Andillac et le domaine du Cayla

Andillac, petit village romantique et patrimonial, et le domaine du Cayla.
Sortie CAPA du 03 octobre 2025

Texte original : Isabelle Protat
Photos : Isabelle Protat et Laurent Maignial

Le domaine du Cayla

Visite de cette belle gentilhommière ayant préservé son « décor » du début du 19eme et connaissance avec ses habitants écrivains.
Merci à Nathalie pour son sympathique accueil et ses connaissances du lieu.

Le domaine appelé château semble n’avoir toujours été qu’une demeure bourgeoise et non un château de défense.

La cuisine est particulièrement intéressante. La domestique dormait dans une alcôve de cette pièce sur un matelas de feuilles de maïs. Elle pouvait ainsi entretenir jour et nuit le feu de la cheminée. Il fallait de la braise en permanence pour garder les six potagers prêts pour cuisiner tous les repas, qu’ils prenaient peut-être tous sur la grande table de cette pièce chaude. Elle avait accès au puits de l’intérieur, par une porte de la cuisine. La braise alimentait également le chauffe-fers pour le repassage.

Nous avons ensuite découvert le bureau et les chambres des derniers habitants du domaine : Joseph de Guérin et ses enfants dont bien sur, Maurice et Eugénie, écrivains connus, lui pour ses proses romantiques, elle pour ses lettres et journaux tenus régulièrement, riches de détails de l’époque.

Un bel ouvrage de dentellière était présenté dans une vitrine.

Ouvrage de dentellière
Photo : Isabelle Protat

Nous avons vu la grande pièce de réception avec une cheminée monumentale comme on en a vu dans d’autres visites du secteur. Des fabricants de décors de cheminée passaient alors dans les demeures riches pour proposer leur travail. Le maître des lieux choisissait les détails dans un catalogue mais le style de ces artisans et la mode de l’époque se retrouvent dans différentes maisons ou châteaux. (Mayragues par ex.)

Cheminée
Photo : Laurent Maignial

Nous avons fini par ce qu’on appelle le lavoir du Cayla, mais qui ressemble aujourd’hui plus à un bassin qu’à un lavoir. Seules deux pierres inclinées sur un angle pourraient le confirmer. Aucun autre lavoir n’est connu sur ce grand domaine.

Bassin du Cayla
Photo : Isabelle Protat

Histoire de la famille De Guérin

Il peut bien sûr y avoir des erreurs, merci de m’en informer.

Jean de Guérin, (+ av juillet 1545)  marié à Catherine de Balaguier (+ ap 1545 à Andillac) étaient du Rouergue.

Ils eurent plusieurs enfants, certains à l’origine d’une longue lignée de notaires à Puycelsi, quand d’autres s’installeront sur Andillac :

  • Bertrand de Guérin (+ap 1545)
  • Pierre de Guérin (1500-1569 + à Puycelsi),Notaire à Puycelsi de 1541 à 1569,  Sgr de Grinholes puis Sgr de Sanhes. Il tiendra garnison à Puycelsi contre les routiers et épousera Bertrande Grunaille en 1530 à Puycelsi. puis Isabeau de Bar de Lavalette (CM en 1553) qui lui apporte la seigneurie de Laval, en dessous de Puycelsi; Il guerroya toute sa vie et mourut au combat.
    • Son fils Jean participe du côté des catholiques aux guerres de religions. Il sert sous les ordres de ses oncles Guillaume et Antoine de Lapeyre qui commandent Puycelsi pour le maréchal de Joyeuse. Il vient assiéger le fort d’Andillac tenu par les protestants. Son oncle Jean meurt sans enfant en 1582 et lui lègue le Cayla. Jean vient s’y installer et épouse sa cousine Jeanne de Lapeyre.
    • Son fils Bernard Notaire à Puycelsi de 1577 à 1604 .
  • Jean de Guérin, (+ 1582) Seigneur de Rinhodes, de Sanhes, puis du Cayla, écuyer  qui lui, combattra les routiers dans la vallée de la Haute-Vère. Celui-ci battit son château de Roul à Campes, près de Cordes, dont il est seigneur.

 Jean se mariera avec Jeanne de la Peyre, fille de Guillaume. Mort en 1582, sans postérité, ses biens amassés reviennent à son neveu Jean de Guérin de Saignes (puis du Cayla). Il demanda à être enseveli dans l’église St Michel de Cordes, en reconnaissance de l‘accueil cordais passé.

 Son neveu Jean de Guérin (fils de Pierre), (+ env 1620) Sgr de Saignes, puis du Cayla, s’installe au domaine de la Gazelle, près de Roul et se mariera vers 1582 avec sa cousine, autre Jeanne de la Peyre, (env 1536-+1639 à 103 ans au Cayla) fille de Michel, seigneur de la Peyre (près de Cahuzac sur Vère) , qui lui apportera par pacte de mariage la terre, les Armes et le surnom de Cayla (d’après d’autres sources.)

En 1535, Jean de Guérin abandonne la terre de la Gazelle et échange avec les terres au nord du Cayla, puis d’autres, et agrandit ainsi le domaine.

Pendant 3 générations, les Guérin continuent d’agrandir le domaine en s’adonnant au métier des Armes puis deviennent gentilshommes terriens.

