Promenade pennole

Promenade pennole

Promenade pennole
Les ruines d’un hameau, plus une grotte

Mercredi 23  août 2017

Secteur Tarn


Commune : Penne

Météo : lumineuse


Participants : Bernard, Dominique, Christophe, Louis, Franck et Charlette

Site visité : Ferme et aven de Lautanel, puis la grotte de Bussières

Voiture : Christophe et Bernard

De triste mémoire: le mas de Lautanel 

Le hameau de Lautanel à Penne. État de 1839 sur le cadastre. Après cette date il y eu une extension du domaine bâti, puis une désertion pour des raisons inconnues avant même la deuxième guerre. Notez la présence de la « fontaine » en haut à gauche, entourée en rouge. Certains bâtiments sont désormais quasi invisibles sur les parcelles 58, 61 78 au nord. Source: Archives départementale du Tarn

Le lieu isolé sur le causse de la Garrigue prend la forme d’un mas ouvert ⁽¹⁾. Là, s’étalent les ruines d’une dizaine de bâtiments. Sans entretien, ils s’acheminent vers une disparition progressive. Bergerie, pigeonnier, porcherie, écurie côtoient le logis. Pour peu qu’on y prête attention, le mas a connu des développements au cours du XIXe et du début du XXe siècles avant d’être abandonné pour des raisons inconnues. En témoigne le cadastre napoléonien.

Les murs, en moellons calcaire plats tirés des carrières ou de l’épierrement des champs alentours, donnent une belle unité à l’ensemble. 

Faire avec les moyens du bord ⁽²⁾ : une bergerie

La plus à l’ouest de tous les bâtiments, la bergerie en pierres sèches, semble avoir été bâtie en deux temps. D’abord un édifice simple orienté SW/NE avec une ouverture à l’ouest (état 1839) auquel s’est ajoutée une extension orientée SE/NW encore en excellent état aujourd’hui. Est-ce un cellier ? 


La partie ancienne est celle que nous avons la mieux observée. Son toit n’est plus de ce monde. Elle présente une entrée avec deux linteaux monolithes accolés, d’une belle longueur. Ils repose sur quatre piédroits eux aussi monolithes. La hauteur des murs mesure deux mètres trente pour cinquante centimètres d’épaisseur. À l’intérieur, des niches fermées par des lauzes d’un bloc dont nous ignorons la fonction exacte. Les pierres d’angle sont massives et ne montrent aucun souci d’esthétique. Il n’y a pas de trace de voûtement à l’intérieur. C’est le domaine des animaux.


Une architecture tout ce qu’il y a de fruste sans mortier mais adaptée, rappelant celle des cabanes du Lubéron, appelées bories. Remarquez un bloc monolithe tabulaire à l’utilisation énigmatique sur la gauche.

Niche ou fenestron à l’intérieur de la bergerie. Remarquez le linteau en bois écrasé dans la partie haute. La lauze peut être enlevée et remise à volonté assez facilement. C’est parfois une tuile qui sert ainsi de « volet ».


Décroché du toit. Il n’est pas interdit de penser que le toit fut recouvert de lauzes à l’origine

On observera le mur du parement extérieur sans assise constitué de lauzes ébauchées posées sur tranche.
Partie ajoutée adossée à la bergerie primitive. Toit en tuiles « canal ». Absence de porte, côté sud. Est-ce à l’origine un cellier ? Un hangar ?

Bien sûr, de très nombreuses observations restent à faire sur cette bergerie du XIXe siècle.

Un modeste logis d’habitation  aujourd’hui effondré

L’édifice d’un bloc ouvrait à l’ouest sur le pignon par une porte de belle facture avec des pierres de taille. Elle fut bouchée. C’était un bâtiment d’habitation cette fois, de volume très modeste avec peu d’ouverture visible, juste un fenestron au dessus de la porte. 
Il y avait un deuxième niveau aujourd’hui effondré. Peut-être un grenier à fourrage. On remarque à l’intérieur les traces d’une cheminée. Une porcherie est accolée à ce bâtiment au NE. Est-ce le premier logis d’habitation avant la construction dans la grande maison ?

Vue du pignon avec porte basse et chainage d’angle.
Parement en pierre sèche de la porcherie à l’arrière de l’édifice tout aussi fruste que la bergerie.

