des briques industrielles. Les briques ne sont pas éternelles, surtout les parties offertes à l’extérieur.
Observables ici, les différents types de mortiers lors des campagnes de réfection. Le joint est fait en général de mortier composé de gravier et de chaux. Il y a une finition au sable fin et à la chaux qui a souvent disparue. On minimise au maximum les joints verticaux. Les briques violacées ont subies une cuisson plus forte.
Gros plan du layage. Aspect strié par l’utilisation d’une laye, une sorte de marteau à tranchants après la pose.
Des marques de layage sur le parement.
Chaîne d’angle particulièrement abimée. La finition du joint n’est plus visible ; apparaissent alors des graviers du mortier.

Fabriquer une brique cuite normalisée

Nous parlons de « grandes briques », autour de 9 kilos, dans un format standard de 38 X 22 X 5 cm, autrement dit où la largeur équivaut, en gros, aux 2/3 de la longueur. À quelques exceptions près, ce calibre restera en vigueur du XIIᵉ au XVᵉ siècle dans l’Albigeois. À la période moderne les archives témoignent de l’existence de « moules de la ville » dont on ne peut pas déroger.
Brique dite « foraine ». L’origine de l’adjectif ne fait pas l’unanimité. Est-ce une brique facile à trouver dans les foires ? Une brique venue de l’extérieur de la ville (foreanus) ou servant spécialement à la construction des extérieurs ? Ou bien – comme nous le pensons – la brique définie par la nature même de sa cuisson suite à sa position dans le four ? Quel-qu’il en soit, le débat n’est pas tranché et il dure depuis le XVIIIᵉ siècle …

Ce qui est sûr au moins, c’est que la brique foraine se distingue de la brique en terre crue, très utilisée depuis la Préhistoire.

Construire à moindre coût


D’accès relativement facile à Albi, la brique constitue une véritable révolution pour la construction. Presque pas de taille, pas d’ajustage compliqué, légère au montage ; du coup, un prix défiant toute concurrence. Peu de main d’œuvre employée au montage. Au delà, la brique incarne un idéal de rigueur car elle décourage le talent des sculpteurs. Un idéal de rigueur recherché lors de la construction de la cathédrale.
Dans les secrets du montage

Le mur laisse voir les trous de boulin des traverses en bois qui supportèrent les  échafaudages toutes les quinzaines d’assises de briques environ. À peu près la hauteur d’un homme. Le maçon progresse aidé d’un gafet qui lui passe les tuiles.


Base du clocher au nord de la deuxième partie du XIVᵉ siècle. Ces trous de boulin sont encore béants. Fruit d’une volonté esthétique peut être.
Sont visibles aussi les reprises et les décalages d’assises qui marquent des coups d’arrêt dans les travaux, des réfections…
Mur de la sacristie, rue de la Temporalité. Une reprise.  Le décalage des assises est particulièrement visible. Il s’inscrit avec un triangle.
Un bouchage récent. Reconnaissons-le, pas très heureux.
Trous de poutrage anciens aujourd’hui rebouchés.
Rue de la Maîtrise. Avec la lumière, des campagnes de réfection et des bâtiments « fantômes » ou «parasites» collés au mur.
 De ces réfections, nous parlerons lors d’un prochain épisode.

Notes 

(1) – Autour d’une dizaine de millions. 
(2) – Voir le point fait par Christian Servelle, La mémoire perdue des carrières d’argile, dans « Le Tarn en céramiques ». Il évoque la difficulté à localiser des carrières d’extraction souvent éphémères. Les paysans rebouchent les trous après avoir épuisé les filons.
(3)Voir le point fait par Martine et Michel Houdet, L’artisanat et l’industrie céramique à Albi, dans « Le Tarn en céramiques ».
(4) – Des « pourrissoirs ».
(5) – Préalablement, le moule en bois est sablé et cendré.
(6) – Vertical parce que les flammes ne font que monter durant la chauffe, intermittent car le four s’arrête de fonctionner après la cuisson. Voir le point fait par Jérôme Bonhôte , Contribution à la connaissance des fours briquetiers et tuiliers dans le Tarn aux XIXe et XXe siècles, dans « Le Tarn en céramiques ».
(7) – Jusqu’à 20 000 …
(8) – Il y a d’autres briques que foraines. Brique commune, « de marteau », « biscuite ». Il y a aussi « la rougette ».  Les termes correspondent toujours à la nature et la durée de la cuisson car celle-ci n’est pas homogène pour la fournée jusqu’à l’invention des machines au début du XIXᵉ siècle. Un spécialiste reconnait d’ailleurs une brique à la couleur et au son qu’elle produit quand on la frappe.

