Des aires d’ensilage à Montdragon

Des aires d’ensilage à Montdragon

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 octobre 2015

à Montdragon


Secteur : Réalmontais, Tarn et Dadou

Commune : Montdragon et Saint-Genest-de-Contest

Météo: ciel lumineux

Participants : Louis, Frank, Jean-Pierre, Christophe, Bernadette, Claudette et Régine 

Sites visités : Montdragon (La Roque et Castelet) et La Martinié

Sites vus et évoqués : le four du Bruc, l’église du Bruc, les silos de Montdragon village, souterrains de La Martinié

Voiture : Jean-Pierre

 Vue plein sud à partir d’une petite aire d’ensilage. Nous dominons le Dadou.

Localisation approximative des aires d’ensilage abritées connues. La plus à l’ouest est celle qui a été fouillée (en jaune, trait large), les autres n’ont fait l’objet que de mentions. Source: carte IGN au 1/25 000.

 À vos risques et périls

S’aventurer dans les bois hors des chemins sous le hameau de La Roque comporte une certaine dose de risque si on est pas préparé. Le lieu est escarpé et soumis à une intense érosion (1). Et ce, en dépit du couvert végétal (chêne vert surtout). Des traces d’effondrement de la falaise en témoignent. Sans guide, il est probable que vous cherchiez longtemps les abris à silos.


La pente est reléguée actuellement en zone de friche mais ce ne fut pas toujours le cas. Loin s’en faut. Fut une époque où le lieu devait être plus ouvert, traversé par des chemins et certainement habité. Sous quelle forme ? Là est la question.

Après nous être garés au bord de la D 631, nous atteignons les sites de la partie occidentale. Le plus à l’ouest a fait l’objet d’un rapport de Jean-Simon, Louis et Frédéric Martorell, il y a maintenant quinze ans. C’était en l’an 2000.
La fouille d’une aire d’ensilage dans une cavité 
Ils vidèrent cinq silos dans une même cavité creusée et relevèrent une palette d’informations non négligeables. Mention est faite de leur forme ovoïde, de leur profil (2) et de leur profondeur allant jusqu’à deux mètres (3). Le vidage du contenu ne pas permis de révéler de stratigraphie. Les silos semblaient avoir été comblés ou recomblés à une époque plus récente que le Moyen Âge. À l’image de cette cartouche de chasseur retrouvée, il difficile d’établir une chronologie même relative. Seul un silo réserva dans son dernier tiers des tessons de céramique intéressants et un fragment d’opercule.

 Col d’un silo vu ce jour-là. L’opercule a disparu.


Aire d’ensilage abritée dans une grotte artificielle. On remarquera la forme rectangulaire de la cavité et la disposition dans les angles des silos. Source: fouille de l’ASCA

 Profil symétrique d’un des silos de Montdragon. Source: fouille de l’ASCA

 Céramique médiévale à pâte grise de fabrication locale des XIIIe/ XIVe siècles. Un motif de décor est visible.
Source: fouille de l’ASCA
Après avoir visité tous les sites connus du périmètre soit six aires de stockage, toutes dans des cavités creusées, les convergences de formes sont nombreuses. On peut parler d’une « série ».

Un usage collectif du Moyen Âge

C’est toujours le même dispositif : une maigre voie d’accès (4), une cavité ouverte plein sud creusée de forme rectangulaire de quelques cinq mètres de profondeur pour deux mètres cinquante de hauteur. Un mur de « barrage » dont il est difficile d’estimer la hauteur initiale. La cavité était-elle complètement fermée, à demi, ou pas du tout ? Façon d’être à l’abri de l’intrusion des bêtes et de la convoitise des hommes. 



En bas, murette de pierres sèches barrant l’accès de la cavité. Les blocs en haut de la photo sont le probable résultat de fouilles à une époque indéterminée. 
Ces cavités souterraines sont très simples dans leur conception, sans couloir. Il n’y a pas de trace dans aucun des cas observés pour l’instant de remontée sur le plateau. La voûte est taillée plein cintre ou en ogive. C’est variable(5). Mais elle a subi des desquamations. 


À l’intérieur, des silos ovoïdes enterrés(6) remplis de sédiment avec traces de feuillure. Souvent un silo dans chaque angle de la pièce et un au milieu (7).

Il y a aussi des traces sur les parois. Des aménagements en tous genres. Cela va du trou de poutre, de poutrelle, de bâton afin de suspendre des matières périssables, à la niche d’éclairage, au placard profond. Outre le grain, ce sont des aires de stockage de denrées agricoles. 

 Une paroi criblée d’aménagements
Silo devant « placard »

 Gravure énigmatique
Le tout est couvert de graffitis, non pas sans un certain intérêt, d’ailleurs. Ils livrent les noms de visiteurs. La pratique de signer dans les grotte est fréquente dans la deuxième partie du XIXe siècle (8).


Bel affleurement sédimentaire montrant toute une série de couches de grès du Ludien, compact assez fin mais friable. On appelle ceci « molasses ». Les  bancs les plus anciens, en bas, sont chargés de cailloutis. Ce sont les traces laissées par la présence d’un lac, il y a autour de 35 millions d’années, à l’Eocène.  De quoi rester songeur…
Un grès aux formes douces et arrondies, matériau idéal à creuser. 

La datation de ces aires d’ensilage demeure problématique. Il est fort probable qu’à l’image de ce que nous trouvons dans le Toulousain et le Lauragais (9), leur utilisation s’étala du IXe au XIIIe siècle. 


La foire aux questions

Ces aires de stockage sont-elles associées à l’installation d’un castelas comme le toponyme « Castelet »(10) peut le laisser supposer ou sont-elles des annexes de la communauté paysanne du Bruc ? Quels liens ont-elles avec la présence – toute proche – d’un méandre de la rivière ? Enfin, y a-t-il d’autres aires d’ensilage dans les falaises – plus à l’ouest – comme semble le dire Michel Bidon que nous avons rencontré (11).


Quel qu’il en soit, elles révèlent une pratique collective de tout premier intérêt. À présent, la priorité est de les répertorier et de les localiser précisément sur le cadastre, ce qui n’est pas tâche facile même avec le GPS. Ce travail s’impose avant que leur accès ne deviennent de plus en plus difficile car l’érosion ravage la partie exposée des sites. Il y a urgence dans certains cas, dans d’autres moins. La recherche d’archives – si elle s’est avérée jusque-là négative – n’est pas pour autant à abandonner.

Après avoir observé l’extérieur de la petite église SainteMagdelaine dont les crépis nous cachent les principaux éléments d’architecture(12), nous nous rendons au hameau de La Martinié à Saint-Genest-de-Contest à côté de la petite église Saint-Michel.

Les « signes » dans la forêt s’avèrent être de vieux chablis au milieu des taillis. L’ancien chemin nous conduit à une croix isolée que nous photographions avant de rentrer. 


Notes

(1) C’est un front de cuesta.

(2 )Le plus souvent symétrique.

(3) Pour une largeur moyenne de 1,60 m.

(4) Parfois dangereuse à prendre parce qu’en cours d’effondrement. C’est très vrai à l’est dans le secteur du « Castelet ».

(5) Elles pourraient être en bâtière.

(6) Pas de trace de silos de paroi à la première observation. 

(7) Nous ne reviendrons pas sur le principe de la conservation des céréales en silo déjà évoqué lors de la sortie à Lautrec.

