Les moulins de la vallée de Laussière

Les moulins de la vallée de Laussière

Sortie à Roussayrolles du  samedi 14 mai 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles et Saint-Michel-de-Vax
Météo : orage menaçant
Participants : Franck, Régine, Christophe et Louis
Sites visités : igue du Cuzouls, dolmen de Peyroseco et les moulins de la vallée de Laussière
Sites évoqués : une cavité prés du dolmen de Peyroseco différente de celle de l’igue du Cuzouls.

Voiture : Christophe

Photos: Franck
Le Cuzouls: une doline effondrée de 75 m de profondeur et aux environs de 10 m de largeur.

Au menu, exploration de l’igue du Couzouls. Pour nous, le lieu ne présente plus ou aucune trace – à l’heure qu’il est – d‘art pariétal (1) ; seule, une tâche ocre nous laisse sceptique dans la partie ouest. Des traces, il y en a, mais elles sont récentes car le lieu ne présente aucune difficulté d’accès particulier. La progression est facile.

Tâche rouge d’origine inconnue sous la calcite.

Très fréquenté, il a été livré aux pilleurs de grottes et littéralement ravagé depuis des annéesC’est loin d’être un cas exceptionnel. Ces déprédations ne remontent pas forcément au XXe siècle.

Des stalagmites coupées nous rappellent cette pratique courante des hommes de la Préhistoire la plus ancienne jusqu’au XXe siècle (2).

À toute fin utile, précisons-le, aujourd’hui, arracher des concrétions est passible de 10 000 euros d’amende.

Par ailleurs, partout, des fouilles clandestines à la barre à mine se sont succèdées, notamment dans le fond de la cavité où une fosse de près de 2 mètres de profondeur a été creusée.

Nous explorons « le trou » laissé par les pilleurs.

Par bonheur, des pilleurs ont laissé quelques tessons de céramique dont il difficile de donner une période tant ils sont petits, abîmés et sporadiques. Après consultation, ils semblent plutôt médiévaux que préhistoriques.

Il est remarquable que cet igue ait fourni des éléments de toutes les époques historiques.
Je le rappelle au passage : poteries dites « chasséennes », probable sépulture protohistorique, aiguille de bronze, amphores, tessons médiévaux, papier à cigarette contemporain.

L’effondrement progressif de la voûte, par endroit, a entraîné la formation d’un chaos rocheux. C’est sous ces rochers que les clandestins cherchent.

Des graffiti aussi « ornent » la caverne. Il sont de facture très récente.  

Concrétion en cascades type méduse.

Nous remarquons sur les parois des formations de calcite en draperie tout à fait remarquables. Partout aussi les points noirs des lampes à acétylène des spéléos.

Le dolmen de Peyroseco: un mégalithe reconstitué

Le dolmen de Peyroseco ou plutôt Peyro… en l’état, en ce début de printemps 2016. Trois dalles en calcaire sinémurien délimitent une chambre de 3 m X 2 m. Deux grandes dalles le recouvrent 
au sud.

L’approche de ce dolmen est mal indiquée. À la différence de celui de la Peyralade, plus connu sous le nom de dolmen de Vaour, il n’est pas en bord de route mais à l’écart d‘un chemin qui conduit de Roussayroles à Saint-Michel-de-Vax.

Pas d’autres dolmens proches à associer à ces deux là.

Depuis longtemps, des curieux avaient gratté autour. À partir de 1958, il fut l’objet d’une surveillance et fouillé par l’équipe de Jean Lautier à la fin de années soixante dix. Notre ami Henri Prat était de l’aventure (3).

Reconnaissance d’une architecture classique

À l’époque de la redécouverte, caché sur une croupe dans les fourrés, il consistait en une chambre quadrangulaire au trois-quart comblée de remblais, chambre couverte par deux grandes dalles plates (4) superposées. De part en part, des montants se dressaient pour supporter ces dalles de couverture (5). La structure s‘inscrivait dans une pente déclinante vers sud.

On discerna des traces du tumulus d’origine, au nord du monument. Il devait recouvrir la chambre. Il était composé de petites dalles calcaires jointives, posées à plat par centaines les unes sur les autres jusqu’à former une demi-lune autour de la chambre sépulcrale. Il s’agissait d’inscrire, d’une manière visible et durable, le monument dans le paysage. On devait le voir de très loin sur le Causse.

Plan du dolmen lors de sa découverte à l’état ruiné. Le tumulus de plan semi circulaire au nord cachait des restes du coffrage. On ne sait rien de la partie sud du tumulus. Tout l’art consistait à reconstituer le puzzle pour retrouver quelque chose de l’origine. Le choix de l’ouverture à l’est peut être discuté.
Source : Travaux et Recherches

 
C’est en fouillant les restes du tumulus que furent retrouvés des morceaux de dalle de couverture et de montants.

L’opération – très courageuse – aux dires d‘Henri consista au démontage, à la fouille, puis au remontage partiel et cohérent du mégalithe. 

Le dolmen vu du nord avec l’empierrement qui correspond aux éléments du tumulus. Le tertre devait être repéré de loin.

Aujourd’hui, le dolmen a gardé la forme donnée par l’équipe de Lautier dans les années soixante dix.

Mobilier

Hors d’atteinte avant le dégagement des dalles, dans une couche compacte de terre brune, la fouille d‘une partie de la chambre offrit toute une gamme de matériel lithique (hache polie, lames et éclats de silex, pointes de flèche classique du Quercy), osseux ou en test de coquillage (perles, pendeloques, éléments de collier) et métallique en cuivre (aiguilles, épingle, perles) mais aussi de la céramique.

Avec des exceptions, ce mobilier est typique de la fin du Néolithique entre le troisième et le second millénaire avant notre ère, moment où la métallurgie du cuivre fait son apparition dans notre région. C’est le Chalcolithique.

Mais, comme il est fréquent, le mégalithe a été « utilisé » (6) à des époques bien postérieures. En témoigne une épingle à tête ronde de  linceul en bronze plutôt du XIIe siècle. Jusqu’à quel point son agencement même n’a pas été modifié ? Plusieurs épisodes historiques semblent se succéder en laissant chacun des traces dont il est, pour le cas présent, impossible de livrer l’ordre et  le sens (7).

La présence d’une nécropole du Haut Moyen Âge de plein champ n’est pas à exclure aux abords de ce dolmen.

