Labastide des Vassals à Saint-Grégoire : un lieu qui vaut le détour

Labastide des Vassals à Saint-Grégoire : un lieu qui vaut le détour

 À La Bastide des Vassals
Vue sud du bâtiment en mai 2018. Photo du drone de 2B Pixel.


Actuellement une mise en valeur des lieux est prévue par le propriétaire. Vous êtes invités pour participer à ce projet sur https://dartagnans.fr/fr/projects/sauvons-un-hameau-medieval/campaign


De beaux restes pour écrire l’histoire

Sur le plan archéologique, cette mise en valeur passe bien sûr par un travail d’observation du bâti existant (1). Entre autres, le CDAT, auquel le CAPA s’associe, mèneront des recherches au sujet du château.
Elles prendront la forme d’une enquête aux archives et d’un suivi de chantier pour cette année et les années qui viennent.
Un pont, un four, un moulin sous la prééminence d’un château dans un petit périmètre, quoi de mieux pour parler de la seigneurie. 
S’y ajoute – beaucoup plus discrète – mais néanmoins indiscutable, la trace d’habitats à des époques variées avant le délabrement paysager. Des communautés ont vécu ici. Apparemment, l’homme n’a pas ménagé ses efforts pour cultiver la pente et drainer le bas-fond.
Aux sources de l’histoire: la bastide d’en Coia

Dans les années 80, pour André Soutou, le site actuelle portait le nom de Bastide d’En Coia Il apparait  en dans une donation, celle du Cartulaire de la Commanderie des Templiers de la Selve(2).

Avec l’aide experte de l’abbé Nègre, il relativise les orthographies et quelques points de grammaire pour dresser une carte de notre région à partir du cartulaire en question.

Par ailleurs, il défend l’idée que le terme de bastide utilisé à une époque précoce ne signifie pas encore une ville nouvelle mais un établissement sur une colline(3).

A priori, il n’y pas de raison de mettre en doute ses propos.

La Bastide des Vassal 

Reste que pour le première fois le lieu de « bastide des vassals » apparait en 1260  au détour d’une charte énumérant les possessions des comtes de Toulouse :  » Moi, P. Vassal, chevalier, fils de Bertrand Vassal et moi P. Vassal chevalier et fils d’Amblard Vassal  reconnaissons en nos terres notre bastide avec son territoire qui est en la paroisse de Caussanel du diocèse d’Albi « (4).

Ces Vassals(5), Pierre, Guillaume, Pons, Vassal jouent un rôle actif sur la rive droite du Tarn au XIIIe et jusqu’au XIVe siècle. Ils tentent d’étendre leur autorité au-delà du Tarn, sans succès. Leur pouvoir s’affaissent autour du XIVe siècle. La fréquence de leur mention dans les archives s’amenuise.

Par ailleurs, ces deux « P. » sont-ils des chevaliers de Lombers ? La chronologie permet de tenir cette hypothèse. Il est vrai, qu’entre autres, des chevaliers « vassal » tiennent des fiefs à Lombers du XIe au XIIIe siècle. Parmi eux, un Pierre.

Gasc et compagnie

Plus sûrement encore, il y a la famille des Gasc dont la première mention connue dans les archives remonte à 1256(6). Pendant plus d’un siècle, des Guillaume, des Raymond composent une fratrie qui se partage plusieurs fiefs. Celui de Bezelle à cinq kilomètres au nord de Lescure est sans doute le premier. S’y agrègent progressivement Arthès, La Barravié dans la paroisse de Sainte-Martianne au Garric et, enfin, Labastide-des-Vassals.

Les Gasc sont une lignée de damoiseaux et chevaliers vassaux des barons de Lescure- d’Albigeois.

Si nous sommes sans assurance aucune quant à l’origine du bâtiment, la fortune nous sourit quant à connaître la période de son abandon. Au détour d’une archive royale, on apprend que le dauphin (futur Louis XI) autorise un Gasc, Guillaume, à reconstruire son château de Labastide détruit par les Anglais en l’année 1430.
Grand privilège à une époque où va s’achever la guerre de Cent Ans, où l’obsession du pouvoir est d’éviter la construction des places fortes. Est-ce étonnant d’ailleurs si le projet n’aura pas de suite, car les Gasc semblent abandonner les lieux pour le plateau ? 
Les progrès de l’artillerie participent aussi d’un nouveau choix d’implantation pour la place forte.
Bref, c’est la fin d’une époque mais certainement pas celle du site dans sa globalité.
Les études aidant, certaines zones d’ombre sur ces péripéties devraient disparaitre ou au moins s’estomper. C’est bien tout ce que nous souhaitons. 
Un château qui gagnerait à être mieux connu
Il ne passe pas encore inaperçu au cœur du paysage.L’ensemble des fortifications, exposé au sud, s’adapte aux contraintes fortes du relief. Elles s’ancrent sur une plate-forme rocheuse qui domine le vallon du Lézert  à quelques 245 mètres d’altitude. Les sols sont minces. Y poussent actuellement de maigres chênes verts et du fragon, petit houx. C’est le domaine des ronces, des taillis, du buis malade.
Seules quelques trouées dans la végétation, ici et là, permettaient une visite compliquée il y encore quelques mois avant le débroussaillage.
À propos de visite, celle du colonel Louis Brieussel est restée dans les mémoires grâce au Bulletin de la Société des Sciences des Arts et Belles Lettres du Tarn en 1923. Celui-ci rédige un court texte à la suite d’une excursion in situ. On y apprend que le lieu, des plus « romantique », est déjà à l’état d’abandon. Le moulin comme le château. Il spécifie que l’arrêt de l’activité du moulin est récente (7) et décrit le château dans … un fouillis presque inextricable de broussailles et d’arbustes. À la suite de ces observations, le colonel dresse même un plan schématique des lieux que nous vous invitons à comparer avec le récent relevé.
Premier relevé des ruines des bâtiments castraux signé Louis Brieussel autour de 1923. À vous de juger de la pertinence du savant. Attention l’orientation nord-sud n’est pas conforme à la réalité. la Source: BSSABLT, Tome I, 1921, p. 199-206
Beau relevé topographique effectué en 2017 par Julien Pech. En haut, au nord, le dispositif du castrum; en bas sur la berge le pont, le moulin et ses annexes dont le plan du bâti a été relevé par l’agence Sunmetron.
  
