Saint-Michel de Lescure

Saint-Michel de Lescure

Visite de Saint-Michel de Lescure-en-Albigeois
Le samedi 1er octobre 2016 
Secteur : Albi
Commune: Lescure-en-Albigeois
Météo : chaud, beau temps après des ondées passagères
Participants : Régine, Franck, Charlette, Bernadette, Marc, Bernard, Christophe, Louis, Jean-Claude, Martine, Jean-Pierre et Thérèse Beaucourt  

Sites visités : ancien prieuré Saint-Michel et église de Cahuzaguet (la visite de cette église sera traitée ultérieurement)

Voitures : Franck, Bernadette, Jean-Claude et Jean-Pierre

Peinture de Henri Gourc en 1944 tirée de l’ouvrage A. Flauraguet, Lescure-d’Albigeois, Albi, 1965

Aux origines de Saint-Michel de Lescure

L’église Saint-Michel de Lescure est certainement l’un des fleurons le mieux conservé de l’art roman dans le département du Tarn, avec la collégiale de Burlats, mais celle-ci est partiellement ruinée. Issu très probablement d’une chapelle cémétériale, pour christianiser une nécropole païenne, comme s’était fréquemment le cas à l’époque du haut Moyen Âge, ce lieu de culte tombe dans la main de l’abbaye bénédictine de Saint-Michel de Gaillac à la fin du Xe siècle. Cette église extra muros, classée au titre des Monuments Historiques en 1883, n’a jamais été une paroissiale, cette dernière étant située dans le bourg de Lescure-d’Albigeois. À partir de 1812, nous savons que l’église est uniquement réservée aux services mortuaires.

 


Sur cette photographie de 1895, on remarque(entouré en rouge) un sarcophage à découpe céphalique, donc tardif, déposé à gauche du portail.
Cela conforte l’hypothèse de l’origine de cette église comme chapelle cémétériale, à l’emplacement de la tour-clocher, pour christianiser une nécropole païenne au VIIIe ou au IXe siècle.


Une construction par à-coups


Sur le plan géopolitique, l’Albigeois vient en dot au roi Robert II le Pieux, fils d’Hugues Capet, par le biais de son union, vers 1003, avec Constance d’Arles, fille du comte de Toulouse.  Le roi a des relations plus que tendues avec son ancien précepteur, Gerbert d’Aurillac, devenu entre temps pape sous le nom de Sylvestre II, qui a failli l’excommunier à cause de son mariage avec sa petite cousine Berthe de Bourgogne. Sous la pression, il est obligé de la répudier en 1001 après qu’elle ait accouché d’un enfant mort-né. Constance de caractère peu commode, est cruelle, intrigante et avare ; c’est elle qui tient les cordons de la bourse royale. Les donations aux ordres religieux eurent directement à souffrir de cette mésentente et de cette avarice. Robert continue de voir Berthe en secret alors que Constance intrigue pour faire monter sur le trône son second fils Robert au détriment d’Henri Ier qu’elle déteste. L’argent revient, petit à petit, sous forme de donations aux abbayes après la mort de celle-ci en 1032, grâce à Henri Ier, qui a fait la paix avec son frère, et qui reprend peu à peu la politique d’aide aux communautés monastiques, mais surtout sous Philippe Ier et Louis VI le Gros, afin de consolider leurs appuis et leurs soutiens dans un royaume bien faible face aux grands vassaux que sont les ducs de Bourgogne, de Normandie qui a des terres en Aquitaine, et le comte de Flandres.

