Questions autour d’un très vieux cercueil

Questions autour d’un très vieux cercueil

Le cercueil monoxyle des Avalats

Enterrer les morts au Moyen Âge

Mercredi  5 juillet 2017

Secteur Albi


Commune : Saint-Juéry

Météo : chaleur estivale


Participants : nombreux du CAPA et de Saint-Juéry

Objet observé : le cercueil monoxyle des Avalats


Sept ans déjà

Les Avalats au bord du Tarn, été 2005, des travaux de réfection des canalisations permettent la mise au jour d’un cercueil pas comme les autres. 
Il appartiendrait à l’une des premières générations de cimetière autour d’une église romane aujourd’hui disparue. La sépulture en question aurait entre 1200 et 900 ans. La fourchette pour l’instant est très large mais il se pourrait qu’elle se réduise au fil de l’étude.

Exceptionnel : le contenant funéraire est en bois (1). Non pas des planches clouées mais bel et bien une cuve taillée directement dans le tronc d’un arbre (2) dont l’origine et l’ancienneté (3) restent à déterminer. Ce genre de sépulture assez rare en France  mérite un traitement  bien particulier (4).

Un tronc évidé sur 230 centimètres de long, 40 à 50 cm de diamètre, c’est le cercueil des Avalats
Un cercueil taillée dans un tronc d’arbre.

La conservation partielle de la matière végétale d’habitude putrescible est la conséquence d’un séjour en milieu très humide. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’objet est déposé dans une cave à proximité de la mairie.

Il est à noter qu’une alvéole céphalique (le caisson aménagé pour le place de la tête), un fond plat, le distingue des cercueils monoxyles néolithiques trouvés récemment en Corse (5).

 

Repérage de l’alvéole céphalique d’une vingtaine de centimètres

Manque de précautions au départ

Étant donné le contexte, peu de précautions archéologiques ont été prises lors du dégagement du précieux objet. Aucune remarque de nature stratigraphique n’a pu être réalisée. Aucun relevé. En outre, le couvercle a disparu, le contenant aussi (6).
C’est Alaïs Tayac dans Archéologie Tarnaise qui porta un premier éclairage sur l’objet en question (7) et surtout l’origine du village des Avalats.
Suite à son dégagement, le cercueil a rapidement été placé à l’abri dans un local sombre de la mairie. Le bois depuis douze ans s’est lentement dégradé même si un lent séchage de la structure a permis qu’elle ne tombe pas en poussière.

Il faut agir 

Tous bien conscients du problème et de son urgence, le Service régionale d’ Archéologie, la mairie de Saint-Juéry en la personne de l’adjointe au maire, Joëlle Villeneuve, les passionnés du patrimoine saint-juérien et l’archéologue Alaïs Tayac se sont concertés pour mener à bien la conservation et la mise en valeur de cette sépulture si originale.
Des consultations sont en cours avec différents laboratoires pour une conservation et une meilleure connaissance de ce précieux héritage du passé régional.
Une association va se former, vous en saurez plus dans quelques temps.

 

Notes

(1) – Y-a-t-il un choix d’essence particulière pour ce genre de fonction? Par ailleurs, il n’est pas impossible dans de meilleures conditions de voir l’impact de l’herminette et ainsi connaître le travail du charpentier à l’extérieur comme à l’intérieur du tronc.

(2) – Il y a une grande variété de sépultures en bois: de la caisse clouée qui va dominer à partir du XIVe siècle aux coffrages dans la tombe, aux brancards, aux litières de brindilles.  Le cercueil monoxyle n’est qu’un choix parmi d’autres.

(3) – Si il est possible grâce à la dendrochronologie.  

(4) – Patrice George-Zimmermann, Sacha Kacki, Le cimetière médiéval de Marsan (Gers), L’Harmattan, Paris, 2017. Pour la première fois un cercueil de ce type est passé au crible d’une analyse d’autant plus poussée que le contenu, un squelette était en bon état de conservation. Des découvertes plus anciennes ont aussi été faites à Saint-Géraud d’Aurillac.