Premières observations de nature géologique
Au sein d’un vallon, le Lézert trace un cours tortueux orienté nord/sud avant de se jeter dans le Tarn au Combal. À quelques 1500 m en amont de la confluence, sur le rive droite du Lézert au bout d’une berge convexe sont implantés un moulin et ses annexes. Sur l’escarpement, exposé au sud, qui domine le moulin est installé le castrum.
La roche ambiante appartient à la formation de Larroque de tufs rhyolitiques(8). Ils peuvent réserver des gites de minerais ferreux dont certains ne sont pas inconnus du CAPA. On sait que dans la région, les Trencavel en tire un revenu substantiel depuis la plus haute époque(9).
Affleurent des bancs gris-vert compacts avec des phénocristaux de quartz et de feldspath. Les formations sont très visibles comme assises des bâtiments sur le replat sommital. On peut aussi les observer sur le sentier et, bien sûr, comme éléments de construction.

Couches serrées du socle rhyolitique en saillie oblique orientées nord/sud. Elles sont polies à force d’usage. Le chemin qui monte au château est aujourd’hui peu carrossable.

La tranchée au nord est l’occasion d’observer le substrat rocheux mais aussi les impacts linéaires verticaux d’un outil de taille.
Une entrée du dispositif se localise à l’ouest. Elle est marquée par un vestige de porte dont toute la portion nord a disparu. Les claveaux ont été arrachés.
Ce vestige de porte borde le chemin lors d’une épingle à cheveux comme le montre la dernière des photos.
Chemin faisant
Le réseau des chemins que Louis Brieussel présente comme charretiers mérite intérêt car indubitablement ancien. Par chance, ils ne sont pas envahis par les fourrés et font encore le bonheur des marcheurs. Quelques modestes remarques de bon sens sont désormais possibles.
D’abord, l’actuelle portion méridionale du chemin sur la commune de Crespinet semble d’origine postérieure à 1830. Elle n’est pas cadastrée au début du XIXe siècle comme le montre le cadastre napoléonien. C’est la partie la moins abimée et la plus large et rectiligne avec un mur de soutènement.
En outre, il existe bel et bien un sentier mais il est au fond du vallon et suit la rivière.
Bref, des tronçons sont tombés en désuétude et existent à l’état d’empreinte dans la forêt. Il indique d’autres logiques géographiques dont il faudra tenir compte.  

Entourées en rouge les portions disparues ou inusitées de nos jours. Remarquez que le chemin actuel qui va de la confluence aux Bessières n’existe pas encore. 
Sources : Archives départementales du Tarn
La portion nord en revanche est déjà bien en place. Le réseau obéit au tracé de 1830. Même embranchement, même ligne sur la rive droite comme sur la rive gauche.

Le tracé sur la rive gauche, côté Crespinet, est identique ou presque à l’actuel. Il suffit de prendre une carte pour comparer. Sources : Archives départementales du Tarn

Le tracé sur la rive droite, côté Saint-Grégoire.
Sources : Archives départementales du Tarn
Quelques cent mètres avant d’arrivée au site, un embranchement monte au hameau des Peygues, à l’est. Après le franchissement de la rivière par le pont du moulin, il est aussi possible de gagner le plateau de Saint-Grégoire en obliquant à l’ouest. À l’est, c’est une ligne droite vers le château avant la montée vers le plateau. Il est difficile de donner une hiérarchie à toutes ces voies.
Section de la grange du moulin au virage. Des parties ont nécessité des creusements.
La roche, très dure, conserve mal la trace des ornières et des sillons. Tout du long, les passages ont poli et comme creusé la roche encaissante. Avant, la chaussée était probablement recouverte; aujourd’hui nombreuses sont les portions où la roche est à nue.
Un tracé séculaire. Virage et dernière ligne droite avant le château.
Ce chemin était-il le passage obligé vers le château ? Se prolongeait-il exactement jusqu’au château? Est-il contemporain de celui-ci ? Beaucoup de questions sans réponses.

Il n’est pas exclu qu’un autre chemin dans le talus au sud ait existé mais nous n’en n’avons trouvé aucune trace irréfutable pour l’instant. Le colonel Brieussel partage d’ailleurs cette hypothèse
À l’arrivée au château, le chemin principal devait enjambé un fossé aménagé à l’approche de l’enceinte où il est actuellement porté par un mur de soutènement, pas forcément ancien mais en cours d’effondrement.
Le chemin qui permet l’accès à la porte ouest est en épingle à cheveux. Notez au passage le mur de soutènement à gauche. A-t-il comblé un ancien fossé?
La description du bâti du château encore en élévation sera l’objet d’un prochaine article.
Notes
(1) – Avant même de passer au bâti enfoui. 
(2) – André Soutou, Quelques toponymes tarnais du Cartulaire de La Selve, Annales du Midi, Tome 99, N°177, 1987. La Selve est vers Réquista en Aveyron.

(3) – Les « bastides » se développent entre 1230 et 1350. Le mot, ici d’utilisation précoce, ne concrétise apparemment aucune forme de contrat écrit entre un seigneur et des paysans mais plutôt une forme de peuplement rurale autour d’un castrum. 