(8) Cette remarque est le fruit de discussions avec Robert Coustet et Philippe Hameau, spécialiste rare et reconnus dans ce domaine. 

(9) Voir l’excellent site de Carol Puyg et Odile Maufras sur le sujet: https://ensilage.hypotheses.org/

(10) Dans la partie occidentale du front de cuesta, sur le haut.

(11 )Par ailleurs, d’autres aires d’ensilage, plus proches du type souterrain, sont visibles à quelques kilomètres du lieu sous le village Montdragon dans les berges du Dadou comme l’indique, entre autres, Francis Funk. Certaines ont disparus.


(12 )Sauf une « porte des morts » au sud.






A Lombers, les cathares frappés d’hérésie

A Lombers, les cathares frappés d’hérésie

Suite à la venue de Pilar Jimènez-Sanchez le jeudi 9 juillet à Lombers, nous est venue l’idée de faire le point sur le fameux « concile »  de Lombers en 1165 et ce qu’on sait des cathares en ce début de vingt et uniéme siècle. Nous nous inspirons largement des propos tenus par notre conférencière sans les reprendre dans leur intégralité (1) mais aussi de sources autres, davantage liés à l’archéologie, celles-là.

Pas loin de 300 personnes à Lombers


Les mille et un noms de l’hérésie

On évoquera sous le nom de « cathares » les hérétiques de l’Albigeois. Cette appellation pratique n’en est pas moins très discutable (2). Entre eux, en Languedoc, les « cathares » s’appelaient « bons hommes », « bonnes femmes ».

Par ailleurs, le sujet reste sensible et ce jusqu’à aujourd’hui. Sept siècles se sont écoulés et il n’y jamais eu – comment dire ? – prescription. Nous dépendons de sources souvent polémiques qui déforment les pratiques et la pensée des cathares. Ce sont celles des inquisiteurs médiévaux dont le parti pris n’étonnera personne (3).
Aussi, sans une critique fine des sources historiques, il est difficile de se faire une idée de ce en quoi ils croyaient, de ce qu’ils faisaient, de ce qu’ils pensaient. Au problème de l’origine des sources s’ajoute celui des historiens qui jusqu’à une quarantaine d’années présentaient le catharisme de façon soit engagée, soit folklorique. Certains voyaient les cathares comme des mages orientaux. D’autres les décrivaient comme des fervents de la cause occitane quand ils n’étaient pas des adeptes de l’ésotérisme. Que d’étiquettes collées ! Toujours pour servir des causes très diverses. Revenons à plus de sérieux.

1165 : face-à-face tendu à Lombers


1165, c’est précisément l’année où naît Philippe Auguste. Nous sommes sous le règne de son père, Louis VII dit « le Jeune ». Il participa à la deuxième croisade au Proche-Orient et, son divorce d’avec Aliénor d’Aquitaine, provoqua le début de la guerre de Cent ans. Mais, ici, en Languedoc bien peu sont au courant des péripéties du règne.


L’évêque d’Albi convoque alors à Lombers des gens qui se font appeler « bons hommes » et qui, apparemment, dérangent l’Église en place. Dans les textes de référence est évoquée aussi, à plusieurs reprises, la secte d’Olivier. Qui est ce fameux Olivier ? Nous l’ignorons (4).

À Lombers est réunie la fine fleur des prélats du Languedoc : l’archevêque de Narbonne, l’évêque de Toulouse, celui de Lodève qui joue le rôle d’arbitre et celui d’Agde. Des abbés aussi : ceux de Gaillac, de Castres, de Saint-Pons, de Saint-Guilhem-du-Désert, de Candeil.
Des laïcs assistent aussi à l’assemblée. Ce n’est donc pas un « concile » à proprement parler. Il y a l’élite de la noblesse : le vicomte de Trencavel, le vicomte de Lautrec entres autres. Le comte de Toulouse est représenté par son épouse et même le roi de France a délégué sa sœur, Constance. Enfin, les seigneurs de Lombers qui protègent les bons hommes sont de la partie. Aucune indication ne précise le lieu exact de la réunion. L’église, la chapelle du château, en extérieur ? Comment savoir ?

Il semble bien que la population était invitée à la tenue de cet arbitrage. Bref, ce jour-là, à Lombers, il y a foule.


Sous une forme accusatoire (5), l’évêque de Lodève, Gaucelm, interroge les bons hommes sur leurs croyances. Ils répondent point par point;  mais, peu après, par la teneur de leurs propos, ils sont jugés hérétiques. Contre eux, les évêques citent des passages du Nouveau Testament. Le débat prend une tournure passionnée


Loin d’être assommés par le sentence et visiblement en colère, les bons hommes répliquent et traitent l’évêque  « d’hérétique», de « loup rapace », « d’hypocrite ».

 

L’évêque, Gaucelm, se défend en arguant qu’il agit avec justice. Le public est alors pris à témoin. Les cathares récitent une profession de foi conforme à la volonté des évêques mais refusent de jurer comme on les y invite. Cette question de l’obligation du serment divise les autorités ecclésiastiques et les cathares (6).

Les voilà acculés à rappeler la trahison de l’évêque d’Albi qui aurait promis l’absence de serment tout au long de l’audience. L’évêque mis en cause dément toute négociation de ce type.
Au terme de l’audience, les cathares sont désignés comme hérétiques. La décision est sans retour à la satisfaction des « grands » présents lors de cet arbitrage. Les chevaliers de Lombers sont sommés de cesser de les accueillir.


Nous sommes à un moment clef où le catharisme se développe, où les acteurs rôdent leurs arguments respectifs. L’évêque tente de placer le milieu rural sous sa tutelle. Deux ans plus tard, les cathares s’organisent à SaintFélixenLauragais où ils tissent un réseau d’évêchés dans la région. Le coupure devient irréversible.


Pauvres du Christ ou Apôtres de Satan ?


Mais qui sont-ils ces hérétiques ? Ils s’appellent «bons hommes» entre-eux ou plus rarement « pauvres du Christ ». Ils contestent les sacrements qui ne relèvent pas des Écritures. Ils dénoncent le laisser-aller des mœurs du clergé et la prétention toute terrestre des prélats. Pour eux, saints, reliques, miracles sont des superstitions infâmes dont il convient de se débarrasser. La croix redevient ce qu’elle a été : un objet de supplice.


Ensemble, ils nient le baptême par immersion. Ils nient la transsubstantiation dans l’Eucharistie, vous détournent de la viande mais aussi de l’acte de chair. Ces hérétiques se réclament du modèle des apôtres et de la loi des Évangiles. Ils rejettent d’ailleurs l’Ancien Testament au profit du Nouveau (7).

On l’aura compris, l’hérésie cathare est toute entière spéculative, plutôt savante que populaire.
Dans le courant du XIe siècle, elle trouve néanmoins un écho auprès des humbles dont le constat est sans appel quand il regarde comment agit son clergé. Que penser de gens qui prêchent un message auquel ils ne croient pas ? Que penser de gens qui ont des mœurs à l’opposé de la doctrine diffusée dans les églises ?

Le vocabulaire qu’utilisent ces humbles est évocateur. Si il y a « une bonne église », « des bons hommes », c’est donc qu’il y en a une mauvaise. Celle de la dîme qui exaspère le monde paysan, celle qui rachète le pardon en monnaie sonnante et trébuchante.


Aux origines du catharisme


Mais d’où viennent ces idées au juste ? Elles sont les fruits d’un contexte historique, économique et religieux tout ce qu’il y a de particulier.


