Le destin d’une collection de meules à grain gallo-romaines

Le destin d’une collection de meules à grain gallo-romaines

 
Vers une future collection Frégeyres

mardi 25 avril 2017

Secteur Viaur, Aveyron

Commune: Le Riols, Saint-Martin-Laguépie
Météo: ensoleillée

Participants : Pierre, Pierre, Louis, Yann, Franck, Rosie, Yvonne, Marc, Christian, Christophe, Charlette, Alain

Sites visités : le site de Marèze
 

Voitures :  Pierre, Christophe, Louis

Portions de meules gallo-romaines en série dans une cour du Riols

C’était mardi 25 avril. Le CAPA a répondu « en masse » à l’invitation de François Boyer et Pierre Caussade, grands connaisseurs des techniques de la fabrication de farine aux époques gauloise et romaine.
Rendez-vous nous avait été donné au Riols. Après les présentations d’usage, nous a été montrée pas moins d’une centaine de meules typiquement gallo-romaines issues de l’énorme amoncellement de rebuts et de débris de taille de la carrière de Maréze (1) déjà traitée sur notre blog. Presque trois tonnes. C’est dire…
On y voit meta à base cylindrique en cône, catillus en creux, ébauches préformées, ratés bien reconnaissables.
C’est André Frégeyres qui les a extraites, des années durant, d’une parcelle en sa possession. Curieux, il a réuni les pièces dans sa ferme transformant le lieu en véritable petit musée à ciel ouvert.
Son fils, Michel, s’interroge à présent sur la destinée de cette collection originale.


Encombrantes, mais oh combien précieuses, car il est bien difficile dans la carrière de retrouver aujourd’hui des témoignages aussi parlants tant les ramassages intempestifs ont été nombreux depuis les années cinquante. 

Le lot, étudié en partie par Christian Servelle et Émilie Thomas (2), fera l’objet d’une étude plus approfondie dans les mois qui viennent. Celle de notre ami, Pierre Caussade. Le CAPA lui portera assistance autant qu’il lui sera possible.
Temporairement, le séchoir servira d’entrepôt et la laiterie de cabinet d’étude. Une affaire à suivre…

Meules de même gabarit ramassées au pied de la carrière de Marèze. Toutes sont en grès grossier agglomérant des graviers de quartz.

Beau catillus avec trou pour emboiter le manchon.

Portion de meta, la meule dormante

Visite des lieux avec le propriétaire

Le séchoir, nouvelle destination pour les meules enfin à l’abri des intempéries.

Notes

(1) –  Déjà traité sur notre blog

(2) – Christian Servelle et Émilie Thomas dans « Les meulière protohistoriques et antiques de La Marèze (Saint-Martin-Laguépie et Le Riols, Tarn): matières premières, modalités d’exploitation et de façonnage, diffusion de la production » tiré du livre Les Rutènes. Du peuple à la cité, Bordeaux, 2011 ». 

Pisolithes de goethite à Penne

Pisolithes de goethite à Penne

Les petits secrets de la forêt II
Des pisolithes de goethite à foison (Penne)

Samedi 11 mars

Secteur : Aveyron, Grésigne et alentours

Commune : Penne

Météo : chaleur et belle lumière de mars

Participants Benjamin, Clémence, Yvonne, Rosy, Pierre, Bernadette, Régine, Christophe, Bernard, Charlette, Louis F. et René

Sites visités : gîtes de fer et carrière de phosphate dans la forêt de la Garrigue + les abris aménagés des Battuts bas

Site évoqué: une grotte des maquisards dans la forêt de la Garrigue
 
Voitures : Pierre, Louis et Bernard

La forêt de la Garrigue au nord de Penne réserve des poches d’argiles ferrugineuses et des carrières de phosphate. Source: carte IGN au 1/25 000
Si le fer météoritique a été exploité très tôt par martelage, le fer à l’état de minerai requérait « une réduction » des oxydes à des température avoisinantes les 1600°C. Aussi, ce n’est qu’à partir du VIIIe siècle av. notre ère qu’apparaissent les premiers objets de fer (1).  Et encore, pas partout en Europe. L’abondance de ce minerai et sa dureté entraîna la quasi disparition du bronze, tout au moins pour les outils et les armes.

En effet, le fer exige une métallurgie plus difficile à maîtriser. Impossible pour nos lointains ancêtres de le fondre mais seulement de le « réduire ». Le fer est récupéré grâce à des fours, puis mis en forme par forgeage. Cette métallurgie n’a pu se développer grâce à des connaissance et des pratiques complexes dont des archéologues retracent les grandes étapes depuis une bonne trentaine d’années.

Dépôts dans les karsts

Notre visite nous porta à la découverte de gîtes de minerai de fer à Penne sur la rive droite de l’Aveyron. Guidés par Bernard, nous avons observé des « gorges » sèches profondes à l’est de la forêt de la Garrigue. À découvert, elles sont creusées naturellement dans les calcaires bajociens jusqu’à cinq mètres de profondeur. À l’intérieur, des phénomènes de ferruginisation sont  bien visibles.

Crevasses prenant la forme de tranchées sur une centaine de mètres.
Pour peu qu’on y prête attention, les parois présentent des poches argileuses qui contiennent des nodules ferreux extrêmement petits sous forme de billes. Ces billes sont aussi déposées par l’érosion. Elles jonchent les sols argileux partout, y compris à l’extérieur des crevasses.

Dans certains cas, dans certaines régions, à des époques anciennes, ces billes dites « pisolithes » furent exploitées. D’abord séparés de leur gangue d’argile par lavage, on les chauffait ensuite une première fois pour augmenter la teneur en fer. Enfin, des bas-fourneaux permettaient la fabrication du métal. Le site de Boécourt dans le Jura suisse éclaire toute la nature de ce travail à l’époque mérovingienne.