Incontournable pour se faire une idée précise à l’échelle du Tarn sur ce sujet complexe mais passionnant:






À Albi, le CAPA est sur le pont …

À Albi, le CAPA est sur le pont …

Pour les Journées Européennes du Patrimoine, n’hésitez pas à nous rejoindre. Nous sommes – une fois n’est pas coutume – sur Albi. Rendez-vous est donné à partir de 10 heures, samedi 15 et dimanche 16 septembre devant l’Office du Tourisme. Toute la journée, nous évoquons la mémoire de certains bâtiments disparus. 
De moins en moins mystérieuse: la crypte de l’église Saint-Salvi

De moins en moins mystérieuse: la crypte de l’église Saint-Salvi

Des sondages pour mieux connaître Saint-Salvi d’Albi
Le Plo
Autour du XIIe siècle (1) à Albi, une communauté d’une vingtaine de chanoines fait ériger progressivement au-delà des murs de la Cité, une toute nouvelle église afin d’accueillir les reliques d’un saint autochtone de grand renom : Salvi (2).
Les chanoines sont installés sur un plateau surélevé à quelques centaines de mètres des remparts. Le point le plus haut de la ville, c’est le Plo (3) d’Albi. Le lieu est un cimetière. Nous en reparlerons.
Les pentes alentours sont colonisées par des maisons hautes; y grimpent des ruelles sinueuses et étroites comme la ruelle du coustou (4) de Saint-Salvi.
En contrebas, l’activité commerciale est dense. Les “Combes” entre les remparts et le Plo grouillent de vie et d’activités. Elles dominent un quartier plus ancien, celui de La Rivière, au nord, au bord du Tarn.
Juste en face de l’église Sainte-Martiane, les vénérables assumeront des années durant la laus divina. Ils suivent avec plus ou moins de ferveur la règle de saint Augustin. S’agrègent aux chanoines, des vicaires car Saint-Salvi est aussi une paroisse.

Y-a-t-il  eu au préalable sur le Plo un bâtiment différent, moins prestigieux  pour accueillir déjà la petite communauté soudée autour du culte à saint Salvi ? C’est tout à fait probable. Mais rien n’est sûr. Salvi est-il enterré en ces lieux ou bien ailleurs sur le territoire d’origine de la communauté ? Aucune certitude non plus.
En odeur de sainteté
La ferveur des pèlerins est telle que la nouvelle église comptera une crypte. Elle abritera les supposées reliques du saint mobilisées à plusieurs reprises dans l’histoire(5).
Mais d’autres saints font l’objet de vénération à Albi: saint Clair le plus ancien, saint Amarand dans la campagne à l’est(6) et bien sûr sainte Cécile, un peu plus tard.
Les reliques de Saint Salvi attirent les pèlerins, les inhumations aussi.Elles attisent les désirs des Albigeois d’être inhumés à proximité du saint.

Le pouvoir, celui de l’évêque d’Albi, encourage ce genre de pratiques et d’initiatives.