D’abord, c’est une période plutôt faste pour les hommes qui se nourrissent moins mal et parviennent à se préserver un peu mieux des épidémies. Les seigneurs s’emparent du pouvoir aux dépens d’un roi lointain. Ils prennent pour ainsi dire le relai. Ils érigent des castelas. Des petits châteaux dominant de petits territoires. À la tête de leur chefferie, les seigneurs ne sont pas obligatoirement très riches mais le pouvoir, ce sont eux. Plus exactement, c’étaient eux. Les voilà obligés de partager.


La complicité des élites


En effet, avec la réforme grégorienne, les nobles se sentent dépossédés. Car la terre, si elle leur appartient, appartient aussi à l’Église, de plus en plus. Le patrimoine des abbayes s’étend. Entre donations, ventes, engagements, l’Église accroit son emprise sur le sol. Elle se trouve bientôt en concurrence avec les lignages laïcs dont les relations avec l’Église vont se dégrader. Tous les fils de la noblesses ne sont pas prêts à entrer dans les ordres (6).


Pour eux, la richesse de l’Église devient un obstacle et un blasphème. Aussi feront-ils souvent la sourde oreille à l’appel des autorités pour la répression de l’hérésie (9).Ils la soutiendront même et lui fourniront quelques-uns de ces plus brillants éléments comme Pierre Roger de Mirepoix ou Guilhabert de Castres.


Retour vers Dieu et vers Dieu seul


Toute autre, l’effervescence intellectuelle qui règne au XIIe siècle n’est pas sans incidence dans l’émergence des hérésies en Languedoc. Les milieux monastiques portent des idées nouvelles. Par exemple, celle d’un rapport plus immédiat à Dieu et aux Évangiles. Ce rapport passe par la simplification des rites (10). Certains moines comme Guillaume de Nevers en sont les initiateurs infatigables.


La croisade de la parole, première croisade


Bien sûr aussi, le contexte culturel de la terre occitane n’est pas à négliger. La société  est soudée autour d’une langue parlée jusqu’au-delà des Pyrénées et même des Alpes. Une société à la une culture laïque très différente de celle du Nord. C’est celle des troubadours, celle des dames mariées sensibles aux discours des poètes. Une société disposée à prendre une certaine distance envers l’Église instituée.

Inhérente à cette culture proprement occitane, une forme de tolérance est bien en cours. À ce titre, que penser de ces débats, à répétition qui tentent de réconcilier au tout début du XIIIe siècle cathares et Église établie. Celui de Verfeils rapporté par Guillaume de Puylaurent, de Carcassonne, de Montréal et bien sûr de Lombers. Une forme de dialogue s’instaure entre légats cisterciens du pape et ceux qui ne sont pas encore des hérétiques. Pas longtemps. Mais il s’instaure (9)

La situation politique


En dernier ressort, il y a aussi le jeu politique pour le moins complexe dans lequel sont mêlés les cathares (12)


Une situation politique passablement complexe. La région à la veille de la croisade.

Pour faire simple : au sud, le royaume d’Aragon ; le plus en retrait peut-être. L’ambition est d’affaiblir le roi de France et le comte de Toulouse autant qu’il est possible pour grignoter des territoires au-delà des Pyrénées. Au nord, le comte de Toulouse à la recherche d’une cohérence territoriale en avalant les vicomtés des Trencavel. Toujours dans l’ambiguité. La grande hantise du roi de France : que le comte de Toulouse tisse une alliance dynastique avec l’Angleterre. Au cœur, les Trencavel dont la fidelité au comte de Toulouse est loin d’être absolue. Jusqu’à quel point les comtes de Toulouse n’encourageraient-ils pas la croisade pour régler le compte des Trencavel ? Au loin, le roi de France et, bien sûr, le pape se perdent en calculs. Le pape surtout, qui veut étendre son pouvoir via les évêques dans les campagnes.

Chacun avancent ses pions. Les prétentions s’affrontent. Les cathares tantôt profitent, tantôt patissent de rivalités qui, bien souvent, les dépassent. À la religion, se substituent ou se greffent des paramètres politiques.


Il n’y a pas des cathares que dans l’Albigeois


Force est de la reconnaître, la vague d’hérésie touche d’abord l’Aquitaine, le Périgord. Même la Champagne, la Flandre au nord, la Catalogne au sud ne sont pas épargnées au début du XIe siècle. Pour ne parler que de la France actuelle car c’est bien toute l’Europe des Balkans à l’Angleterre qui est touchée. À des degrès très divers, il est vrai.


Une seconde Église


Les cathares font partie de la grande famille des chrétiens, indéniablement. Rien ne les sépare fondamentalement sur le fond. Le Christ est ressuscité. La bonne nouvelle est à annoncer. Il leur faut mériter le paradis. S’il n’y avait ce rejet de l’Ancien Testament, ce rejet des sacrements au profit du consolament (13),


Au bout du compte, bien peu de choses sépareraient le cathare du chrétien. Sur la forme même, les cathares adoptaient un modèle d’organisation conforme à l’Église tel que la définissait saint Paul.


À la tête, un évêque servi par des coadjuteurs et des diacres. Ceux-ci vivent en communautés comme les moines (14). Sans être cloîtrés, ils participent à la vie quotidienne en travaillant (leur seul revenu) et donnent le sacrement en fin de vie à qui le demande. Ils vivent dans le végétarisme et l’ascétisme complets. Ils sont non violents et tiennent des bourgades. Dans la «maison des cathares», tout un chacun peut aller et venir. Les villageois constatent de visu qu’ils vivent dans la pauvreté et le respect. À des heures, ils prêchent de façon démonstrative. Ils prêchent dans le dialecte local . Ce n’est pas là l’une de leur moins belle réussite. Comme fidèles ou « cathardes », les femmes y sont les bienvenues. Femmes ou hommes, souvent, leur exemplarité leur attire la confiance et la sympathie des habitants.


Les sacrements sont réduits à la plus simple expression : le consolament. Autrement dit, une sèche imposition des mains sur la tête. Il est la preuve d’une vie sans défaillance. Pour les simples fidèles, le consolament est donné avant la mort comme une extrême onction.

Le geste du consolament.


Le quotidien à l’époque des cathares grâce à l’archéologie


Cette vie quotidienne dans les villages est mieux connue à la suite des travaux de Marie-Élise Gardel sur le site de « Cabaret » à Lastours dans l’Aude (15), un castrum autrement dit un village fortifié.


Installé sur un versant, non loin d’une rivière, ce village est bâti sur des terrasses aménagées en demi cercle autour de ce qui devait être un tout petit château. Par comparaison, il donne sans doute une idée de ce que devait être Lombers en cette fin de XIIe siècle, à l’époque des cathares.


Presque toutes les maisons sont composées de deux pièces (30-50 m2 habitables). Rien ne permet de distinguer une maison cathare d’une autre habitation. Un étage sur un rez-de-chaussée creusé parfois dans la roche. Les deux lieux de vie sont reliés – sauf exception – par une échelle. Un toit mixte en tuiles et schistes couvre la maison.

 

Une des habitations du site de « Cabaret » dans l’Aude. Remarquons qu’elle est très semblable à celle d’Ambialet dont le CAPA a relevé les traces. Dessin tiré de Marie-Élise Gardel, Vie et mort d’un castrum, Cahors, 2004 

Elle est sombre pour ne pas laisser pénétrer le froid, une seule porte, des fenêtres rares et toutes minces. Elle est enfumée car il n’y a pas – à proprement parler – de cheminée (16).