Coulée de pisolithes de goethite incrustés dans les argiles.

Vision rapprochée des pisolithes dans leur gangue d’argile. Teneur en fer estimée autour de 50%.
Ici, à Penne, pas de trace évidente d’activité d’extraction, ni de lavage, ni de transformation. Il faut dire que le lieu dense en végétation se prête mal à l’observation au sol. C’est pourquoi nous avons cessé nos investigations de recherche. Il est à signaler qu’il n’est pas exclu que ces crevasses naturelles aient pu être aménagées, surcreusées pour récupérer du minerai. Mais en l’état de nos connaissances et observations, il est bien difficile de l’assurer.

 

Pisolithes au sol lavée par les écoulements


Un engrais minéral nommé H3 PO4

Dans un deuxième temps, nous visitâmes « discrètement »(2) une carrière à ciel ouvert de phosphate de chaux. Un chemin descend entre deux grandes parois d’une dizaine de mètres de hauteur. Il conduit à la grande chambre d’exploitation ouverte sur le haut par un trou(3) comme une cheminée.
Impressionnante, elle témoigne d’une l’époque d’optimum démographique dans les campagnes. Fin XIXe siècle, l’abandon progressif  de la jachère exige d’autres moyens pour nourrir les sols afin d’alimenter les hommes toujours plus nombreux. Les fertilisants naturels comme la bouse et même la colombine n‘y suffisent plus.


On ajoute alors des engrais à base de minéraux. Entre autres, les phosphates. On ira jusqu’à parler d’une « révolution chimique » dans le monde des campagnes. A proximité des routes, des carrières s’ouvrent. Elles sont parfois à l’origine d’un commerce juteux. Aujourd’hui, le phosphate nous vient de Lituanie, de Russie ou du Maroc.

Un buvard vante le phosphate de chaux fin XIXe siècle. Notez l’extrême attention apportée à crédibiliser un produit souvent trafiquée et objet de toutes les fraudes.
Ouverture de la grande salle d’exploitation, un piège pour de nombreuses feuilles.

Un site troglodytique: la nature mise à profit pour vivre

Affleurement de calcaire bajocien grisâtre / oranger en bancs mal définis. Ils sont souvent perforés. Nature plus ondulées dans les creux où on distingue des surfaces à oolithes dans une matrice carbonatée.
La deuxième partie de l’après-midi fut consacrée à une visite des bords de l’Aveyron. Aux Battuts, plus exactement. Le site se trouve à l’écart de tout habitat actuel (4). Sous des falaises surplombantes de 30 à 40 mètres de hauteur, au dessus d’un talus peuplé d’un enchevêtrement de buis couvert de mousse, une série de traces d’aménagement est associée à des éléments naturels (5). La rivière coule un peu plus bas. Aujourd’hui des rideaux de buis la dérobent à la vue. Tout au moins au pied de la falaise.

Traces d‘encoche de solivage sur plusieurs niveaux

De plain-pied, une enfilade de structures aménagées

La roche plutôt tendre est propice aux creusements en tous genres (6). Se succèdent des abris rupestres sous encorbellement parfois murés. Tout autour les calcaires sont criblés d’encoches de solivage. La SSPCV en a décompté une cinquantaine. Autant de traces de la présence de structures en bois aujourd’hui disparues. En outre, on note aussi l‘existence de murs et d’enclos maçonnés collés par un bout à la falaise.
Relevé des structures fait par l’équipe de Bernard Valette et Robert Coustet. Présence de cabanes, d’enclos sous l’encorbellement de la falaise.

Cavité naturelle surcreusée dans le substrat à des fins indéterminées avec niches, silo comblé, trous et des banquettes à gauche. On parle d’une architecture de détournement qui tire partie d’une situation préexistante pour l’adapter à des besoins immédiats. Aucun soin particulier n’est apporté dans la taille de la roche.

En hauteur, deux éléments remarquables

Deux éléments originaux caractérisent le site autour d’une cavité perchée. Aujourd’hui, impossible d’y accéder sans matériel d’escalade. Nous suivons les descriptions de la SSPCV.

D’abord, une citerne ou une sorte de réservoir cylindrique maçonné.

 

Apercu du bas de la citerne maçonnée. Remarquez au passage les traces d’appui à l’utilité inconnue.

Ensuite un passage percé avec feuillure pour y encastrer une planche.

L’érosion jouant sont œuvre, il devient difficile d’observer sans risque l’ensemble des vestiges. Les vires ont du être aménagées mais elles se dégradent voire s’effondre avec le temps.

Conduit creusé dans la roche qui devait permettre un accès au deuxième niveau.

Peu à peu, se dévoile l’organisation d’un véritable petit hameau, lieu de vie dont la configuration a certainement évolué dans le temps(7). Il faudrait imaginer des cavités rupestres et des constructions sur plusieurs étages adossés à la paroi sans doute en bois. Ces superstructures doubleraient la superficie des résidences.




C’est tout un dispositif complexe. Vire aménagée autour d’un abri, citerne et passage qui débouche sur le bas de la falaise. Cette sorte de trou laisse supposer l’existence d’une échelle, ce qui pourrait dénoter une fonction de refuge pour le haut.



Le jeu des hypothèses

Résumons: des occupations comme celle-ci aux yeux des archéologues sont loin d’être anecdotiques dans l’Aveyron, le Tarn, et plus largement dans le Sud de la France. Elles répondent sûrement plus à des logiques d’optimum démographiques qu’à des soucis de protection. L’un n’excluant pas l’autre d’ailleurs. Pour ne parler que des phases historiques, les Ve et VIe siècle, les XIIIe et XIVe mais aussi des périodes plus récentes sont des périodes de présence. 