Le dolmen vu de l’est. On imagine les palans, les leviers, les trains de rondins qu’il fallut pour ériger ce tombeau collectif.
Entrée de la chambre

Vestiges anthropologiques 

Enfin, la fouille de tumulus, montra au nord-ouest du caveau, les traces d’une sépulture (extérieur à la chambre). En tout, on estima grâce aux amas osseux sur l’ensemble du site à une soixantaine le nombre d’individus enterrés, pas obligatoirement à la même époque. Récolte très fructueuse, si l’en est.
L’analyse de 853 dents aurait montré la présence d‘une grande proportion d’enfants. Ce qui peut paraître étonnant. Dhabitude, les dolmens sont plutôt réservés à des sépultures d’adultes. Les ossements montrent des formes de sélection. 

On peut se féliciter de l’œuvre de protection de l’équipe Lautier. Presque quarante ans ont passé et le mégalithe est encore debout, visible de tous. Le mobilier découvert a été déposé au musée Lautrec à Albi.

Les moulins de Laussière, un patrimoine au fil de l’eau

Dans des cercles rouges,  sur la rivière les implantations liés à l’activité des moulins. Source: carte IGN au 1/25 000

La vallée encaissée et ombragée du ruisseau de Laussière présente une série de moulins et d’aménagements tout à fait remarquables en l’espace d‘une centaine de mètres seulement. Bernard Alet a mené un travail d’archives sur ces moulins dont l’état de dégradation est avancé (8). Ils sont menacés à terme d’effondrement puisqu’il n’y a plus de toiture. Ils remontraient au XVIe siècle.

Des bâtiments destinés à moudre le grain sont visibles dans la partie haute de la vallée. Ils ont été abandonnés au milieu du XIXe siècle et figurent sur le cadastre napoléonien.

Partie dormante d’une meule à grain prise par la mousse. Meule en silex.
Meule à grain complète en place et en position.

 

Portion de meule déplacée positionnée à la verticale. Peut-être plutôt une meule de moulin à huile.

 

Place et reste de l’arbre de transmission entre la roue du bas et la meule du haut.

 

En bas, au niveau du cours d’eau la chambre des roudets souvent voûtée. En haut, avec fenêtre, la chambre des meules.

 

La chambre des « roudets » ou des « rouets » vue de l’intérieur. Observez le conduit où l’eau arrive sous pression pour actionner la roue à aube placée à l’horizontal. On devine des cerclages de métal qui devait appartenir à cette roue. À gauche, invisible sur la photo, le canal de fuite. Au plafond le trou de l’arbre de transmission.


 

Four à pain du deuxième hameau.


 

Vestige d’un canal afin de faciliter l’écoulement et la pression en période de faible débit. Notez l‘omniprésence des mousses.


 

1858. Une date assez peu significative comme souvent de la date d’élévation du moulin.


D‘autres sont installés plus bas. Ils ont été abandonné un peu plus tard en 1893. Dans le hameau, quelqu’un vivait encore juste avant la Seconde Guerre. On y installa même l’électricité. A partir de 1945, le lieu tombe dans l’oubli, il redevient sauvage.

Les deux hameaux connurent des périodes de concurrence farouche aux dires de Bernard.

À l’époque les versant était couvert de vigne. 

La faiblesse du courant, à certains moments de l’année, nécessita des aménagements de bassin. Toute un système complexe de bassins et de canaux est visible.

La dimension patrimoniale de cette vallée ne fait aucun doute. Les mécanismes sont bien visibles. Tout l’enjeu consistera à mettre en valeur ce patrimoine. 

 

   

Notes

(1) – Des yeux plus experts peuvent bien sûr venir nous contredire et ce sera avec un grand plaisir.

(2) – Que l’on agisse pour de l’argent dans la perspective d’un commerce juteux ou lors de mises en scène mystérieuses, elles sont victimes d’une fascination qui n’est pas récente comme le montre la découverte des « spéléofacts » de Bruniquel, quelques 400 stalagmites brisées il y a 175 000 ans. On ose à peine le croire. Voir à tout prix  https://lejournal.cnrs.fr/videos/bruniquel-la-grotte-qui-bouleverse-notre-vision-de-neandertal

(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Pour mieux comprendre les propos  de l’auteur.

D’après un dessin de Gilbert Fages


 
(3) – A. Faraut, J. Lautier, H. Prat, A. Thubières – « Le dolmen de Peyroseco », Travaux et Recherches, n° 16, 1979, p. 21-29

(4) – Elles sont dite « de chevet ». Y en avait-il une seule au départ ? C’est fort possible. 

(5) – Ils prennent le nom savant d' »orthostates ». 

(6 – La finalité de ces utilisations nous échappe pour l’instant.

(7) – Quand le dolmen n’a pas été pillé, c’est envisageable comme à Saint-Martin-du-Larzac, par Rémi Azémar.

(8) – http://www.mairie-roussayrolles.fr/groupe-magret/magret-six.pdf 

 

Un patrimoine en péril: les meulières souterraines d’Amarens

Un patrimoine en péril: les meulières souterraines d’Amarens

Sortie à Amarens le  mercredi 20 avril 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Amarens
Météo : assez chaud et beau, du vent
Participants : Bernard A., Régine, Charlette, Marcelle,Yann, Bernadette,Yvonne, Sylvane, Christophe et Louis
Sites visités : différentes meulières à ciel ouvert ou souterraines (Clairac, traces d’extraction à ciel ouvert à Bégoutte et Les Combals)
Sites évoqués : meulière de Crozecombe, de Bégoutte 1 et 2 (non vues car absence du propriétaire, Désiré) le dolmen de La Teule (?), menhir de La Curade


Voiture : Christophe, Louis F. et aussi Bernadette

Carte des meulières autour d’Amarens dressée en 1986 par Louis Malet et l’ASCA

De la Préhistoire aux périodes les plus récentes, les meules de moulin ont joué un rôle fondamental dans le processus de fabrication de la farine et, partant, dans l’élaboration de l’aliment principal des populations: le pain.
Les propriétés des roches utilisées influaient à la fois sur la quantité mais aussi sur la qualité des farines obtenues. Aussi, au cours des millénaires passés, les hommes ont-ils procédé à une sélection de plus en plus rigoureuse des roches destinées à devenir des meules
Leur quête les a amené à ouvrir des carrières bien spécifiques – les meulières – tantôt  à ciel ouvert, tantôt souterraines
Aujourd’hui, il s’agit de faciliter la connaissance de ce patrimoine remarquable, longtemps négligé
Aussi, ce jour-là nous nous rendons sur les lieux à Amarens où nous animâmes il y a une dizaine d’années Les Journées du Patrimoine. Les travaux et observations menés par notre ami Louis Malet mais aussi, plus récemment, de Jean-Pierre-Henry Azemat (1) orienteront notre regard. Tout le mérite leur revient.

