Les moulins de la vallée de Laussière

Les moulins de la vallée de Laussière

Sortie à Roussayrolles du  samedi 14 mai 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles et Saint-Michel-de-Vax
Météo : orage menaçant
Participants : Franck, Régine, Christophe et Louis
Sites visités : igue du Cuzouls, dolmen de Peyroseco et les moulins de la vallée de Laussière
Sites évoqués : une cavité prés du dolmen de Peyroseco différente de celle de l’igue du Cuzouls.

Voiture : Christophe

Photos: Franck
Le Cuzouls: une doline effondrée de 75 m de profondeur et aux environs de 10 m de largeur.

Au menu, exploration de l’igue du Couzouls. Pour nous, le lieu ne présente plus ou aucune trace – à l’heure qu’il est – d‘art pariétal (1) ; seule, une tâche ocre nous laisse sceptique dans la partie ouest. Des traces, il y en a, mais elles sont récentes car le lieu ne présente aucune difficulté d’accès particulier. La progression est facile.

Tâche rouge d’origine inconnue sous la calcite.

Très fréquenté, il a été livré aux pilleurs de grottes et littéralement ravagé depuis des annéesC’est loin d’être un cas exceptionnel. Ces déprédations ne remontent pas forcément au XXe siècle.

Des stalagmites coupées nous rappellent cette pratique courante des hommes de la Préhistoire la plus ancienne jusqu’au XXe siècle (2).

À toute fin utile, précisons-le, aujourd’hui, arracher des concrétions est passible de 10 000 euros d’amende.

Par ailleurs, partout, des fouilles clandestines à la barre à mine se sont succèdées, notamment dans le fond de la cavité où une fosse de près de 2 mètres de profondeur a été creusée.

Nous explorons « le trou » laissé par les pilleurs.

Par bonheur, des pilleurs ont laissé quelques tessons de céramique dont il difficile de donner une période tant ils sont petits, abîmés et sporadiques. Après consultation, ils semblent plutôt médiévaux que préhistoriques.

Il est remarquable que cet igue ait fourni des éléments de toutes les époques historiques.
Je le rappelle au passage : poteries dites « chasséennes », probable sépulture protohistorique, aiguille de bronze, amphores, tessons médiévaux, papier à cigarette contemporain.

L’effondrement progressif de la voûte, par endroit, a entraîné la formation d’un chaos rocheux. C’est sous ces rochers que les clandestins cherchent.

Des graffiti aussi « ornent » la caverne. Il sont de facture très récente.  

Concrétion en cascades type méduse.

Nous remarquons sur les parois des formations de calcite en draperie tout à fait remarquables. Partout aussi les points noirs des lampes à acétylène des spéléos.

Le dolmen de Peyroseco: un mégalithe reconstitué

Le dolmen de Peyroseco ou plutôt Peyro… en l’état, en ce début de printemps 2016. Trois dalles en calcaire sinémurien délimitent une chambre de 3 m X 2 m. Deux grandes dalles le recouvrent 
au sud.

L’approche de ce dolmen est mal indiquée. À la différence de celui de la Peyralade, plus connu sous le nom de dolmen de Vaour, il n’est pas en bord de route mais à l’écart d‘un chemin qui conduit de Roussayroles à Saint-Michel-de-Vax.

Pas d’autres dolmens proches à associer à ces deux là.

Depuis longtemps, des curieux avaient gratté autour. À partir de 1958, il fut l’objet d’une surveillance et fouillé par l’équipe de Jean Lautier à la fin de années soixante dix. Notre ami Henri Prat était de l’aventure (3).

Reconnaissance d’une architecture classique

À l’époque de la redécouverte, caché sur une croupe dans les fourrés, il consistait en une chambre quadrangulaire au trois-quart comblée de remblais, chambre couverte par deux grandes dalles plates (4) superposées. De part en part, des montants se dressaient pour supporter ces dalles de couverture (5). La structure s‘inscrivait dans une pente déclinante vers sud.

On discerna des traces du tumulus d’origine, au nord du monument. Il devait recouvrir la chambre. Il était composé de petites dalles calcaires jointives, posées à plat par centaines les unes sur les autres jusqu’à former une demi-lune autour de la chambre sépulcrale. Il s’agissait d’inscrire, d’une manière visible et durable, le monument dans le paysage. On devait le voir de très loin sur le Causse.