A la croisée de plusieurs fonctions, ces habitats contre et dans la falaise ne sont pas seulement le fait d’ermites marginaux mais aussi de paysans et même de seigneurs à l’instar des sites troglodytiques à profusion de la Basse-Auvergne et de Provence mieux étudiés. 


Tour à tour, lieu d’érémitisme village perché, carrière, cabanes de berger, refuges pour SDF. Depuis quelques années, les habitats troglodytiques ne sont plus vraiment ces curiosités qui prêtaient lieu à délires ésotériques. Fini, ils ne sentent plus le ragout de crapaud et le sacrifice humain.
Ces complexes d’ architecture en négatif laissent peu de traces d’archive, hélas. Ils sont souvent lessivés de toutes stratigraphies et d’une grande pauvreté de mobilier. Les fouilles y sont rares car difficiles. Les Battuts n’échappent à la règle.
 

De part sa modestie, ce site au même titre que les souterrains ne bénéficie d’aucune protection particulière au titre des Monuments historiques. Personne ne l’entretient. A terme, il va disparaitre en raison de la fragilité de la roche, sujette à effondrement. L’heure est venue d‘en faire l’étude et la description pour les générations qui viennent.

Notes

(1)Pour répondre à des questions qui m’ont été posées. 
(2)Des bêtes risquaient de donner l’alerte aux dires de Bernard.
(3)Ce trou a servi de piège faunique. Des animaux décomposés s’étalent sur le bas. 
(4)Il en fut peut-être tout autrement à des périodes plus anciennes. 
(5)Suite aux observations studieuses de la SociéSpéléologique des Pays Castrais et Vaurais(SSPCV) dont les compétences ne sont plus à démontrer.
(6)Y compris de type carrière. 
(7)Chaque creusement laisse une trace mais ensemble ils ne forment pas un tout contemporain. Non synchrones, ils se chevauchent probablement. Chaque génération a aménagé les lieux selon ses propres besoins.  

Las Fonts: la préhistoire à portée de lampe

Las Fonts: la préhistoire à portée de lampe

La grotte de Las Fonts

Dimanche 11 décembre 2016 

Secteur : Grésigne et alentours
Commune : Penne et Vaour
Météo : beau temps lumineux et sec
Participants : Charlette, Christophe, Louis, Franck, Alain, Régine et Dominique

Sites visités : grotte de Las Fonts dite aussi « grotte des Tarnais » ou « grotte des Carmausins ». C’est selon…

Voitures : Franck et Christophe

À l’est Vaour, à l’ouest Penne, au sud le dôme de la Grésigne. C’est sur le causse, au creux d’une doline que se localise la grotte de Las Fonts (1). On y pénètre en rampant par un petit boyau descendant d’un diamètre de 60 cm. Assez incommode à franchir, il fut ouvert au printemps 1987 par l’OURS (2), il y a maintenant 30 ans.

La grotte à l’extérieur présente actuellement un auvent exposé au nord.

La grande salle mise en lumière

Passée la difficulté d’entrée, on pénètre dans une vaste salle composée à l’ouest d’un remplissage de dépôts argileux qui avait fini par combler l’entrée à une époque indéterminée. Il est marqué par un fort pendage  et contient des dépôts archéologiques de l’extérieur de la cavité qui fut longtemps un abri sous roche (3). Tout au moins c’est l’interprétation la plus évidente.

À l’est, une belle coulée stalagmitique en formation s’offre au regard. A priori, nous ne remarquons aucune gravure, aucun graffiti (même récent). Les microreliefs de la voûte se prêtent mal à l’exercice. Nulle trace – à première vue – de pigmentation non plus.
La salle a subi les assauts de visiteurs peu scrupuleux : fistuleuses arrachées et piétinement de zones fragiles. Cependant, peu d’indices de fouilles sauvages comme il si est fréquent. 

Observation de la grande salle

Quantité de matériel repose donc enseveli, suite à des glissements. Il y a peu de chance qu’il réponde à une logique d’empilement. Tout au moins sur le haut du dépôt. Il suffit de regarder la surface du sol pour s’en convaincre. Elle livre des os en bon état de conservation (surtout de la microfaune) et du silex comme le prouvent nos clichés.

Observation superficielle sans détérioriation des dépôts de remplissage entrés dans la grotte sous l’effet d’actions climatiques.
Ramassage au sol. Typique du Magdalénien, ces quatre incisions bien marquées parallèles sur un os animal indéterminé témoignent avec guère de doute d’une intention humaine. Laquelle? C’est une autre histoire.

 

Ramassage au sol. Éclat de silex. Visibles sont les négatifs d’enlèvement et le point d’impact. L’arête a été retouchée dans un but inconnu.


 

Dent d’herbivore, probablement de cheval.

Dans la grande salle, il est difficile de suivre le cours aval de la rivière tant les diverticules sont étroits. Il est impossible de s’y glisser.

La galerie inférieure

Elle est descendante par paliers. On alterne plancher calcitique et dépôts de petits galets qu’ont drainé le cours d’eau. Certains dépôts de calcite qui jalonnent les bords ont fossilisé des os (4). Par endroit, des cuvettes. On peut distinguer en outre des niveaux d’accumulation  de cailloutis qui reflètent les étapes de l’histoire de la grotte.

La grotte est active. Petit gour et plage souterraine.
Difficile à repèrer, vertèbre d’un gros mammifère fossilisée. À protéger.
Nous ne dépassons pas une cinquantaine de mètres dans la progression, à cause de  notre matériel insuffisant et de la difficulté à se mouvoir dans la galerie qui s’amincit. Celle-ci s’étale sur plus de 400 mètres.