Légèrement à l’écart, on distingue un pigeonnier-tour cylindrique. Il était déjà là en1839. Ce n’est pas impossible qu’il ait subi un tir d’artillerie vu son état: la partie SW est effondrée. Des tuiles « canal » jonchent le sol. Des traces d’enduit sont visibles.

Ce qu’il reste encore du pigeonnier, sa portion nord. On remarque le larmier, la corniche ceinturant le haut du bâtiment.

Des traces d’enduit à l’intérieur de la volière. Des étages. La charpente s’est effondrée. Ne subsistera de l’édifice bientôt plus grand chose.

 Les bâtiments principaux d’habitation

Le grand ensemble à étages menace effondrement et il est dangereux de s’y aventurer tant l’état de dégradation est avancé. Le bâtiment dessine en plan un rectangle auquel se sont rajouté des parties annexes. Difficile d’interpréter leur fonction exacte. Il compte des fenêtres et des pierres scellées au mortier à la différence des autres édifices. Il comporte aussi des briques. À l’arrière du bâtiment, on reconnait des écuries et un appenti ainsi qu’une citerne bâtie de récupération des eaux pluviales. Une portion est couverte de grafiti pas forcément très récents.

Des traces d’incendie sont visibles.

Cléopâtre 1948. Paul 1965. Le mur aux graffiti.

 

Détail de la façade du bâtiment principal avec une vraie fenêtre sur la droite. Piedroits en brique.


 

Bassin pour le lavage sur la gauche en entrant dans un angle.

 

Un état de dégradation très avancé. Il n’est pas interdit de penser que cette brèche soit le fruit d’un obus de mortier d’ailleurs.


 

Traces d’incendie sur une poutre porteuse. Plancher et solives se sont effondrées.

Vue de la citerne

La guerre

Déjà abandonné à l’époque, Lautanel comme Bouriette, un peu plus loin, furent des hauts lieux de la Résistance régionale. Tragique, si l’en est. C’est là qu’au début du printemps 1944, une attaque surprise de la Wehrmacht (l’armée allemande) mis fin à l’aventure du Maquis d’Ornano formé en octobre 1943 par des réfractaires au STO. Suite à une probable dénonciation, les Allemands firent irruption sur le Causse pendant un parachutage. Ils incendièrent les fermes après les avoir bombardées aux mortiers et surtout fusillèrent de jeunes résistants. Depuis un Mémorial rappelle le destin tragique des maquisards.
« La fontaine » de la doline servi de cachette

A l’ouest des bâtiment, il existe ce que le cadastre napoléonien a dénommé « fontaine ».
En fait, un aven. On y pénètre assez difficilement(3) par une diaclase qui fut aménagée en escalier. Rien à l’extérieur ne marque la présence des lieux.

L’escalier constitué de dalles en cours d’effondrement pour pénétrer dans la fontaine.
Le CAPA dans l’aven.

A l’intérieur, un gour a été aménagé pour constituer une réserve d’eau. Il était à sec le jour de notre passage.

Bassin de la fontaine avec « ban » retaillé dans la roche calcique.


Il est raconté que « la fontaine » servait de cache d’armes et qu’on y rangea des « papiers ». Elle servit probablement de refuge et de cachette durant la dernière guerre.

La grotte de Bussières: un observatoire sur la vallée de l’Aveyron

Nous nous rendons ensuite au-dessus du hameau de Couyrac.


Dix bonnes minutes, c’est le temps qu’il nous a fallu pour grimper jusqu’à la grotte à partir de la route. Après une pente raide dans un maquis de buis dévasté par la pyrale, on trace son chemin comme on peut au pied de la paroi. Un porche finit par apparaitre au moment où la piste s’achève, une centaine de mètres au dessus de la rivière, derrière un éperon. 

Cette grotte aurait servi de cachette pour les juifs durant la guerre ou avant. L’information reste à vérifier bien sûr. 

Elle consiste en une galerie rectiligne avec une voûte en hanse de panier. Elle s’enfonce de 50 mètres et termine par une diaclase qui dévoile deux branches. L’une est envahie par un comblement d’argile, l’autre, au sud, s’arrête net.

Une fouille a eu lieu à l’entrée(4) et la petite terrasse témoigne aussi de la présence de matériel lithique ramené. Son relatif éloignement de la rivière semble la desservir mais il y a fort à parier qu’elle fut fréquentée à des époques variées.

