L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme de Néandertal redécouvert

L’homme qui jouait avec les stalactites

 

C’est la célèbre grotte de Bruniquel – bientôt classée à l’inventaire des Monuments Historiques – qui fut à l’ordre du jour de la sortie du samedi 19 janvier. Nos amis Denise et Michel Soulier nous servirent de guides. Leur volonté de transmettre force le respect. Après deux heures de visite, nous voilà devant un bien étrange monument.
Un mystérieux dispositif au fond de la grotte. Dessin d’Éric Le Brun – elebrun.canalblog.com Source: Archéologia, n° 545(2016)
La cavité perce les calcaires surmontant l’Aveyron. Longue de plus de 400 mètres, elle forme une vaste galerieoblongue quasi parallèle à la vallée. Son entrée d’origine aujourd’hui obstruée oblige à maintes contorsions. Deux passages très étroits et des cônes d’éboulis rendent l’accès compliqué. Pas de quoi décourager les plus motivés pour autant.
Ensuite, la progression est plus facile. Elle se déroule entre deux ficelles tendues afin d’éviter les piétinements. Les sols en argile sont, le plus souvent, encore vierges et recèlent des traces précieuses.
C’est une suite de petits lacs d’eau claire parsemés de calcite flottante en pellicule légère, de draperies translucides, de sublimes plafonds hérissés de fistuleuses, de colonnes de stalactites quelquefois rougies par l’oxyde de fer.
C’est aussi le lieu de dizaines d’anciennes bauges à ours. Des pans de parois sont lacérés par des griffades et ce jusqu’à plus de deux mètres de haut.
Griffade de plantigrade. Photo Michel Soulier
Trace de plantigrade. Photo Michel Soulier

 Une architecture spectaculaire loin de la lumière du jour

Mais le plus intéressant est ailleurs. En cette grotte, il y a une trentaine d’années, les membres de la Société spéléologique de Caussade découvrent des accumulations de concrétions de forme circulaire à plus de trois cents mètres de l’entrée. Notre guide, Michel Soulier, et le préhistorien François Rouzaud établissent alors le premier plan précis des lieux. À cette occasion un os d’ours brûlé est daté. Première surprise : le résultat obtenu nous emmène autour de – 47 000 ans. Autrement dit, au plus loin que le carbone 14 puisse dater.
À cette période, seul l’homme de Néandertal est présent dans la région. La communauté scientifique déstabilisée est sceptique devant le résultat. Et puis une autre découverte focalise l’attention : celle de la grotte Chauvet. Avec le décès de François Rouzaud, le site tombe dans un profond sommeil.

Néandertal à la conquête des entrailles de la terre

Il faut attendre 2013 pour que Jacques Jaubert, de l’université de Bordeaux, et une équipe reprennent l’étude avec le résultat retentissant de nouvelles datations.
L’accumulation observée depuis des années s’avère bel et bien une construction édifiée en stalactites. Elle peut se résumer à deux ellipses tangentes (A et B) et quatre autres structures moins évidentes (C, D, E et F). La longueur des concrétions est calibrée autour d’une trentaine de centimètres. Autant de signes qu’elles ont bien été choisies, sélectionnées parmi d’autres. Il y a l’embarras du choix dans la grotte.
Relevé de la structure. La recherche, n° 521 (2017)

 

Les parois des deux ellipses sont constituées d’une à quatre rangées de stalactites. De ci, de là, elles sont placées presque verticalement. Cinq grandes stalagmites appuyées contre le cercle extérieur de la construction ont pu avoir un rôle d’étai, tandis que des petites stalagmites renversées vers le bas servent de cales pour tenir l’édifice.
Le dispositif montre une démarche de véritable architecte. Des traces de feu (“points de chauffe”) sont présentes dans les six structures. Imaginer que des rites et des cérémonies s’y soient déroulés est légitime. En tout cas, plusieurs tonnes de matériaux ont été déplacés. Un système d’éclairage a été mis en place.
On retrouve des types d’aménagement similaires dans d’autres grottes comme celles de Chauvet, d’Enlène, des Trois Frères, de La Grama en Espagne mais toutes sont attribuées à l’homme de Cro-Magnon, à l’homo sapiens.
La grotte de Bruniquel tranche avec celles-ci car la datation des concrétions révèle un âge proche de 176 500 ans ! Il s’agit de l’œuvre de Néandertaliens, et même de Néandertaliens précoces puisque la forme classique de cette espèce du genre “homo” n’apparaît vraiment qu’à 150 000 ans. Cent soixante-seize milles ans, et le résultat est difficilement contestable. La datation uranium-thorium employée par l’équipe fait actuellement référence partout.
Les perspectives sont énormes. Il y en aura pour tout le monde. Tandis que la grotte est scannée en 3D, il faut noter le passage d’un paléoichnologue (spécialiste des traces), géologue, préhistorien, spéléologue. Autant dire, la cavité est loin d’avoir livrée tous ses secrets. Par chance, la fièvre de la découverte passée, l’équipe de Michel Soulier a su préserver la fragilité de la cavité. Elle constitue aujourd’hui un potentiel d’études remarquables.