Le monde occidental connait alors une grande ferveur religieuse, qui se traduit par la création de nombreux monastères. Parallèlement au clergé séculier, bien hiérarchisé, trois ordres anciens, mais ce ne sont pas les plus vieux (Basiliens, par exemple) dominent la spiritualité chrétienne. Ce sont d’abord les Bénédictins, ordre auquel appartient l’abbaye de Gaillac, congrégation fondée par saint Benoît  en 529, sur le mont Cassin (Monte Cassino) en Italie, dont la règle est ora et labora, prie et travaille. 
Puis les Clunisiens, en réaction aux Bénédictins, dont les mœurs se relâchent (ils prient de moins en moins et font travailler les autres de plus en plus) est fondée au début du Xe siècle, tout en conservant la règle de saint Benoît, avec une organisation différente : il n’y a qu’une seule abbaye-mère (Cluny) et toutes les affiliations portent le titre de prieuré.
Enfin, arrive plus tardivement, à partir de 1098, et toujours en réaction aux Bénédictins d’origines, les Cisterciens (Cîteaux, Clairvaux) caractérisés par une grande rigueur tant religieuse que dans l’austérité de leurs constructions. Ils sont peu implantés dans le Tarn, avec une seule abbaye entre Castres et Mazamet et une autre à Beaulieu-en-Rouergue dans le Tarn-et-Garonne, fondée en 1144.

La dédicace

Le prieuré reprend la titulature à saint Michel de l’abbaye-mère de Gaillac. C’est un archange très vénéré au Moyen Âge dans toute la France, au même titre que Marie ou Martin. Défenseur de l’ordre et de la morale, il terrasse les forces maléfiques de Satan, représentées sous la forme du dragon. Sa représentation la plus connue est celle de la sculpture qui domine la flèche du Mont Saint-Michel en Normandie

Localisation du prieuré

De cette église prieurale, tout ce que l’on voit en pierre apparente est d’origine (sauf les moellons changés bien sûr). La brique, introduite couramment à partir des XIV/XVe siècles dans les édifices, correspond à des phases de reconstructions ou de réparations postérieures.  Ce lieu de culte n’est que la partie subsistante d’un prieuré qui a accueilli au moins une dizaine de moines selon les sources écrites, ce qui sous-entend une cinquantaine de personnes à loger (frères lais, convers, serviteurs, serfs, etc.). Les historiens d’art voient tous ces bâtiments fonctionnels (dortoir, cloître, cuisines, réfectoire, infirmerie, grange, écurie, etc.), dont plus rien ne subsiste en élévation, situés au nord de l’église. Pour notre part, en l’absence de fouilles archéologiques, nous serons d’une très prudente réserve puisque, en général, l’implantation des bâtiments se fait du côté sud/sud-ouest (Saint-Salvi d’Albi, Saint-Michel de Gaillac, Beaulieu, pour ne citer que les plus proches de chez nous) et ici, plus particulièrement, près de la rivière où devait exister une infrastructure portuaire, destinée à exporter les productions agricoles du prieuré (fig. 1). À l’appui de cette hypothèse, notre ami et collègue Henri Prat, que nous remercions, nous fournit un document écrit – GRAULE, 1895 (1) – que nous citons : … Enfin, pour confirmer encore les preuves que nous venons de citer (- la présence du prieuré -), nous présentons l’existence de fondements de cet ancien prieuré que nous venons de découvrir tout auprès de l‘église Saint-Michel. En creusant dans le cimetière pour faire un caveau familial, on a trouvé à 1,50 m, des murailles de 0,90 m d’épaisseur, construites en pierres et briques. La direction de ces murs va du nord au midi, remonte vers l’est pour revenir vers le nord en partie ; elles auraient enclavé presqu’entièrement l’église. Cette disposition du prieuré monastique nous explique aujourd’hui parfaitement les deux portes latérales qui se voient encore fermées en maçonnerie, mais qui indiquent une communication naturelle entre l’église et le prieuré. Ces deux portes, citées par Henri Graule, sont encore visibles depuis l’intérieur de l’église dans le mur gouttereau sud. L’ouverture, dans le croisillon sud, ne se voit plus à l’extérieur, masquée par les travaux de restauration de la fin du XIXe siècle (fig. 2). En revanche, la seconde issue reste bien présente.

Fig. 1 – Proposition d’organisation de l’espace construit du prieuré, au sud de l’église, en fonction des indices livrés dans l’ouvrage d’Henri Graule en 1895. En romain, disposition au rez-de-chaussée ; en italique, agencement du premier étage (plan Marc Durand)

 

Fig. 2 – Mur du croisillon sud dont la partie basse a été reprise au XIXe siècle. Ces travaux ont masqué l’issue communiquant avec la sacristie mais qui est encore visible à l’intérieur de l’église, près de l’autel de la Vierge (photo Christophe Mendigral).