(5) – https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/mystere-autour-des-cercueils-en-bois-de-l-age-du-bronze-decouverts-en-corse 113853

(6) – Il est douteux. Quelques os humains? Os d’animaux ? Il n’est pas interdit d’espérer que quelques fragments d’origine aient été conservé dans la gangue de boue séchée. Pourra-t-on en tirer quelque chose?

(7) – http://archeologietarn.fr/wp-content/uploads/2014/11/TAYAC_AT14.pdf

Parlons de la maison Fenasse à Albi

Parlons de la maison Fenasse à Albi

La maison Fenasse
Un article de Yann ROQUES


Il y a quelques semaines à la suite du buzz sur la plus vieille maison d’Aveyron, j’ai proposé à l’Office de Tourisme d’Albi de faire connaître la maison Fenasse, superbe demeure du XIIe siècle. L’Office a accepté et nous avons alors lancé l’opération de communication. 

« Maison de Jeanne », Séverac-le-Château, à l’est de Rodez dans l’Aveyron, un bâtiment attribué au XIVe siècle

Je me suis occupé de l’historique du bâtiment et Julien, de l’Office de Tourisme, a renseigné des journalistes. Nous sommes passés à l’antenne de France 3 Région, au Journal d’Ici et nous avons fait la Une de La Dépêche

Voilà pour l’introduction du projet, venons-en au fait. 

Cette maison appelée « maison Fenasse » date du XIIe siècle. Elle est l’un des rares bâtiments civils de la période romane pour l’Occitanie (il n’ y en a que deux dans le Tarn avec le pavillon d’Azalaïs à Burlats).
Entre la rue des foissants et la Rue Saint-Étienne, la maison Fenasse.

Cette construction présente un caractère monumental sous les traits d’une vaste demeure bourgeoise (19 x 23 mètres). Elle occupe trois parcelles de l’actuel plan cadastral. Bien que remaniée en brique au cours des siècles, elle témoigne de l’utilisation de la pierre calcaire en Albigeois à la période romane, pour des édifices de qualité.

Sur cet édifice, l’utilisation de la brique, d’un usage courant dans notre région à partir de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle, montre des reprises en sous-œuvre qui sont à porter au crédit des compagnons de l’époque. Ce sont des exemples évidents de leur maîtrise dans l’art de construire.

À l’intersection de deux rues, le bâtiment comportait trois étages avec un niveau supérieur à colombages. La façade la plus importante, sur la rue Saint-Étienne, témoigne d’un souci décoratif : le rez-de-chaussée se compose de deux grandes arcades, l’une en brique et l’autre en pierre, aujourd’hui partiellement murées. Ces deux arcs étaient probablement tous deux en pierre à l’époque médiévale et s’ouvraient sur un espace commercial (boutique ou atelier) donnant sur la rue Saint-Étienne, alors artère commerciale importante. Il faut rappeler que l’on entrait dans la cité par la Porte du Tarn et la rue de la Grand Côte. 
À l’étage, la baie romane qui subsiste témoigne d’un certain luxe. Elle appartenait à une série de baies qui éclairaient la pièce principale d’habitation, l’aula, et qui étaient reliées entre elles par un cordon mouluré. Cette baie comprend une large voussure amortie en boudin et en bandeau, qui fait apparaître les vides laissés par des éléments sculptés aujourd’hui disparus. 

L’archivolte comporte une moulure biseautée, ornée de palmettes et de rinceaux. Deux colonnettes à chapiteaux et bases attiques supportent l’arc en plein cintre. Le soin accordé au décor de cette partie de l’édifice traduit une volonté certaine de magnifier la puissance et la richesse du propriétaire. 

Baie romane au premier étage de l’hôtel particulier

À l’inverse, la partie qui s’ouvre rue des Foissants se caractérise par la sobriété du décor. La seule ouverture conservée, une porte donnant sur une artère secondaire, n’a reçu aucun soin particulier. Cette demeure répond à un type de “maison polyvalente” conçue pour répondre aux deux fonctions dominantes : résidentielle et professionnelle. 
La maison romane ou hôtel de Fenasse est un exemple des belles demeures du quartier des Combes et des berges du Tarn. La plupart des habitations de ce quartier, qu’elles soient en pierre comme la maison romane ou à pans de bois, font preuve d’une certaine opulence, car elles se dressaient sur des axes essentiels de la cité telles la rue de la Grand’Côte ou la rue Saint-Étienne.

