Jeudi 28 mai 2026 : Les chefs d’œuvre d’art religieux d’Inières et Boussac
Textes : Pierre et Rosy Mascaras
Photos : Rosy Mascaras, Franck Tayac, Paul Viaules
Deuxième volet de la série : Inières, Boussac, Sainte-Radegonde, des églises-forteresses impressionnantes
Une peinture du XVIe siècle dans le chœur de l’église d’Inières
Jacques Pardinel, chantre de la cathédrale de Rodez, prieur des églises d’Inières et de Sainte-Radegonde dans la première moitié du XVIe siècle, a fait décorer l’église d’Inières en hommage à son saint patron Saint Jacques le Majeur.
Une grande coquille Saint-Jacques surmonte la baie axiale. De chaque côté de la baie ont été peints des bâtons cantoraux entrecroisés; le bâton cantoral est le symbole distinctif du chantre1, marque de son autorité. Un petit bâton cantoral surmonté d’un pommeau est également sculpté au sommet des armoiries de Jacques Pardinel, elles ornent le baptistère à l’entrée de l’église.
Entre la verrière et l’appareillage de pierres en trompe-l’œil court une cordelière en référence aux Franciscains, un symbole d’humilité. L’encadrement est décoré de grands candélabres dorés qui évoquent la lumière divine, le Paradis. (On retrouve ces candélabres monumentaux peints sur la voûte de la cathédrale d’Albi).
1 Chantre : clerc qui avait en charge l’organisation des offices.


L’Annonciation, un groupe sculpté remarquable à Inières
Les statues de l’Annonciation ont été sculptées au XVe siècle.
L’archange Gabriel, messager de Dieu (selon l’Ancien Testament), annonce à Marie qu’elle mettra au monde le Messie. Marie est l’instrument de la Nouvelle Alliance (Alliance de Dieu avec les Hommes), l’Ancienne Alliance se perpétue avec elle.
Ces statues polychromes en calcaire tendre étaient les éléments d’un retable aujourd’hui disparu. Il avait été commandé pour une des chapelles de la cathédrale de Rodez, chapelle fondée par Georges Vigouroux, riche marchand et consul de Rodez. À la Révolution, l’Annonciation a été transportée à Inières et cachée par les habitants pour la sauver de la destruction.
Cette œuvre est, généralement, attribuée à Pierre Viguier, responsable de l’atelier de sculpteurs de la cathédrale de Rodez, à la fin du XVe siècle.

L’archange, les yeux levés vers Marie, ébauche un léger sourire, il a un genou à terre en signe de respect. Son visage d’apparence juvénile, sa chevelure blonde, longue et bouclée sont caractéristiques du gothique flamboyant méridional (il n’est pas sans rappeler les anges du choeur de la cathédrale d’Albi). Les peintures de l’aile, bien que partiellement altérées, sont d’une grande finesse.
Marie reçoit le message divin, mains jointes dans une attitude de prière, elle est agenouillée sur un coussin dont on devine les motifs. Sa tête est légèrement inclinée. Son visage fin, serein, son front bombé, ses sourcils fins, l’ondulation régulière de ses cheveux présentent de grandes similitudes avec la Vierge des Annonciades déposée au musée Fenaille, à Rodez. Marie a les paupières mi-closes, des rehauts de peinture (touches de couleur claire) mettent en valeur ses yeux légèrement étirés en amande.
Près d’elle, un Livre d’Heures est ouvert, recueil de prières et d’offices personnalisé comme l’inestimable recueil « Les Riches Heures du Duc de Berry ».
L’Annonciation a été récemment restaurée, deux copies ont été réalisées, l’une pour la cathédrale de Rodez, l’autre pour le musée Fenaille.
L’exceptionnel retable de l’Assomption daté du XVIe
siècle, à Boussac
Le retable installé dans le choeur de l’église s’impose à nous à peine entrés dans la nef.

Les statues sont en noyer recouvert de feuilles d’or.
Figure centrale du retable, la Vierge est emportée au ciel par quatre anges, sous le regard des apôtres. Elle est figurée mains jointes, debout sur un croissant de lune. Sur le côté, ont été sculptés des anges aux longues robes, vraisemblablement des anges musiciens dont les instruments ont disparu.
En haut de l’entablement est représenté le
couronnement de la Vierge assise entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Sur les côtés, deux anges musiciens rappellent le Paradis.
Deux médaillons à l’antique représentent
une tête de profil. Un seigneur du Fraysse et
de Boussac et sa femme ?
Les apôtres ont le regard fixé sur l’Assomption.
Regroupés par trois, rien ne les individualise
si ce n’est l’incrédule Saint Thomas : la Vierge a laissé tomber sa ceinture dans ses
mains comme preuve matérielle de son
élévation.
Saint Jean est généralement représenté
imberbe mais ici deux apôtres sont imberbes… Sur la droite, l’apôtre les bras croisés sur la poitrine et le regard détourné représente-t-il Juda ?
Les apôtres tiennent la Bible entre leurs mains, ils apportent le message du Christ. Ils incarnent la Nouvelle Alliance.

Au pied des pilastres, David et Moïse, deux figures de l’Ancien Testament, évoquent l’Ancienne Alliance. Les panneaux du soubassement représentent deux scènes du Nouveau Testament : à gauche, le Christ ressuscité apparait à Marie-Madeleine agenouillée, un vase à parfum devant elle. À droite, le Christ est descendu aux limbes pour délivrer les élus qui attendaient sa venue. Le démon grimaçant s’exécute. Trois personnages s’avancent vers le Christ, ce pourrait être Adam, Eve et Abel. Derrière Jésus, les âmes du purgatoire tendent les mains suppliant.
Ce retable avait valeur d’enseignement religieux.

les mains

Il est facilement identifiable grâce
aux rais de lumière sur sa tête

La Renaissance est marquée
par son goût pour l’Antiquité

Un décor figuratif a été découvert lors de la restauration du retable
En 1982, il a été victime d’un incendie accidentel aux dégâts fort heureusement limités.
La moitié droite de la peinture est partiellement lisible, la statue de la Vierge occulte la partie centrale. La partie gauche très dégradée est illisible.


Nous renouvelons nos remerciements à nos guides, ils nous ont fait partager de beaux moments de découvertes.
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