L’église
 
C’est un édifice parfaitement orienté, dominé par une tour centrale carrée et trapue, autour de laquelle s’articulent les divers éléments de l’église (fig. 3). La construction, si les fondations de la tour-clocher et du chœur sont les plus anciennes — mais seules des fouilles pourraient le prouver — a débuté à l’est par une abside semi-circulaire percée de trois fenêtres. Ensuite le transept et la nef ont été construits.  Nous sommes donc en présence d’une église cruciforme à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. L’argent étant revenu, les moines décident d’agrandir mais surtout d’enrichir la décoration de l’édifice, d’abord en voûtant la nef et en la confortant par des bas-côtés qui servent de contreforts et d’une coupole centrale sur trompe. La construction, mal maîtrisée au niveau du voûtement, s’effondre sous le clocher central, puis dans la nef (fig. 3, centre). Elle ne sera pas reconstruite mais remplacée par une charpente de bois. En revanche, le portail qui ne subit pas de contraintes architecturales résiste à l’épreuve du temps (fig. 3 – 3 et 4).

 

Fig. 3 – Plan de l’église (fond de plan, Association culturelle de Lescure-d’Albigeois)

 

Fig. 4 – Partie haute du portail ouest avec la présence de trois chrismes (photo Christophe Mendigral)

L’architecture extérieure

Nous pouvons nous rendre compte des différentes étapes de construction en comparant la forme des fenêtres des croisillons à celle du bas-côté nord, plus récente. À notre avis, la porte s’ouvrant sur le côté nord correspond sans aucun doute à la « porte des morts » et non à une issue donnant sur les bâtiments prieuraux (fig. 3 – 1).
L’extérieur de l’abside est un morceau de bravoure. Semi hémisphérique, en pierres disposées en moyen appareil régulier, elle est confortée par quatre contreforts plats régulièrement espacés entre lesquels sont disposées trois fenêtres plein cintre. Sous la toiture en tuiles canal court une corniche composée de quatre rangs de billettes disposées en nids d’abeilles, supportée par des modillons sculptés, plus originaux les uns que les autres (fig. 5). 

Fig. 5 – Détail de la frise en nids d’abeilles au chevet soutenue par des modillons sculptés originaux (photo Bernard Ducourneau)

Si on ne possède pas la clé de la thématique de ces sculptures, il est pratiquement impossible de savoir à quoi elles correspondent. C’est de tradition que les maîtres d’œuvre laissaient aux sculpteurs la liberté  de représenter ce qu’ils voulaient sur les modillons. Un chapiteau à godrons, du côté sud-est, qui n’apparaît pas dans la sculpture religieuse avant les années 1080 en Normandie (abbaye aux Dames, Caen), permet d’avancer que la seconde campagne de construction semble impossible à débuter avant cette date (fig. 1 – 2 et fig. 6).

Fig. 6 – Fenêtre du côté sud-est du croisillon méridional, encadrée par des chapiteaux à godrons. L’agrandissement et l’embellissement de cette fenêtre correspondent à la seconde campagne de travaux, bien après 1080 (photo Bernard Ducourneau).

Une porte obturée, sur le côté sud, laisse supposer qu’elle devait correspondre à la « porte des matines » (voir plus haut, le prieuré et fig. 1), permettant aux moines de se rendre dans l’église depuis leur dortoir pour aller prier.

