Sortie du CAPA – 25 juin 2025 :
A la découverte de MONTRICOUX, bourg médiéval aux portes des Gorges de l’Aveyron, en flânant au fil du temps depuis sa Tour Templière jusqu’à ses ruelles aux maisons à pans de bois.
Co-pilotage : Martine Calvet et Sylvie Besse
Textes : Martine Calvet et Sylvie Besse
Photos : Martine Calvet et Sylvie Besse
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MONTRICOUX – APERÇU GENERAL
Implanté sur une butte discrète au-dessus de la rive droite de l’Aveyron, Montricoux, pittoresque village d’aspect médiéval, jadis ancien point de passage à gué, dresse encore sa silhouette de bourg fortifié.
Du Donjon des Templiers aux nombreuses maisons à pans de bois, la visite fut consacrée à la découverte et l’observation d’un patrimoine riche de plusieurs siècles d’histoire.
Siège d’une Commanderie Templière dont seule subsiste un Donjon, le porche et l’entrée d’une Eglise, le village a pu prendre son essor et former agglomération, obtenant à partir du XIIème siècle une charte avec accord de privilèges, marchés et foires (dont le foire St Eutrope « Saint patron des estropiés… » est toujours vivante) devenant ainsi un lieu attractif pour les habitants de la juridiction qui y construisirent volontiers des maisons particulières, commerces et ateliers d’artisans.
Implanté dans un premier temps dans la proche périphérie de la Commanderie, le village s’est ensuite organisé autour de la Grd’Rue d’où partent des ruelles aux nombreuses maisons à pans de bois et encorbellement dont les plus anciennes ont pu être datées des XVème te XVIème siècle par dendrochronologie.
La Tour-Donjon ainsi que des maisons à pans de bois, certaines à fière allure, d’autres en dormance, ont été le but d’une visite guidée (la Tour) suivie d’une déambulation qui a permis de connaître et d’apprécier les techniques de ce bâti.
LA TOUR – DONJON DE LA COMMANDERIE DES TEMPLIERS (Visite guidée)

Après un accueil chaleureux par la famille Namy, propriétaire du Château Marcel Lenoir et de la Tour Templière, notre guide Marie-Ange a su nous faire partager avec passion l’l’histoire de ce Donjon, seul vestige d’une Commanderie bâtie à la fin du XIIème siècle.

Les origines de la Commanderie de Montricoux remontent aux donations consenties entre 1179 et 1181. Héritier de l’ancienne abbaye bénédictine de St Antonin-Noble-Val, le chapitre de Saint Antonin cède au maître du Temple de Vaour, Fort Sans, les droits seigneuriaux qu’il possède sur le territoire de Montricoux.


Les Templiers y édifient alors une importante commanderie comprenant un château, un monastère et une église. Le puissant donjon, achevé vers 1187, est aujourd’hui le principal vestige de cet ensemble médiéval. Après la suppression de l’Ordre du Temple en 1312, la commanderie est attribuée aux Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, qui l’administrent jusqu’à l’époque moderne.
La majorité des bâtiments fut incendiée au XVIème siècle par les Calvinistes de Montauban, hormis la Tour-Donjon qui fut à son tour décapitée lors de la Révolution, faisant disparaître les 4 tourelles d’angle.
Aujourd’hui, on peut uniquement visiter une vaste salle rectangulaire au r-de-c, voûtée en berceau brisé, ornée de fresques d’inspiration mauresque datée du début XIIIème siècle : frise géométrique en des teintes d’ocre, de blanc et brun formant le décor caractéristique employé par les templiers à leur retour de terre sainte.