Le foyer ou les foyers sont à même le sol au milieu de la pièce, généralement la plus basse. C’est la cuisine, la foganha (17) . On s’éclaire d’une chandelle de suif ou d’une lampe à huile. Des bancs, un coffre comme seul ameublement. La table se monte et se démonte sur des tréteaux. 
Pour prendre ses repas, on utilise des cuillères en bois. Gobelet, écuelles sont dans la même matière. Les récipients, plutôt en terre, toujours simples et fonctionnels sont des pots culinaires ou des pots à liquide parmi lesquels la dourne qui stocke jusqu’à 20 litres d’eau.


Le couchage est collectif sur des paillasses. Les parents d’un côté avec les bébés, les plus grands de l’autre. Les anciens et les malades ont droit à une paillasse près du feu.


C’est beaucoup plus dans des villages comme celui-ci que vivaient les cathares et beaucoup moins dans les beaux châteaux d’altitude édifiés, pour la plupart, bien après cette période.

Notes 
(1)Ils seront l’objet d’un prochain article dans une revue.
 
(2) «Cathares», «Parfaits», «Ariens», «Manichéens», «Albigeois», «Patarin», «Publicains», «Tisserands», «Piphles» sont autant de noms donnés par les accusateurs ou par des historiens bien antérieurs au déroulement des faits .Termes choisis qui mériteraient pour chacun d’amples commentaires. Pour résumer, tous visent à dénoncer autant que faire se peut ce que Pilar Jimènez Sanchez préférerait appeler des «dissidents» religieux.
(3) Source unilatéral jusqu’à un certain point car il existe bel et bien des sources proprement cathares découvertes au XXe siècle. En tout et pour tout, trois manuscrits. Celui de Lyon, de Florence et de Dublin. Ils décrivent les rituels en cours à l’époque. Des comptes rendus de prédication existent aussi.
(4) Serait-ce Sicard Cellerier, évêque des cathares d’Albi ?
(5) Mais il n’est pas encore question d’Inquisition bien sûr. Elle naîtra qu’au tout début du XIIIe siècle, une trentaine d’années plus tard. 
(6) Elle est l’objet d’un long développement de Pilar Jimènez Sanchez dans sa thèse. 
(7) Et des Apocryphes.  

(8) Sans compter qu’ils sont de plus en plus nombreux, résultats de la divison des héritages et de la croissance démographique. Rien qu’à Lombers, on compte une cinquantaine de co-seigneurs (ces fameux « chevaliers ») au début du XIIIe siècle. C’est dire…

(9) En Languedoc, à la différence des seigneurs du Nord (Flandre et Champagne).

(10) Pilar Jiménez-Sanchez insiste bien sur les spécificités italiennes où la réflexion est plus élaborée que partout ailleurs et alimente l’œuvre de saint Thomas d’Aquin.


(11) Ces confrontations n’ont pas vraiment lieu dans le Nord de la France.


(12) Sans carte bien difficile d’y voir un peu clair.

(13) Qui s’apparente à une profession de foi monastique d’ailleurs .

(14) Des communautés non mixtes.

(15) Peut-être l’évêché cathare du Carcassès. Un « nid » d’hérétiques selon des sources historiques fiables. Il y a eu d’autres travaux archéologiques sur des villages des XIIe et XIIIe siècles dans la région Midi Pyrénées comme à Flaugnac dans le Lot (fouille de Florent Hautefeuille) ou comme à Montaillou dans l’Ariège (fouilles de Jean-Paul Cazes).

(16) C’est n’est véritablement qu’au début du XIe siècle que les fenêtres vont se développer grâce au parchemin huilé.

(17) Le musée du catharisme à Mazamet a tenté une reconstitution à partir des vestiges d’Hautpoul. À voir.

Dans les centaines et les centaines de livres parus, quelques-uns sont incontournables et permettent une mise au point sérieuse sans être trop difficiles sur le sujet.


BIGET Jean-Louis (2007) –  Hérésie et inquisition dans le Midi de la France, Picard, Paris, 247 pages

BRENON Anne (1997) – Les Cathares. Pauvres du Christ ou Apôtres de Satan, Gallimard, Paris, 128 pages

JIMÉNEZ–SANCHEZ Pilar (2008) – Les catharismes. Modèles dissidents du christianisme médiéval (XIIe-XIIIe siècles), Presses universitaires, Rennes, 454 pages

NELLI René (1969) – La vie quotidienne des cathares du Languedoc au XIIIe siècle, Hachette, Paris, réédition 1989, 297 pages

ROQUEBERT Michel (1999) – Histoires des Cathares, Perrin, Paris, cinq tomes

Les dessins et la carte sont tirés de Pyrénées Magazines, Cathares, 2008


Un pari: mieux faire connaître les cupules

Un pari: mieux faire connaître les cupules

Le CAPA était présent au chantier jeune de la communauté des communes Centre Tarn .

En effet, du 7 au 10 juillet, quinze jeunes ont participé activement à la mise en valeur de l’environnement des communes de Saint-Antonin-de-Lacalm et du Travet encadrés par des bénévoles des deux communes.


Les cupules un patrimoine à protéger


Deux équipes, à tour de rôle, ont procédé au nettoyage et au rangement du site de la pierre à cupules de La Gaugne (1). Le CAPA était là pour conseiller et donner à ces jeunes toutes les indications sur les mégalithes.


Ces jeunes, de 11 à 13 ans, abordaient peut-être pour la première fois le terrain de l’archéologie. Leur attention évidente est un encouragement pour les actions du CAPA auprès des jeunes.
Ils sont perplexes mais ce sont bien des cupules
(1) Lire à ce propos l’article de Michel Payrastre, Henri Prat et Christian Servelle dans Archéologie Tarnaise, n° 15 paru en 2013. Il est disponible en ligne sur le site du Comité départemental d’Archéologie du Tarn.
Petite virée en terres connues

Petite virée en terres connues

Compte rendu de la sortie du CAPA du mecredi 13 mai 2015
Puygouzon, Lamillarié et Castelnau-de-Levis

Secteur : Réalmontais (surtout) mais aussi Cordais
Commune : Puygouzon, Lamillarié, Castelnau-de-Levis
Météo : couvert, chaud et très lourd
Participants : Michel P., Martine, Jean-Simon, Yann, Régine, Sylvane, Franck, Claudette, Charlette, Jean-Pierre, Guillaume et Christophe
Sites visités : site de La Garenne proche de Montsalvy, site de Fourmazel”, site du Carla
NB : Un site gallo-romain inédit a été repéré vers le Puech d’Estépou par Guillaume Pech. Il a été bien localisé, nous y retournerons cet hiver.
Sites vus ou évoqués : Le Ségalar et Saint-Salvy
Voiture : Christophe, Michel P. et Guillaume
Archives et topographie

 Reste de butte-témoin à La Garenne. Relief de hauteur, entaillé par deux « serres ». Elles est la trace comme d’autres dans le même périmètre de dépôts du Tertiaire et du travail de l’érosion.