La meulière de Clairac (Amarens)

Plate-forme de la meulière de Clairac vue des Combals à l’ouest. La formation de l’abrupt résulte du rejets des déblais durant des siècles. La nature n’est pas parvenue à recoloniser ce terril blanc.
Circuit de motos-cross pour certains, salle à manger pour d’autres, caverne aux mystères pour les enfants, asile des jours de fête, grande poubelle barbouillée aux graffiti, la meulière dite « de Clairac » constituent aussi un bien patrimonial de premier ordre comme nous allons essayer de le montrer (2).
Située sur le flanc nord de la vallée d’un affluent du Cérou, presque à la verticale de Clairac, très près du rebord du plateau, elle est la plus grande meulière de la commune d’Amarens qui en compte officiellement plusieurs. 

 

Le porche (35 mètres de large) surplombe une immense halde de stériles et de déchets de taille. Les meules une fois désolidarisées du plancher et des parois étaient-elles évacuées à l’extérieur pour y être finies et montées sur les charrettes ?

Description

Seuls plan et coupe existants de la meulière de Clairac dressés par l’ASCA

C’est une vaste caverne (3) en réseau de 60 mètres de large pour 60 mètres de profondeur, jusqu’à 12 mètres de haut avec des prolongements qui ne sont pas sans rappeler les chapelles des églises (4).
Pour soutenir son plafond, les meuliers (ou molatiers) ont réservé, au cours du creusement, des piliers rocheux largement rognés au fil du temps (5).

Piliers rocheux rognés pour dégager de la matière première. On optimise au maximum les couches idoines.

Probablement, suite à un effondrement les stériles ont pénétré dans la cavité creusée.

Configuration générale. Sol couvert de haldes sur une épaisseur évaluée à 5 m maximum.


On y décompte 12 portions de meules en chantier, à des stades divers: deux à peine ébauchées, une à peu près terminée. Parmi elles, des loupés de fabrication. Leur diamètre varie de 145 à 160 cm, leur épaisseur de 30 à 40 cm lorsqu’elles sont achevées. 

Portion d’un seul tenant (fixe ou mobile?) de la meule d‘un moulin à eau, typique du lieu, ébréchée sur un bord sans cerclage de fer prévu. Œil bien visible au centre. La grande dimension de la pièce l’a fait plutôt remonter à une période tardive d’exploitation (XVIIIe-XIXe siècles). Elle pèse autour de 500 kilos. La partie visible ne porte pas de relief de rayonnage si caractéristique de ce genre de meule.

 

Lambeaux de meule détruites lors de la fabrication ou après.

Trois d’entre elles présentent un « œil » central: 26 cm, 32 cm, 40 cm de diamètre. 
Partout la même technique d’extraction: on produit des meules entières, d’un seul bloc. L’opération consiste à les tailler« en lit » sur un plan horizontal les unes au-dessus des autres jusqu’à former des sortes de tubes verticaux. Ils sont contigus et en escalier (6).  
Une seule de ces meules porte une couronne denticulée, vestige des emboitures ayant servi à la décoller du banc. Nous n’avons pas trouvé traces de coins en fer ou en bois.
Front de taille. Couches successives d’enlèvements horizontaux. On décolle les meules du substrat.
Traces d’extraction spectaculaire « en escalier » à la pointerolles qui laissent de longs sillons obliques et fins, proches les uns des autres. Les meules apparaissent comme en négatif.


À en juger par les traces laissées sur les parois, chaque tube fournissait autour de seize meules. 

  
Le relief descend à mesure qu’on avance avec, parfois, des pentes rapides au fond la cavité. Le sol (7) est constitué d’un cailloutis formé de débris de taille. Les déblais composent à l’extérieur une immense plate-forme caillouteuse, irrégulière, que l’on a remaniée à plusieurs reprises.
Partout, on lit encore le travail à la pointerolle ou au pic des molatiers.

Traces d’attaque par les outils. Aménagement semi circulaire
Dans la partie occidentale et haute, le reste d’un mur de pierres sèches semblent limiter une zone fermée (8) dont on peine à connaître la vocation. Des trous de charpente sont visibles sur les parois.
Aspect du calcaire stampien à vacuoles utilisé pour les meules
On estime à 40 000 le nombre de meules extraites (9). Reste à savoir sur quelle durée précises.
La même couche visée par les molatiers 

Pour toutes les meulières de cette région, les bancs choisis et « attaqués » par les molatiers sont des  calcaires tertiaires très blancs à vacuoles. 
La présence de silice dans ces calcaires fait l’objet d‘âpresbats au sein des géologues.
Ce qui est remarquable: la même couche quasi-horizontale est attaquée sur les deux versants de la vallée à la même altitude: 260 mètres.
Les qualités intrinséques de cette roche sont difficiles à évaluer. Et pour cause… l’utilisation de ces meules s’écrit au passé.
En tout cas, jusqu’au XVIIIe siècle, cette roche sembla convenir. Apte à la mouture un temps, de par sa nature vacuolaire, il est probable qu’elle fut peu solide à l’utilisation sur le long terme. Les meules devaient être souvent retaillées, piquées et leur durée d’utilisation limitée. D’où l’abondance de ratés sur le lieu de fabrication.
En effet, la meule, à l’usage, s’abrase. La dentition des hommes au Moyen Âge porte souvent les stigmates de ces meules qui « glissaient du sable dans la farine », voire lui donnait une couleur.
On retrouve les meules d’Amarens jusque dans l’Aveyron (Najac, Lédergues, Réquista). Leur aire de diffusion fut surtout locale, semble-t-il.

Des éléments d’histoire

L’histoire remonte probablement au Moyen Âge.
Une meulière au moins produit avec certitude depuis le XIIIe siècle, époque où le comte de Toulouse la mentionne comme l’une de ses possessions dans la région. Le relai est pris ensuite par la famille des Clairac  au début du XVIIe siécle, si ce n’est avant. La dernière trace d’exploitation remonte à 1836. Durant plus de cinq siècles les meulières vont fonctionner. 
L’activité se déployait dans la vallée mais les rythmes de la production dans le temps demeurent largement inconnus.
Les « molatiers » étaient les artisans chargés de leur exploitation. On détecte la mention de leur existence dans les registres de l’état civil paroissial d’Ancien Régime. À l’œuvre, ils sont, sans doute, aidés par les paysans lors de la mauvaise saison.
Les propriétaires étaient les seigneurs des lieux (les Clairac, en l’occurrence) qui affermaient les carrières d’Amarens. Aux Clairac, la meulière offrait un revenu très intéressant.
Beaucoup de questions restent encore sans réponse quant à la nature des contrats d’exploitation et la valeur des meules, quant au mode de leur transport aussi. 
Cette industrie devait générer tout un réseau dense de chemins et la mise en place de charrettes renforcées, des sortes de « convois exceptionnels ». Des dizaines de bœufs attelés. Les archives évoquent un « chemin moular » que nous avons du mal à localiser. Le cadastre napoléonien témoigne de l’existence de ces voies d’acheminement.