(4) – Texte original : Ego P. Vassali miles, filius quondam Bertrandi Vassali… et ego, P. Vassali miles, filius quondam Amblardi Vassali, recognoscimus nos tenere … bastidam nostram cum districtu suo, que est in parrochia de Caussanello, dyocesis Albiensis. 

(5) – « Vassal »: peu de chance pour que le terme provienne du registre de la féodalité. Il est plutôt un sens dérivé d’un mot qui qualifierait le jeune homme noble vaillant issu de l’occitan. Le terme de « vassal » est aussi bien un prénom qu’un nom d’ailleurs. On le voit ici. Il existe un « Vassal Vassal »

Petite précision si besoin est. Jusqu’au XVe siècle au moins, le nom de la personne(on dirait aujourd’hui le prénom)prévaut sur le déterminant( on dirait aujourd’hui le nom) qui rappelle un lieu de résidence familiale, un nom de parentalité, un métier ou même un surnom lié à une particularité physique. Il faut attendre Louis XI pour que le pouvoir commence à imposer un déterminant stable comme nom de famille. Jusque-là beaucoup d’individus – surtout parmi les plus humbles- n’avaient qu’un nom de personne. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Ed. du Beffroi, Toulouse, 2002, p. 794 et 795
(6) Sur cette famille, voir le point récent à partir des archives fait par Cédric Trouch dans Réduits communautaires castraux et mise en défense des mas dans l’Albigeois des XIVe et XVe siècles, Archéologie Tarnaise, n°18, 2016, p. 78 et 79.

(7) – Il est officiellement déclaré « ruiné » en 1929. 

(8) – C’est l’une des composantes de la succession stratigraphique des terrains cambro-ordovicien de l’Albigeois cristallin., J. Guerangé-Lozes et M.P Mouline, Carmaux, 933, Carte géologique de la France, BRGM, 1998

(9) Hélène Debax, La féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles, serments, hommages et fiefs dans le Languedoc des Trencavel, Presse Universitaires du Mirail, 2003 


A Saint-Grégoire, des mines de fer ressuscitées après 2 000 ans d’existence

A Saint-Grégoire, des mines de fer ressuscitées après 2 000 ans d’existence


   Deux mots à propos d’une découverte minière

 Sortie du dimanche 1ᵉ octobre


 

On connaissait l’étendue de la présence des mines de fer, bien éclairée par Marie-Pierre Cousture et son équipe de chercheurs. Dans son travail, une part belle est accordée à l’Ambialades, aux Monts d’Alban, au Lacaunais aussi. Au fil du temps, la carte des gisements anciens exploités connus et moins connus s’est étoffée. Elle est désormais très riche.

Les proches alentours d’Albi, en revanche, restent fort mal connus. Faute de recherche, faute de la présence d’aménagements récents, destructeurs des sites, il était difficile d’y voir clair dans la vallée du Tarn au niveau d’Arthès et Saint-Juéry. Pourtant, l’existence de mines est plus que probable au Moyen Âge et même avant vu l’existence de filons connus ⁽¹. La preuve, la voici.


Des déblais d’exploitation  par centaines de tonnes  descendent presque sur la route qui longe le Tarn. On remarquera qu’aucune plante n’a repoussé sur ce qui fait immanquablement penser à des terrils. 
À fleur de terre, le minerai non sélectionné en petits morceaux concassées.


Métallurgie extractive : un paysage bien caractéristique

Nous sommes sur la rive droite du Tarn

La découverte du site est due à la sagacité de notre amie Christine Ferrière qui affirmait avoir repéré de la « loupe » de fer et des amphores. Elle nous fit part de ses certitudes.

Nous nous rendîmes sur les lieux. Le chemin qui monte au hameau de Lacalm porte de nombreux débris d’amphores. On en trouve aussi dans les chablis. Fragments d’amphores de type Dressel 1 comme plus en amont à proximité des sites miniers : « Trou des Anglais », à Baudasser, à La Ferrandié où les traces gallo-romaines ne manquent pas.

En contrebas, sur les pentes à nue, une immense auréole de déblais entoure plusieurs fosses creusées encore bien perceptibles dans le paysage et, plus spectaculairement, encore : des départs de galeries.


Trou de mine, type puits

Départ de galerie. Rien à craindre, celle-ci est colmatée au bout de trois mètres par des remblais. La présence du fer associé à des filons quartzeux est visible dans la roche. Des prélèvements sont possibles.
La présence d’amphores sur le site laisse peu de doute planer sur l’âge vénérable du lieu d’extraction. Reste à trouver des traces de fours. Si nous sommes sûr d’une activité d’extraction, nous n’avons pas rencontré d’indices de transformation du fer comme des scories ou des parois de four. Pour l’instant…


La proximité du Tarn, à quelques cent mètres, laisse penser à son utilisation pour le transport et /ou pour le travail du métal.

En outre, la présence guère éloignée du château de La Bastide-des-Vassals peut-elle être en lien avec ces gisements exploités? Ce n’est pas impossible. L’avenir nous le dira. Toute une histoire reste à écrire. Celle de l’exploitation de ces mines dans le temps, celle de leur abandon par la même occasion.




Notes
(1) – La présence d’un signalement sur la carte géologique comme dans le cas présent manque de repérage clair de terrain.

Questions autour d’un très vieux cercueil

Questions autour d’un très vieux cercueil

Le cercueil monoxyle des Avalats

Enterrer les morts au Moyen Âge

Mercredi  5 juillet 2017

Secteur Albi


Commune : Saint-Juéry

Météo : chaleur estivale


Participants : nombreux du CAPA et de Saint-Juéry

Objet observé : le cercueil monoxyle des Avalats


Sept ans déjà

Les Avalats au bord du Tarn, été 2005, des travaux de réfection des canalisations permettent la mise au jour d’un cercueil pas comme les autres. 
Il appartiendrait à l’une des premières générations de cimetière autour d’une église romane aujourd’hui disparue. La sépulture en question aurait entre 1200 et 900 ans. La fourchette pour l’instant est très large mais il se pourrait qu’elle se réduise au fil de l’étude.

