Vendredi 10 avril 2026 : présentation du pigeonnier restauré de Marssac par Pascal Waringo.
« Un pigeonnier sauvé de la destruction »
Textes : Pierre et Rosy Mascaras
Photos : Dominique Ferrière, Rosy Mascaras
La Commune de Marssac a récemment fait restaurer le pigeonnier situé sur le Chemin de Dominique, une décision décisive pour sauver ce bâtiment en grand danger.
Les pigeonniers appartiennent à notre patrimoine rural.
Pascal Waringo a été chargé de ce chantier. Il est Maître Artisan, Compagnon du Devoir, spécialiste des techniques de constructions médiévales et modernes. Il a réalisé la restauration de très nombreux bâtiments historiques, on peut citer dans le Tarn ses travaux à Rabastens, au château de Penne, à Cordes…
Il a passionné le public présent sur les lieux : Jean-Pierre Cassagnes, maire de Marssac, des membres du Conseil Municipal, des habitants de Marssac et vingt membres du C.A.P.A.. Sans oublier Monsieur Reynes, mémoire vivante de la briqueterie tuilerie artisanale de Marssac, une briqueterie fondée en 1826 (elle a fermé ses portes en 1997).

Monsieur Reynes, assis au premier rang.
Pascal Waringo a évoqué les étapes de la restauration du pigeonnier
Dominique Ferrière, deuxième Adjointe à Marssac et membre du C.A.P.A., a enregistré Pascal Waringo, facilitant ainsi la rédaction de ce compte-rendu.
L’état des lieux avant la restauration :
- Le talus étant très raide, un terrassement a d’abord été réalisé par la Mairie afin d’assurer la sécurité lors du chantier.
- Le pigeonnier était envahi par la végétation, menacé par des branches, il a fallu défricher.La toiture en très mauvais état, presque entièrement dégradée, a été refaite.
- Les murs présentaient quelques fissures, elles ont été rebouchées. Les joints dégradés ont été purgés, ils ont ensuite été rejointoyés à la chaux avec une langue de chat (truelle pour réaliser les travaux de finition), une brosse a été utilisée pour réunifier l’ensemble après la prise de la chaux.
- Le pigeonnier était entièrement enduit. Les parements des quatre côtés du pigeonnier ont été piqués dévoilant un « très bel appareil ». Avec l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France et de la Mairie, décision fut prise par les artisans de ne pas enduire le bâti : « l’appareil était tellement intéressant qu’on l’a laissé entièrement nu » dit Pascal Waringo. On a pu faire ainsi car les matériaux étaient « assez durs » précise-t-il. Ce choix rend aujourd’hui possible la lecture archéologique du bâti.
- Le bandeau de périmètre en tôle, pour empêcher l’accès des rongeurs, n’a pas été replacé (inesthétique et inutile le pigeonnier étant désaffecté).
Aucun épi de faîtage n’a été retrouvé.
D’après P. Waringo, ce pigeonnier date probablement du XIXe siècle.



Un pigeonnier pied-de-mulet
Il tire son nom de l’aspect esthétique de la toiture qui de profil ressemble à un pied de mulet.

La toiture en pente est formée de deux pans successifs en marches d’escalier.
Cette toiture en gradins est toujours exécutée en tuiles canal. Les rives du toit des murs pignon sont bâties en briques, elles sont parfois surmontées de petits pinacles (en briques foraines, en ciment…) à usage de perchoir. Ce n’est pas le cas ici.
Très répandus dans le Tarn, ces pigeonniers pied de mulet sont en général isolés.
Pascal Waringo a fait une lecture archéologique du bâti
Le bâti se caractérise par l’alternance :
- de pierres en grès sur le bas du pigeonnier, sur une hauteur d’environ 80 cm.. Le mur-bahut, construit sur les fondations, est en effet composé majoritairement de pierres dures, grossièrement équarries. C’est lui qui supporte le bâti.
- de nombreuses rangées de galets. On observe aussi quelques opus spicatum peu marqués.
- de plusieurs remises à niveau du bâti par des assises intermédiaires en briques.
Les chaînes d’angles sont constituées de briques disposées en besace pour assurer une bonne liaison à l’angle des deux murs.
Quelques pierres calcaire ont été insérées dans les murs ainsi que des « pierres » noires. Mais, après observation attentive, les artisans ont compris qu’il s’agissait de briques surchauffées, presque vitrifiées. Un matériau de récupération rarement vu dans le bâti des pigeonniers nous dit Pascal Waringo. Mais un remploi logique et pragmatique à Marssac qui était un centre important de la briqueterie, on en comptait une dizaine au XIXe siècle.
Les trous de boulin, opes, gardent la mémoire des échafaudages utilisés pour la construction, ils étaient très souvent traversant. Des cordages en chanvre fixaient les perches verticales et horizontales de l’échafaudage.



Les trous d’envol des pigeons sont situés au-dessus de la corniche haute ceinturant le pigeonnier. On les trouve à Marssac sur les quatre faces du pigeonnier.
En général les trous d’envol étaient disposés dans le mur à l’abri des vents dominants de manière à protéger les pigeons.
La corniche en saillie (randière) servait de plage d’envol et d’obstacle aux rongeurs.
Parfois, au-dessous de la corniche, des carreaux vernissés interdisaient l’accès des prédateurs au pigeonnier.
En haut du pigeonnier, on aperçoit des trous d’ancrage des poutres du plancher intérieur. Les constructeurs essayaient de faire aller ces poutres le plus loin possible à l’intérieur des murs afin d’assurer une bonne portée et pour que « l’about de poutre puisse respirer » nous a expliqué le maître-artisan. On en aperçoit, actuellement obturés, au-dessus des trous d’envol.

À l’intérieur du pigeonnier, la charpente est simple. Elle est réalisée avec des chevrons en perches de châtaigniers arrondies pour bien épouser la forme des tuiles canal. Celles-ci sont directement posées sur les chevrons qui sont disposés à intervalles réguliers. Ces intervalles correspondent à la largeur d’une tuile canal.
Il n’y a ici, pas de volige car les chevrons sont disposés en une trame relativement serrée.
Des bois de récupération étaient utilisés aussi souvent que possible
Pour abriter les pigeons, des paniers en osier leur servant de nid étaient suspendus à des crochets (100-150 ici), on peut les deviner sur la photo de l’intérieur du pigeonnier avant restauration. Ces paniers facilitaient le nettoyage.
Quelques définitions et croquis
Appareillage en besace : appareil constitué de briques ou de pierres disposées en alternance en boutisse et panneresse.
Boutisse : brique dont la petite face est visible en parement et dont la plus longue est incluse dans l’épaisseur de la maçonnerie.
Panneresse : brique dont le plus grand côté est visible en parement.
Boulins : pièces d’échafaudage en bois, horizontales, engagées dans la maçonnerie par une ouverture dite trou de boulin.
Opus spicatum : galets disposés en épi de blé ou en arêtes de poisson.
Épi de faîtage : pièce d’architecture destinée à la décoration et à la protection des poinçons de charpente. Les épis de faîtage sont emblématiques des pigeonniers.



Croquis extraits du Dictionnaire D’Architecture, Mathilde Lavenu et Victorine Mataouchek, Éditions J.P. Gisserot, 1999.

Nous remercions vivement Pascal Waringo qui nous a fait partager sa passion du bâti ancien.
Nous remercions également la Mairie de Marssac pour son accueil.
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