La meulière de Clairac existait au début du XIXe siècle, elle est mentionnée très explicitement (cercle jaune) sur le cadastre napoléonien (source: Archives départementales du Tarn).




La meulière des Combals n’est – selon toute vraissemblance – plus en fonction au début du XIXe siècle mais un chemin qui s’interrompt menait à la carrière, à n’en pas douter. (source: Archives départementales du Tarn).


saffection au XIXe siècle

La concurrence des meules périgordiennes à silex plus appropriées met fin progressivement à cette histoire. Le climat des affaires se détériore. Les tentatives de reprise sont vouées à l’échec. La grande meulière de Clairac semble être la dernière à avoir fonctionné.
La mode du pain de froment à mie blanche qui va s’imposer progressivement dans toutes les couches de la société va entraîner la disparition de ce type de carrière. C’est que le client devient plus exigent. Les meuniers ont besoin de meules performantes. La mode alimentaire l’emporte sur l’intérêt économique (10)
Clairac n’est pas la seule meulière du pays cordais, loin s’en faut. 


Les Begoutte

Il existait une meulière un peu plus au nord de Clairac dénommée « Crozecombe ». Elle est actuellement sur la commune de Vindrac. Son porche s’est effondré. 
Plus à l’ouest, la meulière est devenue un pôle d’attraction pour quelques maisons. C‘est Bégoutte. Nous n’avons pas pu visiter les meulières (Begoutte 1 et 2) car le propriétaire était absent. En revanche, nous notons qu’il existe de petites zones d’extraction à ciel ouvert au nord du hameau en bordure d’un chemin. Quelques photos ont été prises.
À Bégoutte, vivait la famille Céré-Vidal (molatiers au XVIIIe siècle) qui laissa des traces d’archives. 

Tragédie aux Combals

Zone probable de la carrière des Combals vue du versant d’en face, à l’est.
Loin d’être aussi évident qu’à Clairac, le lieu d’extraction a disparu. Et pour cause, il s’est effondré en cours de l’exploitation. Pris au piège, ouvriers, attelages, animaux de trait ont péri. N’y subsiste plus rien de visible, excepté un immense cône pierreux sur lequel rien ne repousse. Il est visible de loin sur le versant d’en face mais très compliqué à localiser quand on ne connaît pas les lieux. Et c‘est au prix d’un effort plus qu’opiniâtre que nous avons pu le photographier.

Une zone indécise de type terril à trous de blaireau. C’est ce qu’il resterait de la meulière des Combals.

Nous avons repéré les deux entonnoirs (carrières à ciel ouverts) décrit par Louis Malet.

Quand la nuit tombe sur la vallée

La vallée fut si éprouvée qu’il en demeure encore des traces dans la mémoire des anciens. Elles génèrent des légendes à défaut d’archives. À une période de l’année, on prétend entendre les boeufs – pauvres bêtes – toujours prisonniers meugler à tue-tête… c‘est dire…


Notes

(1) – Louis Malet, Les carrières souterraines de Carlus et d’Amarens, Bulletin de la Société des Arts et Belles Lettres du Tarn, n° 40, 1986 et Jean-Pierre-Henry Azemat, Prospection et inventaire des meulières souterraines du Tarn et de l’Aveyron, tiré du catalogue Recherche, protection et valorisation d‘un patrimoine industriel européen, Acte du colloque de Grenoble, 22-26 septembre 2005, Mayence 2006
(2) – Il est plus qu’urgent pour les autorités en charge de le mesurer. D’après les spécialistes, de part sa taille et la qualité des vestiges, cette meulière fait exception à l’échelle nationale. Elle a valeur de témoignage irremplaçable sur la proto industrie dans les campagnes. Elle mérite, sans nulle doute, une inscription sur la liste de l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
(3) – Y-a-t-il eu eu une simple grotte au départ, dite de « La Mailhoulié »,? Ce n’est pas impossible.
(4) – Ces chambres correspondent-elles à des formes « concessions »?
(5) – On en compte 10 qui peuvent s’avérer fragiles. 
(6) – Est-ce la preuve d’un travail d’équipe? On peut travailler en effet en même temps sans discontinuer sur le front de taille.
(7) – Certaines portions sont à ménager. Qui sait ? Un jour, elles peuvent fournir des charbons de bois à même de nous donner une datation approximative.
(8) – On y voit des aménagements pour charpente. 
(9) – Fourchette haute
(10) – Je reprends là les propos de l’analyse d‘Alain Belmont, La pierre à pain. Les carrières de meules de moulins en France, du Moyen Âge à la Révolution industrielle, Grenoble, 2006 
 


Balade savante autour de Roussayrolles

Balade savante autour de Roussayrolles

Sortie à Roussayrolles du samedi 20 mars 2016

Secteur : Cordais, Grésigne et alentours
Commune : Roussayrolles
Météo : ciel bleu, terre encore humide
Participants : Bernard A., Franck, Pierre, Régine, Charlette, Marcelle, Sandrine, Bernadette,Yvonne, Claudette, Christophe et Louis
Sites visités : l’igue du Cuzouls, des sépultures à Peyralades

Sites évoqués : le dolmen de Vaour, de Peyrosco (Fourcou) et les moulins de la vallée de Laussière 


Voiture 
: Christophe, Louis F.

Impossible de relever le moindre résidu d‘artisanat verrier dans le haut de la vallée de Bonnan (1). Aussi, nous nous sommes dirigés vers Roussayrolles. Petite par sa taille, la commune n’en est pas moins riche de patrimoine archéologique.
Sur le causse de Rousseyrolles, les phénomènes karstiques sont nombreux et la présence des hommes, dès le Néolithique, avérée depuis longtemps. En témoigne les dolmens de Vaour mais aussi celui de Peyroseco (ou Fourcou) que notre ami Henri contribua à mettre en valeur et à fouiller. 