Plan du dolmen lors de sa découverte à l’état ruiné. Le tumulus de plan semi circulaire au nord cachait des restes du coffrage. On ne sait rien de la partie sud du tumulus. Tout l’art consistait à reconstituer le puzzle pour retrouver quelque chose de l’origine. Le choix de l’ouverture à l’est peut être discuté.
Source : Travaux et Recherches

 
C’est en fouillant les restes du tumulus que furent retrouvés des morceaux de dalle de couverture et de montants.

L’opération – très courageuse – aux dires d‘Henri consista au démontage, à la fouille, puis au remontage partiel et cohérent du mégalithe. 

Le dolmen vu du nord avec l’empierrement qui correspond aux éléments du tumulus. Le tertre devait être repéré de loin.

Aujourd’hui, le dolmen a gardé la forme donnée par l’équipe de Lautier dans les années soixante dix.

Mobilier

Hors d’atteinte avant le dégagement des dalles, dans une couche compacte de terre brune, la fouille d‘une partie de la chambre offrit toute une gamme de matériel lithique (hache polie, lames et éclats de silex, pointes de flèche classique du Quercy), osseux ou en test de coquillage (perles, pendeloques, éléments de collier) et métallique en cuivre (aiguilles, épingle, perles) mais aussi de la céramique.

Avec des exceptions, ce mobilier est typique de la fin du Néolithique entre le troisième et le second millénaire avant notre ère, moment où la métallurgie du cuivre fait son apparition dans notre région. C’est le Chalcolithique.

Mais, comme il est fréquent, le mégalithe a été « utilisé » (6) à des époques bien postérieures. En témoigne une épingle à tête ronde de  linceul en bronze plutôt du XIIe siècle. Jusqu’à quel point son agencement même n’a pas été modifié ? Plusieurs épisodes historiques semblent se succéder en laissant chacun des traces dont il est, pour le cas présent, impossible de livrer l’ordre et  le sens (7).

La présence d’une nécropole du Haut Moyen Âge de plein champ n’est pas à exclure aux abords de ce dolmen.

Le dolmen vu de l’est. On imagine les palans, les leviers, les trains de rondins qu’il fallut pour ériger ce tombeau collectif.
Entrée de la chambre

Vestiges anthropologiques 

Enfin, la fouille de tumulus, montra au nord-ouest du caveau, les traces d’une sépulture (extérieur à la chambre). En tout, on estima grâce aux amas osseux sur l’ensemble du site à une soixantaine le nombre d’individus enterrés, pas obligatoirement à la même époque. Récolte très fructueuse, si l’en est.
L’analyse de 853 dents aurait montré la présence d‘une grande proportion d’enfants. Ce qui peut paraître étonnant. Dhabitude, les dolmens sont plutôt réservés à des sépultures d’adultes. Les ossements montrent des formes de sélection. 

On peut se féliciter de l’œuvre de protection de l’équipe Lautier. Presque quarante ans ont passé et le mégalithe est encore debout, visible de tous. Le mobilier découvert a été déposé au musée Lautrec à Albi.

Les moulins de Laussière, un patrimoine au fil de l’eau

Dans des cercles rouges,  sur la rivière les implantations liés à l’activité des moulins. Source: carte IGN au 1/25 000

La vallée encaissée et ombragée du ruisseau de Laussière présente une série de moulins et d’aménagements tout à fait remarquables en l’espace d‘une centaine de mètres seulement. Bernard Alet a mené un travail d’archives sur ces moulins dont l’état de dégradation est avancé (8). Ils sont menacés à terme d’effondrement puisqu’il n’y a plus de toiture. Ils remontraient au XVIe siècle.

Des bâtiments destinés à moudre le grain sont visibles dans la partie haute de la vallée. Ils ont été abandonnés au milieu du XIXe siècle et figurent sur le cadastre napoléonien.

Partie dormante d’une meule à grain prise par la mousse. Meule en silex.
Meule à grain complète en place et en position.

 

Portion de meule déplacée positionnée à la verticale. Peut-être plutôt une meule de moulin à huile.

 

Place et reste de l’arbre de transmission entre la roue du bas et la meule du haut.

