Insolite: deux pierres d’autel à Vieux

Insolite: deux pierres d’autel à Vieux

Une des deux pierres d’autel à l’aspect caractéristique observées à Vieux en l’église Saint- Eugène. En bas, le cachet d’un prélat.

L’église Saint-Eugène à Vieux est riche de ses peintures murales polychromes mais ce sont, dans un tas de pierres sans intérêt, deux pavés pas comme les autres qui ont retenu notre attention.

En grès, ils sont caractéristiques d’une époque et chargés de symboles.

Ces deux pavés carrés sont des pierres d’autel.

La pierre d’autel est une pierre consacrée, de dimensions réduites, encastrée dans la table d’autel. Elle présente généralement, les caractéristiques de la table dans laquelle elle est intégrée avec un sépulcre et des croix de consécration.

Les pierres d’autel remplacent dès la fin du XVIe siècle les autels portatifs pour permettre de célébrer à l’intérieur de l’église à d’autres endroits comme les chapelles, les collatéraux, les piliers de la nef, des messes votives en petit comité.

Sur l’autel majeur, on ne peut célébrer qu’une messe par jour. À une époque cela ne suffit pas.

Cette pierre d’autel peut porter sur la face, la tranche ou au revers la date de sa consécration et le nom de celui qui l’a consacrée. La pierre est souvent enveloppée dans un linge en lin ciré : le chrémeau d’autel.

À propos des pierres d’autel de Saint-Eugène, elles sont gravées de quatre croix aux quatre angles et d’une croix centrale. Sur une des pierres, est encore présent le cachet de cire de l’archevêque qui l’a consacrée. Son blason est difficilement reconnaissable mais le collier d’ordre avec les insignes de dignité qui entourent l’écu, comme le chapeau à large bord et la croix de procession à double traverse, sont très visibles.

Ces deux pierres d’autel ont été mises à l’abri dans une des chapelles de l’église Saint-Eugène de Vieux.

Il s’agit peut être Charles Le Goux de la Berchère, archevêque d’Albi entre 1687 et 1703, célèbre pour ses compte rendus de visites pastorales .

Cachet cylindrique en cire du sceau de l’archevêque d’Albi. Il est d’usage officiel et symbolise la personnalité juridique du prélat. Par sa discrétion, celui-ci a échappé aux décrets de 1791 et 1792 qui demande de les faire disparaître en les rayant, les grattant ou les brûlant.
Assez reconnaissable, le collier, sorte d’ornement extérieur à l’écu indique le rang et la dignité du prélat. Un début de chapeau est visible avec sa cordelière à quinze houppes. Ces sortes de nœuds varient en fonction du rang : quinze pour l’archevêque, dix pour l’évêque et moins pour les autres. La croix aussi varie selon la dignité: double traverse pour l’archevêque, simple traverse pour l’évêque.
Un exemple d’armoirie : les armoiries familiales de Charles Le Goux de la Berchère.
Blasonnement:  » d’argent, à une tête de more de sable bandée d’argent, accompagnée de trois molettes de gueule ». Le blason est ici entouré du collier d’ordre qu’on va retrouver chez tous les dignitaires religieux.

L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme qui jouait avec les stalactites

 

C’est la célèbre grotte de Bruniquel – bientôt classée à l’inventaire des Monuments Historiques – qui fut à l’ordre du jour de la sortie du samedi 19 janvier. Nos amis Denise et Michel Soulier nous servirent de guides. Leur volonté de transmettre force le respect. Après deux heures de visite, nous voilà devant un bien étrange monument.
Un mystérieux dispositif au fond de la grotte. Dessin d’Éric Le Brun – elebrun.canalblog.com Source: Archéologia, n° 545(2016)
La cavité perce les calcaires surmontant l’Aveyron. Longue de plus de 400 mètres, elle forme une vaste galerieoblongue quasi parallèle à la vallée. Son entrée d’origine aujourd’hui obstruée oblige à maintes contorsions. Deux passages très étroits et des cônes d’éboulis rendent l’accès compliqué. Pas de quoi décourager les plus motivés pour autant.
Ensuite, la progression est plus facile. Elle se déroule entre deux ficelles tendues afin d’éviter les piétinements. Les sols en argile sont, le plus souvent, encore vierges et recèlent des traces précieuses.
C’est une suite de petits lacs d’eau claire parsemés de calcite flottante en pellicule légère, de draperies translucides, de sublimes plafonds hérissés de fistuleuses, de colonnes de stalactites quelquefois rougies par l’oxyde de fer.
C’est aussi le lieu de dizaines d’anciennes bauges à ours. Des pans de parois sont lacérés par des griffades et ce jusqu’à plus de deux mètres de haut.
Griffade de plantigrade. Photo Michel Soulier
Trace de plantigrade. Photo Michel Soulier