Charlette à l’oeuvre

Continuer plus en avant relève de compétences qui nous dépassent



Ramassage au sol hors la grotte 

À la nuit tombante, nous prospectons à proximité de la cavité où nous relevons un grattoir

Grattoir museau retouché sur tous les bords.

Notes
 
(1) – Les Fontaines en occitan.
(2) – C’est une association. Obscurs Univers Rochers et Sentiers de Saint-Benoit de Carmaux.   
(3) – La genèse précise de ces événement peut être tracée par un un karsiologue. 
(4) – Il n’est pas impossible de dater ces coulées.

Incursion rive gauche de l’Aveyron

Incursion rive gauche de l’Aveyron

Sortie du samedi  17 décembre à la grotte du bassin à Penne

Secteur : Grésigne et alentours

Commune: Penne (rive droite de l’Aveyron)
Météo : ciel bleu, presque chaud
Participants : Charlette, Christophe, Louis, Régine, Bernard A. , Marcelle et Alain

Sites visités : grotte du bassin

Voitures : Christophe


La petite grotte dite du « bassin » 

Nous sommes, ce jour-là, retournés au bord de l’Aveyron. Même chemin que la sortie de cette fin d’octobre.

Après une ascension de la pente, par une piste abrupte, nous avons enfin trouvé la grotte du “bassin » à proximité du bâtiment exploré précédemment (1). ll y a de fortes chances pour que les deux bâtiments aient eu un lien par le passé.

La grotte est à flanc d’une petite falaise « bajocienne » et offre une belle exposition au sud-est.
Elle présente la caractéristique d’avoir un bassin remarquable, disposé à son entrée, qui lui a d’ailleurs donné son nom. Il est taillé à même la roche dans une protubérance de nature calcitique. Les margelles de ses faces sont très irrégulières. La forme générale s’apparente à celle d’un triangle. La cuve est profonde de 20 centimètres environ.

 La grotte du bassin telle que l’ont relevé les membres de la SSPCV tout récemment.


Un diverticule prolonge l’abri mais, à ce jour, il est beaucoup trop étroit pour un passage humain.


Ce type de grotte est-il lié à une activité pastorale avant l’installation des vignes? Sa fréquentation, encore actuellement, a sans doute perturbé les couches de sédiments qui ne sont pas profondes.




Cette petite cuve si originale fruit d’un travail de creusement eut-elle des fonctions rituelles (2) ou, plus simplement,  servait-elle à abreuver le bétail ? La question reste en suspend.
Par ailleurs, la cavité était – toute ou en partie – clôturée par un muret d’un mètre de haut dont il demeure encore des blocs en formation sur les côtés. Le bassin s’inscrit ou s’intègre dans l’alignement de ce mur légèrement à l’intérieur de la cavité. Il reçoit de l’eau du haut de la cavité.


La grotte du Roc de Pujol

Dans un deuxième temps, nous nous sommes rendus à la grotte du Roc de Pujol. Grotte sèche, elle connaît un développement sur une centaine de mètres. Le réseau est facile à explorer mais ne comporte apparemment aucune gravure. Elle n’a pas donné lieu à des aménagements particuliers et originaux.


Vulpes vulpes, renard en cours de calcification. Il est en connexion anatomique…
Étrangement aucun carnivore n’a dérangé son squelette.

Le sol sur le fond est recouvert d’argile avec de hauts plafonds à marmites.


Notes
(1) – Pour ce, nous remercions Bernard Valette de ses précisions.
(2) – On peut renvoyer le lecteur aux travaux menés par Georges Brétaudeau dans Les Alpes du Sud à propos de ce genre de structure.

Insolite: le quotidien d’un ermite à Penne

Insolite: le quotidien d’un ermite à Penne

Une « tour » et un ermite entre Penne et Bruniquel
Samedi 22 octobre 2016 
Secteur : Grésigne et alentours
Commune: Penne
Météo : beau temps lumineux
Participants : Charlette, Yvonne, Bernard A., Christophe, Louis, Werner, Pierre

Sites visités : cabanes de Las Coste, Grotte du cheval, Notre-Dame de Roussergues, abris et grotte des Battuts

Site évoqué: Nidouzel

Voitures : Bernard et Christophe

À Las Coste, les bancs du Bajocien ont été aménagés. Ils ont offert durant plusieurs siècles sur un adret une étendue de terrasses de culture viticole  au prix d’un travail colossale qui s’étale probablement sur plusieurs siècles. 
Exceptés des terrasses et quelques murs de soutènement encore debout sur le versant, deux témoignages bâtis à mi-pente ont fait l’objet de notre curiosité.
Les terrasses, un patrimoine à l’abandon
L’approche a été compliquée à cause de la végétation d’une densité insoupçonnable et c’est au prix de gros efforts, vraiment, que nous avons pu observer les bâtiments. Cette quasi inaccessibilité – une vraie jungle – nous a étonné quelque peu (1).
Dans un premier temps, un petit « entasons » de vigne, dans un second temps une vraie bâtisse avec pigeonnier plus élaboré, comportant une cave, deux étages et une cheminée.
Le premier, le plus à l’est, se résume à une construction à un seul niveau avec une toiture (aujourd’hui effondrée) à un pan couverte, à l’origine, de lauzes en calcaire.
Elle est en pierres sèches. Une seule pièce presque carrée, ouverte à l’est par une porte avec un linteau en bois. À proximité, comme souvent, un bassin-citerne. Le lieu devait être fréquenté il n’y pas si longtemps avant d’avoir servi de squat temporaire. Des traces de feux sont visibles ici et là à l’intérieur.

Vue du nord. Sur un petit ressaut, construction en pierres sèches juste équarries, type cabane ou « entason »
Vue de la porte à l’est sur pignon. Un état de dégradation très avancé comme vous pouvez le constater.

Réservoir aujourd’hui inatteignable.