 

En bas, au niveau du cours d’eau la chambre des roudets souvent voûtée. En haut, avec fenêtre, la chambre des meules.

 

La chambre des « roudets » ou des « rouets » vue de l’intérieur. Observez le conduit où l’eau arrive sous pression pour actionner la roue à aube placée à l’horizontal. On devine des cerclages de métal qui devait appartenir à cette roue. À gauche, invisible sur la photo, le canal de fuite. Au plafond le trou de l’arbre de transmission.


 

Four à pain du deuxième hameau.


 

Vestige d’un canal afin de faciliter l’écoulement et la pression en période de faible débit. Notez l‘omniprésence des mousses.


 

1858. Une date assez peu significative comme souvent de la date d’élévation du moulin.


D‘autres sont installés plus bas. Ils ont été abandonné un peu plus tard en 1893. Dans le hameau, quelqu’un vivait encore juste avant la Seconde Guerre. On y installa même l’électricité. A partir de 1945, le lieu tombe dans l’oubli, il redevient sauvage.

Les deux hameaux connurent des périodes de concurrence farouche aux dires de Bernard.

À l’époque les versant était couvert de vigne. 

La faiblesse du courant, à certains moments de l’année, nécessita des aménagements de bassin. Toute un système complexe de bassins et de canaux est visible.

La dimension patrimoniale de cette vallée ne fait aucun doute. Les mécanismes sont bien visibles. Tout l’enjeu consistera à mettre en valeur ce patrimoine. 

 

   

Notes

(1) – Des yeux plus experts peuvent bien sûr venir nous contredire et ce sera avec un grand plaisir.

(2) – Que l’on agisse pour de l’argent dans la perspective d’un commerce juteux ou lors de mises en scène mystérieuses, elles sont victimes d’une fascination qui n’est pas récente comme le montre la découverte des « spéléofacts » de Bruniquel, quelques 400 stalagmites brisées il y a 175 000 ans. On ose à peine le croire. Voir à tout prix  https://lejournal.cnrs.fr/videos/bruniquel-la-grotte-qui-bouleverse-notre-vision-de-neandertal

(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Pour mieux comprendre les propos  de l’auteur.

D’après un dessin de Gilbert Fages


 
(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Elles sont dite « de chevet ». Y en avait-il une seule au départ ? C’est fort possible. 

(5) – Ils prennent le nom savant d' »orthostates ». 

(6 – La finalité de ces utilisations nous échappe pour l’instant.

(7) – Quand le dolmen n’a pas été pillé, c’est envisageable comme à Saint-Martin-du-Larzac, par Rémi Azémar.

(8) – http://www.mairie-roussayrolles.fr/groupe-magret/magret-six.pdf 

 

Des empreintes du plus haut Moyen Âge au dessus du Viaur

Des empreintes du plus haut Moyen Âge au dessus du Viaur

Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 10 octobre 2015
à La Salvetat-Peyralès(Aveyron)


Secteur : Pays du Viaur, Aveyron
Commune : La Salvetat-Peyralès
Météo : splendide ciel bleu 
Participants : Régine, Charlette, Bernard A., Kevin, Louis F., Werner, Jean-Marc  et Christophe

Voitures: Christophe et Louis

Sites visités : « La Boutique » et la chapelle de Murat

Sites à voir ou à revoir : châteaux de Roumégous et Castelpanis

 La Boutique surplombe le Jaoul. Un chemin « piéton » permet d’accéder à la vallée par l’ouest. Source IGN 1/25 000

À « La Boutique »

Ce jour-là nous répondions à l’invitation de Jean-Marc Berlou afin de nous rendre au lieu-dit « La Boutique »(1), un hameau perché en limite de plateau sur la rive droite du Viaur en face de Jouqueviel. 

Le propriétaire, Mr Rigaud s’interrogeait sur la présence d’une série d’empreintes dans le rocher que Jean-Marc et Michel ont identifié comme des cases-encoches il y a déjà quelques mois lors d’une première visite.
Jusque-là, ces indices n’avaient fait l’objet d’aucune mention.
14h 40. Nous arrivons en voiture sur les lieux sans trop de difficulté. À 381 mètres d’altitude, c’est un poste avancé qui domine un affluent du Viaur, le Jaoul. Le château de Roumégous plus au nord est bien visible depuis le site. L’endroit ne manque pas de charme en cette saison, vraiment.

