Un patrimoine caché: la chapelle/oratoire de Notre Dame de Larroque

Un patrimoine caché: la chapelle/oratoire de Notre Dame de Larroque

Parce que son état suscite des inquiétudes, arrêtons-nous sur un patrimoine modeste à l’abandon. Celui de la chapelle rupestre de Notre Dame de Larroque. Elle est installée sur un domaine privé.

Une carte postale du début du XXe siècle montre une statue de la Vierge aujourd’hui disparue et l’installation de bancs pour les fidèles. On devine aussi un bénitier. A cette époque, la chapelle était fréquentée.

Sortie du CAPA le 28/10/2019

B. ALET ( Photos: F. TAYAC )

Aménagé(e) dans une anfractuosité de la paroi calcaire surplombant le château de Larroque, cette chapelle ou oratoire occupe une petite esplanade en avant d’un abri sous roche. Depuis l’esplanade, on peut jouir d’une belle vue sur le bourg de Larroque et, au loin, sur le site fortifié de Puycelsi.

L’abri sous roche a été aménagé en sanctuaire. Celui-ci s’enfonce juste de quelques mètres dans la paroi. Au-delà du porche, une terrasse est aménagée à ciel ouvert. Elle permet la célébration du culte. Le lieu n’est pas sans rappeler la grotte de Massabielle devenue célèbre à partir de 1858.

Cet oratoire fut aménagé par la famille de Tholozany au milieu du XIXème siècle, probablement entre 1852 et 1858, au temps de Léonard de Tholozany (1811-1874) et de sa femme Marie-Almodie de Martin de Viviès (1827-1892), alors propriétaires du château de Larroque. Ayant eu des enfants morts en bas-âge et/ou souhaitant avoir un enfant mâle, ils auraient fait édifier cet oratoire « pour résoudre ce problème de pro-création » (D. LODDO, 2010, p.464).

L’autel est composé d’un bloc sous forme de corniche avec motif à palmes. Il repose sur un support creusé de trois voutes.
Le retable porte des motifs de décoration. La pierre de consécration a été arrachée.

En dessous de l’abri sous roche, se trouve un bel autel, malheureusement dégradé par les intempéries, autel en pierre calcaire recouvert de stuc sculpté (stuc provenant probablement des carrières de gypse à plâtre des Merlins, propriété de la famille de Tholozany). Au dessus de l’autel, sur un socle calcaire, se trouvait une belle statue en pierre, aujourd’hui disparue, dédiée à la Vierge Marie. A l’arrière de l’autel, on trouve une galerie fossile de plus de 6 m de long qui a été murée pour bâtir l’autel. Plusieurs ex-votos ont été accrochés ou scellés à la paroi, dont le dernier en 1982 de Madeleine de Tholozany (1896-1991), petite-fille de Léonard et Almodie de Tholozany. L’esplanade, sur laquelle étaient installés 6 bancs, est délimitée par une balustrade ouvragée en fer forgé assez bien conservée.

Ex-voto sur plaque de marbre. Remerciement d’une grâce obtenue par la famille de Tholozany
Ex-voto de date et d’origine inconnues.

On accède à ce site rupestre insolite par un chemin, aujourd’hui enfriché, bâti avec murs de soutènement. Ce chemin arrive jusqu’à un bel escalier monumental de 30 marches, débouchant à l’entrée de l’esplanade où se trouve une grosse cloche encore en fonction.

Il y avait une messe (privée ?) pour l’Assomption le 15 août en l’honneur de la Vierge Marie et une procession annuelle en septembre à laquelle participaient les habitants de Larroque et d’autres venus de plus loin. Ces cultes se sont arrêtés il y a moins de 40 ans vers 1985.

La petite cloche a conservé tous ses attributs: battant, robe, joug.