 Une architecture spectaculaire loin de la lumière du jour

Mais le plus intéressant est ailleurs. En cette grotte, il y a une trentaine d’années, les membres de la Société spéléologique de Caussade découvrent des accumulations de concrétions de forme circulaire à plus de trois cents mètres de l’entrée. Notre guide, Michel Soulier, et le préhistorien François Rouzaud établissent alors le premier plan précis des lieux. À cette occasion un os d’ours brûlé est daté. Première surprise : le résultat obtenu nous emmène autour de – 47 000 ans. Autrement dit, au plus loin que le carbone 14 puisse dater.
À cette période, seul l’homme de Néandertal est présent dans la région. La communauté scientifique déstabilisée est sceptique devant le résultat. Et puis une autre découverte focalise l’attention : celle de la grotte Chauvet. Avec le décès de François Rouzaud, le site tombe dans un profond sommeil.

Néandertal à la conquête des entrailles de la terre

Il faut attendre 2013 pour que Jacques Jaubert, de l’université de Bordeaux, et une équipe reprennent l’étude avec le résultat retentissant de nouvelles datations.
L’accumulation observée depuis des années s’avère bel et bien une construction édifiée en stalactites. Elle peut se résumer à deux ellipses tangentes (A et B) et quatre autres structures moins évidentes (C, D, E et F). La longueur des concrétions est calibrée autour d’une trentaine de centimètres. Autant de signes qu’elles ont bien été choisies, sélectionnées parmi d’autres. Il y a l’embarras du choix dans la grotte.
Relevé de la structure. La recherche, n° 521 (2017)

 

Les parois des deux ellipses sont constituées d’une à quatre rangées de stalactites. De ci, de là, elles sont placées presque verticalement. Cinq grandes stalagmites appuyées contre le cercle extérieur de la construction ont pu avoir un rôle d’étai, tandis que des petites stalagmites renversées vers le bas servent de cales pour tenir l’édifice.
Le dispositif montre une démarche de véritable architecte. Des traces de feu (“points de chauffe”) sont présentes dans les six structures. Imaginer que des rites et des cérémonies s’y soient déroulés est légitime. En tout cas, plusieurs tonnes de matériaux ont été déplacés. Un système d’éclairage a été mis en place.
On retrouve des types d’aménagement similaires dans d’autres grottes comme celles de Chauvet, d’Enlène, des Trois Frères, de La Grama en Espagne mais toutes sont attribuées à l’homme de Cro-Magnon, à l’homo sapiens.
La grotte de Bruniquel tranche avec celles-ci car la datation des concrétions révèle un âge proche de 176 500 ans ! Il s’agit de l’œuvre de Néandertaliens, et même de Néandertaliens précoces puisque la forme classique de cette espèce du genre “homo” n’apparaît vraiment qu’à 150 000 ans. Cent soixante-seize milles ans, et le résultat est difficilement contestable. La datation uranium-thorium employée par l’équipe fait actuellement référence partout.
Les perspectives sont énormes. Il y en aura pour tout le monde. Tandis que la grotte est scannée en 3D, il faut noter le passage d’un paléoichnologue (spécialiste des traces), géologue, préhistorien, spéléologue. Autant dire, la cavité est loin d’avoir livrée tous ses secrets. Par chance, la fièvre de la découverte passée, l’équipe de Michel Soulier a su préserver la fragilité de la cavité. Elle constitue aujourd’hui un potentiel d’études remarquables.