 

Néandertal était aussi un artiste

 

Preuve est faite que les Néandertaliens s’aventurent dans les grotte au plus profond de la terre. Cela n’allait pas de soit il y a quelques années.
« L’absence de toute trace de préoccupation esthétique ou morale s’accorde bien avec l’aspect brutal de ce corps vigoureux et lourd, de cette tête osseuse où les fonctions végétatives et bestiales prédominent sur les fonctions cérébrales » écrivait Marcellin Boule, anthropologue français. Nous étions au début du XXᵉ siècle.
En 120 ans de recherche, la vision de l’homme de Néandertal à l’anatomie si particulière a bien changé. Ce Quasimodo brutal primitif est devenu presque un artiste. Déjà les abondantes traces matérielles (souvent des outils) laissées durant sa longue histoire démontrent des activités intellectuelles variées et élaborées. Taillé certes pour affronter les environnement les plus hostiles, Néandertal enterre ses morts, joue de la flûte, aime les couleurs et ne mange pas que de la viande. De quoi éroder plus d’un cliché.
Avec la grotte de Bruniquel, il gagne définitivement une conscience symbolique.
L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

L’aven de Mauray : des morts sous la colline depuis 5 000 ans

Ce que raconte l’aven Mauray

 

L’aven Mauray dans les calcaires dolomitiques du Lacaunais. Avec lui, nous plongeons dans un passé très très lointain.


Autant le dire, le lieu revêt aujourd’hui une allure sauvage que seuls les chasseurs viennent perturber le temps d’une battue.Trouver le bon aven se mérite tellement les trous dans la zone sont nombreux, tellement l’endroit est pentu. À vrai dire, sans l’aide de Daniel, peu de chances de redécouvrir le lieu.

Pour la petite histoire, l’alerte fut lancée en  septembre 1967 quand des membres de la Section Spéléologique des Cadets de Brassac découvrirent dans une cavité un crâne, puis un singulier ossuaire humain. Raison amplement suffisante pour que Jean Lautier et son équipe entament une fouille. Les squelettes n’étaient pas récents. C’était à cet endroit qu’il y a 5 000 ans, une communauté villageoise rangeaient ses défunts.

À 40 m de la crête, sur le flanc d’un vallon, l’entrée consiste en une toute petite ouverture qui débouche sur une faille d’une quinzaine de mètres de profondeur. A-t-elle été bouchée intentionnellement à une époque ancienne ? C’est du domaine du probable au vu d’autres cas semblables.

L’intérieur mis en lumière

Un comblement naturel argileux est en cours. Il entraîne une forte déclivité. De nombreuses stalactites cassées montre que l’aven a subi une intense fréquentation.
Le passage du dit aven est devenu étroit au fil du temps. On observe à l’intérieur une suite de fentes séparées par des étranglements avec, au fond, un puits d’une dizaine de mètres de profondeur. Les parois sont le plus souvent recouvertes de calcite mamelonnée et de concrétions. Des portions de la voûte se sont effondrées avec le temps.

Trois sépultures ont été repérées et fouillées sur la plate-forme supérieure de l’aven. Elles étaient contre la paroi rocheuse, limitées sur un ou deux côtés par des dalles formant des sortes de caissons.
Chambre sépulcrale latérale.

L’aven est fossile. Un bon potentiel archéologique avec cette niche bouchée.

Un éboulis soudé par la calcite
Les os brisés d’au moins sept défunts étaient déposés, enchevêtrés, en « mikado »,  le plus souvent pris dans la calcite. Ils correspondaient certainement à des dépôts successifs. Ils montrent, si ce n’est une volonté, au moins un souci de rangement. Quelques os humains trainent encore çà et là.