Exceptionnel : le contenant funéraire est en bois (1). Non pas des planches clouées mais bel et bien une cuve taillée directement dans le tronc d’un arbre (2) dont l’origine et l’ancienneté (3) restent à déterminer. Ce genre de sépulture assez rare en France  mérite un traitement  bien particulier (4).

Un tronc évidé sur 230 centimètres de long, 40 à 50 cm de diamètre, c’est le cercueil des Avalats
Un cercueil taillée dans un tronc d’arbre.

La conservation partielle de la matière végétale d’habitude putrescible est la conséquence d’un séjour en milieu très humide. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’objet est déposé dans une cave à proximité de la mairie.

Il est à noter qu’une alvéole céphalique (le caisson aménagé pour le place de la tête), un fond plat, le distingue des cercueils monoxyles néolithiques trouvés récemment en Corse (5).

 

Repérage de l’alvéole céphalique d’une vingtaine de centimètres

Manque de précautions au départ

Étant donné le contexte, peu de précautions archéologiques ont été prises lors du dégagement du précieux objet. Aucune remarque de nature stratigraphique n’a pu être réalisée. Aucun relevé. En outre, le couvercle a disparu, le contenant aussi (6).
C’est Alaïs Tayac dans Archéologie Tarnaise qui porta un premier éclairage sur l’objet en question (7) et surtout l’origine du village des Avalats.
Suite à son dégagement, le cercueil a rapidement été placé à l’abri dans un local sombre de la mairie. Le bois depuis douze ans s’est lentement dégradé même si un lent séchage de la structure a permis qu’elle ne tombe pas en poussière.

Il faut agir 

Tous bien conscients du problème et de son urgence, le Service régionale d’ Archéologie, la mairie de Saint-Juéry en la personne de l’adjointe au maire, Joëlle Villeneuve, les passionnés du patrimoine saint-juérien et l’archéologue Alaïs Tayac se sont concertés pour mener à bien la conservation et la mise en valeur de cette sépulture si originale.
Des consultations sont en cours avec différents laboratoires pour une conservation et une meilleure connaissance de ce précieux héritage du passé régional.
Une association va se former, vous en saurez plus dans quelques temps.

 

Notes

(1) – Y-a-t-il un choix d’essence particulière pour ce genre de fonction? Par ailleurs, il n’est pas impossible dans de meilleures conditions de voir l’impact de l’herminette et ainsi connaître le travail du charpentier à l’extérieur comme à l’intérieur du tronc.

(2) – Il y a une grande variété de sépultures en bois: de la caisse clouée qui va dominer à partir du XIVe siècle aux coffrages dans la tombe, aux brancards, aux litières de brindilles.  Le cercueil monoxyle n’est qu’un choix parmi d’autres.

(3) – Si il est possible grâce à la dendrochronologie.  

(4) – Patrice George-Zimmermann, Sacha Kacki, Le cimetière médiéval de Marsan (Gers), L’Harmattan, Paris, 2017. Pour la première fois un cercueil de ce type est passé au crible d’une analyse d’autant plus poussée que le contenu, un squelette était en bon état de conservation. Des découvertes plus anciennes ont aussi été faites à Saint-Géraud d’Aurillac.

(5) – https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/mystere-autour-des-cercueils-en-bois-de-l-age-du-bronze-decouverts-en-corse 113853

(6) – Il est douteux. Quelques os humains? Os d’animaux ? Il n’est pas interdit d’espérer que quelques fragments d’origine aient été conservé dans la gangue de boue séchée. Pourra-t-on en tirer quelque chose?

(7) – http://archeologietarn.fr/wp-content/uploads/2014/11/TAYAC_AT14.pdf

Plaisance, une bastide et une église

Plaisance, une bastide et une église

Un air de Plaisance
Morceaux choisis de la sortie

Samedi 20 mai 2017

Secteur Aveyron


Commune : Plaisance et Curvalle

Météo : sans soleil et lourd


Participants : Dominique, Christophe, Louis, Pierre, Rosy et France

Site visité : le village de Plaisance et son église
 

Voiture : Pierre

Merci à notre guide France Felix et à Pierre pour la partie callade et la croix des hospitaliers. À Franck aussi pour la croix Saint-Eutrope.

Dessin de 1857 réalisé par l’instituteur Léon Denisi. Le paysage a connu depuis quelques modifications mais l’allure générale est là. Le village de Plaisance est organisé autour du pont. On distingue bien « lou balat », le fossé qui longeait les rempart avec la croix. La partie supérieure est la plus anciennement peuplée

1298, Plaisance appartient à la dernière génération des bastides créée dans le Midi toulousain à l’initiative du roi de France après le rattachement du Rouergue au Royaume. 
En l’occurrence ici, Philippe le Bel.
Ce grand mouvement de création de villes nouvelles n’épargna pas l’Aveyron avec à proximité, un peu plus ancienne et très remarquable celle de  Sauveterre-de-Rouergue (1281). 

Les traces discrètes subsistent d’une bastide

À proprement parler, Plaisance ne sort pas de terre ex nihilo.

Comme souvent pour les bastides, un habitat préexistait, le nouveau statut était alors l’occasion d’attirer de nouveaux habitants dans la vallée du Rance.
Reste que le premier stade d’habitat, avant même la bastide, suscite bien des hypothèses  difficiles à étayer à cause de la pauvreté des archives avant la guerre de Cent Ans.
Il est probable que la colline hébergea un premier noyau d’habitat autour d’une église. Le bas de celle-ci fut, par la suite, aménagé et loti dans une perspective de bastide. Le nom de « Plaisance » (1) apparait à cette époque. Cette bastide, comme beaucoup d’autres, semble avoir connu des difficultés pour se développer à proximité du pont mais le projet n’avorta pas complètement.