Le portail


Autre œuvre magistrale, le portail tout en pierre, inspiré par celui de Saint-Sernin de Toulouse selon les historiens d’art anciens, mais pas copié, est disposé sur une avancée de trois marches (fig. 3 – 3).  Pour notre part, nous pensons qu’il faut nuancer le propos. Il s’agit d’une œuvre à classer typologiquement parmi les portails sous auvents, comme Saint-Sernin. La comparaison s’arrête là. L’auvent, à un seul versant, sous lequel se distingue une rangée de douze modillons, en alternance avec onze disques solaires verticaux et onze rosaces horizontales, très différent à ce que l’on voit à Toulouse, le protège des intempéries.
À gauche, à droite et au-dessus de la première voussure formée de nids d’abeilles et  de billettes arrondies, figurent trois chrismes (fig. 4 et 7) rappelant l’attachement régional aux vieilles valeurs chrétiennes (2). Dans l’ébrasement, trois voussures plein cintre, richement décorées, encadrent le portail en bois à deux battants. Ces voussures sont soutenues par trois colonnes engagées de chaque côté, surmontées d’un tailloir continu décoré et de chapiteaux sculptés puis des deux piédroits de l’entrée. La sculpture des chapiteaux fait appel aux thèmes classiques du catalogue religieux et au bestiaire de l’Antiquité.  De gauche à droite, nous pouvons voir l’enfer, la tentation, le sacrifice d’Abraham (fig. 8) puis le riche et le pauvre Lazare, l’usurier et la femme dépravée.

 

Fig. 7 – Chrisme disposé sur la partie sud du portail. En plus du X et du P, on remarque l’alpha et l’oméga (le début et la fin de la vie) entre les branches du X (photo Christophe Mendigral)

 

Fig. 8 – Un des chapiteaux du portail ouest représentant le sacrifice d’Abraham. On voit parfaitement Abraham (à gauche) tenant une épée, qui va décapiter son fils, retenu au dernier moment par un ange (à droite) envoyé par Dieu. En bas, le mouton qui sera égorgé à sa place (photo Christophe Mendigral)


 L’intérieur
 
Lors qu’on entre dans l’édifice, on constate qu’il a été restauré avec soin. Ce sont d’abord les arcs doubleaux de l’ancienne voûte qui attirent l’attention. Ils retombent sur des piles  à colonnes engagées au sommet desquelles se trouvent de magnifiques chapiteaux sculptés surmontés d’un tailloir biseauté (fig. 9 à 11). Les thèmes de ces chapiteaux reprennent le vocabulaire de l’Ancien Testament mais on peut y voir aussi un emprunt à l’Égypte ancienne et à L’Antiquité avec les feuilles d’eau, de palmiers, d’acanthes ainsi qu’au bestiaire issu de l’imaginaire. Indiscutablement, une coupole a existée à la croisée du transept, puisque les quatre trompes qui la soutenaient sont encore visibles (fig. 1, centre). Dans le mur gouttereau nord, la porte, très large, permet à deux personnes de sortir de front dans le cas où plusieurs d’entre-elles porteraient un cercueil. Dans le gouttereau méridional, à hauteur d’où se trouvait l’autel de Vierge, le passage obturé, devait correspondre, en principe, à l’issue communiquant avec la sacristie et la salle du trésor (fig. 2 et 3). L’autre, encore visible, à la porte des matines. Mais cela demande à être précisé par un plan des lieux… si on le retrouve un jour !

Fig. 9 – Autre représentation du sacrifice d’Abraham, à l’intérieur de l’église, à comparer avec le chapiteau du portail (fig. 8). La thématique reste la même mais le travail de sculpture est très différent. Ici, la tête du bélier est présentée de face entre Abraham et son fils (photo Bernard Ducourneau)

Fig. 10 – Chapiteau de la nef représentant Daniel dans la fosse aux lions, au nombre de six, qui semblent apaisés (photo Bernard Ducourneau)

Fig. 11 – Chapiteau de la nef représentant les deux jumeaux Jacob et Ésaü faisant la paix (photo Bernard Ducourneau)

La restauration intérieure a mis au jour toute une série de fresques, en particulier dans le chœur en cul de four, où les motifs floraux dominent (fig. 12). Malgré un aspect archaïque, ces œuvres ne sont pas plus ancienne que le XVIe siècle, plutôt même faut-il les dater du XVIIe siècle si on les compare à ce qui existe à la cathédrale d’Albi (3).