Les bâtiments actuels sont assis à même la roche ou sur un lit de gros blocs de quartz blanc. 
Le chemin cadastré qui descend sur le Jaoul sert de cour à la ferme. Actuellement, le logis est à l’ouest, l’étable-remise à l’est. Juste derrière, on remarque une paroi rocheuse et des aménagements anciens type « case-encoches », 5 mètres de large pour 3 de profondeur(2).
L’affleurement ceinture une petite éminence rocheuse où nous n’avons pas décelé de traces évidentes de castelas. Pas de tranchées notamment ou alors comblées.
Comme souvent, des terrasses à l’abandon ont profondément modifié la forme du site primitif. 
Portons un regard sur les parois aménagées dans le substrat rocheux : au-delà des traces d’attaque au pic, il y a une profusion de perforations de taille et de nature forts différentes. Elles sont, le plus souvent, les empreintes de structures périssables aujourd’hui disparues. 

Un modèle du genre case-encoche

Un petit débroussaillage permet de distinguer sur la paroi exposée nord-est /sud-est une échancrure horizontale (dispositif de drainage), une banquette, une série d’opes (2) non alignés, un trou de poteau, une niche, un bassin dont la destination interroge. Enfin, quelques marches très érodées d’un passage pour accéder à un second niveau. Par ailleurs, aucun doute n’est permis, une porte a existé puisque que la roche montre une « virgule » permettant de glisser un rondin de fermeture, une empreinte de chambranle et un à-plat pour déposer le linteau.

Une case-encoche

Paroi nordest / sudest. Schéma des traces d’habitat excavé (dessin Kevin).
Flanc ouest avec saignée horizontale (dessin Kevin).

Etrange petit « bassin » dont on ignore la destination.

 
Le sol livre en surface de petites lauzes de couverture (percées) caractéristiques des cases-encoches.

 Petites lauzes de couverture

Le second niveau exposé à l’ouest (côté Viaur) présente encore une grande saignée taillée dans la roche.
Une seule maçonnerie est visible en haut de la paroi de la case. C’est un mur en pierre de schiste montées à sec d’un mètre de haut. Il est probablement récent.

Empreinte de structure type poteau

Conclusion: une paroi arrière verticale, un sol horizontal, des parois latérales verticales de hauteur dégressive, nous confirmons la nature des traces. Ce sont bel et bien des cases-encoches. Un habitat sur deux niveaux autour du passage marqué par des marches d’escalier. En l’état des connaissances, c’est le scénario le plus probable.

Le site révèle à peu près tout le registre classique des habitats à demi excavés. Il est à l’image de ceux de Castelpanis, Ambialet ou Fontrenard.

En bas, il serait intéressant de sonder la profondeur des dépôts pour atteindre la plate-forme constituée du substrat. Y a-t-il des couches archéologiques ? Ce n’est pas impossible. 

Nous nous rendons ensuite à la chapelle de Murat entièrement reconstruite à plusieurs reprises, notamment au XVIIIe siècle. Mention est faite de son existence au début du XIe siècle. 

La chapelle de Murat qui fut une église. Le château de Roumegous en arrière plan tout au fond.
Elle présente à différents endroits des croix occitanes trilobées assez exceptionnelles pour être mentionnées.

Photo prise d’un trou de serrure de la chapelle de Murat montrant le décor mural au-dessus de l’autel.


Notes 

(1) »La Boutique » vient peut être de botiga, la cave.
(2)C’est la parcelle 142. Assez intéressante de part sa forme.  
(3)Trou de mortaise

Bibliographie sommaire

Parmi les ouvrages traitants des cases-encoches et des habitats excavés, deux conseils. Le premier, réservé au grand public, est une contribution du CAPA. Mottes et castelas du ségala tarnais, Les guides archéologiques du Tarn, 2003, 4 euros

Le second concerne un public plus ciblé mais rapporte des cas intéressants à l’image de nos découvertes du jour. C’est une oeuvre collective suite à un colloque à Saint-Martin-le-Vieil(Aude).
Monique Bourin, Marie-Elise Gardel et Florence Guillot, Vivre sous terre, Sites rupestres et habitats troglodytiques dans l’Europe du sud, Presse Universitaire de Rennes, 2014, 39 euros