En témoigne encore la grande rue et la place au bord de la rivière.

Trace d’un plan d’urbanisme ancien. Au fond la rivière du Rance. 
La rue principale est large de 5 à 8 mètres. Elle étaient réservée aux attelages et au bétail. Une transversale est-ouest est visible. Des maisons du XIIIe siècle, il ne reste pas grand chose mais la trame demeure.

Trace d’un urbanisme orthonormé au niveau du pont. Pont de nos jours disparu et reconstruit plus en amont.
Une chose au moins est sûre, c’est le rôle de seigneur que joua assez tôt la famille des Panat jusqu’au début du XVIIe siècle. Les liens du village avec les deux lieux fortifiés que sont le « Castelas » et le château de Curvalle sont difficile à établir. 

Force est de constater à la lueur des archives, il est compliqué de localiser les lieux avec exactitude tant les confusions sont possibles. Un bel exemple nous est donné par l’église qui pourtant située à Plaisance s’est longtemps appelée jusqu’au milieu du XVe siècle Saint-Martin de Curvalle de Plaisance De quoi y perdre son latin… 

Tout un art : la callade 

La montée vers l’église se fait encore grâce à une callade (2) bien conservée. C’est assez rare pour le souligner et mériter une mesure de protection. La rue pavée se développe de façon circulaire et conduit au sommet de la butte. Le dispositif a du subir des réfections et répond que très peu aux règles de l’art.


Pavement du sol de la rue en pente au moment d’un virage. Il est constitué de galets de la rivière de calibre uniforme posés sur tranche ou sur champ si possible perpendiculairement à la pente.  Son assise semble être en terre battue. Il n’y a pas de mortier.




À gauche, le conducteur. Pour le reste, on fait avec les moyens du bord. Il est fort probable que la callade ait subie des réfections maladroites.
Les pierres posées sur tranche au départ d’une ruelle. Ici la proportion de galets n’est pas dominante.
D’autres éléments remarquables encore sont bien visibles telle une porte, typique de l’architecture fortifiée du XIVe siècle : la porte Saint-Blaise.
Face intérieure de la porte d’enceinte. Un des deux accès encore debout au-delà du fossé aujourd’hui comblé. Sont visibles la niche du saint protecteur en haut et la feuillure pour les vantaux. Comme toujours le sol du passage s’élève de l’extérieur vers l’intérieur. Elle est faite de galets mais aussi de grès ouvragés en provenance de la molière de Plaisance qui a fourni le matériau pour la restauration du baldaquin de la cathédrale d’Albi au début du XIXe siècle.
On note aussi la croix Saint-Eutrope du XVIe siècle. Sur la face intérieure, dans un cadre en forme de losange, le Christ. Sur la face extérieure, une niche probablement destinée à recevoir la Vierge. Celle-ci a disparu.
Dans la cohorte des saints guérisseurs, saint Eutrope soignait les « estropiés ». Mais le champ de ses compétences semble encore plus étendu. Au XIXe siècle, les paroissiens se serraient devant le monument pour demander au saint sa protection contre les gelées tardives.
Croix dite « en raquette » mais qui ne l’est pas selon la terminologie classique utilisée (3)

Sur le haut : l’église Saint-Martin

Imposant clocher octogonal à deux étages.  À l’intérieur, à la croisée du transept, il existe une coupole sur trompe d’angle
Pour une partie au moins, les absides et le transept, l’église Saint-Martin remonte à la fin du XIIe siècle. Conçu sur un plan bénédictin à l’aspect massif remodelé à la période gothique pour la nef et les chapelles latérales. Qu’en était-il avant ?  Ici et là, des traces de remploi témoignent d’un bâtiment antérieur dont il est bien difficile de donner une idée un tant soit peu précise.
Sur le linteau d’une porte du bras du transept sud qui ouvre actuellement sur le cimetière, un tympan retaillé. Un chrisme gravé entre deux lions qui détournent la tête. Sur la hampe du rho (P) le S du Saint Esprit. Ce thème du Christ entre les lions est très anciens. Il apparait déjà dans les catacombes. On le retrouve en Espagne en Aragon à Jaca au tout début XIIe siècle.

 

Autre remploi. Méplat sur un voussoir, origine du linteau à l’intérieur de l’église. un lion crache encore une enroulement.

Au portail occidental, les voussures retombent sur des chapiteaux remarquables. Certains en forme de boule comme à Ambialet. Ces chapiteaux en place mériteraient à eux seul un ample développement mais c’est sur un détail encore plus singulier que je préfère porter notre attention.

En guise de tapis, un échiquier

Des noirs et des blancs. Impossible de dater la gravure bien sûr.
Jusque-là presque oublié, c’est celui d’un « plateau » d’échec entièrement gravé dans une dalle du chœur au sud. La grille bien visible forme un carré de 8 X 8 cases. Les noirs sont en relief, les blancs en creux. 


Les sources médiévales, et même modernes, sur les échecs sont limitées : les pièces trouvées en fouille sont peu nombreuses et la littérature délicate à interpréter (4).

Dans le Sud-Ouest de l’Europe, la Catalogne très en lien avec le monde musulman semble avoir été le premier foyer de ce jeu au milieu du Xe siècle. Il se diffuse à partir de cette zone. Sont modifiés peu à peu la forme des pièces (plus figuratives) et les règles du jeu.