Une crypte déambulatoire

La crypte au Moyen Âge est un bâtiment voûté, situé souvent sous le chevet de l’église. La crypte est dédiée à la préservation et à la vénération des reliques.
Petite de 30 m2 à peine, celle de Saint-Salvi est semi-circulaire creusée dans l’axe sous le maître-autel. Elle ne présente aucun aspect vraiment spectaculaire en architecture.
Vue de l’intérieur de la crypte voûtée en berceau. Aucune source de lumière. Banquette maçonnée sur les côtés avec fresques sur les murs d’appui. Source: service du Patrimoine de la Mairie d’Albi
Derrière l’autel(aujourd’hui le baldaquin), descendent deux escaliers en pierre d’une dizaine de marches. L’un pour descendre. L’autre pour remonter. Les fidèles peuvent ainsi venir, se croiser et repartir sans bousculade.
Accès à l’intérieur de la crypte par les degrés d’un escalier qui monte jusqu’au Chœur. Source: service du Patrimoine de la Mairie d’Albi
Quelle forme avait cette crypte avant sa construction? Une salle entourée d’un banc de pierre avec une arête en biseau et au centre les reliques.

Un artiste a peint sur les murs différents motifs: croix fleuronnées rappelant un peu une feuille de persil, cercles et losanges sur un fond uni rouge, le tout dans des bandes horizontales en plaques successives. On donne à la peinture la forme d’un drapé.
État des peintures dégradées par l’humidité. Source: service du Patrimoine de la Mairie d’Albi
XVIIIe siècle : remodelage des lieux
Avant la Révolution le débat fait rage. La conception et les pratiques de la sainteté sont remises en cause, y compris dans les rang de l’Église d’ailleurs. Dans le camp des admirateurs, face aux sceptiques, il s’agit de légitimer de nouveau, des pratiques de dévotion depuis longtemps mises à mal et critiquées.
Aussi, la crypte est-elle remise au goût du jour à l’initiative du prévôt Antoine de Metge lors de la restauration du maître autel. La grande période des pèlerinages est terminée. Il transforme la crypte en une petite chapelle en y ajoutant probablement un autel et une niche. L’une des questions est de connaître l’exacte teneur des modifications subies par le petit édifice à cette époque.

A-t-il voulu rappeler les pratiques paléochrétiennes à des fins politiques? Cela n’est pas exclu.
2018: une question d’étanchéité

Du temps a passé. La crypte est toujours là mais elle est touchée par l’humidité, l’enduit et les peintures se dégradent. Il est décidé de creuser un drain le long du chevet pour tenter d’assainir le local souterrain. Stopper les infiltrations d’eau devient urgent.

La construction du drain risque d’entraîner des dommages irréversibles au niveau archéologique. Catherine Viers et son équipe de l’INRAP interviennent alors pour évaluer la teneur des sols sur quelques mètres de profondeur.


