Penne d’Albigeois

Sortie du CAPA du 8 novembre 2025 à Penne d’Albigeois : Visite du village, du château et du musée archéologique

Texte original : Bernard Alet
Photos : Rosy Mascaras et Laurent Maignial

28 courageux participants ont bravé la pluie ce jour-là pour visiter ou revisiter le pittoresque village de Penne et sa magnifique forteresse récemment fouillée, restaurée et bien mise en valeur.

Un éperon rocheux en forme de plume ?

Le village primitif, constitué de petites habitations excavées, se situait à l’ouest de l’éperon calcaire (voir maquette XIe siècle). Le village se déplaça progressivement de l’ouest vers l’est tout au long de l’éperon pour former deux faubourgs (ou barris), les maisons accolées les unes aux autres constituant ainsi un nouveau rempart. Le village était donc divisé stratégiquement en deux parties égales, séparées par la Porte Méjane (ou porte du milieu) : l’accès au faubourg du bas s’effectuait par la Porte Peyrière et celui du faubourg haut par la Porte du Pont (Pont-Levis ?), près de l’actuelle église.

Nous avons d’abord déambulé dans les rues du village où nous avons pu observer tour à tour les nombreux témoins architecturaux de l’histoire de Penne.

Penne fut le bourg des drapiers et surtout des cordiers jusqu’à l’entre-deux guerres : en effet, de nombreux ateliers de cordiers, dont on retrouve encore les traces des échoppes, étaient liés à la culture du chanvre en bas du village au bord de l’Aveyron. Dans ces ateliers, on y fabriquait des cordages, des sangles, des licols pour les chevaux…

Sur la place de l’église et dans les rues voisines, on peut observer plusieurs vieilles maisons en encorbellement, à colombages et terre crue (pisé ou torchis).

Penne : Maison à colombage du XVIIIe siècle
Photo : Rosy Mascaras

Près de l’église, la grande croix de l’esplanade est ancrée sur une colonne surmontée d’un chapiteau provenant de l’église Sainte-Marguerite du château : ce chapiteau est décoré de feuilles stylisées, fruits et fleurons typiques de l’époque romane ? De part et d’autre d’un contrefort de l’église, se trouvent deux belles figurines du XVIe siècle représentant un homme et un enfant avec deux interprétations possibles : soit ils soutiennent une pierre les bras levés, soit ils tiennent leur couvre-chef par grand vent !!!…

L’église Sainte-Catherine du village ne présente plus beaucoup d’intérêt, le magnifique plafond peint s’étant effondré et ayant été reconstruit à l’économie. En outre, cette église gothique a subi plusieurs modifications au cours du temps : en particulier, elle est aujourd’hui « désorientée », l’entrée primitive ayant été obstruée et le chevet à trois pans transformé en porte d’entrée principale. A l’entrée de l’église, on peut voir un magnifique bénitier (avec sa grenouille) sur colonne provenant également de l’église Sainte-Marguerite du château. La décoration du chapiteau est identique à celle de la croix sur l’esplanade proche (photo).

Le beffroi (photo), servant aujourd’hui de clocher à l’église, porte le blason de Penne avec les trois fleurs de lys et la plume de Penne (photo).

En montant la grand’ rue après le beffroi, on peut observer à gauche l’entrée primitive de l’église et à droite, plusieurs linteaux successifs de portes du XVIIe siècle avec le monogramme du Christ, tantôt IHS (avec une date 1664 : photo), tantôt INRI…

Plus haut, on arrive à la place des mesures, ancienne place du marché, délimitée autrefois par trois pontets, avec d’anciennes mesures à grains (photo) réemployées à la base d’un mur, une vieille porte cloutée avec encadrement en pierre sculptée style Louis XIII (photo)…

A la bifurcation montant au château, se trouve la croix de la Peste du XVIIe siècle (photo). Sur son socle, on peut y lire : « A pesta libera nos domine » – De la peste, délivre-nous (libère-nous) Seigneur ! – Cette croix est datée précisément de 1653, dernière grande peste de la contrée ?

Penne : Croix de la Peste
Photo : Laurent Maignial

Une « forteresse » inexpugnable ?

L’excursion s’est poursuivie ensuite par la visite de la « forteresse » de Penne, tant ce château était d’une ampleur exceptionnelle tout au long de son éperon !

Ce site stratégique dominant le cours de l’Aveyron fut occupé au moins dès la protohistoire : en effet, de nombreuses monnaies et médailles gauloises y ont été découvertes.

Durant le haut Moyen Age, l’éperon se transforme en site castral et ecclésial (voir maquette XIe siècle) : aux Xe-XIe siècles, un castrum est construit (occupé par des milites castri ou hommes à tout faire), ainsi qu’une église (pré-romane ?) dédiée à Sainte-Marguerite. Plusieurs tours sont construites, appartenant aux co-seigneurs de Penne. A cette époque-là, le château était un lieu ostentatoire, lieu de pouvoir et de prestige. Parmi les co-seigneurs de Penne les plus connus, Bernard et Olivier de Penne furent de fidèles vassaux des Comtes de Toulouse.

Durant la deuxième moitié du XIIIe siècle, et à la mort du dernier Comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, ce château seigneurial et comtal devint château capétien, sous le règne de Philippe III le Hardi. A partir de cette date, le château royal de Penne fut agrandi et les remparts vont alors enserrer l’église Sainte-Marguerite (voir maquette XIVe siècle).

Entre le XIIIe siècle et la Révolution, le château de Penne connaît de nombreuses transformations, entre démolitions et extensions : tantôt destructions, pillages ou incendies lors de la guerre de Cent Ans, lors des guerres de religion, lors la Révolution ; tantôt extensions lors des périodes fastes.

Au XIXe siècle, le château était en grande partie ruiné, servant de carrière aux Pennols, habitants de Penne.

Deux anecdotes à propos du château :

  • Un suicide romantique en 1834 dans le « vestibule » de l’église Sainte-Marguerite, près de la citerne : suicide de Jacques Daure, jeune secrétaire de Talleyrand né à Montauban, qui s’était épris de la Duchesse de Dino, nièce de Talleyrand. La Duchesse repoussant ses avances, Jacques Daure se suicida en désespoir d’amour.
  • Le dernier « habitant » du château à la fin du XIXe et au tout début du XXe siècle aurait été Alexandre Viguier, dit « le Terrible de Penne » (1835-1911), géomètre-expert qui se promenait dans tout le pays une lampe à la main pour, disait-il, éclairer la justice. Ce fut un personnage pittoresque à la fois légendaire et hors du commun qui occupa peu de temps la salle des gardes à l’entrée du château.

Un nouveau musée archéologique à l’intérieur du château

Le petit périple s’est achevé par la visite du tout nouveau musée archéologique ouvert en juillet 2024 dans l’enceinte du château.

Y sont exposées des verreries anciennes languedociennes ou du sud-ouest, dont quelques rares verreries de Grésigne (photo), le résultat des fouilles archéologiques dirigées par Florence Guillot (pièces de monnaies, outils, armes, objets de la vie quotidienne… : photos), des collections médiévales (mobilier, coffres, statues et statuettes, vêtements, épées et sabres… : photos)

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