Quelques traits sur les parois interrogent tout comme des formations calciques en boules lustrées. Jusqu’à quel point l’une d’elles n’a pas été remodelé pour donner l’impression d’une forme.
Combien de visages ou d’animaux ont habillé ces roches ? Et de quelle façon? Par qui? Quand ? Combien de masques presque aussitôt effacés. 

Formation calcaire investie par l’imagination des hommes. Difficile aujourd’hui d’y voir quelque chose tant le relief semble avoir été travaillé.


Griffures discrète sur la paroi
Beau panorama de la terrasse devant la grotte de Bussières

Notes

(1) – Sans réelle cour. 

(2) – On se réfère au vocabulaire de Christian Lassure et Dominique Repérant, Cabanes en pierre sèche de France, Édisud, 2004. Manuel indispensable pour qui veut comprendre les architectures en pierre séche modernes et contemporaines.

(3)- Difficile d’y introduire des bêtes. 

(4)- Peut être celle de Bessac. 

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Vénérable mais si fragile: le dolmen de Vaour

Le dolmen de Vaour
Inquiétude

Samedi 29 mai 2017

 Secteur : Grésigne et Cordais


Commune : Vaour

Météo : beau ciel bleu


Participants : Christophe et Bernard A. rencontrent Odile ALÈGRE et Bernard HOLDERLÉ


Sites visités : le dolmen de Vaour
 
Voitures : Christophe et Bernard A.

Une reconnaissance ancienne

Portons notre attention sur un monument incontournable pour qui veut connaitre la Préhistoire tarnaise. Je veux parler du dolmen de Vaour dit « La Peyro »(1).
C’est le plus grand dolmen du Tarn coincé entre deux départementales, loin du village, et inscrit sur la liste des Monuments historiques dès 1889, il fut fréquenté à toutes les époques. On trouva des indices gallo-romains dans la chambre funéraire.
Pour ne parler que du domaine officiel, ce mégalithe a fait l’objet de deux grandes campagnes de fouilles. En 1984, avec Jean Lautier. Plus importante, en 1994 sous la direction de Bernard Pajot.
Le tumulus de forme trapézoïdale qui couvrait la tombe, à proprement parler, a aujourd’hui disparu comme dans l’écrasante majorité des cas. Ce tumulus consistait en un amas gigantesque de pierres. Restait, des plus précieux, les murettes de clôture en pierres sèches  qui délimitaient le périmètre du monument. Elles furent mises au jour lors de la fouille de Bernard Pajot (2).



Péril en la demeure des morts

Les murettes de clôture, c’est bien là que le bât blesse. Des inconnus peu scrupuleux grattent le sol en quête de je ne sais quoi de précieux. Il n’hésitent pas à défoncer le dispositif en partie remontée par les fouilleurs voilà plus de vingt ans. Il convenait de prévenir ce genre d’exactions. Il est à signaler que le sol sous la chambre a été bétonné à l’époque de Jean Lautier. Hélas, le reste de la zone demeure très sensible. Les images en témoignent.

Acte de vandalisme, côté montant latéral droit. A gauche vue de l’ouverture de la chambre funéraire.

Un trou au niveau des clôtures

Conformément aux recommandations de la DRAC, la mairie de Vaour a couvert de gravier tassé les alentours du dolmen. La pause d’un géotextile ne devrait pas tarder.

Couverture de gravier…



… en attendant mieux.


Réflexion pour le long terme

Autour du dolmen, reste à ce jour que les aménagements font défaut afin de mettre en valeur le monument. Ils se réduisent à une aire de parking gravillonnée. La DDE n’hésite pas quelquefois à déposer des encombrants. De par son isolement, toutes les audaces sont permises. Rappelons que le site est inscrit sur la liste des Monuments historiques.


Tous les partenaires sont alertés et  bien conscients de la situation : DRAC, CDAT, mairie de Vaour, Fondation du Patrimoine. À n’en pas douter, dans quelques années, les projets devraient fleurir. Les exemples ne manquent pas de mise en valeur de ces dolmens en France et dans notre région d’Occitanie.