Un aperçu du Cuzoul de Rousseyrolles 

Carte du massif calcaire du Lias à l’ouest de Rousseyrolles qui domine à l’ouest la vallée de Laussière vers Saint-Michel-de-Vax. Source IGN
Nous nous rendons ensemble à l’igue de Roussayroles dit le « cuzoul » (2). Il s’agit d’une doline au stade fossile, sèche. Effondrée, elle s’ouvre largement sur l’extérieur dans sa partie haute. C’est l’entrée. Elle s’enfonce ensuite par paliers successifs. Elle n’est pas – apparemment – reliée à un plus vaste réseau (3).
Tout le haut du trou est couvert d’un cône d’éboulis, d’effondrement. Par endroits, se sont accumulés des sédiments. Ces sédiments ont été « grattés » à la recherche de « trésors » à des époques indéterminées si bien quil est difficile de trouver un replat vierge. Par ailleurs, quelques chauves-souris ont élu domicile dans les lieux.
Visible le calcaire lithographique dit « Sinémurien » en couches avec parfois de fines traces d’argile entre les strates.
Non équipés pour la spéléologie, nous ne sommes pas allés jusqu’au bout des 75 m qui forment l’orifice. Il se termine par un puits argileux, si l’on en croit les indications des spéléologues.
Au sol, nous trouvâmes quelques fragments d’amphores dont nous rendons compte avec la photo ci-dessous. L‘aven a-t-il servi pour puiser et stocker de l’eau à différente époque?
Il n’est pas interdit de le penser.


En tout cas, nous ne vîmes pas de mobilier de type chasséen évoqué par Henri lors de nos discussion (4). Nos recherches pour localiser les traces relatées par Jarlan en 1963 ont été vaines.

Si l’opportunité se présente, nous visiterons plus à fond cet aven avec le matériel approprié bien sûr.

Panse d’amphore épaisse de diamètre 20. Traces de carbonate visibles

Peyralade: des sarcophages en héritage

Peyrelade, hameau des carriers au nord de Roussayrolles (Source: IGN)

Le temps manquant, nous n’avons pas visité le dolmen de Peyrosco (5). Nous nous dirigâmes au sud de Roussayrolles, au hameau de Peyralades exactement, où la présence de sarcophages a été relatée par nos sources (6).
 
Le hameau de Peyrelade est un lieu remarquable en ce qu’il constitue un site d’extraction des grès du Trias. Ils affleurent. À regarder le bâti des maisons, il est aisé d’en déduire la présence de cette activité dans les environs par contraste avec Roussayrolles entièrement bâti en calcaire. Les archives aussi témoignent de cet artisantat.

Petit sarcophage monolithe d’enfant transformé en bac à fleurs comme souvent.

 

Dessin de la cuve et du couvercle à l’échelle. Ils se combinent assez bien.



 

Levage de la dalle fine en calcaire à grain fin du sinémurien (couvercle?)

Fragment de cuve vers le lavoir

Moins connus sont les sarcophages que l’on trouve ici et là (7). Le plus émouvant est une cuve en grès mesurant 1,45 m de long. Une tombe pour enfant. Il sert de bac à fleurs dans une propriété privée. Nous l’avons mesuré et dessiné. Le propriétaire fort sympathique ignore l’origine exacte de l’objet. Il est de type monolithe, de plan trapézoïdal sans loge céphalique. Aucune inscription n’est visible nulle part. À quelques mètres, nous pensons avoir trouvé son couvercle mais sans certitude. C’est une longue dalle, calcaire cette fois, complètement plate. Sa forme, le matériaux (calcaire) oblige à la prudence (8).

Ce sarcophage appartient-il à un quelconque cimetière ? Est-il l’œuvre d’une commande faite aux carriers à une époque très ancienne? Ces sarcophages prouvent au moins que l’exploitation de la carrière remonte à l’époque du Haut Moyen Âge. Le grès utilisé est local.


Les Brouscassous

Bassin ou tombe rupestre? Si c’est une sépulture, elle est orientée tête à l’est.

Schéma des proportions de la « tombe rupestre » ou du bassin.

Les Brouscassous(9), au nord du village, sur une hauteur, c’est là que nous observons une fosse profonde de 35 cm creusée dans le grès. Elle accueille l’eau des pluies. Elle est sans loge céphalique sur un point haut mais en rupture de pente. Jean Lautier y vit une tombe rupestre. Là encore, la prudence est de mise vue sa grande taille. Nous sommes partagés quant à la destination de ce creusement. La tombe – si tombe existe – serait orientée en tout cas. Nous n’en relevons pas d‘autres à proximité.
Là-haut, tout autour de nous, les carriers semblent avoir oeuvrés jusqu’au siècle dernier. La forêt de chênes révèle maints creux, bosses caractéristiques, riches de promesses archéologiques.
 
Une fois l‘entité dessinée, le lieu observé et photographié, nous nous quittons après les salutations d’usage.

Un grand merci à Bernadette Hernandez pour les photos. 

Notes
(1)Ce n’est pas faute au moins d’avoir cherché. Dernière chance: les archives du SRA à Toulouse et celle du musée d’Albi où serait entreposé du mobilier. Sans certitude. 
(2)Ce mot renvoie à la grotte en occitan.
(3)Jérome Gonzalez de l’OURS en 1993
(4)Est-il plus profond dans la grotte? Ce type de site accueille généralement du mobilier néolithique et protohistorique. Le chasséen dans la région est courant dans les grottes.   
(5)Ce n‘est que partie remise.
(6)Jean Lautier(archives) et Bernard Alet.
(7) A proximité du lavoir par exemple, dans la clôture.
(8)D’habitude la forme des couvercles est assez différente de cette espèce de « plaque ». Ils sont plus épais, parfois bombés, parfois à bâtière. 
(9)Les bruyères, la broussaille en occitan. 
 

Un vrai champ de mines à Puycelsi

Un vrai champ de mines à Puycelsi

Sortie à Puycelsi du samedi 6 février 2016
Secteur : Grésigne et alentours
Commune : Puycelsi
Météo : vent puissant mais beau temps
Participants : Louis F., Régine, Charlette, Christophe et Bernard A.
Sites visités : les mines de fer à ciel ouvert de La Barrière (dit souvent « Janade » qui est plus à l’est)

Sites évoqués : hauts fourneaux et forges de Bruniquel (Tarn-et-Garonne)


Voiture 
: Christophe et Bernard A.

Photo aérienne localisant précisément les minières de La Barrière. D’autres zones ont du être exploitées autour, à Payrol, à Las Croux et à Saint-Maurice.  Source Géoportail de l’IGN.

Perspectives

Comme prévu lors de la dernière Assemblée générale, cette année les investigations du CAPA porteront surtout sur le travail du fer dans l’Albigeois. Il s’agira de dresser un bilan de la localisation des sites à l’aide des fiches de visite recueillies depuis une vingtaine d’années. Une carte sera dressée qui permettra de compter celle de Marie-Pierre Cousture (1).
C’est suite à une discussion avec elle que nous nous sommes rendus à Puycelsi pour localiser les mines de fer à ciel ouvert dite de « La Barrière » (ou parfois « Janade »). L’enjeu est surtout à moyen terme de trouver des traces plus anciennes de récolte et d’artisanat.