Sources :

D. LODDO (2010) Gents del païs gresignhol , p.464

G. FREUND (2000) Le château de Larroque, in Remparts et Chemins n° 127, p.6

Aux abords de la route: la cabane du cantonnier

Aux abords de la route: la cabane du cantonnier

Elle se cache derrière un inextricable maquis à l’amorce d’un virage, sur un versant qui surplombe un fossé: c’est la cabane du cantonnier de la D87 qui traverse la Grésigne du nord au sud. La trace – l’une des plus discrète qui soi – consiste en un trou creusé, le traouc del loup aux abords de la route.


Les vestiges de forme semi circulaire ne révèlent rien de bâti aujourd’hui. Il en allait peut être autrement il y a un demi siècle où un mur en pierres sèches accompagnait la structure couverte de grandes lauzes Source: Mendygral

Construite avec l’autorisation de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, la cabane, souvent en pierre sèche, servait d’abri en cas d’intempéries mais surtout à remiser le matériel du cantonnier : faux, croissant, fourche à cailloux, pioche, masse en fer, cordeau d’une vingtaine de mètres et brouette en métal.

Le creusement et l’entretien des fossés ont eu raison de la cabane du cantonnier. De celle-ci et des centaines d’autres qui bordaient nos routes. Dans le Tarn, les mentions à ce genre de construction sont rares et précieuses.


Au-dessus, un exemple corrézien de cabane encore bien conservé. Il peut correspondre à notre cabane de la Grésigne. Source: Blog d’Éliane  » Rien de trop… En tout la mesure « 

Ces cabanes sont institutionnalisées en 1816. Elles sont construites et entretenues par le cantonnier et par ses successeurs. Celle-ci de plan circulaire, s’inscrit dans quelques mètres carrés seulement mais les modèles ne sont pas uniques. Ils différent selon les périodes et la nature des lieux.

« Y-en-a qui tiennent le haut du pavé moi, je tiens le bas du fossé » Fernand Raynaud

Le cantonnier est un personnage haut en couleur de nos campagnes jusque dans les années cinquante. Un sketch de Fernand Reynaud témoigne à son encontre d’une bonne part de mépris. Le cantonnier y est raillé pour sa paresse et sa simplicité d’esprit. Mais est-ce lui rendre justice ?

Les archives départementales 3 O relatives au Répertoire méthodique de la voirie communale  et de rares travaux historiques présentent au cours du XIXe siècle un tout autre personnage.

Dévolu à l’entretien des routes sur un canton (un tronçon autour d’une dizaine de kilomètres), il va devenir un véritable agent de l’administration: efficace et courageux au même titre que le facteur.

Si le cantonnier ne fait jamais grève comme le remarque Fernand Raynaud, ce n’est pas parce qu’il est satisfait de sa condition mais plutôt parce qu’il exerce son travail en solitaire. Il a peu de lien avec ses semblables si ce n’est «  le piqueur », son supérieur, très peu enclin à la compréhension. Les autorités administratives et les ingénieurs des Ponts-et -Chaussées s’empressent d’installer toute une hiérarchie avec des grades et des classes dont le seul point commun est celui d’être mal payé.

Si le cantonnier est présenté comme bébête et diminué, c’est qu’il est souvent issu des couches les moins privilégiées du paysannat. Il appartient à ceux qui n’avaient pas assez de terre pour vivre. Quant au niveau d’instruction : pour lui, juste le minimum scolaire. On l’oblige à savoir lire et écrire qu’en 1882, preuve que durant un siècle, le cas n’était pas si fréquent.

Le cantonnier, ce tir au flan …


Chaque cantonnier est pourvu d’une brouette, d’une pelle de fer. Sa tenue, très normée, évolue au fil du temps. D’abord, il porte un chapeau de feutre à fleur de lys sur une plaque de cuivre sous la Monarchie, puis le bonnet et la casquette, plus républicains. Il est revêtu d’un gilet-veste de couleur bleue et d’un pantalon large qui lui couvre bien la cheville.
Source: http://cartesanciennes.centerblog.net/137-cantonnier

Mais le plus étonnant encore réside dans la rumeur qui veut que le cantonnier soit paresseux et rêveur. Oui, il n’aurait de corne qu’au menton qu’il posait tranquillement toute la journée sur son manche de pelle. Un regard sur les règlements présente une réalité toute autre, voir à l’opposé. Celui de 1835 retient l’attention. Le travail attendue par ses autorités de tutelle sidère par son ampleur et sa précision.