 

Fig. 12 – Décor floral dans le chœur, mis au jour entre 1993 et 1994, datant de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle d’après Mmes Bergès. Il serait une évocation du paradis céleste (photo Christophe Mendigral)

Notes 

(1) – GRAULE Henri (1895), Histoire de Lescure, réédition 2010, Kessinger Publishing, USA, 784 pages
(2) – Le chrisme, formé des lettres grecques X et P (chrestos) rappelle le monogramme que Constantin fit porter à ses soldats, en leur disant que ce signe leur apporterait la victoire avant la bataille du pont Milvius en 312 (in hoc signo – par ce signe… tu vaincras, IHS). Souvent le chrisme est accompagné des lettres alpha et oméga, symbolisant le début et la fin de l’existence.
Plus tard ces trois lettres furent reprisent par l’ordre des Jésuites avec une signification différente : Inri ou Iesus Hominum Salvator.
 (3) – Voir à ce sujet, les travaux d’Élise et Pierrette Bergès.

Bibliographie sommaire

BIGET Jean-Louis, BRU Henri & BARRÈS Alain (1982) – L’art roman en Albigeois, Association pour la sauvegarde du vieil Alby, exposition 1982

DURLIAT Marcel (1962) –  Les chapiteaux et le portail de Saint-Michel de Lescure, Cahier de civilisation médiévale, vol. 5, n° 20

GRAULE Henri (1895) – Histoire de Lescure, réédition 2010, Kessinger Publishing, USA, 784 pages

Marc DURAND
(Illustrations, Bernard DUCOURNEAU & Christophe MENDYGRAL)

 

Les moulins de la vallée de Laussière

Les moulins de la vallée de Laussière

Sortie à Roussayrolles du  samedi 14 mai 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles et Saint-Michel-de-Vax
Météo : orage menaçant
Participants : Franck, Régine, Christophe et Louis
Sites visités : igue du Cuzouls, dolmen de Peyroseco et les moulins de la vallée de Laussière
Sites évoqués : une cavité prés du dolmen de Peyroseco différente de celle de l’igue du Cuzouls.

Voiture : Christophe

Photos: Franck
Le Cuzouls: une doline effondrée de 75 m de profondeur et aux environs de 10 m de largeur.

Au menu, exploration de l’igue du Couzouls. Pour nous, le lieu ne présente plus ou aucune trace – à l’heure qu’il est – d‘art pariétal (1) ; seule, une tâche ocre nous laisse sceptique dans la partie ouest. Des traces, il y en a, mais elles sont récentes car le lieu ne présente aucune difficulté d’accès particulier. La progression est facile.

Tâche rouge d’origine inconnue sous la calcite.

Très fréquenté, il a été livré aux pilleurs de grottes et littéralement ravagé depuis des annéesC’est loin d’être un cas exceptionnel. Ces déprédations ne remontent pas forcément au XXe siècle.

Des stalagmites coupées nous rappellent cette pratique courante des hommes de la Préhistoire la plus ancienne jusqu’au XXe siècle (2).

À toute fin utile, précisons-le, aujourd’hui, arracher des concrétions est passible de 10 000 euros d’amende.

Par ailleurs, partout, des fouilles clandestines à la barre à mine se sont succèdées, notamment dans le fond de la cavité où une fosse de près de 2 mètres de profondeur a été creusée.

Nous explorons « le trou » laissé par les pilleurs.

Par bonheur, des pilleurs ont laissé quelques tessons de céramique dont il difficile de donner une période tant ils sont petits, abîmés et sporadiques. Après consultation, ils semblent plutôt médiévaux que préhistoriques.

Il est remarquable que cet igue ait fourni des éléments de toutes les époques historiques.
Je le rappelle au passage : poteries dites « chasséennes », probable sépulture protohistorique, aiguille de bronze, amphores, tessons médiévaux, papier à cigarette contemporain.

L’effondrement progressif de la voûte, par endroit, a entraîné la formation d’un chaos rocheux. C’est sous ces rochers que les clandestins cherchent.

Des graffiti aussi « ornent » la caverne. Il sont de facture très récente.  

Concrétion en cascades type méduse.

Nous remarquons sur les parois des formations de calcite en draperie tout à fait remarquables. Partout aussi les points noirs des lampes à acétylène des spéléos.

Le dolmen de Peyroseco: un mégalithe reconstitué

Le dolmen de Peyroseco ou plutôt Peyro… en l’état, en ce début de printemps 2016. Trois dalles en calcaire sinémurien délimitent une chambre de 3 m X 2 m. Deux grandes dalles le recouvrent 
au sud.