Vers 1700, les frêres et sœurs se partagent l’héritage et le domaine fut alors largement démembré. (il y aurait eu alors 90 ha). La moitié des terres à peine restèrent à la souche familiale.

Fils d’Antoine de Guérin (1741-1803) et de Sabine de Verdun (1758-1835), Joseph de Guérin entretient le domaine (vignes, blé, …). Homme lettré , il gère le domaine de 40 hectares dont les revenus permettent tout juste d’entretenir la maisonnée. Il est alors maire d’Andillac pendant 15 ans, après le retour au pouvoir de Louis XVIII (1815).

Son propre père, Antoine de Guérin, avait accueilli avec enthousiasme 1789. Ce gentilhomme philosophe avait présidé l’assemblée des citoyens d’Andillac et avait été élu maire à plusieurs reprises avant de s’éteindre en 1803.

Joseph de Guérin n’a pas de la période révolutionnaire les mêmes souvenirs. Il a évité la réquisition en 1796 en se cachant en Grésigne, puis en gagnant l’Italie. Et c’est en royaliste convaincu qu’il assume cependant sa tâche de maire avec rigueur et avec l’aval de ses administrés d’Andillac. La commune compte alors 270 habitants, un peu plus qu’aujourd’hui (202 habitants).
(Archives autour de Maurice de Guérin – Musées Midi-Pyrénées)
(voir note biographique de Maurice de Guérin)

Il y eut un procès plus tard entre Joseph de Guérin (1778/1848) et sa sœur Françoise de Tonnac. La métairie de Pagats sortit alors également du domaine. Il était marié à Gertrude Fontanilles, de Campagnac qui meurt en 1819.

La vie au Cayla est alors plus humble, Ils y cultivent la vigne qui donne le « rubis d’Andillac », du blé, etc…

Il aura 5 enfants : dont Erembert (1803-1850),  Eugénie (1805-1848), Marie (1806-1876) et Maurice (1810-1839)

Eugénie et Maurice, connus pour leurs ecrits, restent seuls en mémoire quand on parle du Cayla.

Après le décès de Joseph de Guérin, en 1848, intervient celui du dernier survivant de ses enfants, Erembert (1803-1850)  Des cinq enfants qu’Érembert avait eu avec son épouse Anaïs Boudet, une seule fille survécut, Caroline. En 1864, elle épousa Melchior Mazuc, décédé en 1910. Ils eurent deux enfants, Eugénie et Nérestan. C’est ce dernier qui négocia la cession du domaine au département du Tarn,         intéressés par le domaine avec l’idée d’en faire un musée consacré aux De Guérin et un « préventorium ou colonie scolaire pour enfants débiles ».

En 1937 le département achète alors 200 000 francs.

Ils ne feront finalement « que »  le musée. Nerestan Malzuc obtiendra le droit de rester vivre au Cayla au RDC, « laissera visiter la cuisine , il pourra se promener et stationner sur la terrasse et les jardins sans déranger la circulation du public »

Andillac et l’église St Médard

Après une pause repas bien garni, nous sommes partis par les chemins à pied, vers Andillac où nous avons vu deux lavoirs malheureusement en mauvais état. Le lavoir du Thouron et de très loin celui de La Borie. Tous deux coulent toute l’année.

Village d’Andilalc

L’histoire du village semble remonter jusqu’à l’époque gallo-romaine.

Andillac fut ensuite un château fort, ceinturé de murailles, auquel on accédait par une porte fortifiée. Dans ce temps troublé de guerres civiles permanentes, les gens du voisinage, de Montmiral, de Cordes, de Cahuzac, voire de Rabastens, venaient y chercher refuge. Ils y possédaient un appartement particulier. En 1597, Andillac comptait, dans le fort, 6 maisons, 75 « chambres » et 20 chais.

En 1595, le fort fut pris par les protestants qui, pendant quatre mois, mirent tout au pillage et ne se retirèrent qu’après avoir fortement rançonné les habitants.

Sous le village coulent deux sources dont une était réputée pour soigner différents maux.

Au XIIe siècle, il existait déjà à Andillac une église dédiée à saint Médard. En 1215, une bulle pontificale confirme son appartenance au chapitre de Sainte-Cécile d’Albi.

L’église médiévale à chevet plat et à clocher-mur était devenue trop vétuste et trop exiguë, à la fin du XIXe siècle, pour accueillir la population du village en augmentation et les visiteurs toujours plus fréquents, dû à la renommée de Maurice et Eugénie de Guérin dont les œuvres venaient d’être couronnées par l’Académie française.

On peut voir la tombe des deux écrivains au pied de l’église qui laisse dans l’oubli toute cette ancienne famille enterrée sur ce lieu…

Leurs dons ainsi que ceux des Andillacois ont financés la construction de l’édifice actuel vers 1872. Deux campagnes de restauration, en 1928 et en 1995, ont contribué à maintenir en bon état cet édifice, ses vitraux et son mobilier de style néo-gothique et gothique flamboyant.


Nous sommes rentrés à pied par la petite route bucolique longée de murailles que les carrioles empruntaient autrefois pour se rendre au Cayla.

Malheureusement, sur la fin, le chemin d’alors qui arrivait jusqu’à la croix de l’entrée du domaine a été labouré il y a quelques années bien qu’il soit encore cadastré…

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