A Cordes, les remparts mis à nu

A Cordes, les remparts mis à nu

Compte rendu de la sortie du CAPA du samedi 14 novembre 2015
à Cordes-sur-Ciel

Secteur : Cordais 
Commune : Cordes-sur-Ciel
Météo : beau temps pour la saison
Participants : Yvonne, Régine, Charlette, René, Bernadette, Louis F., Claudette, Yann, Christophe et Alain Manuel, notre guide

Voiture : Christophe

Sites visités : les remparts visibles de Cordes

Sites évoqués ou à revoir : site à amphores de Prat-Boyer, carrière calcaire de Corrompis

Sites à surveiller : un passage sous la rue Saint-Grégoire. Une ouverture bouchée dans le talus du chemin du Coustou. Un accès à des caves ? La « grotte » et l’abri sous roche de Cordes.

En guise de repère voici un plan tiré de l’ouvrage Architecture cordaise, entre la 1ère et la 2ème enceinte, Société des Amis du Vieux Cordes, 2011

Un nouvel élan pour les comtes de Toulouse

Bien des questions subsistent sur la naissance de la ville de Cordes. Rien est aussi limpide que le veut la légende. Derrière les mots se cache un scénario complexe et discuté (1)
En résumé, la charte des coutumes de Cordes en 1222 sous le jeune Raymond VII, comte de Toulouse, n’est en aucune sorte la preuve de l’inexistence d’un habitat préalable. Elle n’est pas une charte de « fondation » à proprement parler.  Elle montre surtout le souci des comtes de Toulouse de développer un habitat jusque-là très réduit (2) pour en faire un chef-lieu militaire et administratif. 
La charte, tant commentée, montre aussi au détour d’une phrase, le souci d’accueillir des populations  en manque de sécurité. Notamment celles de Saint-Marcel. Une chose est indubitable au moins : il s’agit, pour les comtes de Toulouse, de réorganiser un territoire meurtri par la croisade des Albigeois mais aussi de faire de Cordes une place commerciale. Et ce, à leur plus grand profit bien sûr.

Une œuvre de longue haleine 

Le premier réseau de rempart peut-il aider à y voir plus clair dans les intentions des comtes et de leur successeurs, peut-il même nous éclairer sur le Cordes des origines ?  

 Accueilli par Alain Manuel, nous sommes conduits dans le musée Portal afin d’apprécier l‘épaisseur du premier rempart. Celui-ci va justement nous servir de fil conducteur pour l’après-midi.

Notre hôte doute de sa réalisation en sept ans comme il est coutume de le lire ici et là. Le chantier s’étale dans le temps du début jusqu’au deuxième tiers du XIIIe siècle probablement. Beaucoup d’indices convergent en ce sens (3)

Les travaux s’inscrivent dans le contexte de la reprise en main de la région par Sicard Alaman et, surtout, par l’arrivée d’Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis et comte de Toulouse jusqu’en 1271 (4)

Après le XIIIe siècle, d‘autres remparts viendront ceinturer la ville. Au gré des crises et des périodes fastes, ils marqueront  soit des extensions, soit des replis. 

Promenade extra muros

Trace du festonnage de l’enceinte. La forme n’est pas sans rappeler l’architecture de ChâteauGaillard en Normandie (ci-dessous). C’est une pratique typique et nouvelle au XIIIe siècle.

Pour revenir à la première enceinte, elle entoure de façon linéaire la butte rocheuse du puech de Mordagne qu’on a coutume d’appeler encore le « fort » au XVIe siècle. Quelques quartiers adjacents aussi. L’enceinte s’ouvre sur deux portes seulement. Elles présentent chacune un aspect monumental assez typique de la fin du XIIIe siècle. À l’est, la porte des Ormeaux. À l’ouest, le « Portail peint ». Entre les deux, l’axe transversal constitué par la Grande rue et la rue Saint-Michel. Au nord et au sud, des « portanels » fortifiées  (des poternes en français) permettaient d’entrer et de sortir de façon plus discrète. À l’intérieur, les maisons se déploient en lots de façon orthogonale autour des rues principales. C’est le modèle du castelnau mais adapté au relief escarpé du Puech.

Itinéraire


Au niveau du quartier des Ormeaux

Ici, la muraille primitive se présente sous l’aspect de trois fausses tours (5) typiques de la période Plantagenêse nous dit-on.


Depuis la petite terrasse du musée donnant au nord, Alain nous montre les limites supérieures de la muraille et les parties rehausséesS’offre à la vue une composition assez hétéroclite, tout au moins au premier abord.
Sauf exception, pas de « beaux » remparts crénelés comme à Carcassonne. Pas plus de mâchicoulis, de parapet ou de chemin de ronde, il reste des segments de courtine à nu dont la lecture est rendue difficile par les reprises. 

En effet, très vite après la construction, des maisons s’adossèrent au mur extérieur (6) quand la ville débordait d’activité. Elles enveloppèrent littéralement l’ancienne muraille.

Aussi, des portions entières de la plus vieille courtine ont été « avalées » dans les maisons actuelles. Autrement dit, les propriétaires découvrent le mur d’enceinte au fur et à mesure des réfections et des mises en valeur (7).
Quelquefois, le mur est encore apparent mais a été modifié en perdant sa fonction défensive. On y a percé des fenêtres ou des baies à ogives que l’on voit surtout au nord. La plupart ont été murées à différentes époques. Vous le comprendrez, relever l’exact tracé des courtines relève d’une étude extrêmement poussée, comme celle menée par Gilles Séraphin en 1996 (8)

En prenant la rue Fontournière et la rue de la Jane : un aperçu du rempart

Quand il est visible, le mur est généralement composé de moellons calcaires allongés, bien équarris et assisés. Ce sont soit les calcaires blancs tertiaires du site même (souvent les blocs les plus anciens), soit des calcaires dits « de Corrompis » extraits vers Les Cabannes (d’utilisation plus récente dans l’histoire). Ils sont posés presque à sec avec des joints incertains. Les pierres taillées qui ressortent ici et là sont en grès ocre ou beige.

Ensemble composite mais pas complètement illisible. On discerne des étapes.

Fenêtre à meneaux du XVe siècle percée sur une élévation. Remarquez qu’il n’y a pas de corniche et que le toit repose directement sur le mur. À l’origine, il était couvert par des lauzes aujourd’hui par des tuiles canal.

