Ce que raconte l’aven Mauray

 

L’aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.


Autant le dire, le lieu revêt aujourd’hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d’une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l’endroit est pentu. À vrai dire, sans l’aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l’alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n’étaient pas récents. C’était à cet endroit qu’il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d’un vallon, l’entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d’une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C’est du domaine du probable au vu d’autres cas semblables.

L’intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l’aven a subi une intense fréquentation.
Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l’intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d’une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l’aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.
Chambre sépulcrale latérale.

L’aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.

Un éboulis soudé par la calcite
Les os brisés d’au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en « mikado »,  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n’est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.


Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d’accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 

Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d’une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971
Des pendeloques d’origines diverses : dent d’ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 

Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Canine d’ours perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Plaque en calcite perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.

 

La pièce est aujourd’hui au Musée Toulouse Lautrec
 Et la guerre fût…

C’est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l’éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l’archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l’aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L’individu aurait été, pour ainsi dire « fléché », à bout portant alors qu’il était étendu au sol. Ce sont les résultats d’une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l’aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final


On sait que l’installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l’émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d’ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 
Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l’aven appartiennent plutôt à la culture dite « vérazienne » mais l’absence de poterie complique la chronologie.

D’autres avens bouchés ou non, à proximité de l’aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d’affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n’est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l’émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l’effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.
Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.

Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L’ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d’Archéologie du Tarn)