A l’origine, cette salle basse présentait dans sa partie supérieure, une galerie de bois permettant d’accéder à une chapelle supérieure de l’église adjacente (on peut voir la trace des passages aménagés (aujourd’hui condamnés) dans l’épaisseur des murs de la Tour et de l’église. Elle était sans doute accessible par un escalier à vis qui desservait aussi les étages supérieurs de la Tour (peut-être la partie résidentielle).
Il semble que dans un premier temps, cette tour ait pu réunir plusieurs fonctions : militaire, religieuse et résidentielle.
D’aucuns appellent cette salle « salle des gardes » (elle aurait présenté d’étroites meurtrières…), d’autres la nomment « chapelle » (elle possède un « armarium » (armoire liturgique) et un bassin baptismal (version retenue la plus fréquente) creusés dans une paroi. D’autres encore y ont supposé une cuisine qui serait en accord avec la cheminée d’époque XVIIème et le « potager » aujourd’hui disparu (témoins oculaires).
Des recherches futures pourront peut-être satisfaire ces interrogations…
Incendiés… le monastère et le château, décapitées… les tourelles du donjon, inaccessible… l’escalier à vis ! Il nous reste le rêve…
L’EGLISE ST-PIERRE

Située au cœur de l’ancienne commanderie templière de Montricoux, l’église St Pierre occupe une place privilégiée à proximité immédiate de la tour-donjon. Avec cette dernière, elle constitue l’un des principaux témoins de l’important ensemble religieux et seigneurial édifié par les Templiers à partir de la fin du XII ème siècle.

Les origines de l’église remontent au milieu du XIIIème siècle. Elevée dans l’enceinte de la commanderie, elle accompagne le développement de ce centre templier important dans le Bas-Quercy. Les études architecturales montrent toutefois que l’édifice résulte de plusieurs campagnes de construction et remaniements, surtout aux XV et XVIème siècles.
Jusqu’en 1954, l’église était entourée de deux cimetières. Des fouilles archéologiques ont mis à jour des sépultures médiévales.

Le clocher, de style toulousain, construit à partir du XVIème siècle, possède une tour octogonale bâtie sur le modèle de Nègrepelisse et Caussade. Il multiplie les pans coupés dont les angles sont marqués par des colonnettes de brique. Les parties inférieures datent des 12ème et 13èmesiècles. Il est composé de fenêtres géminées en arcs de mitre, et des gargouilles en forme de chimères marquent les angles.

Le portail d’entrée, daté du milieu du XIIIème siècle, est couvert d’un arc brisé décoré d’un tore qui repose sur des chapiteaux à décor végétal. Le cordon d’archivolte repose sur des culots à figure humaine.



L’église présente une nef unique, à laquelle s’ajoutent 7 chapelles latérales aménagées au fil des siècles.
La première chapelle latérale, au sud, pourrait dater de la 1ère période de construction (chapelle St Antoine). Deux culots supportant les voutes représentent des têtes humaines barbues, moustachues et affublées d’un « T » (templier ?)



Une chapelle supérieure, dite des « Commandeurs », voutée de liernes et de tiercerons, communiquait par une galerie avec la tour templière, en face de l’église.
LE VILLAGE et SES MAISONS à PANS de BOIS
La suite de la matinée fut dédiée à la découverte des maisons à pans de bois, technique de bâti très répandue dans le village qui se distingue par leur grand nombre (92).
« La structure d’une maison à pans de bois est composée d’une ossature principale formant la charpente d’un mur ou d’une cloison et d’une ossature secondaire (losange, X de St André,…) et d’un remplissage appelé hourdis (maçonnerie légère de briques, torchis, tuf, plâtre…). Le moindre coût de ce matériau, moins cher que la pierre, en a répandu l’emploi. »
Une brèche ouverte dans la muraille, près de la Porte St Antoine, a permis d’accéder au jardin des Curés adjacent au Presbytère, plate-forme en terrasse surplombant le paysage riverain de l’Aveyron, avant de commencer notre déambulation dans ce bourg implanté en hauteur et ainsi doublement protégé avec sa muraille.

En parcourant la Grd’Rue, plusieurs maisons ont mérité notre attention, les plus anciennes datant des XVème et XVIème siècles.
Les ruelles adjacentes n’ont pas manqué d’attirer notre regard car leurs maisons, même si esthétiquement moins remarquables n’étaient pas dépourvues d’intérêt ni de charme.
Les photos suivantes, accompagnées de quelques remarques techniques ou historiques, seront les porte-paroles de cette balade… (aidées en cela par le schéma et le glossaire, ci-après).