Une vte en arc clavée avec des dalettes calcaires posées à plat laisse imaginer une voie de circulation beaucoup plus basse au XIIIe siécle.

Autant la partie basse de l’ouvrage montre une certaine homogénéité autant la partie haute distingue clairement des habitations que confirme la disposition des toitures. Un fossé surcreusé dans la pente longeait la courtine, à présent la rue. Il est attesté au XIVe siècle et confirmé un peu plus tard. Il est difficile à imaginer aujourd’hui tant la zone est abrupte.

Le niveau du sol était plus bas comme en témoigne les étages de soubassement enterré.

 

  Un passage sous la rue SaintGrégoire. Une ouverture bouchée dans le talus du chemin du Coustou. Direction une cave?

La nature même des vestiges laissent supposer dans le secteur de la porte des Ormeaux une  participation des habitants à l’œuvre défensive. D’expérience, Alain rappelle qu’il n’est pas hors de propos d’imaginer que la fameuse muraille soit le fruit – tout ou en partie – d’une réalisation des habitants eux-mêmes. Le don de la parcelle à lotir étant conditionné par cette acceptation. Au fond du jardin, un mur aveugle à entretenir. Le cadastre témoigne encore de cette disposition des lots.

Androne 1
Adrone 2

Androne. Venelles parfois en escalier conçues pour recevoir les déchets des latrines et des éviers latéraux. Ils séparent les maisons et débouchent dans les rues. Ils sont parfois fermés à leur arrivée par un pan de mur à arcade. Il débouche sur des « touats ».

Le portanel nord

Il témoigne fort discrètement du passage de l’enceinte primitive même si la porte actuelle ne remonterait qu’au XVIe siècle. Alain nous explique que le « portanel » d’origine devait être plus à l’intérieur de quelques mètres à la lueur d’observations faites dans les caves.

On remarquera une croix à 10 branches (XIIIe siècle) sur un chapiteau fort probablement en place. La ressemblance ne manque pas de frapper avec une borne redécouverte en Grésigne par nos soins il y a maintenant quelques années. 

Mur goutterreau nord de l‘église Saint-Michel

L’église SaintMichel fut édifiée dans le dernier tiers du XIIIe siècle. Elle est reconstruite plus vaste en 1345 en intégrant une partie du vieux rempart. Celui-ci fut ainsi protédes destructions et réfections. Il apparaît au grand jour, bien visible si on y prête attention.
  
Sans investigation archéologique, pas moyen de connaître la position exacte du premier bâtiment religieux. Il semblerait qu’il était localisé plus à l’intérieur, séparé de l’enceinte primitive par un espace. Un cimetière peut-être.
 
Vue de l’église Saint-Michel au nord

 

L’équilibre gothique. Utilisation de grès fin sous la forme de pierres de taille pour les claveaux

 Sous la maison de Charles Portal

Nous abordons à présent la visite des caves creusées sous l‘ancienne maison de Charles Portal. Nous y constatons la présence des soubassements d’un épais rempart (9) mais aussi d’une citerne afin de récupérer l’eau par un soupirail. En outre, les plafonds en bois de la cave laissent apparaître, par endroits, des motifs et des inscriptions sur les poutres et les solives. Il serait urgent d’en faire un relevé. L’état de dégradation des motifs est avancé.

Bassin de récupération des eaux dans les caves de la maison Portal

 

 

Plafond décoré mais fort abimé. Une date est inscrite en haut à droite. Au lecteur de la trouver.

Revenu en surface, nous nous arrêtons dans la côte abrupte de la rue Raymond VII devant  le « Portail peint ». Même veine que celui des Ormeaux. Même période probablement. Notre guide indique l’existence avérée de silos au centre de la voie. Ce qui laisse supposer que l’actuel tracé était très différent du tracé initial. La voie d’accès était plus étroite, moins pentues. Elle devait longer le rempart par la rue SaintGrégoire avant de pénétrer de biais à l’intérieur du bourg, une sorte de chicane offerte aux tireurs des coursives.

Par ailleurs, la rue devait être beaucoup plus haute que l’actuelle si l’on se fonde sur la hauteur présente des soubassements rocheux sur lesquels la porte repose à quelques deux mètres au-dessus du sol pavé d’aujourd’hui.
 

Le grand bond en hauteur
 

Nous abordons par la rue des Mitons (10) la partie sud du bourg. Là, les traces visibles de la muraille sont bien plus discrètes. Le caractère fortifié du site s’estompe. Des maisons à étages s’élèvent. On peine à comprendre le lien avec la muraille. De part leurs fenêtres géminées, elles datent de la fin du XIIIe siècle. À la « maison bloc » des premiers temps du castelnau succèdent des immeubles partagés, collectifs peut-être même locatifs dans le cadre d’un véritable nouveau projet immobilier. La présence de cours aussi redéfinit la trame urbaine initiale.

L’essor de la bourgade se traduit non seulement par un accroissement de l’emprise au sol (nous l’avons vu) mais aussi  par une poussée en hauteur de l’habitat sur deux, trois étages. Les historiens s’accordent à dire que la ville monte vers le ciel à travers toute une série de bâtiments dits maisons-tours. Chacune, à sa façon, symbolise la réussite cordaise d’avant la guerre de Cent Ans.

Spécimen de maison-tour à étages à fonction ostentatoire(fenêtres géminées, bas relief…). Elle ressemble un peu à celles de Toscane.

La maison du grand fauconnier que nous observons sur sa façade arrière en est la parfaite illustration avec ses décors et motifs gothiques. Bref, c‘est à qui fera plus grand, c‘est à qui fera plus haut, c’est à qui fera plus beau. Mais ceci est très connu.

Un festonnage au n° 17 constitue un indice de la présence du rempart. À présent, un encorbellement compense maladroitement la courbure de la courtine.

Par la rue Chaude (11), nous longeons la falaise qui révèle au passage une belle coupe du Stampien (Tertiaire). Elle fut intégrée aux fortifications avec des murs de soutènement. Reste à savoir comment.

La rue Chaude entre falaise et maisons

Au vu des traces, des maisons devaient être bâties à flanc de versant. Nous ne voyons pas d’indices à proprement parler d’habitat troglodytique mais des opes et des creusements superficiels. Nous constatons une forme d’abri sous roche en longueur en haut de la rue.