Notes

(1) – Vous êtes invités pour la question des dolmens à vous reporter au commentaire de la Peyroseco de Roussayroles en mai 2016. http://capa-archeo.blogspot.fr/search?q=peyroseco

(2) – Voilà ci-dessous – à peu de chose près car sa forme est plutôt trapézoïdale que circulaire – ce que le tumulus offrait comme paysage il y a 5 000 ans. Aujourd’hui, ne nous reste qu’une partie de l’armature intérieure: le dolmen.

Sous le noir le dolmen, la murette en orange similaire à celle de Vaour.

Vues en coupe du dolmen de Vaour. Dessin de Bernard Pajot.


Le destin d’une collection de meules à grain gallo-romaines

Le destin d’une collection de meules à grain gallo-romaines

 
Vers une future collection Frégeyres

mardi 25 avril 2017

Secteur Viaur, Aveyron

Commune: Le Riols, Saint-Martin-Laguépie
Météo: ensoleillée

Participants : Pierre, Pierre, Louis, Yann, Franck, Rosie, Yvonne, Marc, Christian, Christophe, Charlette, Alain

Sites visités : le site de Marèze
 

Voitures :  Pierre, Christophe, Louis

Portions de meules gallo-romaines en série dans une cour du Riols

C’était mardi 25 avril. Le CAPA a répondu « en masse » à l’invitation de François Boyer et Pierre Caussade, grands connaisseurs des techniques de la fabrication de farine aux époques gauloise et romaine.
Rendez-vous nous avait été donné au Riols. Après les présentations d’usage, nous a été montrée pas moins d’une centaine de meules typiquement gallo-romaines issues de l’énorme amoncellement de rebuts et de débris de taille de la carrière de Maréze (1) déjà traitée sur notre blog. Presque trois tonnes. C’est dire…
On y voit meta à base cylindrique en cône, catillus en creux, ébauches préformées, ratés bien reconnaissables.
C’est André Frégeyres qui les a extraites, des années durant, d’une parcelle en sa possession. Curieux, il a réuni les pièces dans sa ferme transformant le lieu en véritable petit musée à ciel ouvert.
Son fils, Michel, s’interroge à présent sur la destinée de cette collection originale.


Encombrantes, mais oh combien précieuses, car il est bien difficile dans la carrière de retrouver aujourd’hui des témoignages aussi parlants tant les ramassages intempestifs ont été nombreux depuis les années cinquante. 

Le lot, étudié en partie par Christian Servelle et Émilie Thomas (2), fera l’objet d’une étude plus approfondie dans les mois qui viennent. Celle de notre ami, Pierre Caussade. Le CAPA lui portera assistance autant qu’il lui sera possible.
Temporairement, le séchoir servira d’entrepôt et la laiterie de cabinet d’étude. Une affaire à suivre…

Meules de même gabarit ramassées au pied de la carrière de Marèze. Toutes sont en grès grossier agglomérant des graviers de quartz.

Beau catillus avec trou pour emboiter le manchon.

Portion de meta, la meule dormante

Visite des lieux avec le propriétaire

Le séchoir, nouvelle destination pour les meules enfin à l’abri des intempéries.

Notes

(1) –  Déjà traité sur notre blog

(2) – Christian Servelle et Émilie Thomas dans « Les meulière protohistoriques et antiques de La Marèze (Saint-Martin-Laguépie et Le Riols, Tarn): matières premières, modalités d’exploitation et de façonnage, diffusion de la production » tiré du livre Les Rutènes. Du peuple à la cité, Bordeaux, 2011 ». 

Pisolithes de goethite à Penne

Pisolithes de goethite à Penne

Les petits secrets de la forêt II
Des pisolithes de goethite à foison (Penne)

Samedi 11 mars

Secteur : Aveyron, Grésigne et alentours

Commune : Penne

Météo : chaleur et belle lumière de mars

Participants Benjamin, Clémence, Yvonne, Rosy, Pierre, Bernadette, Régine, Christophe, Bernard, Charlette, Louis F. et René

Sites visités : gîtes de fer et carrière de phosphate dans la forêt de la Garrigue + les abris aménagés des Battuts bas

Site évoqué: une grotte des maquisards dans la forêt de la Garrigue
 
Voitures : Pierre, Louis et Bernard

La forêt de la Garrigue au nord de Penne réserve des poches d’argiles ferrugineuses et des carrières de phosphate. Source: carte IGN au 1/25 000
Si le fer météoritique a été exploité très tôt par martelage, le fer à l’état de minerai requérait « une réduction » des oxydes à des température avoisinantes les 1600°C. Aussi, ce n’est qu’à partir du VIIIe siècle av. notre ère qu’apparaissent les premiers objets de fer (1).  Et encore, pas partout en Europe. L’abondance de ce minerai et sa dureté entraîna la quasi disparition du bronze, tout au moins pour les outils et les armes.