En résumé, il s’agit de damer, déblayer, déneiger, curer, empierrer, réparer la route. Prévenir les utilisateurs d’éventuelles anomalies. Le cas échéant porter assistance aux voituriers lors d’accidents. Bref, il est partout où la route s’abîme, par tous les temps. En été : 78 h de travail par semaine. Un jour chômé le dimanche et encore… quand il n’y pas d’urgence. En hiver, le lever et le coucher du soleil rythment ses journées. En plus, le travail est dangereux. Les accidents ne manquent pas même si un guidon sert à signaler sa présence sur la route

Mauvaise réputation

Souvent, le cantonnier peut compter sur l’aide des habitants. Une aide obligatoire qui correspond à l’ancienne corvée. Entre autres, celle de rassembler en bord de route des tas de pierres pour l’entretien de la voie. À charge au cantonnier, grâce à un anneau de six centimètres de diamètre, de juger si elles sont acceptables. Pour les riverains, il fallait donc casser des cailloux au risque de payer une taxe. On imagine les réticences des propriétaires à accomplir cette servitude. On imagine aussi les discussions à n’en plus finir avec le cantonnier seul à même de valider le travail. Au-delà, le cantonnier vérifie si les propriétaires n’empiètent pas sur la chaussée ou n’y prélèvent pas de la terre.

Il doit tout consigner dans un petit carnet destiné à son supérieur hiérarchique. Est-ce la cause de son piètre succès d’estime ? Très certainement.

Le terme « cantonnier » disparaît peu à peu du langage. Avec l’arrivée du goudron, ses attributions et son action changent. L’appellation « cantonnier » est même remplacée par celle d’  » accoroutiste  » à l’orée du XXIe siècle. Du petit cantonnier des chemins vicinaux, il ne reste plus grand’chose. On lui a même rasé sa cabane.

Un cantonnier dans et aux abords de la Grésigne fut Lucien Kurgoale de Sainte-Cécile-du-Cayrou. Il avait la responsabilité du tronçon est / ouest de la D8 entre Grand Baraque et La Cadène vers Loubers. On reconnaissait le cantonnier à son chapeau normé qui portait écrite sa fonction.

Livres consultés

Denis Glasson, Les cantonniers des routes. Une histoire d’émancipation, L’Harmattan, 2014

Daniel Loddo, Gents del país gresinhòl, Cordae, La Talvera, 2010

La Chronique du Musée des Berthalais, Novembre 2017

Thierry Couet, Transports et voies de communication au XIXe siècle, la route, Archives départementales du Tarn, 1994

Insolite: deux pierres d’autel à Vieux

Insolite: deux pierres d’autel à Vieux


Une des deux pierres d’autel à l’aspect caractéristique observées à Vieux en l’église Saint- Eugène. En bas, le cachet d’un prélat.

L’église Saint-Eugène à Vieux est riche de ses peintures murales polychromes mais ce sont, dans un tas de pierres sans intérêt, deux pavés pas comme les autres qui ont retenu notre attention.

En grès, ils sont caractéristiques d’une époque et chargés de symboles.

Ces deux pavés carrés sont des pierres d’autel.

La pierre d’autel est une pierre consacrée, de dimensions réduites, encastrée dans la table d’autel. Elle présente généralement, les caractéristiques de la table dans laquelle elle est intégrée avec un sépulcre et des croix de consécration.

Les pierres d’autel remplacent dès la fin du XVIe siècle les autels portatifs pour permettre de célébrer à l’intérieur de l’église à d’autres endroits comme les chapelles, les collatéraux, les piliers de la nef, des messes votives en petit comité.

Sur l’autel majeur, on ne peut célébrer qu’une messe par jour. À une époque cela ne suffit pas.