Abri sous roche

Une anfractuosité dans la falaise en partie comblée par des générations de déchets de toutes sortes mériterait un dégagement. Si d’aventure, l’opération se déroulait, il convient de ne pas manquer de vigilance.

Opes sur la falaise de calcaire tertiaire

Nous terminions par la fontaine de la rue Chaude (12) dont les eaux proviennent de galeries taillées dans le rocher, calibrées pour le passage d’un homme dont il est bien difficile de cerner les finalités. À défaut, les légendes ne manquent pas qui comblent les vides de la connaissance. 

Le circuit terminé, nous revenons au musée pour admirer l’oeuvre peinte représentant Notre Dame de Guadalupe ramenée d’Amérique du Sud par le corsaire Antoine Daire au début XVIIIe siècle dont Alain Manuel nous dresse un portrait haut en couleur.

Nous le remercions bien sûr pour sa gentillesse et la richesse de ses explications.

Notes

(1) – Voir la mise au point d’Èlodie Cassan-Pisani, Du Castrum au fortalicium: évolution du paysage autour de Cordes en Albigeois(XIe-XVIe siècle), Rapport d’étude (2009-2010) 


(2) – En l’occurrence un castrum truit progressivement avec le temps qui devait se tenir un peu à l’ouest de la place du marché actuel selon les propos de Maurice Berthe. Des « murailles de chasteau » existérent jusqu’au début du XVIIe siècle. D’autre part, la faible importance de l’habitat est renforcée par l‘absence d’une mention quelconque à l’existence d’une paroisse sur le site avant le début du XIIIe siècle.


(3) – En 1223, les habitants de Mouziès auraient contribué à la construction « des remparts et fossés ». Puis, de nouveau en 1252.


(4) – Le modèle capétiens de développement urbain contrôlé semble valable pour Cordes.  

Justement maintes indices urbanistiques et architecturaux témoignent de ressemblance entre Cordes, Najac et Penne. Il ne nous appartient pas de développer ce côté très technique.


(5) – On parle d’enceinte « festonnée » avec des formes de demi-tours circulaires intégrées à la paroi extérieure.
(6) – Fin XIIIe siècle,c’est le signe de la prospérité de la bourgade et de la réussite des comtes de Toulouse dans leur entreprise.
(7) – Il n’est pas exclu, non plus, que des maisons soient antérieures aux premier remparts du XIIIe siècle et qu’elles aient servi d’une façon ou d’une autre à l’élévation de celui-ci.
(8) – Gilles Seraphin, « L’enceinte de Cordes », dans Les enceintes urbaines (XIIIe-XVIe siècles), Acte du 121e congrès national des Sociétés historiques et scientifiques, Nice, octobre 1996, Paris, 1999


(9) – De la période moderne. Sans doute XVIe siècle. 

(10) – Mais que faut-il entendre par là ? Le chat, le bouillon des lessives ou même de la cuisine.
(11) – La présence de lavandières au travail dans la vapeur semble avoir motivé l’existence de ce toponyme. Toujours est-il, il n’est pas, bien sûr, hors propos d’y voir aussi un côté plus sensuel.
(12) – Attestée dès 1286.

Un ouvrage de référence sur le sujet. A mettre entre toutes les mains.

 

 


La pierre du Riols(suite et fin)

La pierre du Riols(suite et fin)

Une interprétation possible de la pierre du Riols

Je vous renvoie pour le questionnement à la sorties en amont du 17 août avec Yvonnes. Nous nous interrogions alors sur un fragment de pierre « cupulée ».

C’est fort probablement d’un rouleau à dépiquer nous indique un lecteur. Voici un spécimen  exposé à Cordes vers la place de la Halle(ancien pàtus ?) dont on ignore l’âge et la provenance mais pas la fonction. Une espèce de grosse roue cylindrique d’un seul bloc troué. Elle était actionnée par un cheval. Il s’agissait tout simplement de séparer les grains des épis. Il est remarquable que le pourtour du cylindre soit parsemé de trous afin de faciliter la manoeuvre d’écrasement avant le battage au fléau.

La surface est constellée de micro cavités d’un diamètre il est vrai inférieur à celui du Riols
Surprises à  Castelnau-de-Levis

Surprises à Castelnau-de-Levis

Compte rendu des découvertes à Castelnau-de-Lévis lors des Journées européennes du Patrimoine des 19 et 20 septembre 2015

Secteur : Cordais
Commune: Castelnau-de-Lévis

Site: la basse-cour du château

Météo: idéale



Affluence record le dimanche pour monter en haut de la tour.

Outre un temps d’échange, les « JEP » sont propices aux rencontres avec des curieux qui nous présentent leurs découvertes (1). Ce sont aussi, plus rarement, un moment privilégié – des heures durant – d’observation des bâtiments patrimoniaux. En la circonstance, le château de Castelnau-de-Lévis où le CAPA (2) constata la présence de pierres bien intrigantes. 
Autant le dire tout de suite, bien difficile d’en cerner la provenance. Il est de tradition de porter au château des pierres ouvragées des environs lors de destruction d’anciennes maisons. Nous devrions dire de « rapporter » puisque celui-ci fut l’objet d’un intense pillage tout au long du XIXe siècle avant son classement sur la liste des monuments historiques en 1909. Aussi, une réserve lapidaire s’est constituée à l’ouest du bâtiment actuelle dans l’ancienne basse-cour.  Elle n’est pas encore complètement enfrichée mais cela ne saurait tarder. Le lieu révèla au moins trois éléments qui méritent mention.


. Un fragment de pied de cuve de sarcophage en calcaire de Cordes.
Le fragment tel qu’il se présente.
 Calcaire lacustre tertiaire typique du Cordais


. En grès et pierre de taille, une marche complète d’escalier à vis portant système pour le scellement. Elle n’a pas le « noyau » caractéristique cependant.