Pour le deuxième édifice, nous avons là l’embryon d’un véritable petit mas sur deux étages installé sur une corniche rocheuse dans un endroit escarpé. La toiture est à un pan. Une cave s’ouvre sur une porte à l’ouest, par le bas. Elle est taillée à même la roche, au nord. Au rez-de-chaussée, un conduit de cheminée. À l’étage, une deuxième porte qui ouvre au nord. Enfin, un « grenier à pigeons » ouvrant au sud et à l’ouest. On y voit encore le bandeau en saillie dit « larmier » (2) et deux lucarnes d’envol. Trois baies étroites ouvrent au sud, une autre donne du côté ouest.

Implantation de la tour dite « lumière » sur un promontoire rocheux. Cela lui donne aujourd’hui l’aspect d’un château. La végétation aride s’est emparée des lieux depuis un demi siècle. C’est à présent une friche de genévrier et  de buis liée à la déprise agricole.

Ouvertures et niches au niveau de la cave du bâtiment

Vue du grenier à pigeons avec lucarne d’envol. Bâti mieux maîtrisé que la première cabane. Le toit s’est effondré.

 

Trace de cheminée. Sol assailli par la friche.

Ce bâtiment à étages ne manque pas d’interroger. Pas d’attribut lié à la maison de maître mais des linteaux de pierre et de la peinture à la chaux. La finition de l’appareil est plus élaborée que celle de la cabane. Ce fut assurément un lieu de vie permanent.
La taille surprenante de la maison lui vaut une légende. Elle a la réputation d’être une « tour lumière ». D’aucun le raconte. Il n’y a pourtant pas indice d’architecture particulière. Pas de maçonnerie vraiment remarquable. Si tour, il y eut un jour, elle fut bien rudimentaire.
Tout porte à le croire, ce type de bâtisses fait écho à un contexte. Fin XIXe siècle, la pression démographique est telle qu’elle force les brassiers, les métayers, les vignerons les moins fortunés à bâtir sur places à partir de cabanes au milieu des vignes. On améliore alors les structures qui se transforment en véritables maisons d’habitation, non pas sans un certain confort.
À long terme, leur disparition paraît inéluctable. De ces terrasses, de ce bâti, il ne restera rien. C’est la perte d’un patrimoine paysager dont, étrangement, presque partout dans le Tarn, peu d’élus et d’associations s’émeuvent. L’enjeu est de taille pourtant (3).
Des éléments de mise en scène cultuelle dans la grotte dite du « cheval »
Après bien des recherches, nous parvenons laborieusement à la grotte dite du « cheval” (4) où nous constatons quelques éléments intéressants. Elle est à l’état fossile. Au juste, c’est un tunnel perpendiculaire à l’escarpement. Un muret de hauteur très modeste (50 cm) ferme la grotte en partie.

Bas relief
Nous discernons, tour à tour, un relief fort probablement sculpté d’origine indéterminée.
Une portion de rocher littéralement arrachée qui ne laisse guère de traces au sol ? Est-il la conséquence d’un dispositif ancien ?
Enfin et surtout, une lame de roche « en cheval d’arçon », polie voir lustrée par les mains ou plus probablement de véritables chevauchements. Nous l’appelons « la dorsale ». Elle est tellement lisse qu’elle reflète la lumière.
Dorsale rocheuse passablement polie: « la selle du cheval ». Nous sommes dans l’obscurité totale et la photo est très mauvaise.

Polissage des calcaires dans la partie supérieure de la dorsale.

Quantité de « griffures » de nature indéterminée sur le bas de la dorsale des deux côtés.
Par ailleurs, de très fins rainurages parallèles et verticaux tapissent par centaines les bords dudit cheval de pierre. Griffures, rainurages, auxquels on ne peut donner aucune explication. Ils piquent la curiosité. Des animaux ? Peut-être. Lesquels ?  C’est comme si on avait « peigné » la roche. On les retrouve ailleurs sur les parois mais en moins grand nombre au beau milieu des pollutions graphiques modernes.
La grotte n’a pas subi de pillage évident au sol et, pour sa plus grande chance, elle est actuellement difficile à trouver.
Notre-Dame de Roussergues en question
Repas paisible au soleil devant l’église de Notre-Dame de Roussergues. Nous la visitons. Depuis peu, elle est ouverte au public. Plan en croix latine avec transept, portail à voussures plein cintre, moulures à billettes, elle semble avoir subi au moins deux grandes étapes de constructions. N’était-ce pas, à l’origine, une grange. Il y a toutes les raisons de penser que la rumeur qui veut que catholiques et protestants y célébraient la messe simultanément en des endroits séparés soient saugrenue. En tout cas, il y fort à dire sur l’édifice qui mériterait à lui seul un long développement.
Nulle part en vue les fameux sarcophages  qui auraient  parsemés le champ du vallon en bas mais une tombe avec un menhir crevassé pour stèle qui personnellement m’étonne beaucoup. Cette pierre levée se trouve à l’est du cimetière actuel – dont la topographie est d’ailleurs très tourmentée(5).
La montagne comme refuge idéal
Les ermites sont de grandes figures du christianisme occidental et ce jusqu’à aujourd’hui (6).
Marginaux, difficiles à contrôler, leurs biographies respectives se couvrent de légendes. Il en va d’Antoine le Grand comme d’Abélard ou encore ceux, plus tardifs, du Mont Valérien. Très tôt, on leur assignat la montagne comme lieu d’accueil privilégié. La montagne considéré comme « Désert » (7) qui, au Moyen Âge, et encore à l’époque moderne, signifie bien moins l’aridité climatique que la nature sauvage et rebutante, la nature peuplée de loups et d’ours.
La plupart, répondaient à l’appel de la solitude pour accomplir une vie spirituelle. Ils se nommaient « anachorètes », autrement dit ceux qui se retirent. Prière, méditation, travail étaient leur lot quotidien. Ils tentaient, tant bien que mal, de vivre de leur propre moyen. Parfois, il leur arrivait de quitter le refuge pour mendier et se déplacer. Ils devenaient alors un temps des « gyrovagues ».