Une page de l’histoire du capitalisme : la soif du fer

L’histoire est bien connue par les archives (2); elle remonte à 1796 quand Jean-Bapiste Garrigou se voit attribuer la concession de minières à Puycelsi et Penne. L’exploitation passant de main en main capitalistes durera trois quart de siècle. Elle cessera définitivement en 1875. Sur les péripéties, fort intéressantes par ailleurs, nous passerons.
Disons qu’elles montrent à quel point le fer devient un enjeu crucial en ce début du XIXe siècle. Coûte que coûte, il faut en produire. On s’acharne à gratter les montagnes. Les projets les plus risqués sont mis en œuvre,  toujours encouragés par l’État.
  
Même les territoires les plus isolés entrent dans l’aventure industrielle.

  
Les minières 

Il semble que plusieurs « gîtes » furent sondés au sud de Penne mais c’est surtout à Puycelsi que l’exploitation fut la plus active. À Payrol, à proximité de l’église de SaintMaurice de Camps, à Laval, à Lascroux et enfin à La Barrière. C’est précisément en ce lieu que nous nous sommes rendus.
Carte générale de la concession des mines de fer de Penne et Puycelcy (autour de 1850). Le territoire de la concession est assombri. Les figures jaunes représentent les minières.  Huit autour de Puycelsi. Celle de Barrière est pointée à l’est du village. Celles de Penne ne sont pas visibles sur la reproduction. Source Bnf
Hormis à Pennes sur le causse, il n’apparait pas d’autres gisements et exploitations de fer dans la Grésigne et alentours jusqu’à présent. Et ce, en dépit de toponymes fort révélateurs comme la « tour de Métal » (3).

Les conditions de la production

Durant la période, le minerai était transporté à dos de mulet (4) jusqu’aux hauts fourneaux et forges de Bruniquels à Caussanus sur les bords de l’Aveyron (5) en suivant la vallée de La Vère. C’était un va et vient continuel et un commerce autour des convois.
Ainsi, la ferme de Pontbourguet servit de relai pour les mulets et leurs maîtres, les voituriers (6).
Le lavage du minerai n’avait pas lieu sur place apparemment. Sa localisation reste énigmatique.

Pas de doute que les activités de bûcheronnage comme charbonnière aient été stimulées. Il s’agit de nourrir des hauts fourneaux très gourmands en énergie. Forêts de Grésigne et de Vaour seront mises à contribution. Le déclin des forges et hauts fourneaux de Bruniquel correspond d’ailleurs à l’affirmation du charbon de terre.
Tels sont les faits consignés par les archives. 

  
Du minerai en grains

La nature du minerai consiste en des altérites ferralitiques en nodules. Elles sont issues de paléosols qui ont comblé le karst. Grosseur : du petit pois à la pomme. Au cours du temps, des propos plus ou moins qualifiés s’opposent quant à la qualité de ce minerai à la fois primé et décrié. Nous nous garderons bien de donner un avis.



Concrétions ferrugineuses en nodule trouvées à fleur de sol. Il est dit que la teneur en fer est moyenne, autour de 30 %. Les nodules comportent toujours des parties argileuses rouges. Nous sommes incapables d’en cerner la qualité et les composants exacts.


Un sous-bois criblé de fosses

Aux Barrières, Agnès Martin nous accueille avec une extrême gentillesse et nous fait visiter les lieux juste derrière sa maison d’habitation. C’est sa propriété.
On devine le mode d’extraction. Ce sont des gisement superficiel de surface. On vide le minerai meuble qui remplissait les cavités creusées par l’eau depuis la surface.
Résultats: des excavations en entonnoir de deux mètre de profondeur maximum, gossiérement circulaires, plus ou moins comblées ou inondées avec le temps. 
Fosse comblée. Les sous-bois se composent de petits chênes verts.

De même, un plus loin. Nous en décomptâmes une vingtaine de bien visibles.

Cuvette inondée par les eaux abondantes tombées au mois de février



 

Cuvette inondée par les eaux

 

Entrelas de chemins.

Quelquefois, des tranchées relient deux cuvettes. Peu de haldes, de stériles visibles.  Ce qui ne manque pas d’interroger d’ailleurs.
Les cuvettes se répartissent de façon anarchique reliées par des chemins ou des pistes. Reste un plan à dresser. Aucun habitat annexe (hangars) ne semble associé à cet ensemble. Pas de moyen bâti de garder l’eau.

Autres remarques en matière archéologique

De très épais murs de clôture en blocs calcaires (stériles de la mine?) couvre la partie nord des lieux. Peut être la fameuse « barrière«  du toponyme.

La vocation du lieu au XIXe siècle ne fait pas de doute mais il est difficile de relever l’existence d’une exploitation du minerai antérieure tant le relief est défoncé, tant le couvert végétal empêche la visibilité. Aucun vestige de transformation du minerai en métal. Pas de scories et même peu de stériles.

Les autres sites moins exploités et moins connus peuvent réserver des surprises. Nous devons aussi prospecter à proximité du ruisseau de Bouysselou à l’est du site actuel.
En marge de notre objectif initial, nous nous sommes rendus à un tombeau par les ruines de l’ancienne métairie de Loubers.


Notes

(1) – Depuis 2011, des recherches (prospections et sondages) sont menées par cette scientifique du CNRS et de l’université du Mirail pour inventorier les mines et les traces d’artisanat du fer dans le département pour les périodes anciennes (avant le Moyen Âge). Entre autre, il s’agit d’établir la provenance des barres de fer protohistoriques de Montans en mettant au point une traçabilité des minerais du Lacaunais, de l’Ambialades et de la Montagne noire. Elle permeterait de mieux connaître le commerce du fer.
 
(2) – Nous suivons Raymond Granier, Les minières de Penne-Puycelsi et les forges de Bruniquel(1796-1880), Revue du Tarn, 1978; Daniel Loddo, Gant del pais gresinhol, Cordae, Cordes, 2010; Adrien Béziat, Monographie sur Puycelsi,1972

(3) – Ce n’est pas faute d’avoir cherché. Plusieurs approches déjà se sont révélées infructueuses. Nous ne désespérons pas.

(4) – Des sacs jusqu’à 150 kg peut-on lire. 

(5) – Le lieu changea à plusieurs reprises de type de production. On y voit encore des cheminées et des bâtiments délabrés. Un canal de 160 mètre de long et 6 mètres de large fut creusé pour l’occasion.

(6) – Apparemment très remuants au niveau syndical.