Nous l’avons laborieusement déposée et enfermée dans le bas de la haute tour nord derrière une grille afin que les visiteurs puissent l’admirer.
La marche portant la croix pattée

La marche porte, sculptée en creux sur la face inférieure, une croix pattée inscrite dans un cercle, un peu à l’image de celle des Hospitaliers. Il semblerait que cette marche fut réemployée comme borne mais cela reste à démontrer. 
. Dernière curiosité : en grès, une volumineuse portion d’entablement avec architrave, frise et corniche. Elle est piqueté sur les bords comme abîmée volontairement. C’est le produit d’un bâtiment monumental. Nous n’avons pas pu déplacer la pièce en question. Appartient-elle au château ? Ce n’est pas impossible.
Qu’en est-il de sa présence ici ? Et un mystère de plus à éclaircir.


Notes

(1) Un beau biface entre autres.
(2) En l’occurrence, Franck, Yann et Régine se sont distingués.

Fragments insolites au Riols

Fragments insolites au Riols

Compte rendu de la sortie du CAPA du lundi 17 août 2015
Le Riols et Saint-Martin-Laguépie

Secteur : Cordais et Tarn-et-Garonne
Commune : Le Riols et Sommard (Saint-Martin-Laguépie)
Météo : grand beau temps
Participants : Yann, Christophe et Yvonne
Sites visités :  hameau de Sommard, meulière de la Marèze
Sites vus et évoqués : sablière de Lexos, les plâtrières de Varen, fours gallo-romains du cap de la forêt et verrerie 
Voiture : Christophe et Yvonne


En premier lieu, une pierre mystérieuse


Mais qu’est-ce donc? Les cupules sont comblé par la mousse suite à une exposition à l’extérieur.
Le grès est homogène.







Des cavités alignées. Pour quel usage ?
C’est Yvonne Da Silva qui a sollicité notre venue.
Elle nous reçoit chez elle à Lexos(1), puis nous nous rendons ensemble à Belvert sur la commune du Riols. 


C’est un hameau de quelques maisons. L’Aveyron est tout près à une centaine de mètres. Nous sommes dans la propriété de Mme Gayral qui n’a pas pu se libérer ce jour-là. Nous trouvons rapidement la raison pour laquelle nous sommes venus : au bord d’une remise un bloc de pierre bien étrange que nous prenons en photo sous toutes les coutures. De part son aspect, il nous laisse perplexe (2)

En grès fin – et non en conglomérat – il mesure un demi mètre de hauteur. Parce qu’il est partiel, le bloc est difficile à identifier. En tout cas, il est « cupulé » tous les centimètres sur une seule face bombée. Les dépressions « en tronc de cône » ont un demi doigt de profondeur. Alignées, de la même taille, elles ne sont apparemment pas l’œuvre d’une machine.

Autour, un autre fragment, plus petit mais du même genre. Puis plus rien. Mise à part une tegula trouvée dans le champ en pente qui conduit au Roxé.
Parmi les objets étalés, il y a des meules et un rouleau de nature plus classique.


Nous n’avons rien remarqué d’autres à proximité.
Dans ces conditions, nous laissons le soin aux membres du CAPA et à leur entourage ainsi qu’aux lecteurs du blog l’occasion d’exercer leur sagacité. Nous ne nous lancerons pas dans un pronostic. Vous serez tenu au courant si il y a lieu de l’être.

Les restes d’un four à chaux


Localisation d’exploitation de chaux. Source: carte IGN (Géoportail)
Par la suite, nous nous rendons par la D34, plus au sud, au lieu-dit les « Fours à chauds » où nous trouvons effectivement la triade connue. Un bâtiment en ruine presque complète,  des trous d’exploitation à ciel ouvert et, bien sûr, un four à chaux au bord du chemin. Un seul en dépit du toponyme « Les fours à chaux ». 
Du four, il reste en 2015 des éléments en pierre de la chaudière en cylindre qui forment encore un demi cercle. Il s’appuie comme souvent sur le relief. Apparemment, il a été couvert par une bâche dans sa partie inférieure. Son état de délabrement est quasi complet et dans quelques années, il n’apparaîtra plus que par le toponyme (3). Aussi, nous enregistrons sa position.
Les sarcophages de Sommard
Au hameau de Sommard, nous nous rendons à l’église Saint-Jean-Baptiste où deux sarcophages sont actuellement protégés sous un apenti spécialement construit à cet effet.




Deux mots sur ces sarcophages qui – si ils sont très connus – n’ont pas engendré la moindre  littérature (4).

Nous remarquons deux blocs en grès creusés. Deux cuves. L’une est brisée. L’autre est dans un état de fraîcheur surprenant. Le sarcophage le plus au sud est coiffé d’un couvercle sans batière bien nette mais légèrement arrondi tout de même On voit très distinctement des butées rectangulaires à l’intérieur du sarcophage le plus au nord.


Les sarcophages à côté de l’église Saint-Jean-Baptiste à Sommard Source : carte IGN (Géoportail)
Je ne note pas de traces d’inscription, de bas-relief quelconque, ni de trous. En revanche, nous remarquons très bien une découpe céphalique (photo du bas) dans laquelle se logeait certainement un oreiller en matière périssable pour que le défunt puisse avoir la tête droite et regarder le ciel pour son salut.
Qu’en-est-il de leur présence ici ? Nous l’ignorons. Il y a fort à parier que l’église Saint-Jean-Baptiste lors d’aménagements divers ait livré ces deux-là.

Des meules rotatives gallo-romaines en réemplois

À l’allure où elles disparaissent (5), je note une série de réemplois de meules gallo-romaines (en portion découpée) dans le mur du cimetière sur le haut comme couronnement et dans les clôtures des jardins.


Trois demi meules de facture gallo-romaine verticales couronnent le mur du cimetière



Meule verticale encastrée dans un mur. Elle est facile à repérer.



Nous terminons par une visite des carrières gallo-romaines de la Marèze dont nous avons parlé à plusieurs reprises. Nous tenons à remercier Yvonne notre guide de l’aprés-midi.



Notes

(1) Yvonne me montre un biface partiel en silex ramassé sur le chemin de Caudecoste (Milhars). Il est à notre disposition pour photographie. 

(2) S’agit-il d’un fragment de meules ? D’une ébauche? D’une préforme? De quel type?

(3) D’où l’importance de conserver ceux qui restent en bon état. Un à deux par département…

(4) À notre humble connaissance.

(5) Il est bon de la rappeler et d’en prendre conscience.