Cette pierre d’autel peut porter sur la face, la tranche ou au revers la date de sa consécration et le nom de celui qui l’a consacrée. La pierre est souvent enveloppée dans un linge en lin ciré : le chrémeau d’autel.

À propos des pierres d’autel de Saint-Eugène, elles sont gravées de quatre croix aux quatre angles et d’une croix centrale. Sur une des pierres, est encore présent le cachet de cire de l’archevêque qui l’a consacrée. Son blason est difficilement reconnaissable mais le collier d’ordre avec les insignes de dignité qui entourent l’écu, comme le chapeau à large bord et la croix de procession à double traverse, sont très visibles.

Ces deux pierres d’autel ont été mises à l’abri dans une des chapelles de l’église Saint-Eugène de Vieux.

Il s’agit peut être Charles Le Goux de la Berchère, archevêque d’Albi entre 1687 et 1703, célèbre pour ses compte rendus de visites pastorales .


Cachet cylindrique en cire du sceau de l’archevêque d’Albi. Il est d’usage officiel et symbolise la personnalité juridique du prélat. Par sa discrétion, celui-ci a échappé aux décrets de 1791 et 1792 qui demande de les faire disparaître en les rayant, les grattant ou les brûlant.

Assez reconnaissable, le collier, sorte d’ornement extérieur à l’écu indique le rang et la dignité du prélat. Un début de chapeau est visible avec sa cordelière à quinze houppes. Ces sortes de nœuds varient en fonction du rang : quinze pour l’archevêque, dix pour l’évêque et moins pour les autres. La croix aussi varie selon la dignité: double traverse pour l’archevêque, simple traverse pour l’évêque.

Un exemple d’armoirie : les armoiries familiales de Charles Le Goux de la Berchère.
Blasonnement:  » d’argent, à une tête de more de sable bandée d’argent, accompagnée de trois molettes de gueule ». Le blason est ici entouré du collier d’ordre qu’on va retrouver chez tous les dignitaires religieux.

L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme qui jouait avec les stalactites

 

C’est la célèbre grotte de Bruniquel – bientôt classée à l’inventaire des Monuments Historiques – qui fut à l’ordre du jour de la sortie du samedi 19 janvier. Nos amis Denise et Michel Soulier nous servirent de guides. Leur volonté de transmettre force le respect. Après deux heures de visite, nous voilà devant un bien étrange monument.
Un mystérieux dispositif au fond de la grotte. Dessin d’Éric Le Brun – elebrun.canalblog.com Source: Archéologia, n° 545(2016)
La cavité perce les calcaires surmontant l’Aveyron. Longue de plus de 400 mètres, elle forme une vaste galerieoblongue quasi parallèle à la vallée. Son entrée d’origine aujourd’hui obstruée oblige à maintes contorsions. Deux passages très étroits et des cônes d’éboulis rendent l’accès compliqué. Pas de quoi décourager les plus motivés pour autant.
Ensuite, la progression est plus facile. Elle se déroule entre deux ficelles tendues afin d’éviter les piétinements. Les sols en argile sont, le plus souvent, encore vierges et recèlent des traces précieuses.
C’est une suite de petits lacs d’eau claire parsemés de calcite flottante en pellicule légère, de draperies translucides, de sublimes plafonds hérissés de fistuleuses, de colonnes de stalactites quelquefois rougies par l’oxyde de fer.
C’est aussi le lieu de dizaines d’anciennes bauges à ours. Des pans de parois sont lacérés par des griffades et ce jusqu’à plus de deux mètres de haut.
Griffade de plantigrade. Photo Michel Soulier
Trace de plantigrade. Photo Michel Soulier

 Une architecture spectaculaire loin de la lumière du jour

Mais le plus intéressant est ailleurs. En cette grotte, il y a une trentaine d’années, les membres de la Société spéléologique de Caussade découvrent des accumulations de concrétions de forme circulaire à plus de trois cents mètres de l’entrée. Notre guide, Michel Soulier, et le préhistorien François Rouzaud établissent alors le premier plan précis des lieux. À cette occasion un os d’ours brûlé est daté. Première surprise : le résultat obtenu nous emmène autour de – 47 000 ans. Autrement dit, au plus loin que le carbone 14 puisse dater.
À cette période, seul l’homme de Néandertal est présent dans la région. La communauté scientifique déstabilisée est sceptique devant le résultat. Et puis une autre découverte focalise l’attention : celle de la grotte Chauvet. Avec le décès de François Rouzaud, le site tombe dans un profond sommeil.