Fragments insolites au Riols

Fragments insolites au Riols

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 août 2015
Le Riols et Saint-Martin-Laguépie

Secteur : Cordais et Tarn-et-Garonne
Commune : Le Riols et Sommard (Saint-Martin-Laguépie)
Météo : grand beau temps
Participants : Yann, Christophe et Yvonne
Sites visités :  hameau de Sommard, meulière de la Marèze
Sites vus et évoqués : sablière de Lexos, les plâtrières de Varen, fours gallo-romains du cap de la forêt et verrerie 
Voiture : Christophe et Yvonne


En premier lieu, une pierre mystérieuse


Mais qu’est-ce donc? Les cupules sont comblé par la mousse suite à une exposition à l’extérieur.
Le grès est homogène.







Des cavités alignées. Pour quel usage ?
C’est Yvonne Da Silva qui a sollicité notre venue.
Elle nous reçoit chez elle à Lexos(1), puis nous nous rendons ensemble à Belvert sur la commune du Riols. 


C’est un hameau de quelques maisons. L’Aveyron est tout près à une centaine de mètres. Nous sommes dans la propriété de Mme Gayral qui n’a pas pu se libérer ce jour-là. Nous trouvons rapidement la raison pour laquelle nous sommes venus : au bord d’une remise un bloc de pierre bien étrange que nous prenons en photo sous toutes les coutures. De part son aspect, il nous laisse perplexe (2)

En grès fin – et non en conglomérat – il mesure un demi mètre de hauteur. Parce qu’il est partiel, le bloc est difficile à identifier. En tout cas, il est « cupulé » tous les centimètres sur une seule face bombée. Les dépressions « en tronc de cône » ont un demi doigt de profondeur. Alignées, de la même taille, elles ne sont apparemment pas l’œuvre d’une machine.

Autour, un autre fragment, plus petit mais du même genre. Puis plus rien. Mise à part une tegula trouvée dans le champ en pente qui conduit au Roxé.
Parmi les objets étalés, il y a des meules et un rouleau de nature plus classique.


Nous n’avons rien remarqué d’autres à proximité.
Dans ces conditions, nous laissons le soin aux membres du CAPA et à leur entourage ainsi qu’aux lecteurs du blog l’occasion d’exercer leur sagacité. Nous ne nous lancerons pas dans un pronostic. Vous serez tenu au courant si il y a lieu de l’être.

Les restes d’un four à chaux


Localisation d’exploitation de chaux. Source: carte IGN (Géoportail)
Par la suite, nous nous rendons par la D34, plus au sud, au lieu-dit les « Fours à chauds » où nous trouvons effectivement la triade connue. Un bâtiment en ruine presque complète,  des trous d’exploitation à ciel ouvert et, bien sûr, un four à chaux au bord du chemin. Un seul en dépit du toponyme « Les fours à chaux ». 
Du four, il reste en 2015 des éléments en pierre de la chaudière en cylindre qui forment encore un demi cercle. Il s’appuie comme souvent sur le relief. Apparemment, il a été couvert par une bâche dans sa partie inférieure. Son état de délabrement est quasi complet et dans quelques années, il n’apparaîtra plus que par le toponyme (3). Aussi, nous enregistrons sa position.
Les sarcophages de Sommard
Au hameau de Sommard, nous nous rendons à l’église Saint-Jean-Baptiste où deux sarcophages sont actuellement protégés sous un apenti spécialement construit à cet effet.




Deux mots sur ces sarcophages qui – si ils sont très connus – n’ont pas engendré la moindre  littérature (4).

Nous remarquons deux blocs en grès creusés. Deux cuves. L’une est brisée. L’autre est dans un état de fraîcheur surprenant. Le sarcophage le plus au sud est coiffé d’un couvercle sans batière bien nette mais légèrement arrondi tout de même On voit très distinctement des butées rectangulaires à l’intérieur du sarcophage le plus au nord.