 

Néandertal était aussi un artiste

 

Preuve est faite que les Néandertaliens s’aventurent dans les grotte au plus profond de la terre. Cela n’allait pas de soit il y a quelques années.
« L’absence de toute trace de préoccupation esthétique ou morale s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse où les fonctions végétatives et bestiales prédominent sur les fonctions cérébrales » écrivait Marcellin Boule, anthropologue français. Nous étions au début du XXᵉ siècle.
En 120 ans de recherche, la vision de l’homme de Néandertal à l’anatomie si particulière a bien changé. Ce Quasimodo brutal primitif est devenu presque un artiste. Déjà les abondantes traces matérielles (souvent des outils) laissées durant sa longue histoire démontrent des activités intellectuelles variées et élaborées. Taillé certes pour affronter les environnement les plus hostiles, Néandertal enterre ses morts, joue de la flûte, aime les couleurs et ne mange pas que de la viande. De quoi éroder plus d’un cliché.
Avec la grotte de Bruniquel, il gagne définitivement une conscience symbolique.
Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

 Enfin, place nette aux « Battuts »
Samedi 29 et dimanche 30 septembre et la matinée du samedi 6 octobre 2018
Grotte des « Battuts ». Un premier travail de vidage et de tri avait été effectué fin août. 
Restait le plus gros.
Deux journées et une petite matinée ont suffi pour nettoyer le site des grottes* des « Battuts » sur la commune de Penne. À chaque fois, le beau temps fut de la partie, ce qui rendit l’opération plus facile. Celle-ci, prévue de longue date,  se déroula dans une atmosphère sympathique mais concentrée étant donnée la nature dangereuse des lieux.
L’opération s’imposait à cause des risques d’incendie et la pollution que généraient des produits toxiques à l’état dégradé comme des médicaments, des produits de vaisselle ou des crèmes de protection…
Un travail d’équipe.
Un constat s’imposa bien vite. L’ASCA était « taillée » pour l’opération. Sa compétence, sa mobilisation furent totales; son ingénierie tout à fait adaptée. Le CAPA participa, plus modestement, mais avec le sérieux qui le caractérise. L’occasion était idéale de relier concrètement ces deux associations, dont les objectifs diffèrent, mais dont les ambitions sont loin d’être opposées. Histoire de montrer qu’archéologie et spéléologie peuvent faire bon ménage.
Une tyrolienne, montée pour l’occasion, achemina progressivement les sacs remplis de détritus en contre-bas, dans la vallée, sur une distance de 50 mètres.

 

Les sacs avant la descente. Les déchets ont préalablement fait l’objet d’un tri

Falaise impressionnante des « Battuts » avec filin tendu pour la descente des sacs.

Descente d’un sac

Plus délicat… un frigo !

Bien sûr, certains en profitent pour s’amuser.
Les sacs, en bas, avant la deuxième étape.

La deuxième étape: une pleine benne.
Quelques moments furent particulièrement délicats, comme la descente acrobatique du réfrigérateur.
Au total, plus d’une tonne d’ordures finirent dans la benne transportée à la déchetterie de Penne (Tarn).

La Dépêche du Midi couvrit l’événement. Ce qui nous valut la visite de quelques curieux.

Pour finir, il apparait que le cas des ermites « à la Carcenac » dont nous avons déjà parlé dans un article précédent **  n’est pas isolé. Les grottes, qui surplombent la rive droite de l’Aveyron, deviennent l’habitat temporaire d’individus en quête de logement. Il n’est pas besoin de remonter au Moyen Âge : vérification faite, maints abris rocheux restent, en 2018, un refuge pour les populations les plus touchées par la pauvreté et la précarité.

Notes

* et abris

** https://capa-archeo.blogspot.com/2016/11/insolite-le-quotidien-dun-ermite-penne.html

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne

Le pseudo-tumulus du Frau à Penne

Un bien étrange monument sur un causse à Penne

Sortie du dimanche 18 mars


Drôle de fosse comblée par la végétation
Localisation du monument énigmatique. Carte IGN au 1/25 000

S’il est une curiosité remarquable, c’est bien celle du « tumulus » du Frau sur la commune de Penne. En résumé, une vaste étendue pierreuse peuplée aujourd’hui de petits chênes rabougris. Avant la guerre, l’espace était plus ouvert et consistait en des pâtures. Il suffit d’observer l’abondance des clôtures au nord est du site pour s’en convaincre.

En 1970, un article de la main de Jean Lautier(1) relate l’existence sur le plateau dominant la rive gauche de l’Aveyron, au-dessus du hameau de Courgnac, d’une structure insolite qu’Henri Bessac avait assimilé une vingtaine d’années auparavant à un tumulus(2).