Néandertal à la conquête des entrailles de la terre

Il faut attendre 2013 pour que Jacques Jaubert, de l’université de Bordeaux, et une équipe reprennent l’étude avec le résultat retentissant de nouvelles datations.
L’accumulation observée depuis des années s’avère bel et bien une construction édifiée en stalactites. Elle peut se résumer à deux ellipses tangentes (A et B) et quatre autres structures moins évidentes (C, D, E et F). La longueur des concrétions est calibrée autour d’une trentaine de centimètres. Autant de signes qu’elles ont bien été choisies, sélectionnées parmi d’autres. Il y a l’embarras du choix dans la grotte.
Relevé de la structure. La recherche, n° 521 (2017)

 

Les parois des deux ellipses sont constituées d’une à quatre rangées de stalactites. De ci, de là, elles sont placées presque verticalement. Cinq grandes stalagmites appuyées contre le cercle extérieur de la construction ont pu avoir un rôle d’étai, tandis que des petites stalagmites renversées vers le bas servent de cales pour tenir l’édifice.
Le dispositif montre une démarche de véritable architecte. Des traces de feu (“points de chauffe”) sont présentes dans les six structures. Imaginer que des rites et des cérémonies s’y soient déroulés est légitime. En tout cas, plusieurs tonnes de matériaux ont été déplacés. Un système d’éclairage a été mis en place.
On retrouve des types d’aménagement similaires dans d’autres grottes comme celles de Chauvet, d’Enlène, des Trois Frères, de La Grama en Espagne mais toutes sont attribuées à l’homme de Cro-Magnon, à l’homo sapiens.
La grotte de Bruniquel tranche avec celles-ci car la datation des concrétions révèle un âge proche de 176 500 ans ! Il s’agit de l’œuvre de Néandertaliens, et même de Néandertaliens précoces puisque la forme classique de cette espèce du genre “homo” n’apparaît vraiment qu’à 150 000 ans. Cent soixante-seize milles ans, et le résultat est difficilement contestable. La datation uranium-thorium employée par l’équipe fait actuellement référence partout.
Les perspectives sont énormes. Il y en aura pour tout le monde. Tandis que la grotte est scannée en 3D, il faut noter le passage d’un paléoichnologue (spécialiste des traces), géologue, préhistorien, spéléologue. Autant dire, la cavité est loin d’avoir livrée tous ses secrets. Par chance, la fièvre de la découverte passée, l’équipe de Michel Soulier a su préserver la fragilité de la cavité. Elle constitue aujourd’hui un potentiel d’études remarquables.

 

Néandertal était aussi un artiste

 

Preuve est faite que les Néandertaliens s’aventurent dans les grotte au plus profond de la terre. Cela n’allait pas de soit il y a quelques années.
« L’absence de toute trace de préoccupation esthétique ou morale s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse où les fonctions végétatives et bestiales prédominent sur les fonctions cérébrales » écrivait Marcellin Boule, anthropologue français. Nous étions au début du XXᵉ siècle.
En 120 ans de recherche, la vision de l’homme de Néandertal à l’anatomie si particulière a bien changé. Ce Quasimodo brutal primitif est devenu presque un artiste. Déjà les abondantes traces matérielles (souvent des outils) laissées durant sa longue histoire démontrent des activités intellectuelles variées et élaborées. Taillé certes pour affronter les environnement les plus hostiles, Néandertal enterre ses morts, joue de la flûte, aime les couleurs et ne mange pas que de la viande. De quoi éroder plus d’un cliché.
Avec la grotte de Bruniquel, il gagne définitivement une conscience symbolique.
Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