Autour du morts

Les sépultures livrèrent un abondant mobilier d’accompagnement comme des perles dont certaines sont cylindriques à renflement médian. Ces perles sont en calcite. 

Éléments de parure: pendeloque sous la forme de perles tubulaires en calcite.  À travers un objet se joue la désignation d’une culture et une chronologie. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971
Des pendeloques d’origines diverses : dent d’ours, coquille de cardium et plaquettes calcites perforées sur le haut. 

 

Coquille fossile de cardium à cannelure et bord dentelé aménagé en pendeloque. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Canine d’ours perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

 

Plaque en calcite perforée. Dessin de Jean Lautier dans la « Revue du Tarn » n° 61 de 1971

Avec ça, un témoignage hors du commun, une pointe de flèche en silex fichée dans un os.

 

La pièce est aujourd’hui au Musée Toulouse Lautrec
 Et la guerre fût…

C’est dans les années quatre-vingt dix que la guerre devint un sujet à part entière au cœur des sciences historiques. Bien loin de la question du déroulement des batailles, se posa la question de la violence au sein des populations. Et parmi elles, les plus anciennes. Pendant longtemps, on avait voulu voir le Néolithique comme un temps de paix dans des sociétés égalitaires où le cultivateur cultivait et l’éleveur élevait loin des bagarres et du fracas des armes. Or la réalité est toute autre à la lueur de l’archéologie. Certains ossements portent des stigmates qui laissent peu de doute sur leurs origines. Et ils sont nombreux.

Parmi eux, à l’aven Mauray, cette vertèbre lombaire dans laquelle était fichée une pointe de flèche en silex. L’individu aurait été, pour ainsi dire « fléché », à bout portant alors qu’il était étendu au sol. Ce sont les résultats d’une savante étude paléopathologique et balistique de Jean Zammit. La flèche aurait traversé l’aorte et se serait enfoncée de 23 mm dans la troisième lombaire entraînant ainsi une mort instantanée.

Au Néolithique final


On sait que l’installation au début du IIIe millénaire des premiers paysans du Tarn va voir l’émergence de nombreux dolmens dans le Nord du département sur les Grands Causses qui vont longtemps focaliser les recherches. On sait moins que le Sud participe aussi au phénomène. On peut d’ailleurs observer des dolmens dans la vallée de la Vèbre en aval de Murat. 
Il paraît acquis que les éléments retrouvés dans l’aven appartiennent plutôt à la culture dite « vérazienne » mais l’absence de poterie complique la chronologie.

D’autres avens bouchés ou non, à proximité de l’aven Mauray, dont il ne serait pas étonnant de découvrir une fonction sépulcrale, permettrons peut être d’affiner la chronologie dans les années qui viennent. Il faudra compter avec eux .

Il n’est pas incongru de le penser. La belle période des prouesses artistiques avec l’émergence de la première statuaire monumentale européenne (les statues-menhirs). La période des dolmens. Celle-là même qui verra sous l’effet de la croissance démographique la culture de céréales, la domestication du mouton, de la chèvre, du bœuf, du porc. La période ou même la montagne est colonisée. Cette période est aussi celle des massacres et de la guerre.
Il y a de quoi surprendre. Un effondrement circulaire dans un près suite aux pluies.

Indispensable pour celui ou celle qui veut connaître cette période du Néolithique dans notre département. Cette ouvrage imposant concrétise les savoirs de 50 ans de recherches historique et archéologique. L’ouvrage est éditée par le CDAT(Comité départemental d’Archéologie du Tarn)
La cathédrale d’Albi par la face nord

La cathédrale d’Albi par la face nord

Un colosse tout en argile (I)
Le mur gouttereau du flanc nord de la cathédrale d’Albi réserve quelques détails intéressants. Il nous permet d’abord de mesurer l’ampleur du bâtiment et de son constituant : la brique. Ce mur immense n’est pas destinée à recevoir un enduit de couverture. Il  est dit « brut de parement ». Par ailleurs aucun coffrage. L’épaisseur maximale des murs en bas résulte de dizaine de rangées de briques.

Bien malin qui connait le nombre de briques qu’il fallut pour construire le bâtiment ⁽¹⁾. À vrai dire, à ce terme de «brique» emprunté au Nord de l’Europe, il faudrait préférer celui de “teula” venu de la tegula latine. 
Au Moyen Âge, il faut imaginer de très petites unités de production, les teulièras, disséminées au sud et au nord d’Albi dans un rayon de quelques kilomètres. 