En amont de la vallée de Bonnan

En amont de la vallée de Bonnan

Compte rendu de la sortie du CAPA du mercredi 5 août 2015
Vallée de Bonnan (Milhars/Rousseyrolles)


Secteur : vallée de Bonnan
Commune : Rousseyrolles, Milhars, Féneyrols (Tarn-et-Garonne)
Météo : canicule mais presque supportable
Participants : Bernard A., Charlette, Yvonne, Marcelle, Pierre et Christophe

Personnes rencontrées : Sonia Roockx, Gilles Jaïme et Marc Barré

Sites visités :sarcophages de Milhars et de La Madelaine + verrerie de Bonnan
Sites évoqués : grand aven du Cuzouls, doline aménagée en culture de Rousseyroles, la 
« grange » ou « métairie » de Bonnan, prieuré de Sainte-Magdeleine, carrière de Lexos, carrière de meules (Pierre) et/ou tombes rupestres (Lautier) à Peyrelade, Camp Grand
Voitures : Christophe, Bernard et Pierre

 Trois communes se partagent l’amont de la vallée de Bonnan: Milhars, Roussayrolles et Féneyrols. Pour des raisons de confidentialité la verrerie n’est pas indiquée. Les autres sites sont connus.
La vallée de Bonnan fut l’objet en 2002 d’un rapport de prospection-inventaire sur le canton de Vaour. Il était le fruit du travail de Frédéric Martorell et du CAPA.
Suite à sa relecture, il s’agissait ce jour-là de faire le lien entre les sarcophages lieu-dit du 
« cimetière de La Madeleine » et le sarcophage entreposé au nord du four banal de Marc Barré dans la propriété de Gilles Jaïme.
C’est en leur compagnie que nous examinons les restes du tombeau – ou de ce qu’il en reste – conservé en plein air.
Nous remarquons bel et bien la présence de fragments de sarcophages dans les broussailles. Deux fragments, plus exactement, parce que plus gros ils sortent du lot : un couvercle en bâtière et une cuve. Nous les prenons en photo. Les pièces sont couvertes de mousse et vraiment très abîmées.

Elles sont en grès quartzitiques du Trias. C’est un grès gris et très durs, riches en feldspaths. Hypothèse la plus probable : le matériaux proviendrait de la formation de Grézelles bien en amont dans la vallée (1).

 Un fragment de sarcophage dans la propriété de Gilles Jaïme.
 
 Nature du grès triassique matériau du sarcophage

Ce sarcophage aurait été ramené jusqu’ici pour des raisons inconnues à une époque indéterminée mais plutôt récente. Il nous est raconté qu’une exposition de biens patrimoniaux a eu lieu il y a déjà quelque temps dans le village à l’initiative d’un certain monsieur Donnadieu. En outre, d’autres éléments gréseux sont visibles mais à l’état de petits fragments (2).
Avoisinantes, nous notons aussi la présence de grosses cuves hautes en grès, et enfin, de conduites en terre cuite rouge, de différents diamètres, liées au bassin creusé dans le parc du château que l’on connaît (3).

 Un exemple de conduite liée à des aménagements hydrauliques du château
Nous nous rendons ensuite en voiture chez Sonia Roockx au lieu dit « Les Clauzels ». Elle nous accueille avec gentillesse pour un café. Nous échangeons quelques propos.
Elle ne nous apporte pas d’autres précisions sur les sarcophages dit de La Magdeleine que nous ne connaissions déjà. En revanche, elle évoque la verrerie de Bonnan. Est-ce justement celle de la famille Collomb mentionnée pour la première fois au tout début du XVe siècle ? (4).


Revenons quelques années en arrière. Le site a été fouillé en 1984 précisément, et ce par des « archéologues ». L’autorisation donnée par Sonia (à l’époque propriétaire du terrain), les soit-disants archéologues ont effectivement extrait du lieu des morceaux de verre dont Sonia certifie la nature mais elle est bien en peine pour se souvenir d’un nom. Bien entendu, plus de traces, ni de nouvelles des « archéologues » depuis cette époque. Ils auraient été en lien avec le musée d’Albi. Pas de rapport de fouille à notre connaissance pour l’instant (5). Il ne faut pas désespérer cependant.
Est mentionnée lors de la discussion la présence d’«arènes» au nord-ouest vers Le Gros. A priori, le lieu serait plutôt une doline aménagée pour les cultures en terrasses soignées que de facture gallo-romaine (6).
Est relaté l’aménagement à des fins pédagogiques du dolmen de Peyroseco (Fourcou) par l’ASCA auquel Henri participa. Sonia nous indique aussi la probabilité d’un dolmen au Clot dont il ne serait pas inintéressant d’évaluer la réalité archéologique.
Nous est localisée précisément sur la carte une suite de quatre bassins sur le cours d’eau en amont de La Magdeleine. La plupart sont au milieu des pâturages.
Ils sont dans des états d’inégales conservations. L’un d’eux a été abîmé par un engin. Barrages pour les uns, bassins bâtis pour les autres. Leur vocation prête à interprétation : irrigation, viviers à poissons. Ils semblent en lien avec des aménagements du Bonnan à des époques variées mais surtout au XVIIe siècle (7). Le rapport du CAPA de Frédéric est très précis sur le sujet, aussi nous ne nous y attarderons pas. Le descriptif est impeccable.
A l’occasion, il m’est signalé qu’il n’y  jamais eu de véritables moulins sur le Bonnan.
Pour terminer, Pierre rapporte la présence d’indices gallo-romains dans la haute clairière du « Grand Camp ». Le toponyme (8) et des traces insolites sur des vues aériennes intriguent.

Où il est question de la verrerie de Bonnan

Nous nous rendons sur le lieu de la verrerie de Bonnan sondée en 1984. Les archives la mentionne « à mi chemin entre Rousseyrolles et Milhars ». La dite verrerie est installée dans un coude du sentier en haut d’un ruisseau sur une terrasse à présent enfrichée. In situ, ce qui ne manque pas d’intriguer, est l’absence de traces d’artisanat verrier pourtant fort polluant d’habitude. A priori, pas de fragments de creusets, de tessons de verre, de pierres vitrifiées, de ratés de cuisson, de zone de dépotoir visibles. Tout au moins au premier abord.
Nous parvenons juste à distinguer une suite de bâtiments composites sur un demi hectare, bâtiments liés à des murs d’épaisses clôtures. A l’atelier aurait-il succédé – dans un deuxième état – un bâtiment agricole comme souvent c’est le cas. Cela n’aurait rien de surprenant. Quelqu’il en soit, l’état de dégradation des vestiges est très avancé. Il serait temps d’en dresser si ce n’est un plan, au moins un schéma. Au nord du site, nous constatons le trou du sondage non rebouché des « archéologues ».
Dés lors un travail d’archives déjà mené – au moins en partie – par Jean-Paul Marion est nécessaire. Nous reviendrons sur les lieux cet hiver afin de préciser les lignes et les contours du bâtiment et, enfin, de découvrir un indice verrier. Peut-être dans la pente vers le petit torrent…
D’éventuelles relations avec les bâtiments religieux qui l’entourent ne sont pas à exclure. 