À la fois tout autre, à la fois très proche, était Alain Carcenac, retrouvé mort dans la grotte des « Battuts » le 11 janvier 2014. Il avait 68 ans. Nous ne reviendrons pas sur sa biographie maintes fois détaillée (8) mais toujours opaque quant à définir le personnage sensible. Quelle est la part de la force des choses ? Quelles est la part de ses convictions dans ce destin hors du commun ?

Ce jour-là, ensemble, nous avons observé son quotidien. En effet, fidèle à l’image que le montagne vous rapproche – si ce n’est de Dieu, au moins de la nature – il avait investi le vallon à l’est et surtout les abris et grottes dits des « Battuts » propices à l’isolement et à l’ensoleillement, tout au moins le matin (9).
Sa motivation ne revêtait pas un caractère religieux mais bel et bien d’un choix. Reste à savoir jusqu’à quel point, nous l’avons déjà dit. La-dessus, sa vie livre des indices mais tous ambigus à interpréter. Presque aussi ambigus que ces milliers d’objets du quotidien qui nous parlent comme l’archéologie nous parlerait d’un temps révolu, celui – une fois n’est pas coutume – d’un passé très récent. Pour une fois, pas de formalités administratives. Pour une fois, tout est en place. Quelle aubaine ! il est possible de tracer un portrait, des contours, non pas d’une civilisation, mais d’un individu qui cherche à être un personnage.
Avant que ne disparaissent tous ces artefacts (10), nous voulions revenir sur des indices du quotidien sans aucune prétention scientifique. Peut-être s’agit-il alors d’honorer respectueusement la mémoire de ce qui n’est plu et qui mérite de rester et de repousser un peu la définition classique de  l’archéologie que beaucoup ont tête.
Niveau 1: suite à un violent incendie sûrement volontaire. Après le drame, le lieu est pillé et saccagé par des “barbares” sans ménagement. Toutes traces de gravures archéo sur les parois ont grillé. Heureusement les abris plus haut, difficiles à trouver sont mieux protégés. Alors le sol se jonche de cendres, de déscamations et de débris calcinés que les sédiments vont recouvrir, que les animaux fouisseurs vont perturber à moins que tout cela ne termine à la benne.

Niveau 1: porte. Au fond, le sens de la propriété privée demeure. Même dans le dérisoire : » ici, c’est chez moi. » Nous n’avons pas retrouvé la baignoire enterrée où le jardin de plantes médicinales évoqué par la presse.

Le vélo dont on a volé récemment les roues: lien entre l’ici et l’ailleurs.
Niveau 1 : l’éclairage est une préoccupation. La nuit, les lieux doivent prendre encore une toute autre dimension. Sans électricité, les bougies et même les cierges,  dont certains auraient été retirés à l’église de Bruniquel,  font l’affaire.

Niveau 1: des boîtes, des boîtes, encore des boîtes.

Niveau 1: une obsession bien compréhensible: l’eau potable.

Niveau 1: les lieux ne se passent pas d’une certaine mise en scène, d’un décorum. Ils sont peuplés de souvenirs. Ici un drôle de papillon en proie aux « animaux de compagnie »: les fourmis.

 

Niveau 1: aucune croix mais des grigris et pendeloques ramenés d’un autre monde au-delà des océans. Il se faisait appeler “l’Indien”.


 

Niveau 2 : pattes de poulet. Un rituel secret noyé dans une masse d’objets ne créés pas franchement un climat d’inquiétude mais interroge.

Niveau 2 : peu de livres érudits mais des piles d’hebdos célébrant les voyages. Alain Carcenac lisait Carlos Castaneda, un auteur américain controversé pour ses thèses sur le chamanisme. Il fut célèbre dans les années soixante dix avec quelques best-sellers avant de disparaître dans des conditions non élucidées.


Niveau 3:  pas de potager comme certains ermites se plaisaient à entretenir mais des boites, des boites, encore des boites. Elle montre même une forme de standing avec ce bocal de foie gras.
Niveau 2 : débauche de plastique. C’est le contraire du dénouement propre à l’anachorète chrétien. Des monceaux d’objets en tous genres qui ne manquent pas de surprendre. Des pots de soupe donnés par les habitants et le ramassage « sélectif » des poubelles des alentours.
Niveau 3 : piments en tous genres pour assaisonner … les boîtes.
Niveau 3 : le coin couchage. Le « chez soi », le cocon sec où l’on s’enferme l’hiver quand il pleut ou il fait froid. La température est constante. Le matelas est isolé du sol.  Présence de bougies par dizaines.
Niveau 3: Alain Carcenac sculptait le bois, s’adonnait-t-il à l’écriture ou au dessin ? Ce n’est pas impossible.
L’heure implique un emploi du temps. Au fond, un témoignage des plus émouvant. Jusqu’au bout, il faudra marquer le temps qui s’est arrêté.

 Pas de télé, pas de radio découverte mais un paysage qui laisse rêveur. Un paysage et des sons : le passage des véhicules sur la route du bas. Et l’Aveyron dans lequel, il lui arrivait de se baigner nu.

Notes

(1) – Elle multiplie d’ailleurs les risques d’incendie.

(2) – Il s’agit de protéger les volatiles et leurs oeufs des rongeurs. 

(3) – Si je compare avec certains territoires du Sud -Est de la France que nous connaissons très bien.

(4) – Une grotte à proximité, nous a échappé.

(5) – Existence d’un fossé ? 