En effet, le fer exige une métallurgie plus difficile à maîtriser. Impossible pour nos lointains ancêtres de le fondre mais seulement de le « réduire ». Le fer est récupéré grâce à des fours, puis mis en forme par forgeage. Cette métallurgie n’a pu se développer grâce à des connaissance et des pratiques complexes dont des archéologues retracent les grandes étapes depuis une bonne trentaine d’années.

Dépôts dans les karsts

Notre visite nous porta à la découverte de gîtes de minerai de fer à Penne sur la rive droite de l’Aveyron. Guidés par Bernard, nous avons observé des « gorges » sèches profondes à l’est de la forêt de la Garrigue. À découvert, elles sont creusées naturellement dans les calcaires bajociens jusqu’à cinq mètres de profondeur. À l’intérieur, des phénomènes de ferruginisation sont  bien visibles.

Crevasses prenant la forme de tranchées sur une centaine de mètres.
Pour peu qu’on y prête attention, les parois présentent des poches argileuses qui contiennent des nodules ferreux extrêmement petits sous forme de billes. Ces billes sont aussi déposées par l’érosion. Elles jonchent les sols argileux partout, y compris à l’extérieur des crevasses.

Dans certains cas, dans certaines régions, à des époques anciennes, ces billes dites « pisolithes » furent exploitées. D’abord séparés de leur gangue d’argile par lavage, on les chauffait ensuite une première fois pour augmenter la teneur en fer. Enfin, des bas-fourneaux permettaient la fabrication du métal. Le site de Boécourt dans le Jura suisse éclaire toute la nature de ce travail à l’époque mérovingienne.

Coulée de pisolithes de goethite incrustés dans les argiles.

Vision rapprochée des pisolithes dans leur gangue d’argile. Teneur en fer estimée autour de 50%.
Ici, à Penne, pas de trace évidente d’activité d’extraction, ni de lavage, ni de transformation. Il faut dire que le lieu dense en végétation se prête mal à l’observation au sol. C’est pourquoi nous avons cessé nos investigations de recherche. Il est à signaler qu’il n’est pas exclu que ces crevasses naturelles aient pu être aménagées, surcreusées pour récupérer du minerai. Mais en l’état de nos connaissances et observations, il est bien difficile de l’assurer.

 

Pisolithes au sol lavée par les écoulements


Un engrais minéral nommé H3 PO4

Dans un deuxième temps, nous visitâmes « discrètement »(2) une carrière à ciel ouvert de phosphate de chaux. Un chemin descend entre deux grandes parois d’une dizaine de mètres de hauteur. Il conduit à la grande chambre d’exploitation ouverte sur le haut par un trou(3) comme une cheminée.
Impressionnante, elle témoigne d’une l’époque d’optimum démographique dans les campagnes. Fin XIXe siècle, l’abandon progressif  de la jachère exige d’autres moyens pour nourrir les sols afin d’alimenter les hommes toujours plus nombreux. Les fertilisants naturels comme la bouse et même la colombine n‘y suffisent plus.


On ajoute alors des engrais à base de minéraux. Entre autres, les phosphates. On ira jusqu’à parler d’une « révolution chimique » dans le monde des campagnes. A proximité des routes, des carrières s’ouvrent. Elles sont parfois à l’origine d’un commerce juteux. Aujourd’hui, le phosphate nous vient de Lituanie, de Russie ou du Maroc.

Un buvard vante le phosphate de chaux fin XIXe siècle. Notez l’extrême attention apportée à crédibiliser un produit souvent trafiquée et objet de toutes les fraudes.
Ouverture de la grande salle d’exploitation, un piège pour de nombreuses feuilles.