Deux sondages sont menés à bons termes.
Emplacement du sondage derrière l’abside.
Les différentes couches mises au jour dans leurs épaisseurs respectives. Elle permettent d’élaborer une chronologie relative des lieux. Merci à Rosy pour le cliché.
Le premier, à l’intérieur même de la crypte, pour connaître la nature exacte du sous-sol. Après l’enlèvement  de deux dalles, la pièce s’avéra construite sur des sols sans risque de vestiges: des graves argilo-caillouteuses.
L’autre sondage, à l’extérieur de la collégiale, contre et sous l’abside du XVe siècle, s’avéra plus riche en informations. Une coupe stratigraphique montra la présence sur le Plo de plusieurs couches d’habitats successifs.
Enquête en sous-sol
Le sol enregistre les différents passages et aménagements des hommes depuis des siècles. Une coupe stratigraphique est un peu un livre d’histoire dont il faut bien sûr s’assurer du bon ordre des pages. Quelles sont les parts exactes des remblais, des gravats issus des démolitions de bâtiments ? Où sont les couches ?
Un principe de base, parfois battu en brèche par les aléas de l’histoire: plus on descend, plus c’est vieux. 
Une terre grise épaisse marque surtout la période médiévale. Dans la petite fenêtre du sondage autorisé, furent repérées trois séries d’ossements avec des traces discrètes de cercueil en bois. Un enfant, enfoui en partie sous le mur du chevet et un vieillard d’une soixantaine d’années édenté avec une fracture au bras. Peu d’objets entouraient les corps.
Il est donc délicat de leur donner un contexte précis d’inhumation tant les sépultures connaissent des bouleversements au cours des siècles.
Leçon d’archéologie: si ça remue sur la terre, c’est aussi vrai sous la terre, surtout pour les défunts(squelette) dont les vivants ont peu de scrupule à bouleverser les postures voir les places avec le temps. Les causes sont nombreuses: inondation, réaménagement des lieux, pillage, manque de place(7). 
Pour ne parler que des sarcophages, ceux-ci sont vidés, transférés d’un lieu vers un autre.
Le réemploi visible d’une cuve de sarcophage et de son couvercle(sur deux niveau d’assises)dans un mur à quelques mètres à gauche du portail nord est parlant.
Présence d’un fragment de sarcophage en réemploi à proximité du portail nord de la collégiale. Remarquez les différences de couleur. La cuve parait à l’envers en longueur et le couvercle, dessous, disposé sur un flanc avec  un arrondi ou une sorte de bâtière à droite pour le toit.
Il n’est pas rare qu’ils terminent leurs existences comme abreuvoirs ou bac à fleurs à la surface.
Un rapport réalisé autour de  1860 par Hippolyte Crozes est édifiant à cet égard. 
Lors de l’aménagement de la rue Mariès, il fallut niveler. On décaissa alors le sol sur plusieurs mètres. Au nord de Saint-Salvi, les ouvriers mirent au jour un vaste cimetière. Plutôt devrions nous écrire plusieurs générations de cimetières avec des modes d’inhumation variés:
linceuls dans  des coffres en bois, caveaux collectifs, cercueils de pierre, sarcophages en grès avec logettes céphaliques.
Hélas, comme souvent pour les fouilles des pionniers de l’archéologie le flou de la description, la faible quantité d’objets récupérés ne permettent pas d’écrire véritablement l’histoire du lieu.
Tout juste peut-on de brosser quelques lignes générales sur son évolution à l’échelle d’un temps très long. 
Au final
Il ne fait pas de doute qu’il y eu une nécropole depuis l’Antiquité. Puis un cimetière bien antérieur à la construction de Sainte-Martiane et de Saint-Salvi en tout cas. 
Paroissial à partir du XIIIe où le cimetière est divisé pour la première fois en deux entités  distinctes celle de Sainte-Martiane et celle de Saint-Salvi. Il est désaffecté au XVIIIe siècle comme le cas est fréquent.
Sous la terre grise, une terre argileuse jaune identifiée en d’autres points de la ville qui correspond plutôt à la période gallo-romaine. On y découvrit de la vaisselle de Montans et de la céramique produite à Albi même à la période romaine. Ce qui révèle un intérêt certain.
Une petite coupe en bon état de conservation a été extraite du sol.
Un niveau protohistorique a aussi été décelé avant d’atteindre les graves. 
Pour terminer, il est à signaler la présence d’un mur très ancien, parallèle à l’abside, dont on ignore la fonction précise.
Voilà donc ce que l’on peut dire sur les côtés nord et est du lieu. 
Pour vous donner une idée générale des lieux rien de tel que ce petit livre: La collégiale Saint-Salvi
Notes
(1)Difficile de déterminer la chronologie exacte des travaux.
(2)Il appartient à la cohorte nombreuse des saints issus des élites dirigeantes. Ils ont vécu une jeunesse dorée avant de se retirer à la tête d’un monastère. 
(3)Plo signifie colline en occitan.
(4)Coustou: le raidillon en occitan.
(5)Déjà à la fin du XIe siècle, on voit les chanoines aller jusqu’à Rabastens exiger à ce que les droits de la communauté soient respectés … avec le Saint en « Majesté ».  Une autre statue de Saint Salvi remontant au XIVe siècle a aussi été volé à une époque récente.
(6)Vers Cunac, le lieu probable est identifié.
(7) C’est surtout vrai à partir du VIe siècle.