En limite de clairière, le site en question est guère éloignée du hameau aujourd’hui abandonné des Grangettes.  Il jouxte un ancien chemin de Saint-Antonin à Penne dont l’intense fréquentation avant l’abandon de ces espaces voués à l’élevage ne fait guère de doute. 

État du lieu: hier et aujourd’hui

L’archéologue Jean Lautier dessina pour l’occasion le monticule et le décrivit ainsi: « un tertre à peu près circulaire de 18 m de diamètre et haut en son milieu de1,40 m. Assis sur un terrain calcaire en pente douce dans le sens NO-SE, il paraissait après défrichement plus elliptique par le fait d’un allongement de son talus artificiel côté ouest. Son périmètre de 57 m fut difficile à évaluer tant ses pentes se fondaient avec le modelé local du terrain boisé des alentours. »

Sur ce, un sondage permis aux archéologues de distinguer plusieurs couches. Sous la terre végétale noire où poussaient des abrisseaux, ils relevèrent une accumulation d’éléments rocheux. D’abord de petites plaquettes calcaires mises à plat, puis des blocs informes et inégaux de belle taille.

Dessin de Jean Lautier vue du dessus et vue en coupe.

À cette occasion, on découvrit, enfoui, un fragment de petite serpe aujourd’hui disparu. Par ailleurs, dans les blocs gisait le squelette d’un petit bovidé.

Au cœur de ce dispositif en élévation, l’équipe de Jean Lautier repéra une fosse circulaire remplie de cendres sur plusieurs mètres. Un cendre grise et noire déposée en plusieurs couches.

La fosse profitant d’un creux de la roche(doline peut être) était ceinturée d’un muret de pierres sèches permettant une circulation commode. Enfin, des marches conduisait à l’est jusqu’au dispositif.

En bas, des blocs calcaires avaient subi une chauffe et portaient des traces de vitrification.

On ne remarqua pas de sole, pas d’os, pas de charbon seulement de 16 m3 de cendre végétale qui fut soigneusement tamisée.

En 2018, le monument est encore parfaitement identifiable.

Il est visible sous la forme d’un cratère. Le cône ayant été évidé lors de la fouille de 1967.

Photo du « cratère » actuel. Sur les côtés, des murettes circulaires cernent la structure. Un espace de circulation est probable autour du foyer. L’emprise de la végétation est visible.
Un escalier à degré droit de plusieurs marches, ici recouvertes de feuilles et dégradées, permet d’accéder à la fosse. Est-ce une ouverture vers la zone de chauffe?

Une raison d’être bien mystérieuse
 
Plusieurs explications sont possibles mais aucune ne remportent une adhésion unanime à cette heure et déjà à l’époque de Jean Lautier.

L’hypothèse d’un tumulus ou d’un dolmen semble à écarter. Rien ne correspond à un indice de structure funéraire. Rien n’indique non plus une fonction religieuse quelconque à haute époque. C’est manifeste.

L’idée d’un four semble bien sûr la plus probable. Cependant, l’absence de chambre de chauffe, de sole ou d’alendier, même à l’état dégradé, ne permet pas de rapprocher la structure de quelque chose de connu dans notre région(3).

Est-ce le résultat d’une volonté de conserver de la viande ou des denrées agricoles?

Les cendres de bois amassée permettaient-elles de fabriquer de la potasse si utile à beaucoup d’industries au XIXe siècle, voir avant ? (4)Trouver des éléments probants pour valider cette hypothèse est compliqué tant manquent les références en la matière.

Quel qu’il en soit, un plan de la structure peut encore être levé et des recherches menées aux alentours pour désépaissir ce mystère.

Notes 

(1)Jean Lautier, Un monument énigmatique du Frau de Penne, Revue du Tarn, 1970, N°57
(2)La présence de mégalithes et notamment de dolmens est avérée sur ce causse. Ainsi le dolmen  du Suquet au sud ou encore celui de Martres que nous avons pu admirer en chemin. Ne parlons même pas des nombreux exemples sur la rive droite éclairés par Bernard Pajot.
(3)Par ailleurs, le site semble éloigné de toutes autres installations artisanales. Mais cela reste à prouver.
(4)Les drapiers de Montauban, entre autres. Cette cendre servait par exemple à la fabrication du savon.