Les meulières de Marèze à Saint-Martin-Laguépie

Les meulières de Marèze à Saint-Martin-Laguépie

Compte rendu de la sortie CAPA du mercredi 9 décembre 2015 à Marèze
Secteur: les bords de l’Aveyron, rive gauche
Commune : Saint-Martin-Laguépie

Météo
: temps clair et beau
Participant(e)s : Charlette, Jean-Pierre, Régine, Marcelle, Christophe, Claudette, Louis F., Yvonne, Silvana, Yann et Pierre Caussade
Sites visités : église Saint-Jean-Baptiste de Sommard (extérieur) avec son cimetière, les meulières de Marèze  et les fours de Sommard
Voiture : Christophe et Jean-Pierre
La visite de Pierre Caussade chargé d’un inventaire statistique dans le cadre d’un projet collectif de recherche nous a permis un retour dans la meulière de la Marèze. Celle-ci fut l’objet déjà d’un compte rendu du CAPA. À cette occasion et pour lui nous présentons le site. 

 Dans le rouge, la zone des meulières. Carte IGN 1/25 000
Dans le bois de La Marèze (1)
Manifestement, certains lieux dégagent une atmosphère particulière. C’est le cas du versant est de la vallée de l’Aveyron en aval de Saint-Martin-Laguépie dit « La Marèze ». Sous le plateau de Sommard, il fut le théâtre d’une véritable « industrie » de l’Âge du Fer à l’Antiquité, celle des meules. Une industrie comparable à nulle autre dans la région proche. Carriers, bardeurs, transporteurs, tailleurs, poseurs – la liste n’est pas exhaustive – ont dû se succéder sur des générations.
C’est à l’occasion d’un accident tectonique majeur (faille de Villefranche) que des couches gréseuses profondes affleurent en surface sur les pentes de la vallée de l’Aveyron.

Grès à grain grossier comportant une part importante de gravillons, de graviers de quartz et même de galets arrondis, des traces de sinérite aussi. Ils sont gris. Les français nomment ceci « poudingue » en référence aux Anglais qui l’appellent de façon plus parlante « pouding ».

Roches dures et abrasives, ces grès n’ont pas manqué d’être appréciés pour leurs qualités intrinsèques. Tout au moins à haute époque, et jusqu’au début du Moyen Âge. On en fit des meules par milliers.

Après les meulières, c’est une autre histoire. Celle des dégâts causés par l’exploitation. Les paysans en manque de terres ont éprouvé bien des difficultés à réhabiliter le lieu. Planter, cultiver, aménager sur ces nappes de pierre, rien de tout ça n’était évident. Il semble qu’on ait peiné à reprendre la main sur la forêt. D’ailleurs, au vu du site, jamais les hommes des temps modernes n’y sont vraiment parvenus.

En parallèle aussi, l’histoire des réemplois pour décorer les maisons ou garnir les clôtures. Les usages étaient bien installés. Les meules entières ou éclatées sont devenues familières sur le plateau comme dans la vallée. Des propriétaires au Riols en font des collections. Nous montrons à Pierre Caussade quelques exemples de réemplois.
 Les restes des carrières
                                                                        Front de taille sur grès
  
Grâce aux reconnaissance menées en amont depuis quelques années, nous n’avons pas eu à chercher très longtemps. À peine une centaine de mètres sur le chemin qui mène vers le cap de la forêt et partout des cratères, des cuvettes immenses couvertes d’éboulis, des remblais à la tonne. Des décharges à ciel ouvert sur une douzaine hectares. Les chênes qui ont repoussés masquent à peine le laborieux travail des hommes il y a 3 000 ans. Des mousses coiffent les blocs et rendent les repérages difficiles. Pas moins de 6 meules rotatives ont pu être identifiées(2)

 

Exemple de catillus ou meule tournante

 

Les ébauches ou fragments de meules mesurées sur place. Plus de « catilli » que de « metae » 
Une clôture avec ébauches de meules 
Sur une centaine de mètres de dénivelé, il n’y a pas une carrière mais une vingtaine (3)et c’est toujours les mêmes formes qui dominent. De petites falaises de grès dites « fronts de taille » ne dépassant pas 4 mètres de hauteur plus ou moins ensevelies (parfois complètement) dans la pente par des déchets, des rebuts ou des petits blocs de grès. Par-ci, par-là, des ébauches de meules ébréchées ou brisées.
Fragment de meule intégré dans une clôture
Prise de mesures

 

Un spécimen de catillus

L’attaque et le démantèlement furent menés à partir de diaclases (fissures verticales des roches) lisibles dans le paysage. Les hommes s’aidaient de coins et de leviers en bois dont les traces doivent dormir sous les mousses. Reste, suite au débitage, des falaises délitées en formes de « chicots ».
Le tout est accompagné de « cabanes » de pierres sèches de tailles diverses mais parfois toutes petites (1,60 X 1,20) aux formes élémentaires de carré ou rectangle(4). À l’opposé du front de taille, elle témoignent d’un art de bâtir bien particulier. La destination de ces formes d’architecture est-elle en lien avec les carrières ou est-elle le fruit d’aménagement ultérieurs pour l’élevage?
Une cabane de la Marèze.

Il est à noter qu’une cabane plus grande (3,20 X 2,50) existe au-dessus des fronts de taille. On y aurait trouvé des fragments de tegulae.

Un port possible
La présence toute proche de l’Aveyron n’est pas un hasard. Y-avait-il un port  qui permettait de transporter le matériel semi-fini ? Sans doute. Même question pour d’éventuelles forges et d’habitats pour les carriers.
On en est certain, ces meules étaient exportées sur de longues distances. Notamment à Albi. Une carte des sites archéologiques de l’Âge du Fer (uniquement) où l’on a trouvé des meules de Marèze a été dressée en 2006 suite à un mémoire de master 2.

Usages des moulins rotatifs à bras

Au-dessus, une femme à l’œuvre.  Au dessous, catillusde Marèze trouvé rue du Puech Crémat à Albi. Don de Henri au CAPA. La meule comporte une surface polie, lisse, preuve d’usure.
Le moulin à bras remplaça peu à peu les petites meules à va-et-vient du Néolithique. On va jusqu’à affirmer que le jour où l’on arrêta de transporter les meules à cause de leur poids de plus en plus lourd, les hommes devinrent sédentaires. Ils construisirent des villages. C’est dire…
Tout le rappelle à Marèze: le pain constituaient avec les bouillies, la base des repas des Gallo-romains et, avant eux, des Rutènes. Un pain de son ou de farine dense et noir. Presque toujours, dans les campagnes, ces farines étaient fabriquées sur place comme le prouve le grand nombre de meules découvertes sur les habitats. Chaque famille moulait sa farine « à la maison ». Excepté dans les villes, peut être. 

Par ailleurs, il n’ y eut pas vraiment de grands moulins de l’Âge du Fer à l’Antiquité gauloise. On moulait la farine comme on moulait le café il n’y a pas si longtemps. Ces moulins dits  « à bras », les légionnaires des armées romaines les transportaient sur mer, comme sur terre, pour la popote quotidienne. 