L’approche de ce dolmen est mal indiquée. À la différence de celui de la Peyralade, plus connu sous le nom de dolmen de Vaour, il n’est pas en bord de route mais à l’écart d‘un chemin qui conduit de Roussayroles à Saint-Michel-de-Vax.

Pas d’autres dolmens proches à associer à ces deux là.

Depuis longtemps, des curieux avaient gratté autour. À partir de 1958, il fut l’objet d’une surveillance et fouillé par l’équipe de Jean Lautier à la fin de années soixante dix. Notre ami Henri Prat était de l’aventure (3).

Reconnaissance d’une architecture classique

À l’époque de la redécouverte, caché sur une croupe dans les fourrés, il consistait en une chambre quadrangulaire au trois-quart comblée de remblais, chambre couverte par deux grandes dalles plates (4) superposées. De part en part, des montants se dressaient pour supporter ces dalles de couverture (5). La structure s‘inscrivait dans une pente déclinante vers sud.

On discerna des traces du tumulus d’origine, au nord du monument. Il devait recouvrir la chambre. Il était composé de petites dalles calcaires jointives, posées à plat par centaines les unes sur les autres jusqu’à former une demi-lune autour de la chambre sépulcrale. Il s’agissait d’inscrire, d’une manière visible et durable, le monument dans le paysage. On devait le voir de très loin sur le Causse.

Plan du dolmen lors de sa découverte à l’état ruiné. Le tumulus de plan semi circulaire au nord cachait des restes du coffrage. On ne sait rien de la partie sud du tumulus. Tout l’art consistait à reconstituer le puzzle pour retrouver quelque chose de l’origine. Le choix de l’ouverture à l’est peut être discuté.
Source : Travaux et Recherches

 
C’est en fouillant les restes du tumulus que furent retrouvés des morceaux de dalle de couverture et de montants.

L’opération – très courageuse – aux dires d‘Henri consista au démontage, à la fouille, puis au remontage partiel et cohérent du mégalithe. 

Le dolmen vu du nord avec l’empierrement qui correspond aux éléments du tumulus. Le tertre devait être repéré de loin.

Aujourd’hui, le dolmen a gardé la forme donnée par l’équipe de Lautier dans les années soixante dix.

Mobilier

Hors d’atteinte avant le dégagement des dalles, dans une couche compacte de terre brune, la fouille d‘une partie de la chambre offrit toute une gamme de matériel lithique (hache polie, lames et éclats de silex, pointes de flèche classique du Quercy), osseux ou en test de coquillage (perles, pendeloques, éléments de collier) et métallique en cuivre (aiguilles, épingle, perles) mais aussi de la céramique.

Avec des exceptions, ce mobilier est typique de la fin du Néolithique entre le troisième et le second millénaire avant notre ère, moment où la métallurgie du cuivre fait son apparition dans notre région. C’est le Chalcolithique.

Mais, comme il est fréquent, le mégalithe a été « utilisé » (6) à des époques bien postérieures. En témoigne une épingle à tête ronde de  linceul en bronze plutôt du XIIe siècle. Jusqu’à quel point son agencement même n’a pas été modifié ? Plusieurs épisodes historiques semblent se succéder en laissant chacun des traces dont il est, pour le cas présent, impossible de livrer l’ordre et  le sens (7).

La présence d’une nécropole du Haut Moyen Âge de plein champ n’est pas à exclure aux abords de ce dolmen.

Le dolmen vu de l’est. On imagine les palans, les leviers, les trains de rondins qu’il fallut pour ériger ce tombeau collectif.
Entrée de la chambre

Vestiges anthropologiques 

Enfin, la fouille de tumulus, montra au nord-ouest du caveau, les traces d’une sépulture (extérieur à la chambre). En tout, on estima grâce aux amas osseux sur l’ensemble du site à une soixantaine le nombre d’individus enterrés, pas obligatoirement à la même époque. Récolte très fructueuse, si l’en est.
L’analyse de 853 dents aurait montré la présence d‘une grande proportion d’enfants. Ce qui peut paraître étonnant. Dhabitude, les dolmens sont plutôt réservés à des sépultures d’adultes. Les ossements montrent des formes de sélection. 