Un site troglodytique: la nature mise à profit pour vivre

Affleurement de calcaire bajocien grisâtre / oranger en bancs mal définis. Ils sont souvent perforés. Nature plus ondulées dans les creux où on distingue des surfaces à oolithes dans une matrice carbonatée.
La deuxième partie de l’après-midi fut consacrée à une visite des bords de l’Aveyron. Aux Battuts, plus exactement. Le site se trouve à l’écart de tout habitat actuel (4). Sous des falaises surplombantes de 30 à 40 mètres de hauteur, au dessus d’un talus peuplé d’un enchevêtrement de buis couvert de mousse, une série de traces d’aménagement est associée à des éléments naturels (5). La rivière coule un peu plus bas. Aujourd’hui des rideaux de buis la dérobent à la vue. Tout au moins au pied de la falaise.

Traces d‘encoche de solivage sur plusieurs niveaux

De plain-pied, une enfilade de structures aménagées

La roche plutôt tendre est propice aux creusements en tous genres (6). Se succèdent des abris rupestres sous encorbellement parfois murés. Tout autour les calcaires sont criblés d’encoches de solivage. La SSPCV en a décompté une cinquantaine. Autant de traces de la présence de structures en bois aujourd’hui disparues. En outre, on note aussi l‘existence de murs et d’enclos maçonnés collés par un bout à la falaise.
Relevé des structures fait par l’équipe de Bernard Valette et Robert Coustet. Présence de cabanes, d’enclos sous l’encorbellement de la falaise.

Cavité naturelle surcreusée dans le substrat à des fins indéterminées avec niches, silo comblé, trous et des banquettes à gauche. On parle d’une architecture de détournement qui tire partie d’une situation préexistante pour l’adapter à des besoins immédiats. Aucun soin particulier n’est apporté dans la taille de la roche.

En hauteur, deux éléments remarquables

Deux éléments originaux caractérisent le site autour d’une cavité perchée. Aujourd’hui, impossible d’y accéder sans matériel d’escalade. Nous suivons les descriptions de la SSPCV.

D’abord, une citerne ou une sorte de réservoir cylindrique maçonné.

 

Apercu du bas de la citerne maçonnée. Remarquez au passage les traces d’appui à l’utilité inconnue.

Ensuite un passage percé avec feuillure pour y encastrer une planche.

L’érosion jouant sont œuvre, il devient difficile d’observer sans risque l’ensemble des vestiges. Les vires ont du être aménagées mais elles se dégradent voire s’effondre avec le temps.

Conduit creusé dans la roche qui devait permettre un accès au deuxième niveau.

Peu à peu, se dévoile l’organisation d’un véritable petit hameau, lieu de vie dont la configuration a certainement évolué dans le temps(7). Il faudrait imaginer des cavités rupestres et des constructions sur plusieurs étages adossés à la paroi sans doute en bois. Ces superstructures doubleraient la superficie des résidences.




C’est tout un dispositif complexe. Vire aménagée autour d’un abri, citerne et passage qui débouche sur le bas de la falaise. Cette sorte de trou laisse supposer l’existence d’une échelle, ce qui pourrait dénoter une fonction de refuge pour le haut.



Le jeu des hypothèses

Résumons: des occupations comme celle-ci aux yeux des archéologues sont loin d’être anecdotiques dans l’Aveyron, le Tarn, et plus largement dans le Sud de la France. Elles répondent sûrement plus à des logiques d’optimum démographiques qu’à des soucis de protection. L’un n’excluant pas l’autre d’ailleurs. Pour ne parler que des phases historiques, les Ve et VIe siècle, les XIIIe et XIVe mais aussi des périodes plus récentes sont des périodes de présence. 

A la croisée de plusieurs fonctions, ces habitats contre et dans la falaise ne sont pas seulement le fait d’ermites marginaux mais aussi de paysans et même de seigneurs à l’instar des sites troglodytiques à profusion de la Basse-Auvergne et de Provence mieux étudiés. 


Tour à tour, lieu d’érémitisme village perché, carrière, cabanes de berger, refuges pour SDF. Depuis quelques années, les habitats troglodytiques ne sont plus vraiment ces curiosités qui prêtaient lieu à délires ésotériques. Fini, ils ne sentent plus le ragout de crapaud et le sacrifice humain.
Ces complexes d’ architecture en négatif laissent peu de traces d’archive, hélas. Ils sont souvent lessivés de toutes stratigraphies et d’une grande pauvreté de mobilier. Les fouilles y sont rares car difficiles. Les Battuts n’échappent à la règle.
 