Promenade pennole

Promenade pennole

Promenade pennole
Les ruines d’un hameau, plus une grotte

Mercredi 23  août 2017

Secteur Tarn


Commune : Penne

Météo : lumineuse


Participants : Bernard, Dominique, Christophe, Louis, Franck et Charlette

Site visité : Ferme et aven de Lautanel, puis la grotte de Bussières

Voiture : Christophe et Bernard

De triste mémoire: le mas de Lautanel 

Le hameau de Lautanel à Penne. État de 1839 sur le cadastre. Après cette date il y eu une extension du domaine bâti, puis une désertion pour des raisons inconnues avant même la deuxième guerre. Notez la présence de la « fontaine » en haut à gauche, entourée en rouge. Certains bâtiments sont désormais quasi invisibles sur les parcelles 58, 61 78 au nord. Source: Archives départementale du Tarn

Le lieu isolé sur le causse de la Garrigue prend la forme d’un mas ouvert ⁽¹⁾. Là, s’étalent les ruines d’une dizaine de bâtiments. Sans entretien, ils s’acheminent vers une disparition progressive. Bergerie, pigeonnier, porcherie, écurie côtoient le logis. Pour peu qu’on y prête attention, le mas a connu des développements au cours du XIXe et du début du XXe siècles avant d’être abandonné pour des raisons inconnues. En témoigne le cadastre napoléonien.

Les murs, en moellons calcaire plats tirés des carrières ou de l’épierrement des champs alentours, donnent une belle unité à l’ensemble. 

Faire avec les moyens du bord ⁽²⁾ : une bergerie

La plus à l’ouest de tous les bâtiments, la bergerie en pierres sèches, semble avoir été bâtie en deux temps. D’abord un édifice simple orienté SW/NE avec une ouverture à l’ouest (état 1839) auquel s’est ajoutée une extension orientée SE/NW encore en excellent état aujourd’hui. Est-ce un cellier ? 


La partie ancienne est celle que nous avons la mieux observée. Son toit n’est plus de ce monde. Elle présente une entrée avec deux linteaux monolithes accolés, d’une belle longueur. Ils repose sur quatre piédroits eux aussi monolithes. La hauteur des murs mesure deux mètres trente pour cinquante centimètres d’épaisseur. À l’intérieur, des niches fermées par des lauzes d’un bloc dont nous ignorons la fonction exacte. Les pierres d’angle sont massives et ne montrent aucun souci d’esthétique. Il n’y a pas de trace de voûtement à l’intérieur. C’est le domaine des animaux.


Une architecture tout ce qu’il y a de fruste sans mortier mais adaptée, rappelant celle des cabanes du Lubéron, appelées bories. Remarquez un bloc monolithe tabulaire à l’utilisation énigmatique sur la gauche.

Niche ou fenestron à l’intérieur de la bergerie. Remarquez le linteau en bois écrasé dans la partie haute. La lauze peut être enlevée et remise à volonté assez facilement. C’est parfois une tuile qui sert ainsi de « volet ».


Décroché du toit. Il n’est pas interdit de penser que le toit fut recouvert de lauzes à l’origine

On observera le mur du parement extérieur sans assise constitué de lauzes ébauchées posées sur tranche.
Partie ajoutée adossée à la bergerie primitive. Toit en tuiles « canal ». Absence de porte, côté sud. Est-ce à l’origine un cellier ? Un hangar ?

Bien sûr, de très nombreuses observations restent à faire sur cette bergerie du XIXe siècle.

Un modeste logis d’habitation  aujourd’hui effondré

L’édifice d’un bloc ouvrait à l’ouest sur le pignon par une porte de belle facture avec des pierres de taille. Elle fut bouchée. C’était un bâtiment d’habitation cette fois, de volume très modeste avec peu d’ouverture visible, juste un fenestron au dessus de la porte. 
Il y avait un deuxième niveau aujourd’hui effondré. Peut-être un grenier à fourrage. On remarque à l’intérieur les traces d’une cheminée. Une porcherie est accolée à ce bâtiment au NE. Est-ce le premier logis d’habitation avant la construction dans la grande maison ?

Vue du pignon avec porte basse et chainage d’angle.
Parement en pierre sèche de la porcherie à l’arrière de l’édifice tout aussi fruste que la bergerie.

Légèrement à l’écart, on distingue un pigeonnier-tour cylindrique. Il était déjà là en1839. Ce n’est pas impossible qu’il ait subi un tir d’artillerie vu son état: la partie SW est effondrée. Des tuiles « canal » jonchent le sol. Des traces d’enduit sont visibles.