La proximité des gisements d’extraction² devait jouer un rôle prépondérant car le travail préparatoire en était raccourci. Le transport des briques, tuiles et carreaux par charretées, par tombereaux plusieurs siècles durant, en était d’autant plus facile.

Il est fort probable que le développement et la spécialisation en productions argileuses du quartier du « Bout du Pont » soient contemporains de l’époque de la construction de la cathédrale et de « La Berbie ».³ À proximité de la rivière, des lieux comme « Fontvialane », le chemin de Carlunet ou « L’Escapadou », montrent qu’il existait des tuileries parfois dès le XIVᵉ siècle et sans doute avant. À elle seule, l’activité mobilisait une partie de l’année les paysans des alentours. Apparemment, les tuiliers étaient « fermiers » des fours. Ils les louaient à de puissants propriétaires. Ils pouvaient d’ailleurs les partager à plusieurs.

Le travail des teuliers

La saison froide était celle de l’extraction (le piquage) et de l’exposition de l’argile aux intempéries afin de faciliter son délitage. Par ailleurs, on ramassait le bois.

La saison chaude était celle de la préparation et de la cuisson. Briques, tuiles, carreaux de sol, montrent un même procédé de fabrication.

Selon la qualité de l’argile les préparations étaient plus ou moins longues et toujours sophistiquées.

Piétinée, émiettée, un temps décantée dans des bassins⁴ ou prélevée dans le Tarn sous forme de « lize », l’argile devait présenter toutes les caractéristiques adaptées. Mélangée à du sable, l’objectif était d’obtenir une pâte homogène. L’argile devait perdre un peu son côté gras avec des « dégraissants »,  comme la silice ou des végétaux, qui modifient ses propriétés lors de la chauffe. Elle était ainsi prête au moulage. De ces opérations compliquées, il faut avouer que nous ne savons pas grand chose.

Une fois dans un moule en bois, la pâte était tassée à la main⁵.
Arrivait, alors, le temps du séchage. Plutôt à l’ombre, afin d’éviter les fissures. Enfin, les briques étaient cuites au four.

Face supérieure. Coté lisse ou raclé de la brique, tassé et aplani à la main. Il n’est pas rare d’y voir des traces de doigts.
Face inférieure. Côté rugueux ou graine. Fond du moule avec parfois des brins de végétaux.

De tout ce passé laborieux, il ne reste plus grand chose en terme matériel. Et les archéologues éprouvent le plus grand mal à localiser les lieux précis d’extraction et de préparation pourtant nombreux à une époque. La terre devait être extraite en plein air à la pioche par tranchées, sur les côteaux ou encore dans des zones marécageuses comme à Pratgraussals.

Pour les fours, leur fonctionnement est mieux connu mais seulement pour l’époque moderne. À notre connaissance, aucun four à briques médiéval n’a été fouillé sur l’Albigeois. Pour l’instant.

Un four à briques vertical et intermittent à l’époque moderne dans la région⁶

Les fours traditionnels dans le Toulousain étaient souvent bâtis en terre crue. Il n’y avait pas forcément de haute cheminée mais un toit à deux pans surélevés qui laissait passer la fumée. 

Schéma d’un petit four à briques et autres terres cuites avant la Révolution dans le Toulousain. C’est le type de four qui est décrit dans « L’Encyclopédie » de Diderot et d’Alembert au XVIIIe siècle. Parfois, le four s’accompagne autour de hangars couverts de séchage.

Le dispositif de plan carré se résumait à une chambre de chauffe ouverte par deux foyers dans lesquels les teuliers allaient glisser du combustible. Ces fours étaient proches des sources d’approvisionnement en bois et en terre. Éloignés – autant qu’il était possible de la ville – à cause des risques d’incendie, ils tenaient compte aussi de l’orientation des vents. La logique d’implantation répondait à des paramètres complexes, évoluant dans le temps.

Le four à briques en coupe et le teulier qui contrôle la montée en température. Les murs du four sont généralement plus épais que dans cette représentation. Ils peuvent atteindre deux mètres en terre crue.

Les foyers étaient parallèles et voûtés d’arcades plein-cintres.