Des sarcophages sans église

Nous nous rendons ensuite à La Magdeleine pour observer les sarcophages. Du chemin, ils passent inaperçus car ils profitent d’une petite terrasse dans la pente hors d’atteinte des crues du Bonnan. Le gué est guère éloigné des sarcophages. Notons aussi la proximité des limites communales.
Ce sont deux cuves de sarcophage (9) monolithes vidées depuis longtemps avec un couvercle en bâtière très dégradé. Parmi, les éléments remarquables, nous constatons qu’ils sont orientés (tête à l’est) et donc fort probablement dans leur contexte d’origine. Ils sont d’ailleurs encore «à fleur de sol». Des amorces de têtière sont visibles mais pas, à franchement parler, de « loges céphaliques ». Nous ne les avons pas dessinés car la végétation est bien trop dense pour une bonne observation.
Un sarcophage de Bonnan à l’état 2015. De forme trapèzoïdale, il est orienté vers l’est donc fort probablement en place.

C’est bien le même type de sarcophages que celui de Gilles Jaïme à Milhars. Mêmes formes générales sans avoir le même gabarit, même grès triassique.Toutefois, nous ne trouvons pas la zone de prélèvement du sarcophage entreposé à Milhars.

Deux remarques confirment et modifient notre approche pour la prospection-inventaire du CAPA de 2002. Il est certain qu’ils ont des parentés morphologiques évidentes avec ceux du « cimetière des Anglais » à Marnaves que nous connaissons bien.

Par ailleurs, nous ne parvenons plus – dans la partie inférieure des sarcophages – à distinguer la trace de ce que souvent la tradition orale considère comme des trous d’évacuation des liquides de décomposition corporelle mais qui sont en réalité des trous de « louve », engin de levage, sorte de grosse pince métallique pointue, du type grue, des carriers antiques pour tirer les blocs de pierre destinés à devenir des sarcophages, avant leur taille et leur mise en place (10).
Suite à une discussion avec Marc Durand, la nature de ce type de sarcophages les placent avec une quasi certitude entre le VIIe et le IXe siècles, pas après. La fruste ébauche des têtières ou des « amorces de têtière », l’absence de véritable loge céphalique et la forme en bâtière du couvercle militent en ce sens. La fourchette est large mais intéressante car elle s’accorde avec une première christianisation de masse des populations.

Le haut du sarcophage avec une amorce de têtière centrée en creux entre deux surfaces planes à droite et à gauche.

Dans quelle mesure un bâtiment religieux accolé à ce cimetière n’aurait-il pas existé avant même La Madeleine. A-t-on assisté à un « déperchement » du lieu de culte originel ? Cela, bien sûr, reste à prouver mais c’est une hypothèse de travail fort intéressante. 


Une chose est sûre, au moins. D’expérience, ces sarcophages sont trop éloignés du bâtiment de La Magdeleine pour être le cimetière de cette église dont le nom apparaît au XIIIe siècle. A plus forte raison, à une période comme le haut Moyen Âge où le tendance est à disposer les sépultures autour des églises, dans un souci de placer le défunt au plus près de Dieu

Au début de la période carolingienne


Ces premiers « oratoires » champêtres du VIIIe siècle qui deviendront des églises sont fort probablement construits en bois (11) peut-être sur solins de pierres. Aussi l’archéologie est très démunie pour les décrire. Il est tout à fait exceptionnel d’en retrouver des traces. Ce sont des édifices, au départ privés, que l’Eglise va utiliser pour répondre au besoin des ruraux isolés. Besoin pour baptiser, pour la célébration des offices et, bien sûr, pour inhumer. 

Au même titre que les castelas, ces premières églises et leurs cimetières fixent l’habitat. C’est à partir d’elles que les évêques découpent l’espace et forment peu à peu la trame des paroisses à l’époque carolingienne. 


Il est dans la logique des choses que ces sarcophages – à l’époque – n’étaient pas isolés mais cotoyaient un modeste bâtiment de culte et quelques maisons. D’autre part, il va de soit que les sarcophages ne se résument pas à deux sur le lieu même (12). Ces derniers étaient-ils alignés ? Y-a-t-il à côté d’autres types de sépultures à la même époque ? C’est fort probable, car il existait aussi des tombes construites à bordures de pierres, des inhumations en coffre de bois ou sur brancard et aussi des inhumations en pleine terre pour ceux qui n’avaient pas eu les moyens de s’offrir un sarcophage qui coûtait relativement cher. Le cimetière a-t-il été désaffecté ? Quand ? Seule l’archéologie peut répondre.

Le toponyme de « Saint Babo » typiquement mérovingiens (13) bien plus à l’est n’est peut être pas sans lien avec cette première phase de construction de bâtiment religieux (chapelle de cimetière ou église ?) sans doute bien antérieure à La Métairie et à La Madeleine. 



L’hagionyme « Saint Babo » dans la vallée de Bonnan n’est pas sur le site même des sarcophages. Cependant, les toponymes ne sont pas fixés en un lieu précis. Il arrive qu’ils se déplacent, qu’ils se décalent ou que la disposition de leurs noms sur les cartes ne soit pas d’une grande rigueur. Nous gardons pour les sceptiques des exemples tarnais. 

Dans la vallée au bord du Bonnan, nous observons la moitié d’un gros rouleau en grès. Evidemment, il pose question. A en juger par nos quelques observations, cette partie forestière de la vallée n’a pas toujours présenté l’allure sauvage qu’on lui connaît actuellement. Les traces d’aménagement pour ne parler que de celles visibles (chemin, canaux, clôtures)  sont nombreuses. Et elles remontent certainement au tout début du Moyen Âge.