Les sarcophages à côté de l’église Saint-Jean-Baptiste à Sommard Source : carte IGN (Géoportail)
Je ne note pas de traces d’inscription, de bas-relief quelconque, ni de trous. En revanche, nous remarquons très bien une découpe céphalique (photo du bas) dans laquelle se logeait certainement un oreiller en matière périssable pour que le défunt puisse avoir la tête droite et regarder le ciel pour son salut.
Qu’en-est-il de leur présence ici ? Nous l’ignorons. Il y a fort à parier que l’église Saint-Jean-Baptiste lors d’aménagements divers ait livré ces deux-là.

Des meules rotatives gallo-romaines en réemplois

À l’allure où elles disparaissent (5), je note une série de réemplois de meules gallo-romaines (en portion découpée) dans le mur du cimetière sur le haut comme couronnement et dans les clôtures des jardins.


Trois demi meules de facture gallo-romaine verticales couronnent le mur du cimetière



Meule verticale encastrée dans un mur. Elle est facile à repérer.



Nous terminons par une visite des carrières gallo-romaines de la Marèze dont nous avons parlé à plusieurs reprises. Nous tenons à remercier Yvonne notre guide de l’aprés-midi.



Notes

(1) Yvonne me montre un biface partiel en silex ramassé sur le chemin de Caudecoste (Milhars). Il est à notre disposition pour photographie. 

(2) S’agit-il d’un fragment de meules ? D’une ébauche? D’une préforme? De quel type?

(3) D’où l’importance de conserver ceux qui restent en bon état. Un à deux par département…

(4) À notre humble connaissance.

(5) Il est bon de la rappeler et d’en prendre conscience.





Les dessous de Lautrec

Les dessous de Lautrec

Compte rendu de la sortie du CAPA du mercredi 1er avril 2015

Lautrec

Secteur : Lautrecois

 
Commune : Lautrec

Météo : encore bien fraîche

Participants : Sylvane, Yann, Michel, Jean-Simon, Bernard D., Régine, Louis F., Claudette, Christophe et notre guide : Jacques

Sites visités : des caves à Lautrec

Véhicules : Christophe et Michel


Localisation précise des silos découverts à Lautrec. Il est certain que tous n’ont pas été mis au jour. Plan extrait d’Archéologie Tarnaise n°15. Article de Jacques Mathieu


En retard, nous sommes reçus par Jacques Mathieu à Lautrec dans le local du GERAHL (1)où des travaux de restauration ont lieu. Il est situé idéalement rue du Mercadial dans l’ancien couvent des religieuses de l’Ordre de Sainte-Claire. Des Bénédictines s’y installèrent au XVIIe siècle avec l’aval de Louis XIV sous le vocable de « l’Annonciation ».

Elles faisaient œuvre d’éducation pour les jeunes filles de bonne famille. À la Révolution le couvent devient propriété de la commune qui y établit la mairie. Jacques nous présente la salle d’expo et un local de conservation des collections du GERALH aux normes les plus actuelles.

Dans les sous-sol du couvent

Après l’observation d’une arche de pierre en arc brisé en sous-sol (2), nous visitons une partie des caves du grand bâtiment des Bénédictines. Inondé depuis 1955, une opération laborieuse de pompage a été effectuée. Les investigations menées par le GERAHL et des jeunes du village ont permis d’éclairer la présence de plusieurs silos dont l’un a été rempli par l’eau récemment (3).


Couvent des Bénédictines. Sur la photo ci-dessus, on note une bonne visibilité des textures des couches gréseuses. Lors des creusements de fosses, le grès le plus adapté a été choisi. Une fosse plus ancienne que la cave est comblé par des moelons grossiers pour éviter les effondrements sur la droite.

Une partie de la cave sous une arche a été complètement dégagée. On peut à présent observer les assises sur roche qui servent de fondations aux bâtiments. Jacques évoque un agrandissement de la rue au-dessus.
C’est l’occasion de préciser que Lautrec est construit – pour une part – sur des bancs calcaires (4). Ils constituent le substrat. Juste en dessous des couches gréseuses aquifères retiennent plus ou moins les eaux souterraines. Tout l’art des habitants consiste à capter cette eau grâce à des puits, très nombreux à Lautrec. On le constatera à plusieurs reprises ce jour-là.

Des traces de l’incendie de 1848 sont révélées par la présence à 30 cm de profondeur d’une poutre calcinée et d’une couche noircie. D’autres signes témoignent de la catastrophe comme les bois de charpente.