Au-dessus de la chambre de chauffe, dans le laboratoire dont on murait la porte après l’enfournement, les briques étaient rangées les unes contre les autres en grande quantité ⁽⁵⁾ sur une tranche comme des livres sur une étagère. Entre elles, l’air pouvait circuler grâce à des consoles verticales qui formaient des sortes de couloirs. Couronnaient le tout, des débris de briques qui permettaient de visionner et contrôler la qualité de la cuisson à l’aide d’une canne.

On comptait deux journées d’enfumage très progressif pour éviter les fendillements des briques, typiques de la montée en température trop rapide. C’était « le petit feu » qui montait jusqu’à 500° C.
Puis, deux jours de « grand feu » à plus de 500° C et jusqu’à 1000° C. 

Une semaine de baisse de température très progressive. Il fallait à peu près trois jours pour défourner les pièce cuites.

Sur un mur, le maître teulier contrôlait la montée en température à l’aide de la canne et donnait des consignes.

Du bel ouvrage. Les briques sont posées « en boutisse » c’est à dire dans le sens de la longueur. Le petit côté du rectangle apparait. La cathédrale est le résultat de différentes campagnes de réfection bien visibles ici. À droite, des briques industrielles. Les briques ne sont pas éternelles, surtout les parties offertes à l’extérieur.
Observables ici, les différents types de mortiers lors des campagnes de réfection. Le joint est fait en général de mortier composé de gravier et de chaux. Il y a une finition au sable fin et à la chaux qui a souvent disparue. On minimise au maximum les joints verticaux. Les briques violacées ont subies une cuisson plus forte.
Gros plan du layage. Aspect strié par l’utilisation d’une laye, une sorte de marteau à tranchants après la pose.
Des marques de layage sur le parement.
Chaîne d’angle particulièrement abimée. La finition du joint n’est plus visible ; apparaissent alors des graviers du mortier.

Fabriquer une brique cuite normalisée

Nous parlons de « grandes briques », autour de 9 kilos, dans un format standard de 38 X 22 X 5 cm, autrement dit où la largeur équivaut, en gros, aux 2/3 de la longueur. À quelques exceptions près, ce calibre restera en vigueur du XIIᵉ au XVᵉ siècle dans l’Albigeois. À la période moderne les archives témoignent de l’existence de « moules de la ville » dont on ne peut pas déroger.
Brique dite « foraine ». L’origine de l’adjectif ne fait pas l’unanimité. Est-ce une brique facile à trouver dans les foires ? Une brique venue de l’extérieur de la ville (foreanus) ou servant spécialement à la construction des extérieurs ? Ou bien – comme nous le pensons – la brique définie par la nature même de sa cuisson suite à sa position dans le four ? Quel-qu’il en soit, le débat n’est pas tranché et il dure depuis le XVIIIᵉ siècle …

Ce qui est sûr au moins, c’est que la brique foraine se distingue de la brique en terre crue, très utilisée depuis la Préhistoire.

Construire à moindre coût


D’accès relativement facile à Albi, la brique constitue une véritable révolution pour la construction. Presque pas de taille, pas d’ajustage compliqué, légère au montage ; du coup, un prix défiant toute concurrence. Peu de main d’œuvre employée au montage. Au delà, la brique incarne un idéal de rigueur car elle décourage le talent des sculpteurs. Un idéal de rigueur recherché lors de la construction de la cathédrale.
Dans les secrets du montage

Le mur laisse voir les trous de boulin des traverses en bois qui supportèrent les  échafaudages toutes les quinzaines d’assises de briques environ. À peu près la hauteur d’un homme. Le maçon progresse aidé d’un gafet qui lui passe les tuiles.


Base du clocher au nord de la deuxième partie du XIVᵉ siècle. Ces trous de boulin sont encore béants. Fruit d’une volonté esthétique peut être.
Sont visibles aussi les reprises et les décalages d’assises qui marquent des coups d’arrêt dans les travaux, des réfections…
Mur de la sacristie, rue de la Temporalité. Une reprise.  Le décalage des assises est particulièrement visible. Il s’inscrit avec un triangle.
Un bouchage récent. Reconnaissons-le, pas très heureux.
Trous de poutrage anciens aujourd’hui rebouchés.
Rue de la Maîtrise. Avec la lumière, des campagnes de réfection et des bâtiments « fantômes » ou «parasites» collés au mur.
 De ces réfections, nous parlerons lors d’un prochain épisode.