Un passe-temps tout sauf populaire 

On sait que ce jeu est prisé par l’aristocratie. Selon Pierre Alphonse (fin XIe siècle), un juif converti et médecin d’Alphonse Ier d’Aragon, l’éducation du parfait chevalier comprendrait sept pratiques indispensables : équitation, nage, tir à l’arc, lutte, fauconnerie, poésie et les échecs. 

Il est peu pratiqué dans les milieux populaires, aussi on retrouve des échiquiers sur différents supports dans les châteaux. Le « perron » entre autres, constitue dans la littérature médiévale un lieu de prédilection. Des cas plus rares, dans des auberges et des cloîtres, sont mentionnés.


Il bénéficia d’une tolérance accrue de l’Église d’abord rétive. Dès le XIIe siècle, elle s’attacha a bien distinguer les échecs des jeux de dés et d’argent, eux proscrits. Les évêques y firent même parfois référence de façon positive dans leurs sermons.

Un jeu moralisé

Le jeu renvoie à l’univers de la sagesse, de la patiente. Il est au départ l’œuvre d’Ulysse puis d’Aristote. Tout le monde y trouve son compte la propagande royale, la culture courtoise.
Intéressant, il est possible de se servir des échecs comme d’une couverture aux yeux du droit canon pour perdre de l’argent. C’est le scacus ou dringuet qui permet de parier sur des couleurs.

La croix des Hospitaliers de l’Ordre de Malte : une succession de symboles à décoder

Pour finir, nous est présentée la croix de l’ancien cimetière du Saint Laurent des Hospitaliers de Jérusalem sise à Saint-Laurent, hameau situé sur les hauteurs de la commune.  Elle est à présent installée dans la nef de l’église. Une copie remplace l’originale sur les lieux.
Elle se trouve à proximité de l’entrée, on ne peut pas la manquer. Elle conserve le côté triomphal qui est sa vocation première.
La croix des Hospitaliers. ici, elle est pâtée et la forme peut s’inscrire dans un cercle.
Au cœur des pratiques dévotionnelles, ce spécimen remonte au XVe siècle et est orné de la fleur de lys et de la croix de Malte. Elle repose sur un socle de pierre par l’intermédiaire d’une longue colonne à pans coupés (octogonal). Son socle est un bénitier dont un orifice percé à un angle permettait au fidèle de passer la main pour signer avec l’eau bénite.

Sur la face antérieure à la jonction de la colonne et de la croix (stipe : montant vertical de la croix et fût de la colonne) figure une croix de Saint-André. À la croisée des branches (stipes et patibulum), une niche a été percée pour abriter une statuette de la Vierge. Sur la branche supérieure du stipe, une fleur de lys (représentation symbolique de la Vierge Marie en raison de sa blancheur: elle est un signe de pureté et de virginité). Au dessous de celle-ci deux lettres S et L. C’est l’abréviation de saint Laurent en écriture minuscule et majuscule gothique. Fleurs de lys et initiales de saint sont inscrites dans un encadrement dont le tracé est identique à celui de la niche. Dans le cartouche horizontal : « Roussel a fast la crotz


Cette association peut s’expliquer par la dévotion particulière que saint Laurent vouait à la Vierge. Sur sa face postérieure est gravée la croix de Malte qui rappelait l’ordre auquel appartenait les Hospitaliers.

Les règles de l’art de la callade
Pierre Mascaras 



Les « conducteurs » sont posés en premiers, ils délimitent les différentes zones de callades. Les pierres sont harpées et les joints de part et d’autre de la ligne conductrice doivent être croisés.


Harpage (alternance de pierres étroites et large disposition en carreau et boutisse) 


Les « pas de l’âne » sont des pierres longues, pas très larges de surface. Avec les conducteurs, elles structurent la callade. Elles doivent être enfoncées assez profondément, des deux tiers dans le sol quand elles forment des marches d’escalier pour éviter le déversement. Comme les pierres de remplissage, elles sont toujours posées perpendiculairement à la pente ou au sens de circulation du chemin. Quand il n’y a pas d’escalier, les pas d’âne se nomment boutisses, ils consolident la structure. la zone calanque contre deux boutisses ou pas d’âne s’appelle une coudée (60 cm).
Harpage et croisement des joints


Les pierres de remplissage, qui proviennent la plupart du temps des « clapas” (épierrement des champs), sont posées joints croisés et perpendiculairement à la pente pour éviter le ravinement et leur déchaussement. Ces pierres ne sont pas très grosses. Elle présentent une surface plate et idéalement une forme conique.

Notes

(1) – Plaisance est un toponyme typique de ces bastides de la dernière génération comme Plaisance-du -Touch ou Plaisance-du-Gers.

(2) – Compléments d’information(voir ci-dessus:l’art de la callade)

(3) – Il s’agirait d’une croix losangée, curviligne avec niche au revers du croisillon. Les extrémités sont fleuronnées de quatre cylindres écartelés entre eux. Le tout repose sur un fût prismatique adouci en cavet à sa jonction avec le croisillon. Le fût repose sur un socle massif octogonal s’évasant vers sa base et reposant sur un piédestal à un degré. Quant à la typologie il s’agit probablement d’une des variantes de la croix pattée dont les croix subdiscoidales étudiées par Maurice Greslé-Bougnol sont une autre variante .