Peu après, il nous présente un support de voûte dont il évoque la légère asymétrie (5).

Deux « ruches » sont posées dans un couloir de la cave. Elles consistent en une sorte de panier tressé recouvert de terre séchée (6).

Comme nous le remarquons, le lieu fait l’objet d’initiation à la fouille archéologique pour le jeune public.


Sous le couvent des Bénédictines à Lautrec

Nous poursuivons notre visite .Au programme, la cave située à l’ouest du salon de coiffure. Nous remarquons que des portions de ruelles ont été privatisées avec le temps. La trame des rues est légèrement modifiée. Les voies ont gagné en largeur bien sûr.

Nous nous rendons maintenant à l’ouest du village à proximité des remparts vers la porte de la Caussade.

Des silos en veux-tu en voilà

Deux espaces accueillent des silos visibles en bon état de conservation (7).

Le premier est localisé dans la cave de la maison Leblanc ou pas moins de 28 silos ont fait l’objet d’une redécouverte suite à un déblaiement achevé en 2011. 
Nous accédons à la cave par un escalier en béton. En déblayant les remblais pour gagner le sol d’origine sont apparus les silos. Avec eux, des aménagements de surface sous la forme de trous de poteaux, de saignées. Y-avait-il une sorte de plancher à l’époque des silos ? Il y a tout lieu de le croire.


Les silos en sous sol après nettoyage dans la maison Leblanc


La deuxième aire d’ensilage est l’espace dit de la Caussade. Lors de la destruction de maisons, il y a 25 ans, on a mis au jour des dizaines de silos. Ceux-ci ont été moins étudiés que ceux de la maison Leblanc. L’endroit – que l’on peut voir derrière une grille – prend aujourd’hui la forme d’un dédale souterrain où s’enchevêtrent les structures ; un vrai gruyère. 

Pour creuser un silo

Jacques dresse pour nous l’état des recherches. Qu’on les appelle « creux », « sièges » ou même les « crus », les silos servent à accueillir le grain battu bien vanné. La pratique est ancienne. Elle remonte probablement au Néolithique.

Le « creuseur » façonnent une excavation en forme de grosse bonbonne à fond plat autour de 2 m3(8) avec une ouverture étroite sur le haut, un goulot. La fosse, une fois creusée, est remplie à ras bord.

Elle est, ensuite, bouchée par un opercule en forme de meule inséré dans une feuillure. On scelle le plus hermétiquement possible la feuillure avec de la paille mélangée à de l’argile.


Observez les opercules et les feuillures

Localisation des silos de la maison Leblanc,
plan extrait d’Archéologie Tarnaise n°15. Article de Jacques Mathieu

 

Choix de la nature du grès et traces de l’outil du creuseur.

Parfois, entre deux silos, côte à côte, l’épaisseur est mince. L’usure fragilise la paroi au point de la craquer. Aussi, observe-t-on des traces de colmatage. Autrement dit, après une première utilisation, c’est reparti pour un tour… À la différence des amphores – moyen de stockage antique – les silos étaient entretenus et réparés.

Réaction chimique en milieu confiné

La réaction est simple. Dans un premier temps, l’oxygène encore contenu pourrit les grains mais juste ceux du bord de la paroi. Dans un deuxième temps, la création d’acide carbonique suite au pourrissement rend le silo anaérobique et extermine les parasites.

Ensuite, c’est une phase de « dormance » qui a lieu. Elle peut durer jusqu’à trois ans. Les archives le prouvent. Aussi difficile que cela puisse paraître, les céréales, à l’abri de l’air, ni ne fermentent, ni ne germent mais gardent toutes leurs qualités nutritives (9). Le GERHAL, à son tour, tente l’expérience comme vous pouvez le constater ci-dessous (10).

Silo bouché à des fins expérimentales par le GERALH

Des silos et des hommes

On calcule – avec toutes les précautions qui s’imposent en la matière – qu’un silo pouvait nourrir une famille de quatre personnes durant un an (11). À part quelques exceptions, les silos lautrecois semblent fonctionner « en batterie ». Alignés de part et d’autres des rues commerçantes, à proximité des portes principales du bourg, ils sont installés sur plusieurs niveaux comme le montre ce dessin.