De part sa modestie, ce site au même titre que les souterrains ne bénéficie d’aucune protection particulière au titre des Monuments historiques. Personne ne l’entretient. A terme, il va disparaitre en raison de la fragilité de la roche, sujette à effondrement. L’heure est venue d‘en faire l’étude et la description pour les générations qui viennent.

Notes

(1)Pour répondre à des questions qui m’ont été posées. 
(2)Des bêtes risquaient de donner l’alerte aux dires de Bernard.
(3)Ce trou a servi de piège faunique. Des animaux décomposés s’étalent sur le bas. 
(4)Il en fut peut-être tout autrement à des périodes plus anciennes. 
(5)Suite aux observations studieuses de la SociéSpéléologique des Pays Castrais et Vaurais(SSPCV) dont les compétences ne sont plus à démontrer.
(6)Y compris de type carrière. 
(7)Chaque creusement laisse une trace mais ensemble ils ne forment pas un tout contemporain. Non synchrones, ils se chevauchent probablement. Chaque génération a aménagé les lieux selon ses propres besoins.  

Las Fonts: la préhistoire à portée de lampe

Las Fonts: la préhistoire à portée de lampe

La grotte de Las Fonts

Dimanche 11 décembre 2016 

Secteur : Grésigne et alentours
Commune : Penne et Vaour
Météo : beau temps lumineux et sec
Participants : Charlette, Christophe, Louis, Franck, Alain, Régine et Dominique

Sites visités : grotte de Las Fonts dite aussi « grotte des Tarnais » ou « grotte des Carmausins ». C’est selon…

Voitures : Franck et Christophe

À l’est Vaour, à l’ouest Penne, au sud le dôme de la Grésigne. C’est sur le causse, au creux d’une doline que se localise la grotte de Las Fonts (1). On y pénètre en rampant par un petit boyau descendant d’un diamètre de 60 cm. Assez incommode à franchir, il fut ouvert au printemps 1987 par l’OURS (2), il y a maintenant 30 ans.

La grotte à l’extérieur présente actuellement un auvent exposé au nord.

La grande salle mise en lumière

Passée la difficulté d’entrée, on pénètre dans une vaste salle composée à l’ouest d’un remplissage de dépôts argileux qui avait fini par combler l’entrée à une époque indéterminée. Il est marqué par un fort pendage  et contient des dépôts archéologiques de l’extérieur de la cavité qui fut longtemps un abri sous roche (3). Tout au moins c’est l’interprétation la plus évidente.

À l’est, une belle coulée stalagmitique en formation s’offre au regard. A priori, nous ne remarquons aucune gravure, aucun graffiti (même récent). Les microreliefs de la voûte se prêtent mal à l’exercice. Nulle trace – à première vue – de pigmentation non plus.
La salle a subi les assauts de visiteurs peu scrupuleux : fistuleuses arrachées et piétinement de zones fragiles. Cependant, peu d’indices de fouilles sauvages comme il si est fréquent. 

Observation de la grande salle

Quantité de matériel repose donc enseveli, suite à des glissements. Il y a peu de chance qu’il réponde à une logique d’empilement. Tout au moins sur le haut du dépôt. Il suffit de regarder la surface du sol pour s’en convaincre. Elle livre des os en bon état de conservation (surtout de la microfaune) et du silex comme le prouvent nos clichés.

Observation superficielle sans détérioriation des dépôts de remplissage entrés dans la grotte sous l’effet d’actions climatiques.
Ramassage au sol. Typique du Magdalénien, ces quatre incisions bien marquées parallèles sur un os animal indéterminé témoignent avec guère de doute d’une intention humaine. Laquelle? C’est une autre histoire.

 

Ramassage au sol. Éclat de silex. Visibles sont les négatifs d’enlèvement et le point d’impact. L’arête a été retouchée dans un but inconnu.


 

Dent d’herbivore, probablement de cheval.

Dans la grande salle, il est difficile de suivre le cours aval de la rivière tant les diverticules sont étroits. Il est impossible de s’y glisser.