 Enfin, place nette aux « Battuts »
Samedi 29 et dimanche 30 septembre et la matinée du samedi 6 octobre 2018
Grotte des « Battuts ». Un premier travail de vidage et de tri avait été effectué fin août. 
Restait le plus gros.
Deux journées et une petite matinée ont suffi pour nettoyer le site des grottes* des « Battuts » sur la commune de Penne. À chaque fois, le beau temps fut de la partie, ce qui rendit l’opération plus facile. Celle-ci, prévue de longue date,  se déroula dans une atmosphère sympathique mais concentrée étant donnée la nature dangereuse des lieux.
L’opération s’imposait à cause des risques d’incendie et la pollution que généraient des produits toxiques à l’état dégradé comme des médicaments, des produits de vaisselle ou des crèmes de protection…
Un travail d’équipe.
Un constat s’imposa bien vite. L’ASCA était « taillée » pour l’opération. Sa compétence, sa mobilisation furent totales; son ingénierie tout à fait adaptée. Le CAPA participa, plus modestement, mais avec le sérieux qui le caractérise. L’occasion était idéale de relier concrètement ces deux associations, dont les objectifs diffèrent, mais dont les ambitions sont loin d’être opposées. Histoire de montrer qu’archéologie et spéléologie peuvent faire bon ménage.
Une tyrolienne, montée pour l’occasion, achemina progressivement les sacs remplis de détritus en contre-bas, dans la vallée, sur une distance de 50 mètres.

 

Les sacs avant la descente. Les déchets ont préalablement fait l’objet d’un tri

Falaise impressionnante des « Battuts » avec filin tendu pour la descente des sacs.

Descente d’un sac

Plus délicat… un frigo !

Bien sûr, certains en profitent pour s’amuser.
Les sacs, en bas, avant la deuxième étape.

La deuxième étape: une pleine benne.
Quelques moments furent particulièrement délicats, comme la descente acrobatique du réfrigérateur.
Au total, plus d’une tonne d’ordures finirent dans la benne transportée à la déchetterie de Penne (Tarn).

La Dépêche du Midi couvrit l’événement. Ce qui nous valut la visite de quelques curieux.

Pour finir, il apparait que le cas des ermites « à la Carcenac » dont nous avons déjà parlé dans un article précédent **  n’est pas isolé. Les grottes, qui surplombent la rive droite de l’Aveyron, deviennent l’habitat temporaire d’individus en quête de logement. Il n’est pas besoin de remonter au Moyen Âge : vérification faite, maints abris rocheux restent, en 2018, un refuge pour les populations les plus touchées par la pauvreté et la précarité.

Notes

* et abris

** https://capa-archeo.blogspot.com/2016/11/insolite-le-quotidien-dun-ermite-penne.html

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne

Un bien étrange monument sur un causse à Penne

Sortie du dimanche 18 mars


Drôle de fosse comblée par la végétation
Localisation du monument énigmatique. Carte IGN au 1/25 000

S’il est une curiosité remarquable, c’est bien celle du « tumulus » du Frau sur la commune de Penne. En résumé, une vaste étendue pierreuse peuplée aujourd’hui de petits chênes rabougris. Avant la guerre, l’espace était plus ouvert et consistait en des pâtures. Il suffit d’observer l’abondance des clôtures au nord est du site pour s’en convaincre.

En 1970, un article de la main de Jean Lautier(1) relate l’existence sur le plateau dominant la rive gauche de l’Aveyron, au-dessus du hameau de Courgnac, d’une structure insolite qu’Henri Bessac avait assimilé une vingtaine d’années auparavant à un tumulus(2).

En limite de clairière, le site en question est guère éloignée du hameau aujourd’hui abandonné des Grangettes.  Il jouxte un ancien chemin de Saint-Antonin à Penne dont l’intense fréquentation avant l’abandon de ces espaces voués à l’élevage ne fait guère de doute. 