Demi meule de belle proportion à en juger par ces dimensions.


Nous remercions bien sûr Sonia pour sa confiance et ses indications.
Notes
(1 )Des carrières d’extraction du grès sont d’ailleurs prévisibles dans cette partie de la vallée. A confirmer.

(2) Y-avait-il plusieurs sarcophages et non pas un seul ?

(3) Voir notre dernière sortie à Milhars. Le bassin est détruit à la Révolution pour être reconverti en vignes. Puis en 1980, en culture de céréales. C’était un œuvre du début du XVIIe siècle suite à un captage des eaux du Bonnan. Son emplacement exact ne fait pas l’unanimité.

(4) Paul et Jean-Paul Marion relèvent encore une mention d’archives. De 1640 à 1648, le verrier rouergat itinérant Philibert de Filiquier s’installe dans ladite verrerie de Bonnan qui appartient à François Cazillac.

(5) Peut-être le centre de documentation de la DRAC de Toulouse nous donnera plus ample information?

(6) Il est vrai, le lieu, pour le moins isolé, ne prête pas à ce genre de bâtiment plutôt urbain. Il n’y a qu’à s’y rendre pour en convenir. Yann nous avait fait part de sa perplexité face au monument.

(7) Frédéric Martorell spécifiait que les aménagements hydrauliques n’étaient pas d’origine romaine comme une légende tenace l’avait soutenue. Notre collègue est même très circonspect quant à une datation du Moyen Âge.

(8) Le « camp » désigne plutôt le champ que le camp militaire dans la région.

(9) L’une d’elle fut bien décapée par nos soins en 2002. Une photo existe.

(10) Que cette légende à la vie dure… Peut-être par qu’elle est fascinante et morbide. Ces trous dans les grès ne sont pas à confondre avec des cupules.

(11) Encore que le débat, je ne vous le cache pas fait rage. Le bois contre la pierre dans notre région.
Par ailleurs, l’idée que les sarcophages de pierre soient à cette époque réservés à une élite est de moins en moins acceptée.

(12) Il en existe quatre pour Jean-Paul Marion. Ce n’est pas du tout improbable.

(13) Lié à sainte Sigolène. Lire le texte de Jean-Paul Marion à cet égard. Ce type de vocable lié à un saint de l’époque mérovingienne est repris à l’époque carolingienne pour nommer un lieu, une église.

(14) A noter. Notre ami Pierre évoque sans précision, ni véritable preuve – pour l’instant – la présence de sarcophages à La Madelaine même, à proximité immédiate des bâtiments. Nous verrons bien.

Vous pouvez approfondir la réflexion en lisant deux ouvrages non liés à l’archéologie mais fort utiles pour comprendre les phénomènes à l’œuvre à l’époque carolingienne. 

AUBRUN Michel (2008) –  La paroisse en France, des origines au XVe siècle, Picard, Paris

GARDON Stéphane (2003) –  L’origine des noms de lieux en France, essai de toponymie, Errance, Saint-Etienne



A l’ombre des murs de Milhars

A l’ombre des murs de Milhars

Compte rendu de la sortie du CAPA du jeudi 16 juillet 2015
Milhars

Secteur : Cordais
Commune : Milhars
Météo : étouffante, soleil de plomb
Participants : Bernard A., Marc, Pierre et Christophe
Site visité : maison Barret et ses alentours
Sites vus ou évoqués : le château de Milhars
Voiture : Christophe et Bernard


Vue oblique des lieux visités (source: géoportail) 

Une maison chargée d’histoire

Ce jour-là nous rencontrons Marc Barret, à l’intiative de Pierre Fèvre présent avec nous tout au long de notre de visite (1).

De l’histoire de son  actuelle demeure, il rappelle son nom ancien : “la maison des Gardes”, son achat il y une dizaines d’années par des Anglais et la présence entre les deux guerres d’Espagnols qui vivaient là dans des conditions précaires (2).

Cette maison était à l’état de ruine, il y a 20 ans remarque Bernard.

Marc Barret nous accueille à l’intérieur de la partie nord de sa demeure.
Elle comporte une grande cheminée assez semblable à celle de l’abbaye de Vaour avec des niches latérales remaniées.

Les murs sont appareillés avec des moellons de calcaire local juste ébauchés, du grès souvent pour les encadrements et les chaînages. Il y a même du tuf quelquefois.

Le sol est une calade refaite récemment. Il consiste en un pavage en galets. Galets éparpillés, noyés dans une chape de béton où Marc Barret trouva une pièce de l’époque de Louis XIII que nous n’avons pas pu voir. Il trouva aussi des médaillons contemporains de la présence des Espagnols.

La calade est constituée de galets enfoncés dans un lit d’argile. Là où elle été restaurée  l’argile a été remplacé par un mortier à la chaux. Les joints aussi ont été réalisés à la chaux  avec du sable de Lexos.

Il nous montre un fragment de pierre tombale trouvé « vers la château ». Il est gravé et la visibilité est parfaite. Je le prends en photo. Il est – semble-t-il – en calcaire gris bleuté qui jure assez avec le calcaire local. On y voit très clairement un armet à plume de parade (type XVIe siècle). On devine une visière. On remarque la protection de la nuque. Il y a une fleur de lys également (3)


Fragment de pierre tombale en provenance du château

Nous pénétrons, ensuite, dans le deuxième corps de bâtiment sud qui paraît plus ancien. Après la cuisine, s’ ouvre une grande « chambre » rectangulaire, très haute, appelée « salle des gardes » par Marc Barret. Elle comprend deux étages qui possèdent chacun une cheminée. On y voit un parement en moellons calcaires équarris à joint incertain. Il ya des calages d’assise. Le sablage a décapé les mortiers anciens. La pose est irrégulière. Nous prenons des photos.

La cheminée à l’ouest de la pièce présente une «plaque foyère» en pierre (3). Nous la photographions (4)


La pièce conserve d’une époque indéterminée le percement d’une fenêtre à menaux qui donne au sud. Elle ne présente la trace d’aucune archère. Au plafond, solives et poutres ont été refaites récemment.


À présent, nous descendons au sous-sol. Une cave voûtée avec soupirail au nord. Les moellons sont couverts d’un badigeon. Elle est construite sur et avec l’assise du banc calcaire qui affleure à ce niveau. Il n’y a aucune trace de silo nulle part. Rien de particulier à signaler.