(4) –  Nous nous appuyons sur Jean-Michel Mehl, Le jeu d’échec dans la société médiévale, Histoire antique et médiévale, hors-série, n° 33, 2012, ainsi que sur Luc Bourgeois, Introduction et mutations du jeu d’échec en Occident( Xe-XIIIe) dans Mathieu Grandet, Jean-François Goret, Échec et trictrac, Errance, Arles, 2012


Notre-Dame de Cahuzaguet, une église pas vraiment comme les autres

Notre-Dame de Cahuzaguet, une église pas vraiment comme les autres

Visite de l’église de Cahuzaguet à Saint-Grégoire
L’église de Cahuzaguet présente un aspect sobre et « militaire ». Sur sa plate-forme, le bâtiment domine la rivière que les crues n’ont jamais touché et ouvre une route qui mène au plateau. Le talus semble le résultat d’un aménagement à une époque indéterminée.
La hauteur de l’édifice au sud est de sept mètres.
La petite église de Cahuzaguet sur la commune de Saint-Grégoire souffre d’un manque d’archives. Une bonne partie de celles-ci auraient été brûlées selon les propos de Francis Lacrampes (1). Avec sa haute stature, elle ne manque jamais d’étonner les promeneurs.
Jadis (2), elle fut le coeur d’une paroisse dont il reste encore quelques bâtiments pour la plupart à l’abandon. De cette paroisse témoigne assez bien le cadastre dit « napoléonien ».
Connaître l’origine du bâtiment relève de la gageure. Mais permettons-nous quelques hypothèses sur sa genèse et son évolution au cours des siècles. 
Localisation de l’église et du village au début du XIXe siècle. Un détail : on remarquera que la route qui passe à présent contre le cimetière était un peu plus au nord. Source: Archives Départementale du Tarn (plan cadastral)
À l’abri des crues, elle est installée sur un palier aménagé en hauteur presque contre le versant. À peine laisse-t-elle passer le chemin qui monte à Saint-Grégoire par Lacalm et Castelrouge.
Des matériaux du cru

Elle présente un aspect austère et l‘absence de revêtement à l’extérieur permet quelques observations. Elle est bâtie en moellons de schiste noir et gris mais aussi en rhyolite des alentours. Il y a très peu de galets de la rivière. Les moellons sont juste équarris allongés en lit pour s’approcher d’un appareil régulier. Ils révèlent des couleurs différentes selon la lumière du moment. Les joints sont incertains et comblés, il n’y a pas longtemps, par un liant épais.Très peu d’autres roches sont utilisées comme le grès ou le tuf, même pour les chaînages d’angle. Sauf exception (comme « bouches trous »), pas de brique non plus.

La simplicité prévaut

Orientée, c’est une nef unique. Donc sans transept. Tout en modestie, l’édifice s’ouvre actuellement par un porche au nord qui, comme souvent, ne révèle pas d’aspect très ancien. Le portail d’entrée a l’honneur de douze pierres de taille en grès. C’est une voûte en arc brisé peu harmonieuse à sa base qui ne révèle pas un côté roman.
Au sol, la probable table d’autel bien que rien ne puisse le confirmer. Le porche en tuile à l’imposante charpente ne revêt pas un caractère très ancien.
Bien que ce soit difficile à envisager, la tradition orale veut que l’on ait installé au sol la dalle de la table d’autel. Taillée d’un bloc dans un matériau difficile à définir, elle est polie par les piétinements. Très abimée, sans moulure, elle est percée d’une cuvette rectangulaire ou d’un trou (3).


À l’est, le chevet en hémicycle était percé de trois fenêtres comme c’est la tradition, dont deux en arc plein cintre. Une, la plus à l’est, fort modeste est bouchée par des briques. Parce qu’elle n’a pas été retouchée, elle est de facture plus ancienne que les deux autre sur les côtés, surtout au sud, où elle a été agrandie. Deux contreforts épaulent le mur du chevet sans décor.
Vue du chevet en hémicycle typiquement roman avec visiblement des campagnes de réhaussement. Trois fenêtres comme il fréquent.

Une étroite fenêtre obturée avec des briques éclairait le chevet. On remarque le linteau monolithique qui existe au-dessus et qui a été entaillé dans l’axe de la fenêtre pour donner (un peu) plus de lumière. « 
Au sud, donnant sur le Tarn, le mur gouttereau, tenu par un solide contrefort, est percé de  deux fenêtres très hautes, plein cintre. Chacune d’elles est surmontée d’un linteau monolithe. Elles éclairent actuellement le haut de l’édifice au niveau de la tribune. De l’intérieur, les embrasures montrent qu’elles sont de conception romane.

Les deux étroites fenêtres méridionale, sur le haut,  pour éclairer le bâtiment. Elles n’ont jamais été des meurtrières, comme on peut le lire ici ou là. Une génoise couronne le bâtiment. Depuis quand ?

Une porte à arc plein cintre ouvrait plein sud le mur gouttereau. Elle est aujourd’hui obturée.
Le pignon, à l’ouest, comporte une petite porte très semblable à la première. 

 

Petite porte obturée du mur gouttereau sud. Elle pose question quant au cheminement aux époques anciennes

Domine de quelques mètres un clocher doté d’une fenêtre étroite à l’ouest et d’une fenêtre plus large au nord vers la montagne. La visite de l’intérieur de ce clocher montre une étape de construction à part.
Le toit est actuellement couvert de lauzes d’époques différentes. Elles sont plus récentes au-dessus de la nef, plus anciennes sur le chevet.
Visite intérieure

Un enduit blanc à la chaux recouvre les murs. Aussi, est-il difficile d’observer le cas échéant des étapes de construction. 

L’intérieur se résume à une nef charpentée et une voûte en cul-de-four qui couvre l’abside au chevet. Dimension de la nef : 7, 40 m de long pour 4, 50 m de large. Enfin, une tribune en bois couvre la partie ouest.