Notes 

(1) – Autour d’une dizaine de millions. 
(2) – Voir le point fait par Christian Servelle, La mémoire perdue des carrières d’argile, dans « Le Tarn en céramiques ». Il évoque la difficulté à localiser des carrières d’extraction souvent éphémères. Les paysans rebouchent les trous après avoir épuisé les filons.
(3)Voir le point fait par Martine et Michel Houdet, L’artisanat et l’industrie céramique à Albi, dans « Le Tarn en céramiques ».
(4) – Des « pourrissoirs ».
(5) – Préalablement, le moule en bois est sablé et cendré.
(6) – Vertical parce que les flammes ne font que monter durant la chauffe, intermittent car le four s’arrête de fonctionner après la cuisson. Voir le point fait par Jérôme Bonhôte , Contribution à la connaissance des fours briquetiers et tuiliers dans le Tarn aux XIXe et XXe siècles, dans « Le Tarn en céramiques ».
(7) – Jusqu’à 20 000 …
(8) – Il y a d’autres briques que foraines. Brique commune, « de marteau », « biscuite ». Il y a aussi « la rougette ».  Les termes correspondent toujours à la nature et la durée de la cuisson car celle-ci n’est pas homogène pour la fournée jusqu’à l’invention des machines au début du XIXᵉ siècle. Un spécialiste reconnait d’ailleurs une brique à la couleur et au son qu’elle produit quand on la frappe.

Incontournable pour se faire une idée précise à l’échelle du Tarn sur ce sujet complexe mais passionnant:






Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

Aux grottes des Battuts: grand nettoyage automnal

 Enfin, place nette aux « Battuts »
Samedi 29 et dimanche 30 septembre et la matinée du samedi 6 octobre 2018
Grotte des « Battuts ». Un premier travail de vidage et de tri avait été effectué fin août. 
Restait le plus gros.
Deux journées et une petite matinée ont suffi pour nettoyer le site des grottes* des « Battuts » sur la commune de Penne. À chaque fois, le beau temps fut de la partie, ce qui rendit l’opération plus facile. Celle-ci, prévue de longue date,  se déroula dans une atmosphère sympathique mais concentrée étant donnée la nature dangereuse des lieux.
L’opération s’imposait à cause des risques d’incendie et la pollution que généraient des produits toxiques à l’état dégradé comme des médicaments, des produits de vaisselle ou des crèmes de protection…
Un travail d’équipe.
Un constat s’imposa bien vite. L’ASCA était « taillée » pour l’opération. Sa compétence, sa mobilisation furent totales; son ingénierie tout à fait adaptée. Le CAPA participa, plus modestement, mais avec le sérieux qui le caractérise. L’occasion était idéale de relier concrètement ces deux associations, dont les objectifs diffèrent, mais dont les ambitions sont loin d’être opposées. Histoire de montrer qu’archéologie et spéléologie peuvent faire bon ménage.
Une tyrolienne, montée pour l’occasion, achemina progressivement les sacs remplis de détritus en contre-bas, dans la vallée, sur une distance de 50 mètres.

 

Les sacs avant la descente. Les déchets ont préalablement fait l’objet d’un tri

Falaise impressionnante des « Battuts » avec filin tendu pour la descente des sacs.

Descente d’un sac

Plus délicat… un frigo !

Bien sûr, certains en profitent pour s’amuser.
Les sacs, en bas, avant la deuxième étape.

La deuxième étape: une pleine benne.
Quelques moments furent particulièrement délicats, comme la descente acrobatique du réfrigérateur.
Au total, plus d’une tonne d’ordures finirent dans la benne transportée à la déchetterie de Penne (Tarn).

La Dépêche du Midi couvrit l’événement. Ce qui nous valut la visite de quelques curieux.

Pour finir, il apparait que le cas des ermites « à la Carcenac » dont nous avons déjà parlé dans un article précédent **  n’est pas isolé. Les grottes, qui surplombent la rive droite de l’Aveyron, deviennent l’habitat temporaire d’individus en quête de logement. Il n’est pas besoin de remonter au Moyen Âge : vérification faite, maints abris rocheux restent, en 2018, un refuge pour les populations les plus touchées par la pauvreté et la précarité.

Notes

* et abris

** https://capa-archeo.blogspot.com/2016/11/insolite-le-quotidien-dun-ermite-penne.html