Schéma du positionnement des silos sous les encorbellements des maisons. Extrait de AT 15 p. 112

Juste devant les maisons, à l’abri des encorbellements, on entrevoit l’intérêt de ces réservoirs. Discrets plus que secrets, ils sont une question survie en cas de mauvaise récolte. Mais comme le souligne Samuel Montagne (12), les silos sont surtout un outil de spéculation au XVIe siècle avec la vente au prix fort des denrées au moment où elles manquent le plus. 
Les silos prouvent en tout cas des échanges avec l’extérieur de la communauté car une fois ouvert, le contenu doit être consommé dans de brefs délais. Le silo n’est pas un garde-manger.

Samuel Montagne montra aussi que les silos n’appartenaient pas forcément au propriétaire de la maison. Ils s’achetaient, se louaient, se transmettait de père en fils sur des générations.
Reste en suspens la question de leurs origines avant le XVe siècle en milieu villageois mais aussi le pourquoi de leur disgrâce à partir du XVIIIe siècle. 
 

Au passage, chemin faisant, s’offrent au regard des traces de colombage de types différents. Sous un plâtrage, l’ossature bois est sculptée. Le hourdage est en brique, tuiles, terre séchée. La maison remonte dans sa conception au XVIIe siècle.

Un colombage sous le plâtre.

Toujours sous la conduite de notre hôte, nous nous rendons plus à l’ouest de la ville par la rue de Lengouzy afin d’observer de plus près les restes des anciens remparts. Remparts aujourd’hui invisibles car détruits ou imbriqués dans le bâti. Remparts avec un « s » car ils correspondent à deux générations différentes de construction. La première courant la guerre de Cent Ans au XIVe siècle, la deuxième courant XVIe siècle lors des guerres de Religions. À l’ouest, dans une cave, nous est montrée une base de courtine. Sa mise au jour résulte d’un creusement du propriétaire. Un puits – encore en eau – est visible entre deux contreforts. Il semble à l’extérieur du premier rempart.

Le puits devant les restes de courtine.

Une « portanelle » (ou poterne) à usage des piétons qui gagnaient les jardins est visible. Le bâti dans ses usages et ses constructions successives suscite  d’innombrables questions auxquelles il est mal commode de répondre sans un relevé précis.

Pour terminer une autre cave  de la rue nous est présentée où une arche plein cintre est visible.

Nous adressons nos remerciements et notre gratitude à Jacques pour son accueil et ses commentaires.

Notes

(1) Groupe d’Etude et de Recherche Archéologique et Historique du Lautrecois

(2) Dans une ruelle en cul- de- sac aujourd’hui, perpendiculaire à  la rue de la Rodé. Une arche maçonnée flanquée de deux piles est définie comme tel dans des archives notariales : « le pont ». Ce pont marquait le passage d’une ancienne ruelle.

(3) Pendant un creusement, le sol s’est effondré sous les pieds d’un malheureux membre du GERAHL pour ainsi dire « avalé » par un silo en eau. Rassurons-nous, tout s’est bien terminé.

(4) De l’Eocène entre 30 et 60 millions d’années.

(5) Le calcul des voûtes ne se développe que tardivement à la fin du XVIIIe. Jusque- là l’élévation reste très largement empirique. Elle est une affaire d’expérience. Le « feeling » disait-on à une époque. Le ressenti.

(6) Tout au moins identifiées comme telles. Ruches? Ces deux éléments patrimoniaux nous interpellent à vrai dire. Il convient de les conserver.
 

(7) Mais aussi ceux disparus de la rue Mercadial dont l’alignement est remarquable. 
 

(8) Je renvoie les amateurs à l’excellent article de Jacques dans AT 15 pour une explication du choix de la forme et des outils de creusement ainsi que de leurs traces. 
 

(9) Et même germinatives.

(10) En attendant celle du creusement, plus compliqué à notre avis.

(11) On apprécie ainsi la valeur du contenu mieux qu’avec de l’argent.

(12) Le GERAHL a constitué un dossier épais sur le sujet. Un étudiant, Samuel Montagne, a fait part de ses réflexions à la lueur des archives d’actes notariés lors d’un colloque à Toulouse.