État du lieu: hier et aujourd’hui

L’archéologue Jean Lautier dessina pour l’occasion le monticule et le décrivit ainsi: « un tertre à peu près circulaire de 18 m de diamètre et haut en son milieu de1,40 m. Assis sur un terrain calcaire en pente douce dans le sens NO-SE, il paraissait après défrichement plus elliptique par le fait d’un allongement de son talus artificiel côté ouest. Son périmètre de 57 m fut difficile à évaluer tant ses pentes se fondaient avec le modelé local du terrain boisé des alentours. »

Sur ce, un sondage permis aux archéologues de distinguer plusieurs couches. Sous la terre végétale noire où poussaient des abrisseaux, ils relevèrent une accumulation d’éléments rocheux. D’abord de petites plaquettes calcaires mises à plat, puis des blocs informes et inégaux de belle taille.

Dessin de Jean Lautier vue du dessus et vue en coupe.

À cette occasion, on découvrit, enfoui, un fragment de petite serpe aujourd’hui disparu. Par ailleurs, dans les blocs gisait le squelette d’un petit bovidé.

Au cœur de ce dispositif en élévation, l’équipe de Jean Lautier repéra une fosse circulaire remplie de cendres sur plusieurs mètres. Un cendre grise et noire déposée en plusieurs couches.

La fosse profitant d’un creux de la roche(doline peut être) était ceinturée d’un muret de pierres sèches permettant une circulation commode. Enfin, des marches conduisait à l’est jusqu’au dispositif.

En bas, des blocs calcaires avaient subi une chauffe et portaient des traces de vitrification.

On ne remarqua pas de sole, pas d’os, pas de charbon seulement de 16 m3 de cendre végétale qui fut soigneusement tamisée.

En 2018, le monument est encore parfaitement identifiable.

Il est visible sous la forme d’un cratère. Le cône ayant été évidé lors de la fouille de 1967.

Photo du « cratère » actuel. Sur les côtés, des murettes circulaires cernent la structure. Un espace de circulation est probable autour du foyer. L’emprise de la végétation est visible.
Un escalier à degré droit de plusieurs marches, ici recouvertes de feuilles et dégradées, permet d’accéder à la fosse. Est-ce une ouverture vers la zone de chauffe?

Une raison d’être bien mystérieuse
 
Plusieurs explications sont possibles mais aucune ne remportent une adhésion unanime à cette heure et déjà à l’époque de Jean Lautier.

L’hypothèse d’un tumulus ou d’un dolmen semble à écarter. Rien ne correspond à un indice de structure funéraire. Rien n’indique non plus une fonction religieuse quelconque à haute époque. C’est manifeste.

L’idée d’un four semble bien sûr la plus probable. Cependant, l’absence de chambre de chauffe, de sole ou d’alendier, même à l’état dégradé, ne permet pas de rapprocher la structure de quelque chose de connu dans notre région(3).

Est-ce le résultat d’une volonté de conserver de la viande ou des denrées agricoles?

Les cendres de bois amassée permettaient-elles de fabriquer de la potasse si utile à beaucoup d’industries au XIXe siècle, voir avant ? (4)Trouver des éléments probants pour valider cette hypothèse est compliqué tant manquent les références en la matière.

Quel qu’il en soit, un plan de la structure peut encore être levé et des recherches menées aux alentours pour désépaissir ce mystère.

Notes 

(1)Jean Lautier, Un monument énigmatique du Frau de Penne, Revue du Tarn, 1970, N°57
(2)La présence de mégalithes et notamment de dolmens est avérée sur ce causse. Ainsi le dolmen  du Suquet au sud ou encore celui de Martres que nous avons pu admirer en chemin. Ne parlons même pas des nombreux exemples sur la rive droite éclairés par Bernard Pajot.
(3)Par ailleurs, le site semble éloigné de toutes autres installations artisanales. Mais cela reste à prouver.
(4)Les drapiers de Montauban, entre autres. Cette cendre servait par exemple à la fabrication du savon.