Photographie de 1900 ou l’on voit la maison Fenasse avec la rue des Foissants à droite.


Ces rues, situées au débouché du Pont-vieux, seuls accès à la rive droite du Tarn, desservaient le centre commercial de la cité, en menant vers les couverts de l’ancienne place de la Pile, vers Sainte-Cécile et Saint-Salvi. 
Cet hôtel, de qualité exceptionnelle, appartenait à la famille Fenasse. Vers 1300, Guilhem Fenasse est le plus riche financier et usurier d’Albi. L’Inquisition le condamne pour hérésie et ce tribunal ecclésiastique confisque sa demeure au profit du frère de l’évêque d’Albi Béraud de Fargues, neveu du pape Clément V ! 
La propriétaire de la maison Fenasse nous a fait parvenir cette photo de 1900 ou l’on voit encore la rue des Foissants, détruite quelques années plus tard lors de la construction du marché couvert.

Nous sommes tous encore imprégnés par l’atmosphère médiévale de ce quartier particulier. 


Un souterrain modeste à la fonction énigmatique à Marssac

Un souterrain modeste à la fonction énigmatique à Marssac

Les vestiges d’un souterrain à Marssac
Mise en lumière

Samedi 13 mai 2017

 Secteur Albi, Tarn et Dadou


Commune : Marssac-sur-Tarn

Météo : chaude et lourde


Participants : Régine, Dominique,  Bernadette, Louis, Yann, Franck, Christian, Christophe, Charlette, Alain et de très nombreux marsacois et marsacoises.

Sites visités : souterrain de Marssac et site de Rieumas
 

Voitures : Christophe et Christian 

Coude du souterrain. A l’intérieur de la galerie, les pieds dans l’eau.

Marssac-sur-Tarn, c’était la première fois que le CAPA investiguait dans cette commune où l’accueil fut des plus sympathique. Dominique nous offrit l’opportunité d’une rencontre avec Anne-Marie Rosé, maire de la commune, et du propriétaire des lieux, monsieur Miani, tous les deux à différents titres fort concernés par les origines de ce patrimoine si particulier que sont les souterrains.

L’opération consistait à visiter le petit souterrain qui borde la berge du Tarn.

 Brèves considérations sur l’histoire ancienne du bourg de Marssac

Localisation du souterrain sur la cadastre napoléonien en 1808. Le souterrain est dans la continuité de la rue du port vers la rivière.
Sources: Archives du Tarn

Il semble que le village en rive gauche qui se développe peut-être autour d’un château dés le XIIe siècle est lié au bac sur le Tarn. Ce bac qui bordait le chemin reliant Toulouse à Albi est bien plus en aval que le pont actuel(1). 

Sur le plan cadastral du tout début XIXe siècle, il apparait assez clairement deux nodules cohérents d’habitats distincts mais en lien. L’un à l’ouest, le plus petit, le plus ancien, autour de la Place de la Chapelle. L’autre, à l’est, plus vaste, au-delà de la rue du port. Mené par notre ami Pierre Cabot, le sondage, place de la Chapelle en 2010, n’a pas permis une lecture très clair du lieu hélas.

Le-dit souterrain se localise rue du Nord. Son ouverture est côté rivière mais il passe sous la rue. Il est a une cinquantaine de mètres de la rive, percé dans un talus. Ce souterrain, Jean Lautier le visite pour la première fois à l’automne 1963(2) en compagnie d’André Thubières. Tous les deux voient en lui un silo aménagé pour être drainé.


Le souterrain de Marssac définit comme un silo par Jean Lautier. Plan de Jean Lautier dans la R. du T. de 1963

A l’extérieur, en surface, le souterrain n’est pas actuellement, couvert par un bâtiment.


L’accès

 

Sous la bouche en métal, une entrée type opercule de silo.