(6) – L’Église de France en décompte autour de 200. Des femmes comme des hommes. 

 (7) – Qui est à l’origine du mot « ermite ».

(8) – Voir les articles de La Dépêche du Midi  

(9) – Il s’installa d’abord dans les bois de Vaïssac, puis aux « Battuts » 

(10) –  Et c’est tant mieux.

                                                                                                                  Merci à Agnès pour les photographie.

Les moulins de la vallée de Laussière

Les moulins de la vallée de Laussière

Sortie à Roussayrolles du  samedi 14 mai 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles et Saint-Michel-de-Vax
Météo : orage menaçant
Participants : Franck, Régine, Christophe et Louis
Sites visités : igue du Cuzouls, dolmen de Peyroseco et les moulins de la vallée de Laussière
Sites évoqués : une cavité prés du dolmen de Peyroseco différente de celle de l’igue du Cuzouls.

Voiture : Christophe

Photos: Franck
Le Cuzouls: une doline effondrée de 75 m de profondeur et aux environs de 10 m de largeur.

Au menu, exploration de l’igue du Couzouls. Pour nous, le lieu ne présente plus ou aucune trace – à l’heure qu’il est – d‘art pariétal (1) ; seule, une tâche ocre nous laisse sceptique dans la partie ouest. Des traces, il y en a, mais elles sont récentes car le lieu ne présente aucune difficulté d’accès particulier. La progression est facile.

Tâche rouge d’origine inconnue sous la calcite.

Très fréquenté, il a été livré aux pilleurs de grottes et littéralement ravagé depuis des annéesC’est loin d’être un cas exceptionnel. Ces déprédations ne remontent pas forcément au XXe siècle.

Des stalagmites coupées nous rappellent cette pratique courante des hommes de la Préhistoire la plus ancienne jusqu’au XXe siècle (2).

À toute fin utile, précisons-le, aujourd’hui, arracher des concrétions est passible de 10 000 euros d’amende.

Par ailleurs, partout, des fouilles clandestines à la barre à mine se sont succèdées, notamment dans le fond de la cavité où une fosse de près de 2 mètres de profondeur a été creusée.

Nous explorons « le trou » laissé par les pilleurs.

Par bonheur, des pilleurs ont laissé quelques tessons de céramique dont il difficile de donner une période tant ils sont petits, abîmés et sporadiques. Après consultation, ils semblent plutôt médiévaux que préhistoriques.

Il est remarquable que cet igue ait fourni des éléments de toutes les époques historiques.
Je le rappelle au passage : poteries dites « chasséennes », probable sépulture protohistorique, aiguille de bronze, amphores, tessons médiévaux, papier à cigarette contemporain.

L’effondrement progressif de la voûte, par endroit, a entraîné la formation d’un chaos rocheux. C’est sous ces rochers que les clandestins cherchent.

Des graffiti aussi « ornent » la caverne. Il sont de facture très récente.  

Concrétion en cascades type méduse.

Nous remarquons sur les parois des formations de calcite en draperie tout à fait remarquables. Partout aussi les points noirs des lampes à acétylène des spéléos.

Le dolmen de Peyroseco: un mégalithe reconstitué

Le dolmen de Peyroseco ou plutôt Peyro… en l’état, en ce début de printemps 2016. Trois dalles en calcaire sinémurien délimitent une chambre de 3 m X 2 m. Deux grandes dalles le recouvrent 
au sud.

L’approche de ce dolmen est mal indiquée. À la différence de celui de la Peyralade, plus connu sous le nom de dolmen de Vaour, il n’est pas en bord de route mais à l’écart d‘un chemin qui conduit de Roussayroles à Saint-Michel-de-Vax.

Pas d’autres dolmens proches à associer à ces deux là.

Depuis longtemps, des curieux avaient gratté autour. À partir de 1958, il fut l’objet d’une surveillance et fouillé par l’équipe de Jean Lautier à la fin de années soixante dix. Notre ami Henri Prat était de l’aventure (3).

Reconnaissance d’une architecture classique

À l’époque de la redécouverte, caché sur une croupe dans les fourrés, il consistait en une chambre quadrangulaire au trois-quart comblée de remblais, chambre couverte par deux grandes dalles plates (4) superposées. De part en part, des montants se dressaient pour supporter ces dalles de couverture (5). La structure s‘inscrivait dans une pente déclinante vers sud.

On discerna des traces du tumulus d’origine, au nord du monument. Il devait recouvrir la chambre. Il était composé de petites dalles calcaires jointives, posées à plat par centaines les unes sur les autres jusqu’à former une demi-lune autour de la chambre sépulcrale. Il s’agissait d’inscrire, d’une manière visible et durable, le monument dans le paysage. On devait le voir de très loin sur le Causse.

Plan du dolmen lors de sa découverte à l’état ruiné. Le tumulus de plan semi circulaire au nord cachait des restes du coffrage. On ne sait rien de la partie sud du tumulus. Tout l’art consistait à reconstituer le puzzle pour retrouver quelque chose de l’origine. Le choix de l’ouverture à l’est peut être discuté.
Source : Travaux et Recherches

 
C’est en fouillant les restes du tumulus que furent retrouvés des morceaux de dalle de couverture et de montants.

L’opération – très courageuse – aux dires d‘Henri consista au démontage, à la fouille, puis au remontage partiel et cohérent du mégalithe. 

Le dolmen vu du nord avec l’empierrement qui correspond aux éléments du tumulus. Le tertre devait être repéré de loin.

Aujourd’hui, le dolmen a gardé la forme donnée par l’équipe de Lautier dans les années soixante dix.