Ce qu’il reste encore du pigeonnier, sa portion nord. On remarque le larmier, la corniche ceinturant le haut du bâtiment.

Des traces d’enduit à l’intérieur de la volière. Des étages. La charpente s’est effondrée. Ne subsistera de l’édifice bientôt plus grand chose.

 Les bâtiments principaux d’habitation

Le grand ensemble à étages menace effondrement et il est dangereux de s’y aventurer tant l’état de dégradation est avancé. Le bâtiment dessine en plan un rectangle auquel se sont rajouté des parties annexes. Difficile d’interpréter leur fonction exacte. Il compte des fenêtres et des pierres scellées au mortier à la différence des autres édifices. Il comporte aussi des briques. À l’arrière du bâtiment, on reconnait des écuries et un appenti ainsi qu’une citerne bâtie de récupération des eaux pluviales. Une portion est couverte de grafiti pas forcément très récents.

Des traces d’incendie sont visibles.

Cléopâtre 1948. Paul 1965. Le mur aux graffiti.

 

Détail de la façade du bâtiment principal avec une vraie fenêtre sur la droite. Piedroits en brique.


 

Bassin pour le lavage sur la gauche en entrant dans un angle.

 

Un état de dégradation très avancé. Il n’est pas interdit de penser que cette brèche soit le fruit d’un obus de mortier d’ailleurs.


 

Traces d’incendie sur une poutre porteuse. Plancher et solives se sont effondrées.

Vue de la citerne

La guerre

Déjà abandonné à l’époque, Lautanel comme Bouriette, un peu plus loin, furent des hauts lieux de la Résistance régionale. Tragique, si l’en est. C’est là qu’au début du printemps 1944, une attaque surprise de la Wehrmacht (l’armée allemande) mis fin à l’aventure du Maquis d’Ornano formé en octobre 1943 par des réfractaires au STO. Suite à une probable dénonciation, les Allemands firent irruption sur le Causse pendant un parachutage. Ils incendièrent les fermes après les avoir bombardées aux mortiers et surtout fusillèrent de jeunes résistants. Depuis un Mémorial rappelle le destin tragique des maquisards.
« La fontaine » de la doline servi de cachette

A l’ouest des bâtiment, il existe ce que le cadastre napoléonien a dénommé « fontaine ».
En fait, un aven. On y pénètre assez difficilement(3) par une diaclase qui fut aménagée en escalier. Rien à l’extérieur ne marque la présence des lieux.

L’escalier constitué de dalles en cours d’effondrement pour pénétrer dans la fontaine.
Le CAPA dans l’aven.

A l’intérieur, un gour a été aménagé pour constituer une réserve d’eau. Il était à sec le jour de notre passage.

Bassin de la fontaine avec « ban » retaillé dans la roche calcique.


Il est raconté que « la fontaine » servait de cache d’armes et qu’on y rangea des « papiers ». Elle servit probablement de refuge et de cachette durant la dernière guerre.

La grotte de Bussières: un observatoire sur la vallée de l’Aveyron

Nous nous rendons ensuite au-dessus du hameau de Couyrac.


Dix bonnes minutes, c’est le temps qu’il nous a fallu pour grimper jusqu’à la grotte à partir de la route. Après une pente raide dans un maquis de buis dévasté par la pyrale, on trace son chemin comme on peut au pied de la paroi. Un porche finit par apparaitre au moment où la piste s’achève, une centaine de mètres au dessus de la rivière, derrière un éperon. 

Cette grotte aurait servi de cachette pour les juifs durant la guerre ou avant. L’information reste à vérifier bien sûr. 

Elle consiste en une galerie rectiligne avec une voûte en hanse de panier. Elle s’enfonce de 50 mètres et termine par une diaclase qui dévoile deux branches. L’une est envahie par un comblement d’argile, l’autre, au sud, s’arrête net.

Une fouille a eu lieu à l’entrée(4) et la petite terrasse témoigne aussi de la présence de matériel lithique ramené. Son relatif éloignement de la rivière semble la desservir mais il y a fort à parier qu’elle fut fréquentée à des époques variées.

Quelques traits sur les parois interrogent tout comme des formations calciques en boules lustrées. Jusqu’à quel point l’une d’elles n’a pas été remodelé pour donner l’impression d’une forme.
Combien de visages ou d’animaux ont habillé ces roches ? Et de quelle façon? Par qui? Quand ? Combien de masques presque aussitôt effacés. 