On peut se féliciter de l’œuvre de protection de l’équipe Lautier. Presque quarante ans ont passé et le mégalithe est encore debout, visible de tous. Le mobilier découvert a été déposé au musée Lautrec à Albi.

Les moulins de Laussière, un patrimoine au fil de l’eau

Dans des cercles rouges,  sur la rivière les implantations liés à l’activité des moulins. Source: carte IGN au 1/25 000

La vallée encaissée et ombragée du ruisseau de Laussière présente une série de moulins et d’aménagements tout à fait remarquables en l’espace d‘une centaine de mètres seulement. Bernard Alet a mené un travail d’archives sur ces moulins dont l’état de dégradation est avancé (8). Ils sont menacés à terme d’effondrement puisqu’il n’y a plus de toiture. Ils remontraient au XVIe siècle.

Des bâtiments destinés à moudre le grain sont visibles dans la partie haute de la vallée. Ils ont été abandonnés au milieu du XIXe siècle et figurent sur le cadastre napoléonien.

Partie dormante d’une meule à grain prise par la mousse. Meule en silex.
Meule à grain complète en place et en position.

 

Portion de meule déplacée positionnée à la verticale. Peut-être plutôt une meule de moulin à huile.

 

Place et reste de l’arbre de transmission entre la roue du bas et la meule du haut.

 

En bas, au niveau du cours d’eau la chambre des roudets souvent voûtée. En haut, avec fenêtre, la chambre des meules.

 

La chambre des « roudets » ou des « rouets » vue de l’intérieur. Observez le conduit où l’eau arrive sous pression pour actionner la roue à aube placée à l’horizontal. On devine des cerclages de métal qui devait appartenir à cette roue. À gauche, invisible sur la photo, le canal de fuite. Au plafond le trou de l’arbre de transmission.


 

Four à pain du deuxième hameau.


 

Vestige d’un canal afin de faciliter l’écoulement et la pression en période de faible débit. Notez l‘omniprésence des mousses.


 

1858. Une date assez peu significative comme souvent de la date d’élévation du moulin.


D‘autres sont installés plus bas. Ils ont été abandonné un peu plus tard en 1893. Dans le hameau, quelqu’un vivait encore juste avant la Seconde Guerre. On y installa même l’électricité. A partir de 1945, le lieu tombe dans l’oubli, il redevient sauvage.

Les deux hameaux connurent des périodes de concurrence farouche aux dires de Bernard.

À l’époque les versant était couvert de vigne. 

La faiblesse du courant, à certains moments de l’année, nécessita des aménagements de bassin. Toute un système complexe de bassins et de canaux est visible.

La dimension patrimoniale de cette vallée ne fait aucun doute. Les mécanismes sont bien visibles. Tout l’enjeu consistera à mettre en valeur ce patrimoine. 

 

   

Notes

(1) – Des yeux plus experts peuvent bien sûr venir nous contredire et ce sera avec un grand plaisir.

(2) – Que l’on agisse pour de l’argent dans la perspective d’un commerce juteux ou lors de mises en scène mystérieuses, elles sont victimes d’une fascination qui n’est pas récente comme le montre la découverte des « spéléofacts » de Bruniquel, quelques 400 stalagmites brisées il y a 175 000 ans. On ose à peine le croire. Voir à tout prix  https://lejournal.cnrs.fr/videos/bruniquel-la-grotte-qui-bouleverse-notre-vision-de-neandertal

(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Pour mieux comprendre les propos  de l’auteur.

D’après un dessin de Gilbert Fages


 
(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Elles sont dite « de chevet ». Y en avait-il une seule au départ ? C’est fort possible. 

(5) – Ils prennent le nom savant d' »orthostates ». 

(6 – La finalité de ces utilisations nous échappe pour l’instant.

(7) – Quand le dolmen n’a pas été pillé, c’est envisageable comme à Saint-Martin-du-Larzac, par Rémi Azémar.

(8) – http://www.mairie-roussayrolles.fr/groupe-magret/magret-six.pdf