Un four banal (5)

Nous gagnons ensuite le « four banal », un des rares exemplaires encore debout dans le Tarn  nous a confié François Tourtoin (délégué départemental de la Fondation du Patrimoine). Il est en assez bon état. C’est un four sous abri (construit selon un mélange intéressant terre/calcaire/grès) avec une charpente sur laquelle repose directement les tuiles. Le toit en question menace de s’effondrer. Le four, en tant que tel, est hémisphérique. Le socle et la sole sont en assez bon état, la voûte, où dormait une chauve-souris Rhinolophe, un peu moins. Pour la réfection, le coût s’élèverait entre 15 000 et 30 000 euros nous confie le propriétaire dans l’expectative.


Le four (grès + calcaire) est protégé par un toit voûté. À l’intérieur, la structure est tapissée d’une couche épaisse d’argile.

 Intérieur du four où l’argile rubéfiée tombe en morceaux.

 Mur en terre de l’abri du four avec fissures sans doute antérieures à la confection de la charpente.
C’était, nous confie Marc Barret, le four du seigneur. Il est en fonction au tout début du XVIe siécle. Les habitants avaient droit au four à pruneaux, au four à chataîgnes mais le four à pain était collectif et son utilisation faisait l’objet d’une taxe. 

Sous le four, nous observons une cave voutée que Marc Barret considère comme une prison à cause de son double système de portes. On y accède par un escalier droit. Nous éclairons à la lampe une couche de galets dans la partie nord de la pièce. Elle soutient un mur hémisphérique d’origine peut être plus ancienne que la cave.


Entrée du le cellier ou « la prison » sous le four à pain

Le château de Milhars

Nous nous rendons ensuite devant la grille du château en passant par le tunnel (6) où se tient une exposition et l’orangerie. Nos guides évoquent les figures d’Albert Lemaitre, peintre longtemps propriétaire du château. C’est la famille Lamborelle qui en est actuellement propriétaire. Les caves du bâtiment remonteraient aux premières phases de la construction. Nous n’avons pas pu le vérifier.

La bâtisse actuelle est le résultat d’un réaménagement courant XVIIe siècle visant à la rendre plus confortable. Des archives témoignent de l’opération. Une tour existait à l’est avant son effondrement et sa démolition complète en 1882. Le cadastre en conserve la trace. Le bâtiment est classé MH depuis 1943. Cela n’a pas empêché l’effondrement d’un mur  de soutenement au printemps 2014. Heureusement sans victime.
À noter : nous constatons la présence de sarcophages en morceaux à côté du four banal dans les friches au nord. Ils proviendraient de la vallée du Bonnan. Nous nous promettons de revenir sur les lieux avec l’autorisation du propriétaire.

Nos deux amis subodorent l’existence d’une courtine et d’une porte à l’ouest. Ils nous montrent la trace possible d’un ancien rempart. Aucun indice de fossé cependant. Ils  sont apparemment divisés sur l’emplacement du « lac avec vivier au lieu dit Le Parc » réalisé au XVIIe siècle dans la foulée de la rénovation du château. Sur la hauteur pour Pierre, plutôt en bas en fond de vallon pour Marc.


Un bâti plutôt composite vous le constatez. Peut être un tronçon de rempart.

Plus au sud, en façade, nous distinguont assez facilement deux périodes dans la construction de la maison Barret. Autant l’aile orientale montre une finition maladroite, autant le corps de bâtiment sud présente un aspect plus régulier dans le parement. La partie la plus ancienne de la maison s’intègre-t-elle à une étape des fortifications du bourg castral ? Ce n’est pas impossible. Reste à savoir quand et comment. Sa position actuelle à l’extrémité ouest du village sur le chemin de Bonnan est un argument favorable à cette étape.


Une construction en deux temps

Le village de Milhars organisé en colimaçon autour de son château perché présente un intérêt historique et archéologique. Ce n’est pas une bastide, ni un bourg marchand, mais il a toujours entretenu un soucis de sécurité visible à travers des remparts qui vont doubler ou compléter ceux du châteaux, en plusieurs phases, à des moments divers de l’histoire notamment lors des périodes de troubles. On parle de fortification collectives c’est-à-dire pour tous les habitants et pas seulement pour les seigneurs. C’est d’ailleurs le cas pour les autres villages du Nord du Cordais. Au préalable et pour précisez la chronologie, un travail d’archives doit être mené avec une problématique claire de recherche.

Pour le four, nous conseillons à Marc Barret d’établir un dossier d’inscription (7) au préfet pour trouver par la suite un financement plus facile auprès des services publics ou de partenaires semi-privés comme la Fondation du Patrimoine. Elle vient d’ailleurs d’agir à Milhars pour une « maison de caractère ». Qu’il s’inspire aussi des financement pour  la restauration du four de Magné à Haute-Serre en Grésigne. Ce four gagnerait à être dessiné et mis en plan.

Quant au bâti du village, il mériterait – au moins à certains endroits précis – une étude attentive de celles qu’ont mené récemment Élodie Cassan pour les bourg castraux autour de Cordes et Cédric Trouche-Marty dans le dernier AT17 pour les bourgs castraux en Albigeois. C’est très à la mode, décidément. Et c’est tant mieux.
Le dernier colloque sur « la maison médiévale en Aveyron » en 2013 est aussi riche d’informations. Il est en ligne gratuitement.


Affaire à suivre en tout cas.


 
Notes

(1) Nous les remercions bien sûr pour leur accueil.

(2) C’est en effet, une vingtaine de familles qui vinrent s’installer dans le Cordais.

(3) D’autres pièces de collections, extérieures à notre région, nous sont montrés comme un moule à osties, un canon de réjouissance (XVIII-XIXe siècles) et même un miroir aux alouettes.

(4) Elle peut servir à étudier celle du Puy-Saint-Georges à l’étage dans la tour qui depuis longtemps intrigue.

(5) Il appartient au seigneur du village qui contre l’usage aux habitants fait pays une banalité, une taxe. 

(6) Salle basse voûtée qui sert d’entrepôt pour les tonneaux de vin.

(7) Nous nous posons la question de savoir si il n’est pas déjà inscrit dans la cadre du rempart et de « ses abords ».