Il n’est peut être pas l’accès d’origine mais c’est le seul moyen de pénétrer dans le souterrain aujourd’hui.


Il s’effectue par un conduit vertical cylindrique. Mais à la différence d’un puits le goulot s’élargit jusqu’à atteindre 2,50 m de largeur.

On descend sur 3 m  pour atteindre un plancher. Cela s’est fait à l’aide d’une échelle.

Au-dessus de votre tête, une voute faite d’un empilement circulaire de briques posées à plat. Elles sont en encorbellement, liées par un mortier épais et reposent sur le substrat

Entrée du souterrain vue du plancher.

L’entrée peut faire penser à un silo dans son profil mais comporte une partie aménagée en brique qui consolide le haut du monument.

Une galerie unique 

La faible dureté de la roche(calcaire molassique du tertiaire) et sa relative homogénéité ont permis un creusement relativement facile au pic. Les traces sont très visibles.

 

Traces de pic.


  
Dans une continuité, deux galeries s’offrent à vous. Une vers le nord vous engage côté rivière. Une vers le sud va vers le village. Elles avancent toutes les deux à l’horizontal.

Celle du nord avec un faitage en briques de terre cuite disposées en batière est obstruée et inaccessible à cause de son étroitesse. On peut l’éclairer sur un à peine un mètre.
Est-ce une conduite d’évacuation des eaux ?


Galerie nord qui va en direction de la rivière obstrué par des déchets et des sédiments. Les mur en pierre sont chemisés par des briques. Largeur: 80 cm.

Celle du sud, inondée sur une profondeur de 30 cm, en revanche s’étire sur 8 mètres. Elle comptait une porte à son départ(3) et comprend encore deux niches à lampe. Le couloir est fractionné par un coude. Il se termine en cul-de-sac avec un drain d’où arriverait l’eau.

 

Vue de la conduite sud d’un mètre de large envahie par l’eau après le coude. Cul-de-sac avec sur la gauche, un drain sous la mire.

Niche à lampe.

 

Système pour installer une fermeture.

Voûté plein cintre, on peut penser que l’ouvrage a été réalisé par un professionnel.
Tel est ce monument des plus curieux.

Le lieu a servi un temps de dépotoir. Il est connu des marssacois. A une époque, il était même une terre d’aventure, objet de spéculation. Certains expliquaient qu’il traversait la rivière.

Un souterrain géométrique « sans cellule » 

Nous ne reviendrons pas sur les origines des souterrains et leur étude, le thème a déjà été traité sur ce même blog(4). Ici, c’est l’originalité du monument qui interpelle.

L’étroitesse des galeries, l’absence remarquable de salle, la très faible étendue du réseau,  défient la logique classique des souterrains; qu’est-ce à dire?

D’abord, il est fort probable que ce réseau soit partiel et qu’une salle se tenait au bord du Tarn afin de permettre le stockage.

Est-il seulement une galerie de drainage en complément d’un silo comme le laisse à penser Jean Lautier  au vue de la galerie unique. Mais pourquoi un coude alors? Pourquoi une porte? Pourquoi la lumière? L’entretien est-il si compliqué?

 Un usage sûrement très terre à terre

Une cavité destinée au stockage des marchandises liée au port tout proche semble être la proposition la moins contestable.

Par ailleurs, sans conteste, la présence de la brique fait penser à un aménagement qui ne peut guère remonter au-delà du XVIe siècle. Qu’en était-il avant ? Quelles sont le étapes qui on conduit à la structure finale? Est-il lié à la place forte certifiée au XIIIe siècle. 

Au moins, la visite si elle n’a pas permis de répondre à ces questions a été l’occasion d’assouvir la curiosité des grands et des petits.



Notes

(1) Construit seulement à la fin du XVIIIe siècle suite à des noyades fréquentes 
(2) C’est juste suite à sa découverte. La venue du SCA donne suite à un article dans la « Revue du Tarn » peu après. Un plan est levé.
(3) Une feuillure de porte est visible
(4) mercredi 18 mars 2015 Au coeur d’un souterrain aménagé au Moyen Âge