Nous nous rendons d’abord sur le lieu-dit “La Garenne” à Puygouzon où le terrain ouvert et bombé a été passé au rouleau. Il est vide de culture. Nous profitons de l’occasion pour observer le lieu à fleur de sol. Quelques «aulx» traînent encore. Autant dire, peu d’éléments  vraiment probants.
En 1967, suite à l’arrachage d’une vigne Jean Lautier et Jean-Pierre Antonini (1) relevèrent un «fond de cabane». C’est une tâche plus sombre qui attira l’attention. Ils remarquèrent la présence de morceaux de grosses poteries épaisses non tournées qui furent attribuées à l’époque gallo-romaine sans grande précision. Il y avait aussi de la sigillée et des outils préhistoriques, type galet de quartz façonné. Il n’est pas rare d’ailleurs que les deux soient associés sur les mêmes sites pour notre plus grande perplexité.
Cette «garenne» était boisée au Moyen Âge. Elle appartenait au XIIIe siècle aux chanoines du chapitre de Saint-Salvy d’Albi qui possédaient le « château de Montsalvy ». Il semblerait que l’endroit était réservé à la chasse. Sur une partie, les chanoines y prélevaient des impôts.
Ce site, que nous connaissons bien, en position dominante, aurait été fortifié ou fossoyé (à présent comblé) sur la partie basse ; ce qui n’aurait rien d’étonnant au vu de sa configuration actuelle. Un beau talus, présent déjà au XIXe siècle si l’on se fie aux limites de parcelles du cadastre napoléonien. Une trace d’enceinte ? Possible.

 Limite de parcelle déjà au XIXe siècle. Cadastre dit « napoléonien » . 
Sources: Archive départementale du Tarn

 Vue du ciel, le talus en question en 2013. Sources: IGN ( Géoportail)
Nous avions fait le tour de la parcelle à la recherche de traces d’enceinte il y a quelques années sans grand succès à vrai dire. L’espace sur le bord est vite forestier. En conséquence, il est bien difficile de se faire une idée.

Là où la forme du relief interpelle. Quelle est la raison de ce talus ancien qui n’a vraiment rien de naturel?

Saint-Afric d’Alaux, une église disparue
Faute de trouver de nouveaux indices, nous nous rendons ensuite sur le site de Fournazel où était implantée l’église de Saint-Afric d’Alaux. Première mention: début du XIIIe siècle.(2) On connait sa présence par une bulle papale de 1219. L’église est peut être encore plus ancienne, bien sûr. Elle « disparaît » – reste à savoir jusqu’à quel point – au milieu du XVIIe siècle. Rien sur la carte du diocèse d’Albi du graveur cartographe Melchior Tavernier en 1642. Au passage, en 1700, de l’archevêque Charles Le Goux de La Berchère, lors d’une visite pastorale, elle n’est déjà plus qu’un souvenir. Lui-même l’écrit. Et les habitants des lieux demandent un autre bâtiment de culte proche des habitations.

 Localisation de Saint-Afric sur le Puech d’Alaux. Cadastre dit « napoléonien ».
 Sources: Archive départementale du Tarn
Comme le matériel au sol est copieux (3), il est assez facile de localiser le site. De visible, ne reste plus qu’une croix, la croix d’Alaux et un beau bloc calcaire. Un nom aussi, celui du «cimenteri d’Alaux», ou encore la parcelle de «La Glezia» (4) Cela se passe de commentaire. À signaler que Guy Mercadier y vit une «motte castrale» en 1985 dans son inventaire de l’Albigeois.

En 1870, puis en 1933, les érudits locaux menèrent «des fouilles»(5). Sans trop de ménagement à vrai dire. On sortit des sarcophages. Un de ceux-ci est observable aujourd’hui chez monsieur Bonnet que nous avons rencontré depuis. Il habite au niveau du château d’eau et conserve un spécimen assez abimé comme bac à fleurs.
Beaucoup plus récemment, un exploitant, lors de travaux, a relevé la présence d’un sarcophage qu’il a aussitôt recouvert dans la crainte d’embêtement judiciaire. Rassurons-le. Il s’agit d’une découverte fortuite et pas d’une recherche de trésor. Donc aucun risque a priori, tout au moins avec les services de protection du patrimoine archéologique. Il est  même dommage que nous n’ayons été informé que tardivement. Nous aurions pu faire quelques remarques de nature stratigraphique, entre autres. 
Le site est intéressant et même prometteur car il a été protégé durant toute une période (contemporaine) des assauts du monde rural. Un peu moins des assauts des savants. Par ailleurs, si le sarcophage a été trouvé en place à l’endroit précis de l’aménagement en cause, cela en dit long sur l’étendue du fameux cimetière d’Alaux. La distance à l’église est d’une centaine de mètres. Fort heureusement, les tombes sont profondes à l’abri des détections intempestives et destructrices. Certains en seront pour leur frais.
Nous prenons la voiture pour rejoindre les berges du Tarn.
Un petit tour au « Carla«  à la chapelle Saint-Cécile
Où l’association « Mille étoiles pour l’enfance » aménage une halte sur la berge pour accueillir dès cet été les touristes venus du Tarn par les gabares. Personne. Ce jour-là, impossible de visiter l’intérieur de la chapelle.
Des travaux ont lieu pour permettre aux visiteurs de remonter la pente pour visiter l’église. C’est l’occasion de «fouiller» les déblais et gravats qui couvrent la pente sans grand résultat (6).
Dans la pente justement, nous signalons quand même la trace de couches alluviales quaternaires (7).
La plus haute est formée de cailloutis serrés. Les galets sont de taille inégale mais plutôt petite. Il serait intéressant pour la suite d’établir son exacte position par rapport au bâtiment.

 Couche de cailloutis en place. Fin du Würm
 
Une autre, plus basse, est une couche de limon marneux très compacte, jaune, sans cailloutis. Nous ne pouvons pas mesurer l’épaisseur des couches. À défaut,  nous les prenons en photo.

Nous estimons à 15/20 m le dénivelé du lit du Tarn jusqu’à la terrasse où est installé l’édifice (8) dans les alluvions de la basse plaine à l’abri des crues.

L’église a laissé peu de traces archivistiques. Si l’on s’en tient à celles-ci, elle fut longtemps une ruine. Et même à plusieurs reprises dans l’histoire avant de subir des rénovations plus ou moins durables. Justement ces aménagements successifs rendent difficile une datation d’origine. Son origine, au moins, serait médiévale. Les éléments restants remontent pour la plupart de la fin du XVe siècle avec quelques exceptions tout de même. En l’occurrence, ce «réemploi ».
Le réemploi

Il est encastré dans un mur, côté extérieur. Il s’agit d’une portion de chapiteau à motif floral avec le tailloir sur le haut. De type roman. Période du XIIe siècle. Il est de travers. J’attends une confirmation de Marc ou d’un autre spécialiste. Il y avait d’autres chapiteaux roman à l’intérieur mais ils ont été volés. On conserve cependant quelques photos.

Le bâtiment – sous une forme ou sous une autre – existait déjà début XIVe siècle sur la route qui conduisait de Castelnau à Marssac, rive droite du Tarn. Son tracé est différent de celui d’aujourd’hui. La voie ne longeait pas l’abrupt calcaire mais passait plus avant dans la plaine à proximité de la chapelle.
Bien sûr, sa beauté laisse place à bien des légendes.
Autour, à côté de l’église, il est fort probable – et on s’accorde à le reconnaître – qu’un habitat ait existé au lieu-dit « Mazière » (9) bien avant la fondation de Castelnau-de-Levis. La construction du « castelnau » va entraîner un effacement progressif du petit village. Ce destin, Mazière le partage avec d’autres hameaux des environs.
L’église comme le village auraient eu «l’honneur» (10) d’être détruits lors d’un passage de Simon de Monfort.
Par ailleurs, Guillaume me fait remarquer la présence dans le bâtiment de moellons bien taillés en tuf qu’il est d’après lui difficile de trouver dans les parages. Remonter la vallée du Bigar serait peut être intéressant avec cette objectif : une carrière de tuf. Une comparaison serait pertinente avec les autres bâtiments des alentours. Nous serons vigilants dorénavant. À commencer avec le château de Castelnau et le bâti ancien à Marssac.