L’aspect remarquable car typique du roman méridional primitif tient en ces voûtes outrepassées. Pour dire plus simplement, l’arc qui ouvre l’abside est en forme de fer à cheval (4)Cet aspect tient à une maîtrise imparfaite de la technique de construction des voûtes. 
À noter que c’est aussi vrai pour le plan même du chevet. Tout porte à le croire mais sans relevé planimétrique, il est difficile de le démontrer.
Il n’est pas impossible d’envisager que cette église ait été construite en deux temps, comme on peut le constater sur la photo ci-dessous. D’abord, le chevet, vers la fin du Xe siècle,  où l’arc repose sur des tailloirs différents de ceux qui supportent l’arc faisant la jonction avec la nef, construite dans un second temps dans le courant ou à la fin du XIe siècle. Il ne faut pas perdre du vue que les moyens n’étaient pas ceux d’aujourd’hui et, à l’origine, que nous soyons en présence d’un oratoire, bien souvent privé, qui deviendra église paroissiale sous la pression du pouvoir diocésain. À cette hypothèse de deux étapes de construction s’ajoutent les dimensions des fenêtres: extrêmement étroites au chevet, beaucoup plus larges dans la nef, donc plus récentes. De plus, la titulaire mariale est aussi un gage d’ancienneté.

Schéma d’une voûte outrepassée
Vue de la tribune, la voûte à arc plein cintre resserrée vers la bas est dite « outrepassée »à la jonction de la nef et du chevet.

La visite risquée (5) de la tribune et de la charpente qui protège la cloche n’apporte pas d’élément particulier d’interprétation. Il ne semble pas que la nef de l’église ait subi un exhaussement à une époque comme maintes églises de la région (6).
La nef semble avoir été construite sur 7 m de hauteur lors du projet initial. Seul le clocher fut ajouté après.

Vue de la tribune. Il est dangereux de prendre les escaliers pour accéder à la toiture. Les charpentes sont à restaurer.
L’intérieur est aménagé sans aucun souci de mise en valeur patrimonial, c’est bien le moins que l’on puisse écrire (carreaux en ciment bas de gamme au sol, table d’autel en mélaminé).
L’église de Cahuzaguet a été habillée maintes et maintes fois et les décors n’ont pas grand chose à voir avec le roman. Elle est dépourvue de sculptures post XIXe siècle à deux exceptions prés: un bénitier hexagonal inscrit qui remonterait au XVe siècle et une Vierge sculptée du XVIIe siècle dite « Statue de Notre Dame des Anges ».

 

Le bénitier en grès encastré dans le mur présente deux visages tournées vers l’extérieur. Celui d’une femme avec coiffe passablement effacé  et d’un homme à bonnet. A noter que les photos de Bernard sont remarquables.

Un tableau installé au sud réserve une bien belle surprise. Il s’agit  d’une toile du milieu du XVIIe siècle montrant un calvaire réunissant le Christ, la Vierge et saint Jean. L’œuvre est signé Louis Bourdelet. Elle était destinée aux consuls d’Albi. En bas de l’œuvre, on voit peinte la partie ouest de la ville avec la cathédrale au XVIIe siècle.


À gauche, le cartouche des armoiries d’Albi; à droite, quelques éléments caractéristiques de la ville. Certains ont disparu comme l’enceinte ou l’église Sainte Martiane.


On remarquera à l’occasion que le rempart version XVIIe est sans machicoulis, ni meurtrières. Pas de créneaux, ni de merlons.

Un cartouche présente les armoiries de la ville avec la crosse de l’archevêque.

En guise de conclusion

Le titulaire, le chevet en hémicycle, le plan à nef unique, un voûtement réservé au choeur, des fenêtres à embrasement simple, des linteaux monolythes à l’extérieur, l’arc outrepassé  du chevet font de cette église rurale peut être du tout début XIe (voir même avant pour une partie) un témoin unique d’un mélange d’influence entre le Rouergue roman et les formes méditerranéennes.

Puisse nos observations servir un jour de bases à des investigations plus poussées. Cette église le mérite. Un plan reste à dresser notamment pour les arcs et des travaux de réaménagement à mener. Une extrême attention doit être portée sur le cimetière qui peut révéler des sarcophages.


Remerciements à Francis Lacrampes pour sa disponibilité et sa confiance lors de nos visites.

Notes

(1) – Plus de registre paroissial. Reste à éplucher d’autres documents plus généraux sur Saint-Grégoire où des mentions peuvent apparaître. Il y « aurait » des archives à Montpellier. Une mention est faite du lieu au XVe siècle. Pour l’anecdote, une légende veut que du vin de Saint-Grégoire fut offert au Camp du Drap d’or quand François premier rencontra Henry VIII, roi d’Angleterre en 1520. C’était vers Calais.

(2) – Jusqu’à la Révolution au moins. 

(3 – Cette dalle peut tout aussi bien – de part sa taille –  être une pierre tombale.

(4) – Marc nous précise que dans cette lignée bien qu’un peu différent, il exista très tôt un art mozarabe caractéristique par la forme de ses voûtes.
Voici deux jalon de l’art mozarabe en France. Le plus au nord, celui de Saint-Julien de Brioude en Haute-Loire, que j’ai visité il y a une quarantaine d’années et toujours pareil, daté des XI-XIIe siècles.
Puis la chapelle de Saint-Michel de Sournia, en 66, du Xe siècle. Elle est en pleine nature et partiellement ruinée. Elle a été bien restaurée à ce que je vois sur les photos depuis ma visite il y a bien 40 ans aussi.

(5) – Le bois est vermoulu.

(6) –  Il n’est pas impossible qu’elle fut intégrée à un fort villageois dont Cédrice Trouche-Marty a dressé un inventaire mais son aspect fortifié semble bien antérieur encore. Peut être dés sa conception.

Bibliographie sommaire

Marcel Durliat, Haut Languedoc roman, Zodiaque, 1978
Victor Allègre, L’art roman dans la région albigeoise, Albi, 1943
Geneviève Durand, Les églises rurales du premier âge roman dans le Rouergue méridional, Archéologie du Midi médiéval, Vol. 7, 1989
Jean-Claude Fau, Rouergue roman, Zodiaque, 1990

Le tabernacle en bois orné et le plat à quêter avec des inscriptions ont disparus.