Mobilier

Hors d’atteinte avant le dégagement des dalles, dans une couche compacte de terre brune, la fouille d‘une partie de la chambre offrit toute une gamme de matériel lithique (hache polie, lames et éclats de silex, pointes de flèche classique du Quercy), osseux ou en test de coquillage (perles, pendeloques, éléments de collier) et métallique en cuivre (aiguilles, épingle, perles) mais aussi de la céramique.

Avec des exceptions, ce mobilier est typique de la fin du Néolithique entre le troisième et le second millénaire avant notre ère, moment où la métallurgie du cuivre fait son apparition dans notre région. C’est le Chalcolithique.

Mais, comme il est fréquent, le mégalithe a été « utilisé » (6) à des époques bien postérieures. En témoigne une épingle à tête ronde de  linceul en bronze plutôt du XIIe siècle. Jusqu’à quel point son agencement même n’a pas été modifié ? Plusieurs épisodes historiques semblent se succéder en laissant chacun des traces dont il est, pour le cas présent, impossible de livrer l’ordre et  le sens (7).

La présence d’une nécropole du Haut Moyen Âge de plein champ n’est pas à exclure aux abords de ce dolmen.

Le dolmen vu de l’est. On imagine les palans, les leviers, les trains de rondins qu’il fallut pour ériger ce tombeau collectif.
Entrée de la chambre

Vestiges anthropologiques 

Enfin, la fouille de tumulus, montra au nord-ouest du caveau, les traces d’une sépulture (extérieur à la chambre). En tout, on estima grâce aux amas osseux sur l’ensemble du site à une soixantaine le nombre d’individus enterrés, pas obligatoirement à la même époque. Récolte très fructueuse, si l’en est.
L’analyse de 853 dents aurait montré la présence d‘une grande proportion d’enfants. Ce qui peut paraître étonnant. Dhabitude, les dolmens sont plutôt réservés à des sépultures d’adultes. Les ossements montrent des formes de sélection. 

On peut se féliciter de l’œuvre de protection de l’équipe Lautier. Presque quarante ans ont passé et le mégalithe est encore debout, visible de tous. Le mobilier découvert a été déposé au musée Lautrec à Albi.

Les moulins de Laussière, un patrimoine au fil de l’eau

Dans des cercles rouges,  sur la rivière les implantations liés à l’activité des moulins. Source: carte IGN au 1/25 000

La vallée encaissée et ombragée du ruisseau de Laussière présente une série de moulins et d’aménagements tout à fait remarquables en l’espace d‘une centaine de mètres seulement. Bernard Alet a mené un travail d’archives sur ces moulins dont l’état de dégradation est avancé (8). Ils sont menacés à terme d’effondrement puisqu’il n’y a plus de toiture. Ils remontraient au XVIe siècle.

Des bâtiments destinés à moudre le grain sont visibles dans la partie haute de la vallée. Ils ont été abandonnés au milieu du XIXe siècle et figurent sur le cadastre napoléonien.

Partie dormante d’une meule à grain prise par la mousse. Meule en silex.
Meule à grain complète en place et en position.

 

Portion de meule déplacée positionnée à la verticale. Peut-être plutôt une meule de moulin à huile.

 

Place et reste de l’arbre de transmission entre la roue du bas et la meule du haut.

 

En bas, au niveau du cours d’eau la chambre des roudets souvent voûtée. En haut, avec fenêtre, la chambre des meules.

 

La chambre des « roudets » ou des « rouets » vue de l’intérieur. Observez le conduit où l’eau arrive sous pression pour actionner la roue à aube placée à l’horizontal. On devine des cerclages de métal qui devait appartenir à cette roue. À gauche, invisible sur la photo, le canal de fuite. Au plafond le trou de l’arbre de transmission.


 

Four à pain du deuxième hameau.


 

Vestige d’un canal afin de faciliter l’écoulement et la pression en période de faible débit. Notez l‘omniprésence des mousses.


 

1858. Une date assez peu significative comme souvent de la date d’élévation du moulin.


D‘autres sont installés plus bas. Ils ont été abandonné un peu plus tard en 1893. Dans le hameau, quelqu’un vivait encore juste avant la Seconde Guerre. On y installa même l’électricité. A partir de 1945, le lieu tombe dans l’oubli, il redevient sauvage.

Les deux hameaux connurent des périodes de concurrence farouche aux dires de Bernard.

À l’époque les versant était couvert de vigne. 

La faiblesse du courant, à certains moments de l’année, nécessita des aménagements de bassin. Toute un système complexe de bassins et de canaux est visible.

La dimension patrimoniale de cette vallée ne fait aucun doute. Les mécanismes sont bien visibles. Tout l’enjeu consistera à mettre en valeur ce patrimoine. 

 

   

Notes

(1) – Des yeux plus experts peuvent bien sûr venir nous contredire et ce sera avec un grand plaisir.

(2) – Que l’on agisse pour de l’argent dans la perspective d’un commerce juteux ou lors de mises en scène mystérieuses, elles sont victimes d’une fascination qui n’est pas récente comme le montre la découverte des « spéléofacts » de Bruniquel, quelques 400 stalagmites brisées il y a 175 000 ans. On ose à peine le croire. Voir à tout prix  https://lejournal.cnrs.fr/videos/bruniquel-la-grotte-qui-bouleverse-notre-vision-de-neandertal

(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Pour mieux comprendre les propos  de l’auteur.

D’après un dessin de Gilbert Fages


 
(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Elles sont dite « de chevet ». Y en avait-il une seule au départ ? C’est fort possible. 

(5) – Ils prennent le nom savant d' »orthostates ». 

(6 – La finalité de ces utilisations nous échappe pour l’instant.

(7) – Quand le dolmen n’a pas été pillé, c’est envisageable comme à Saint-Martin-du-Larzac, par Rémi Azémar.

(8) – http://www.mairie-roussayrolles.fr/groupe-magret/magret-six.pdf