 Le tuf constitue une partie des éléments maçonnés, notamment les pierres d’angle.
Vue du ciel
En tout cas, le vaste terrain plat destiné à devenir un parking au nord de l’édifice réserve de bien belles perspectives archéologiques (11). L’avenir dira…
Nous remercions particulièrement Guillaume Pech pour sa compagnie et la confiance qu’il nous a accordée.
Notes
(1) Nous avons pu visiter le site avec Jean-Pierre Antonini en 2005. Il était encore parmi nous. Nous profitons ainsi de ses remarques.

(2) Il est même possible qu’une allusion soit faite sur les lieux dans le Testament de la comtesse Garsinde de Narbonne à la fin du Xe siècle. C’est dire… 

(3) En 2003, nous avons pu le constater. Tegulae (tuiles plates romaines) en contexte plutôt médiéval et terre noire sur le haut. De la céramique type bas Moyen Âge aussi.

(4) Le toponyme La Glezia est une déformation de l’ecclesia, mot grec puis latin signifiant église, qui a fait en italien la chiesa et en français La chaise (La Chaise-Dieu) mais aussi  le mot « ecclésiastique ».

(5) Notamment le colonel Louis Brieussel.

(6) Quelques tegulae serviront à Yann à justifier une présence gallo-romaine. Et pourquoi pas ? On y a trouvé une pièce de monnaie aussi de l’époque moderne.
(7) De – 80 000 à -10 000 av. JC. Creusement intense, remblaiement de la fin des épisodes glacières, suite à des variations climatiques ; c’est une période de forte perturbation du niveau des cours d’eau. Le Tarn comme son affluent le ruisseau de Bigar qui se jette plus à l’ouest.
(8) À quelques 150 m d’altitude environ.
(9) De « maceria ». La ruine en latin.
(10) Une remarque à ce propos. Les exactions causées par Simon de Monfort m’impressionnent beaucoup depuis que je m’intéresse au patrimoine tarnais. Elles sont indénombrables. Les ravages qu’a commis ce « fléau » en quelques chevauchées dépassent l’entendement. Je cherche la part de vérité dans ces légendes dont beaucoup ont pu être construite a posteriori.
(11) Nous y observons des traces circulaires de fosses funéraires néo. C’est leur dimension et leur nombre qui le laisse penser. C’est un espace à protéger et surveiller.
Des signes sans parole : les cupules *

Des signes sans parole : les cupules *

Compte rendu des sorties du CAPA avec Philippe Hameau
vendredi 20 et samedi 21 mars 2015

 Photo d’Emmanuel Bréteau d’une roche à cupules à Evolène (les Mayens de Cotter) dans le Valais suisse. Elle est extraite de l’ouvrage Roches de mémoire, 5000 ans d’art rupestre dans les Alpes, Errance, 2010


 Photo d’Emmanuel Bréteau d’une roche de 250 cupules à Mattie dans la vallée de la Suse en Italie. 
Même référence qu’au dessus. 

Photo Henri Prat. Dalle cupulée de “La Gaugne à Saint-Antonin-de-Lacalm dans le Tarn 
 

Secteur : Carmausin, Ambialades, Monts d’Alban et Villefranchois

Commune : Marsal, Saint-Antonin-de-Lacalm,Tréviens, Mirandol-Bourgnounac, Saint-Jean-de-Marcel, Ambialet

Météo : frisquet mais acceptable mais ciel bien gris pour observer des cupules


Participants 
Journée du vendredi

Jeannie, Yann, Jean-Simon, Charlette, Régine, Louis F, Claudette, Bernard D., Michel P. , Christophe et Philippe H.

Voiture : Christophe, Louis F. Jeannie

Journée du samedi

Bernard A, Charlette, Henri Prat, Louis F., Régine, Claudette, Bernard D., Michel P. , Christophe et Philippe H.

Voiture : Christophe, Louis F et Henri


Sites visités : Puech-Mergou (1 et 2), La Gaugne, Dolmen de Nougayrol, Roque Brune, Font Frèche, Belle Rive et La Grèze


Voitures : Christophe, Louis F, Michel, Jeannie, Henri


Philippe Hameau

La venue deux jours durant de Philippe Hameau du laboratoire d’Anthropologie « Mémoire, Identité et Cognition » de l’université de Nice mais aussi président de l’ASER (Association de Sauvegarde, d’Étude et de Recherche sur le patrimoine du Centre Var) nous a ouvert de nouvelles perspectives en matière d’observation des cupules. Si il s’agissait de mieux comprendre ce qu’elles sont, le pari est tenu. Même si toutes ne sont pas préhistoriques, les cupules ne sont jamais le phénomène anodin d’un berger qui « gratte » parce qu’il s’ennuie, histoire de faire son trou… (1).


Philippe Hameau ne prétend pas détenir la vérité mais tente d’ouvrir prudemment des pistes de réflexion qui sont et seront bien évidemment objet de contestation. Et c’est tant mieux. En tout cas, son érudition, pas seulement préhistorique, mais aussi anthropologique est immense. Elle dépasse l’échelle de notre pays et le domaine de ce qu’il dénomme « l’art schématique ». Elle est d’autant plus remarquable qu’il la partage volontiers. Il l’entretient par une curiosité insatiable. Sa venue à quelques 400 km de ses montagnes provençales n’en est-elle pas la preuve? Je résume ici les propos qu’il a tenus à l’occasion d’échanges informels. Je m’appuie aussi sur l’abondante documentation qu’il m’a livrée suite à sa venue (2). Brièveté oblige, j’espère ne pas trop déformer ses hypothèses scientifiques, ne pas trop exagérer ses convictions. Car il en a. Je terminerai par des pistes de réflexion.

 Philippe Hameau dans le Tarn samedi 21 avril 2015


Une histoire de signes

Des signes, les hommes en font depuis la Préhistoire. Les peintures et gravures rupestres appartiennent à ce registre. Elles précèdent l’écriture (3). Plus ou moins abstraites, elles composent des systèmes de communication dont nous n’avons plus la clé.


Nous l’oublions trop souvent. L’art animalier très réaliste du Paléolithique est souvent combiné à des signes abstraits. Focalisé par la beauté des formes animales, on en oublie les points en ligne, les traits, les cercles qui les accompagnent presque toujours remarquait Philippe Hameau. Il y a comme une sorte de « ponctuation » entre ou sur les peintures ou les gravures d’animaux.


Sans ambiguïté, à partir du Néolithique (4), les expressions graphiques gagnent en abstraction. Les figures animales autrefois hyperréalistes deviennent très schématiques.