La galerie inférieure

Elle est descendante par paliers. On alterne plancher calcitique et dépôts de petits galets qu’ont drainé le cours d’eau. Certains dépôts de calcite qui jalonnent les bords ont fossilisé des os (4). Par endroit, des cuvettes. On peut distinguer en outre des niveaux d’accumulation  de cailloutis qui reflètent les étapes de l’histoire de la grotte.

La grotte est active. Petit gour et plage souterraine.
Difficile à repèrer, vertèbre d’un gros mammifère fossilisée. À protéger.
Nous ne dépassons pas une cinquantaine de mètres dans la progression, à cause de  notre matériel insuffisant et de la difficulté à se mouvoir dans la galerie qui s’amincit. Celle-ci s’étale sur plus de 400 mètres.

Charlette à l’oeuvre

Continuer plus en avant relève de compétences qui nous dépassent



Ramassage au sol hors la grotte 

À la nuit tombante, nous prospectons à proximité de la cavité où nous relevons un grattoir

Grattoir museau retouché sur tous les bords.

Notes
 
(1) – Les Fontaines en occitan.
(2) – C’est une association. Obscurs Univers Rochers et Sentiers de Saint-Benoit de Carmaux.   
(3) – La genèse précise de ces événement peut être tracée par un un karsiologue. 
(4) – Il n’est pas impossible de dater ces coulées.

Incursion rive gauche de l’Aveyron

Incursion rive gauche de l’Aveyron

Sortie du samedi  17 décembre à la grotte du bassin à Penne

Secteur : Grésigne et alentours

Commune: Penne (rive droite de l’Aveyron)
Météo : ciel bleu, presque chaud
Participants : Charlette, Christophe, Louis, Régine, Bernard A. , Marcelle et Alain

Sites visités : grotte du bassin

Voitures : Christophe


La petite grotte dite du « bassin » 

Nous sommes, ce jour-là, retournés au bord de l’Aveyron. Même chemin que la sortie de cette fin d’octobre.

Après une ascension de la pente, par une piste abrupte, nous avons enfin trouvé la grotte du “bassin » à proximité du bâtiment exploré précédemment (1). ll y a de fortes chances pour que les deux bâtiments aient eu un lien par le passé.

La grotte est à flanc d’une petite falaise « bajocienne » et offre une belle exposition au sud-est.
Elle présente la caractéristique d’avoir un bassin remarquable, disposé à son entrée, qui lui a d’ailleurs donné son nom. Il est taillé à même la roche dans une protubérance de nature calcitique. Les margelles de ses faces sont très irrégulières. La forme générale s’apparente à celle d’un triangle. La cuve est profonde de 20 centimètres environ.

 La grotte du bassin telle que l’ont relevé les membres de la SSPCV tout récemment.


Un diverticule prolonge l’abri mais, à ce jour, il est beaucoup trop étroit pour un passage humain.


Ce type de grotte est-il lié à une activité pastorale avant l’installation des vignes? Sa fréquentation, encore actuellement, a sans doute perturbé les couches de sédiments qui ne sont pas profondes.




Cette petite cuve si originale fruit d’un travail de creusement eut-elle des fonctions rituelles (2) ou, plus simplement,  servait-elle à abreuver le bétail ? La question reste en suspend.
Par ailleurs, la cavité était – toute ou en partie – clôturée par un muret d’un mètre de haut dont il demeure encore des blocs en formation sur les côtés. Le bassin s’inscrit ou s’intègre dans l’alignement de ce mur légèrement à l’intérieur de la cavité. Il reçoit de l’eau du haut de la cavité.


La grotte du Roc de Pujol

Dans un deuxième temps, nous nous sommes rendus à la grotte du Roc de Pujol. Grotte sèche, elle connaît un développement sur une centaine de mètres. Le réseau est facile à explorer mais ne comporte apparemment aucune gravure. Elle n’a pas donné lieu à des aménagements particuliers et originaux.


Vulpes vulpes, renard en cours de calcification. Il est en connexion anatomique…
Étrangement aucun carnivore n’a dérangé son squelette.

Le sol sur le fond est recouvert d’argile avec de hauts plafonds à marmites.


Notes
(1) – Pour ce, nous remercions Bernard Valette de ses précisions.
(2) – On peut renvoyer le lecteur aux travaux menés par Georges Brétaudeau dans Les Alpes du Sud à propos de ce genre de structure.