Le moulin était composé d’une partie fixe : la meule dormante (meta) à base cylindrique se terminant par un cône sur laquelle venait s’emboiter, en cône concave, la partie supérieure tournante(catillus). Cette catillusétait en forme de cuvette de sablier pour recevoir le grain qui s’écoulait sur le plan de mouture par un trou central, « un œil » où apparaissait la pointe du cône de la partie inférieure. Cela formait un axe de rotation. Ce moulin, on l’actionnait à bras, à l’aide d’un emmanchement en bois sur le flan.

Ces meules protohistoriques et antiques sont identifiables. Le diamètre et le poids sont modestes. Plus tard, les modes de « traction » changeant, la demande évoluant, la meule va devenir plus lourde. C’est une autre histoire, celle de la naissance du «vrai moulin » que l’on connaît et dont nous reparlerons un jour.

Comment fabriquer une meule à Marèze ?
Le façonnage est réalisé sur place apparemment. D’abord le tailleur dégrossit la pièce pour obtenir une forme circulaire et plate. Il s’active à l’aide d’une massette. Parfois on avait la main heureuse, parfois moins. Au vu du résultat obtenu, on rejette le bloc ou on poursuit le travail.

Après cette opération, le moment du martelage est venu. L’ouvrier piquette la surface afin de parfaire sa forme à l’aide d’une broche comme le sculpteur.

Par la suite, les catilli sont évidées en partie pour obtenir un réceptacle avec des rebords plus ou moins prononcés. La partie n’est pas gagnée d’avance car les lèvres peuvent se casser à tout instant suite aux coups portés.


Enfin, un « œil » est creusé au centre ainsi qu’un trou d’emmanchement sur les côtés.

Le travail de jointure et d’ajustage n’est pas fait sur place apparemment.
Lors de la chaîne opératoire une fois sur deux le travail n’aboutit pas. Ce qui explique le volume des déchets.

Aucun galet de quartz portant les traces de bouchardage. Pas de pics de coins en fer de carrier. On trouve souvent sur les sites plus de metae car elles sont moins fragiles et font moins l’objet de nettoyage, à chaque fois source de fracture.
  

Principe d’une meule romaine: 1. catillus (meule tournante) 2. œillard  3. manchon 4. anille-boîtard 5. axe 6. meta (meule dormante)


 

Un four gallo-romain au Cap de la forêt

Ensuite, nous nous rendons au « Cap de la forêt » toujours sur la commune à Saint-Martin-Laguépie. En 1974, les époux Blanc fouillèrent des fours de potiers gallo-romains(6). Des bâtiments, il ne reste en tout et pour tout que les cinq voûtains portant la sole. Ils sont couverts par des taules. Constitués de briques vitrifiées par la chaleur mais aussi de parpaings en grès,  ils sont toujours en bon état de conservation. La zone de chauffe est visible en contre-bas dans une dépression envahie par la végétation. On devine encore la travée de l’alandier et on distingue, ça et là, de gros blocs de grès, socles des poutres qui soutenaient la charpente du foyer. Parmi eux, une ébauche de meule a disparu (7). Un drain pour l’eau est visible. Le site a pris la forme d’un bosquet. Dans le champ, plus haut, autour d’un puits, on relève encore des tegulae surcuites, déformées par la chaleur.
Dans le cercle rouge, partie encore visible en 2015.1. Alandier (four 1). 2. Alandier (four 2) 3. Alandier (four 3). 4. Sous bassement d’un four hors atelier principal (four 4)
La disposition rappelle les grands principes de la cuisson de la terre cuite dans l’Antiquité bien connue dans notre région par les fouilles menées à Montans.

Coupe schématique d’un four ici pour la sigillée. Cerclés de rouge les voûtains qui portent la sole, encore en place à Sommard.

En suspens, demeure la localisation des canalisations évoquées par madame Dutheil mais surtout le fameux bâtiment à mosaïque dont Baron de Rivière et Élie Rossignol mais aussi Émile Jolibois se sont faits les rapporteurs zèlés mais peu précis. Etait-il en-dessous ? Où passait l’axe de circulation principal ? Y avait-il une voie de crête de Sommard jusqu’à l’Aveyron ? Par “La Croux de Bougne”, voie aujourd’hui détruite par la sablière. Fort probable.

Par Sommard, nous retournons à Albi. La sortie est terminée.
Notes:
(1) – Nous nous appuyon pour le compte rendu sur les propos de Christian Servelle et Émilie Thomas dans « Les meulière protohistoriques et antiques de La Marèze (Saint-Martin-Laguépie et Le Riols, Tarn): matières premières, modalités d’exploitation et de façonnage, diffusion de la production » tiré du livre Les Rutènes. Du peuple à la cité, Bordeaux, 2011 ». Nous avons utilisé aussi Jean-François Valéro, « Note préliminaire sur l’atelier de taille de meules antiques de la Marèze à Saint-Martin-Laguépie », BSABLT, n° 37, 1982
(2) – On sait qu’on fabriquait probablement aussi des mortiers et des meules à va-et-vient mais nulle trace. 
(3) – … 24 exactement pour Jean-François Valéro.
(4) – Elles  ne correspondent pas aux classiques « cazelles » du Quercy. Pas de formes circulaires pour ce bâti.
(5) – Nous renvoyons le lecteur pour l’analyse précise du bâtiment à Jeanne-Marie Blanc et Jean-François Blanc, Les fours de tuiliers et potiers gallo-romains de Sommard, Archéologie Tarnaise, Tome 1, 1984

(6) – Yvonne m’indique que d’autres carrières existent à proximité du site à côté du chemin. Nous enregistrons l’information.
La pierre du Riols(suite et fin)

La pierre du Riols(suite et fin)

Une interprétation possible de la pierre du Riols

Je vous renvoie pour le questionnement à la sorties en amont du 17 août avec Yvonnes. Nous nous interrogions alors sur un fragment de pierre « cupulée ».

C’est fort probablement d’un rouleau à dépiquer nous indique un lecteur. Voici un spécimen  exposé à Cordes vers la place de la Halle(ancien pàtus ?) dont on ignore l’âge et la provenance mais pas la fonction. Une espèce de grosse roue cylindrique d’un seul bloc troué. Elle était actionnée par un cheval. Il s’agissait tout simplement de séparer les grains des épis. Il est remarquable que le pourtour du cylindre soit parsemé de trous afin de faciliter la manoeuvre d’écrasement avant le battage au fléau.

La surface est constellée de micro cavités d’un diamètre il est vrai inférieur à celui du Riols