Pour faire simple, aux yeux d’une partie des chercheurs dont Philippe Hameau, on relève cinq grandes catégories de signes sur lesquels jouent les spécialistes du Néolithique. L’idole (5), le quadrupède, le signe circulaire du soleil, le personnage masculin souvent en forme de croix et, enfin, la ligne brisée. Autant dire l’éventail des figures est restreint. Formes vivantes ou géométriques, les signes s’associent dans des compositions sur la roche. Parfois, les signes sont isolés. Ensemble, ils portent un sens que partageaient les auteurs et les observateurs à l’époque préhistorique, une sorte de code visuel. Et ce n’est pas une mince affaire de le décrypter !
Les cinq figures caractéristiques du Néolithique final : idole, soléiforme, quadrupède, le personnage masculin et la ligne brisée
 

Sur la roche, la cupule fait partie de ces signes comme les points (6) peints dans les grottes tout au long de la Préhistoire. On peut la classer dans les «soleils». N’est-ce pas un point sans rayon, après tout ?


Particularité des cupules, ce sont souvent les seuls signes exprimés dans un périmètre.


La cupule est souvent creusée par percussion. Elle est hémisphérique mais on relève maintes fois une légère asymétrie à l’ouverture.


Deux sites permettent une réflexion approfondie sur le sujet. Celui de “Maraval” à Collobrières dans le massif des Maures (Var) et celui du “Signal de la Lichère” à Branoux dans le Gard. Ils sont emblématiques des interrogations sur les cupules mais il y en a d’autres bien sûr.

Les dallettes de “Maraval”


En altitude, le site de “Maraval” exposé au sud consiste en une suite de blocs schisteux en chaos sur un versant. Plutôt sur le haut. La position des gros blocs cupulés a pu être  légèrement modifiée depuis la Préhistoire soit de façon naturelle soit par les hommes. La question n’est pas tranchée.

On a découvert ces cupules suite au débroussaillage d’une société de chasse. Il y a de quoi étonner. Philippe Hameau décrit avec minutie un rocher à 35 cupules (ci-dessous), un autre, très proche, à 10 et deux autres inférieurs à 3. Étant donnée la nature plutôt fragile de la roche, les cupules devaient être plus nombreuses. Le temps faisant son œuvre, les mieux creusées sont restées, d’autres ont du progressivement s’émousser voire même s’effacer suite à des desquamations (7).

Relevé du grand bloc cupulé de Maraval(Collobrières)




Les cupules sont en position dominante dans le paysage. Leur taille et profondeur varient. Un fin sillon relie quelques-unes d’entre elles en haltère. À l’évidence, les plus grosses cupules sont sur des replats. Elles présentent ainsi un accès et un stationnement plus faciles.


Très intéressant, on note la présence d’une cinquantaine de « dallettes » au sol. De minces pierres de petites tailles (15 cm) portant parfois des perforations centrales ou des échancrures sur les bords comme il est visible ci-dessous. On n’a pas trouvé leur lieu d’extraction (8), ni une explication quelconque à leur présence.

Le site n’a pas été sondé. Il est possible que d’autres dallettes soient sous le sol à présent. Ces dallettes ont-elles un lien avec les cupules ?



Dallettes de « Maraval«  à proximité des cupules

Enfin, le site de « Maraval » domine une mine de cuivre. Dans le Massif des Maures, on note la présence d’exploitations depuis l’époque romaine, peut être même avant.

Sur la même commune de Collobrières, décidément riche en gravures, avait déjà été découverte une pierre gneissique portant 80 cupules.

Dans un col, au tournant d’un chemin, on remarqua sur cette pierre la présence de canaux creusés. Notamment un, occupé par un filon de quartz. De la matière minérale a été prélevée (9).

Par ailleurs, un travail au burin, des aménagements de nature anthropique sont visibles à différents points de la roche. Ils sont discrets mais indiscutables.



“La Lichère”, un véritable sanctuaire en lien avec les cupules


Nous sommes cette fois dans les Cévennes. Les rochers schisteux ornés occupent les rebords d’une crête qui domine la vallée du Gardons à presque 900 m d’altitude. Les zones dénudées offrent à la vue plus de cent cinquante cupules mais aussi des arceaux de taille différente. L’association cupule/arceau comme à “Puech Mergou” n’est donc pas exceptionnelle (10). Nous en reparlerons.


Les signes sont disséminés sur les rochers alentours non sans une certaine organisation, disons « une fréquence » en rapport avec le sommet. Plus on se rapproche, plus ils sont nombreux et ostentatoires. Je cite Philippe Hameau :« L’exubérance de la décoration s’accroit avec le sommet » avant de diminuer à proximité immédiate de celui-ci. Quelque part, il y a une régle.


Par ailleurs, la présence des arceaux est plus fréquente au sommet que sur le versant. Bref, l’iconographie évolue en intensité et en nature selon son emplacement dans la pente.
Présence des cupules et des arceaux dans un secteur de la Lichère

À plusieurs reprises, les cupules s’associent, s’imbriquent aux arceaux et ce de différentes façons (11). Parfois, ensemble, ils se juxtaposent, parfois, ils fusionnent. Toute une palette de formes est possible dont Philippe Hameau dresse soigneusement l’inventaire. Il arrive que les signes soient ébauchés ou « contractés » sans être achevés. C’est toute une grammaire qui s’offre au regard.


Car il y a bien sûr un sens à donner à ses gravures. Quel est-t-il ? Connaître la chronologie fine des moments d’exécution pourrait nous aider. Autrement dit, qui de l’arceau ou de la cupule était avant ? Vous comprenez que ce n’est pas demain la veille que nous trouverons la réponse. Le point( cupule) placé après ou entre les branches est-il un signe qui distingue l’idole par une expérience, une qualité particulière à un moment donné ?


Par ailleurs, il est intéressant de voir qu’il y a parfois une échancrure de l’arête du support rocheux comme si une cupule trop proche avait fait craquer la roche. On pourrait croire à un accident mais le cas se répète.

Autre détail, et pas des moindres : le site en question est riche en dolmens (11). La convergence entre structures sépulcrales et cupules est ici remarquable.


Eau et cupules


Pour résumer. Les sites à gravures sont plutôt accessibles. La station idéale, c’est un point dominant plus que culminant, un lieu que l’on puisse voir et d’où l’on peut voir. C’est la moins mauvaise formule que j’ai trouvée. Sur les lieux, le poste choisi prête à contemplation le plus souvent. Il est très rarement exposé plein nord mais laisse place à une large palette de possibilités.


Les blocs délibérément choisis sont souvent solidaires du substrat rocheux, rarement erratique comme à “La Gaugne”. Les cupules sont encore sur les dalles de couverture des dolmens (12), type Nougayrol ou Crespin si mes souvenirs sont bons.


Ce sont les faces supérieures des rochers qui ont la prédilection des néolithiques qu’elles soient à l’horizontal ou à l’oblique. Presque jamais à la verticale. Etant donnée la configuration de l’espace, difficile de ne pas penser à un ou des « autels » pour utiliser un vocabulaire religieux. C’est d’ailleurs une qualification recevable pour Philippe Hameau.


Les fouilles et sondages autour des lieux à cupules sont pour ainsi dire inexistants. Ils sont difficiles, il est vrai. Sur les hauteurs, la roche affleurent, les sols sont maigres. Pour l’instant, il ne semble pas que les aires à cupules aient été des zones d’habitats pérennes. En revanche, la présence de dolmens aux abords n’a rien de vraiment exceptionnel. Riche de son expérience dans le Sud de la France et l’Espagne, Philippe Hameau parle de sanctuaire où des rites de passage auraient été effectués. Il établit même toute une grammaire à partir des fréquences, des symétries, des contractions de signes. Il développe la théorie de la «double idole». La peinture comme la gravure vient à l’appui de ses thèses (13). 