Formation calcaire investie par l’imagination des hommes. Difficile aujourd’hui d’y voir quelque chose tant le relief semble avoir été travaillé.


Griffures discrète sur la paroi
Beau panorama de la terrasse devant la grotte de Bussières

Notes

(1) – Sans réelle cour. 

(2) – On se réfère au vocabulaire de Christian Lassure et Dominique Repérant, Cabanes en pierre sèche de France, Édisud, 2004. Manuel indispensable pour qui veut comprendre les architectures en pierre séche modernes et contemporaines.

(3)- Difficile d’y introduire des bêtes. 

(4)- Peut être celle de Bessac. 

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Le dolmen de Vaour
Inquiétude

Samedi 29 mai 2017

 Secteur : Grésigne et Cordais


Commune : Vaour

Météo : beau ciel bleu


Participants : Christophe et Bernard A. rencontrent Odile ALÈGRE et Bernard HOLDERLÉ


Sites visités : le dolmen de Vaour
 
Voitures : Christophe et Bernard A.

Une reconnaissance ancienne

Portons notre attention sur un monument incontournable pour qui veut connaitre la Préhistoire tarnaise. Je veux parler du dolmen de Vaour dit « La Peyro »(1).
C’est le plus grand dolmen du Tarn coincé entre deux départementales, loin du village, et inscrit sur la liste des Monuments historiques dès 1889, il fut fréquenté à toutes les époques. On trouva des indices gallo-romains dans la chambre funéraire.
Pour ne parler que du domaine officiel, ce mégalithe a fait l’objet de deux grandes campagnes de fouilles. En 1984, avec Jean Lautier. Plus importante, en 1994 sous la direction de Bernard Pajot.
Le tumulus de forme trapézoïdale qui couvrait la tombe, à proprement parler, a aujourd’hui disparu comme dans l’écrasante majorité des cas. Ce tumulus consistait en un amas gigantesque de pierres. Restait, des plus précieux, les murettes de clôture en pierres sèches  qui délimitaient le périmètre du monument. Elles furent mises au jour lors de la fouille de Bernard Pajot (2).



Péril en la demeure des morts

Les murettes de clôture, c’est bien là que le bât blesse. Des inconnus peu scrupuleux grattent le sol en quête de je ne sais quoi de précieux. Il n’hésitent pas à défoncer le dispositif en partie remontée par les fouilleurs voilà plus de vingt ans. Il convenait de prévenir ce genre d’exactions. Il est à signaler que le sol sous la chambre a été bétonné à l’époque de Jean Lautier. Hélas, le reste de la zone demeure très sensible. Les images en témoignent.

Acte de vandalisme, côté montant latéral droit. A gauche vue de l’ouverture de la chambre funéraire.

Un trou au niveau des clôtures

Conformément aux recommandations de la DRAC, la mairie de Vaour a couvert de gravier tassé les alentours du dolmen. La pause d’un géotextile ne devrait pas tarder.

Couverture de gravier…



… en attendant mieux.


Réflexion pour le long terme

Autour du dolmen, reste à ce jour que les aménagements font défaut afin de mettre en valeur le monument. Ils se réduisent à une aire de parking gravillonnée. La DDE n’hésite pas quelquefois à déposer des encombrants. De par son isolement, toutes les audaces sont permises. Rappelons que le site est inscrit sur la liste des Monuments historiques.


Tous les partenaires sont alertés et  bien conscients de la situation : DRAC, CDAT, mairie de Vaour, Fondation du Patrimoine. À n’en pas douter, dans quelques années, les projets devraient fleurir. Les exemples ne manquent pas de mise en valeur de ces dolmens en France et dans notre région d’Occitanie.

Notes

(1) – Vous êtes invités pour la question des dolmens à vous reporter au commentaire de la Peyroseco de Roussayroles en mai 2016. http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=peyroseco

(2) – Voilà ci-dessous – à peu de chose près car sa forme est plutôt trapézoïdale que circulaire – ce que le tumulus offrait comme paysage il y a 5 000 ans. Aujourd’hui, ne nous reste qu’une partie de l’armature intérieure: le dolmen.

Sous le noir le dolmen, la murette en orange similaire à celle de Vaour.

Vues en coupe du dolmen de Vaour. Dessin de Bernard Pajot.