Construites dans le noyau primitif du bourg médiéval, ces 2 maisons voisines ont pu être datées par dendrochronologie ente 1459 et 1463.
La maison de droite (n°32) présente 2 étages en pans de bois, encorbellement sur les 2 niveaux, avec solives aux abouts moulurés reposant sur un r-de-c maçonné en moellons calcaire, la façade est composée de poteaux et de grandes X St André, hourdée de torchis.


La maison de gauche (n° 34) présente le même type de façade avec un décor particulier : le poitrail du 1er étage est orné de décors géométriques (uniques à Montricoux !) : compas, quadrilobes et ciseaux. (maison d’artisan ? ou signature d’ouvrier bâtisseur ?). Les abouts des solives soutenant le 1er étage sont moulurés.
La finition recherchée de la façade indique un statut important (et donc une personne aisée…) : Guylhem Cayla fut en effet riche bourgeois (et Consul de la Communauté) possédant une tannerie sur les bords de l’Aveyron.




Noyau primitif, fin XVème, la maison A, à droite présente une façade particulièrement élégante : encorbellement du 1er étage sur sablière décorée d’accolades et embouts de solives chanfreinés, ossature régulière à petites X St André et console sculptée sous la croisée.

La maison voisine B présente une ossature différente avec grande X St André assemblée à mi-bois (visible au 1er étage) et des écharpes pour renforcer le hourdis. Les arcs des portes sont taillés dans le poitrail (forte pièce de charpente horizontale, placée sur piliers).



Vaste demeure formant presque « îlot » (3 façades sur 3 rues) présente au r-de-c sur la place de la Mairie la façade A avec 2 baies en pierre à arc segmentaire chanfreinés (altérées par de nouvelles ouvertures modernes), une élégante façade à 2 encorbellements, structurée par petites X de St André et un hourdis de briques à décor de chevrons. Les solives aux abouts moulurés supportent une sablière décorée d’une frise d’accolades sculptées.
La grande emprise au sol, l’harmonie du bâti et l’emplacement (l’actuelle place de la Mairie a succédé à la maison des Consuls, aujourd’hui disparue) font montre d’un important rang social.
Sur la Grd’Rue (façade B), la porte du r-de-c offre des piédroits imitant des pilastres (XVIIème ou XVIIIème siècle?) laisse supposer une certaine continuité dans l’importance du propriétaire.
La façade C formant angle avec la rue de l’Aqueduc présente au dernier étage une remarquable galerie-séchoir avec poteaux à aisselières.
Tous des bourgeois sur la Grd’Rue ?
Plusieurs indices laissent le supposer : l’axe direct entre les 2 portes Est et Ouest, les riches façades agencées pour le commerce ou l’artisanat de qualité.




La clé confiée par la propriétaire nous a permis de savourer un moment privilégié en découvrant derrière cette façade qui appelle à une « sauvegarde », une vaste cour intérieure surmontée de galeries couvertes courant sur les façades et ornées de fresques hélas…lacunaires mais dont les motifs végétaux laissent surgir les « oiseaux » !
Bien d’autres maisons n’ont pu être observées par manque de temps… Nous reviendrons … mais jetons un dernier regard sur quelques éléments pour clore cette visite.



Les murs postérieurs de ces maisons font corps avec la muraille médiévale et le bâti plus sobre de ces maisons est intéressant pour le contraste qu’il offre avec la Grd’Rue à vocation commerçante.
EPILOGUE
La crainte de la chaleur nous a fait parfois accélérer le pas et a empêché les passionnés de trop s’attarder… mais c’est au même rythme que tous ont couru vers le bon déjeuner commandé par les bons soins de Bernard A. dans une ambiance décontractée et… fraîche !
Nous reviendrons… et pourquoi pas ? Il reste bien d’autres ouvrages et lieux d’intérêt à découvrir…
- L’Eglise St Benoît et son appareillage de pierres disposées en arêtes de poisson
- Le lavoir de St Laurent
- Le lavoir d’Embarre
- La maison de « la Fileuse »…
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