Autre observation et pas des moindres. Pour Philippe Hameau, les lieux à gravures ou peintures néolithiques sont conditionnés par l’élément liquide. Non que les lieux soient forcément à proximité directe de torrents, de rivières, de sources mais leur disposition invite à réfléchir plutôt sur l’accueil de l’eau du ciel ou des eaux souterraines( 14). Les aires à cupules présentent souvent des dispositifs complexes pour accompagner les ruissellements. Des mises en scène, des mises en réseau s’étalent sous nos yeux dont nous éprouvons le plus grand mal à comprendre les logiques. Les cupules selon leur diamètre servent de réceptacles, de bassins, de déversoirs. Toute une typologie de formes a été mise en place.


Perspectives tarnaises, à présent


– En dépit des impressions, les cupules sont fragiles. Ils faut en prendre soin, notamment lors des « nettoyages ». Ce sont des archives à ciel ouvert qu’il faut s’empresser de protéger.

– Il n’est guère de sens qu’on puisse donner à une ou deux cupules isolées.Tout bien considéré le corpus tarnais est riche en sites mais ceux-ci ne présentent pas de grande concentration de signes à graver. Tout au moins au point de se lancer dans une étude approfondie dans l’immédiat. 

Déboiser, démousser quand il est possible permettrait d’étoffer peut être un corpus pour un site précis. Mais tous ne se prêtent pas à ce genre d’entreprise facilement. Loin s’en faut, vous le savez.

– Bien prendre conscience que plusieurs générations de graveurs du Néolithique à nos jours élabore un palimpseste aux allures bien complexes. À force d’expérience et d’observation, il est parfois possible de cerner les signes les plus anciens. Ils sont au dessous des plus récents. Ils répondent à des logiques bien particulières nous l’avons vu.

– L’observation des cupules en réseau à la lueur du travail de Philippe Hameau permettrait peut être de confirmer ou d’infirmer la « théorie des jeux d’eau ». Entre autres, les cupules peuvent-elle jouer le rôle de réceptacles à un élément liquide ? Il n’y a qu’à essayer… Avant même, mieux observer les associations de signes et donner les plus fréquents.

– Un regard sur les liens entre les cupules et les statues menhirs soit qu’elles soient carrément sur la statue soit qu’elles soient à proximité est nécessaire. Michel Maillé, lui même le reconnaît dans son ouvrage de référence de 2010 : Hommes et femmes de pierre du Rouergue et du Haut Languedoc.

L’exercice peut se faire même de façon livresque.

– Quant aux liens entre les cupules et les gîtes de matières premières (silex, argile, quartz, cuivre) dans notre région minière, ils sont non seulement possibles mais aussi envisageables à étudier et déjà fertiles.

– Enfin, mieux regarder les abris et parois rocheuses dans notre territoire d’investigation afin de déceler d’éventuelles peintures néolithiques. Même si elles sont plus nombreuses à l’est du Rhône, ma visite toute récente de sites espagnols dans la sierra de Guara m’encourage à penser qu’il n’ y pas de raison de désespérer… J’en parlerai avec Bernard Valette qui actuellement répertorie les abris sous roche fortifiés dans le Tarn dans une optique plus médiévale, il est vrai.


Dans un toute autre domaine, partout, les graffitis sont à observer. Ils témoignent d’une action des hommes qui répond à des logiques intéressantes. 

Notes

 * Pour reprendre la belle formule de Jean Abélanet


(1) À ce propos, Gillaume Lebaudy dresse un bilan intéressant de ce que font ou ne font pas les bergers quand ils sont seuls lors de l’hivernage du XVIIIe siècle à nos jours en plaine de La Crau.

(2) Entre autres travaux dont Philippe Hameau a été l’auteur ou l’instigateur.  À part exception, j’emprunte les documents pour illustrer mes propos à ces articles. 

Les pierres à cupules de Maraval (Collobrières-Var), Cahier de l’ASER, n°18, 2013

Les pierres à cupules du col des vanneaux (Collobrières-Var),Revue du Centre Archéologique du Var, 2012

Les gravures rupestres du Signal de La Lichère (Branoux-les-Taillades, Gard), Archivo de Préhistoria Levantina, Vol XXIII, Valence, 1999

Peinture et gravures pariétale dans la combe de Chenevoye (Engins, Isère), Association Patrimoine de l’Isère, culture, histoire, ?

Le rapport à l’eau de l’art post-paléolithique. L’exemple des gravures et des peintures néolithiques du sud de la France, Zephyrus, 2004

(3) Bien difficile de distinguer l’écriture à proprement parler du signe. L’écriture délivre à partir de signes un message linéaire qui répond à un ordre de haut en bas, de droite à gauche ou le contraire. L’écriture produit une parole. Le signe jamais. Il arrive à Philippe Hameau de parler aussi d’« art schématique ».

(4) On ignore encore la chronologie précise. On parle d’art « post-glacière ». Les cupules seraient l’oeuvre des communautés agro-pastorale du Néolithique en lien avec les dolmens. Par ailleurs, Philippe Hameau observe que l’on recule peu à peu l’âge d’élaboration des pétroglyphes de la Vallée des merveilles dans le parc du Mercantour, avant situées à l’Âge du Bronze.
(5) L’idole est schématisé ainsi : .Il a un sens, un bas ouvert et un haut. La forme peut être applatie sur le haut ou plus échancrée sur le bas avec un écartement des branches. Ainsi Philippe Hameau me faisait remarquer que nous observions les arceaux « à l’envers » à « Puech Mergou ». L’arceau peut être droit, couché ou inversé.

On évitera de parler de « fer à cheval » pour ne pas réveiller les légendes. À en croire celles-ci des chevaux, des saints voleraient de vallée en vallée.

Plus sérieusement, notez évidemment la convergence des formes avec nos statues menhirs.

Au niveau technique, l’arceau est le résultat d’une juxtaposition de cupules que le préhistorique égalise par un frottement. L’arceau est donc souvent punctiforme. Enfin, il est un excellent marqueur chronologique pour une datation du IV au IIIe millénaire, soit le Néolithique final.

(6) Force est de reconnaître, le point est en quelque sorte la version picturale de la cupule. Il est à noter s’il est besoin que la céramique néolithique adopte très vite des motifs géométriques. Parmi eux, les points.

(7) Sans compter que tout n’a pas été débroussaillé.

(8) On dit aussi « palettes ». On les trouve quelquefois à proximité des dolmens ou dans les grottes. Leur utilité pose question tout comme ces disques de roches fine autour des dolmens.

(9) Pour servir d’outil à creuser les cupules…

(10) Les cupules sont associées le plus souvent avec des croix (homme) ou des arceaux.Très rarement avec d’autres signes.

(11) Fouillés il y a bien des années presque tous. Il est mal commode d’en tirer quelque chose à ce jour. La proximité de dolmens ou de menhirs « non grattés » aux abords des aires de cupules est une chance à ne pas rater dans les années qui viennent pour l’archéologie. C’est une évidence.

(12) Rarement sur les orthostates.

(13) J’invite le lecteur à consulter les références bibliographiques. Mon objet n’est pas de développer cette partie complexe mais passionnante.

(14) Même remarque pour les gravures rupestres néolithiques en lien avec l’humidité et les suintements.

La contribution de Henri et Louis du CAPA au phénomène des cupules est disponible pour la modique somme de 8 euros. N’hésitez pas à nous contacter.

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I
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